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Livres 2011

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Les livres avant 2013 : Année 2012   Année 2011    Année 2010    Année 2009

L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport

 

Livre de Pierre Goldman (réédition 2019)

« La vie dépasse toujours l’écriture, ai-je pensé, même si l’écriture la transcende et c’est alors que j’ai vraiment décidé de ne jamais écrire qu’au contact immédiat de la mort. »

Un tueur fou suit le fil de ses angoisses métaphysiques en semant des cadavres sur son passage. Quatre policiers, deux magistrats, un avocat : tous assassinés de sang froid en l’espace d’une semaine. La terreur s’empare de la France. On suspecte un « gauchiste » s’attaquant aux signes du pouvoir. Le gouvernement convoque une réunion de crise, la police passe le pays au crible, mais l’enquête patine.
Pourtant, le meurtrier se rend de lui-même à un commissariat.
Archibald Rapoport est un révolutionnaire, un gangster, un Juif hanté par la Shoah, un (dés)agrégé de philosophie, un érotomane, un excentrique… Mais au fond, pourquoi est-il devenu un assassin ? Peut-être, tout simplement, par désir d’écrire… Écrire pour laisser une trace indélébile de son existence, écrire puis périr, afin « que le récit de sa vie pût être publié ».
Un texte iconoclaste, d’une absolue liberté, un chef-d’œuvre d’humour noir, dans lequel Pierre Goldman se jette au feu. Paru deux années avant la mort de son auteur, ce roman sulfureux était devenu introuvable. Quarante ans plus tard, il est temps de le relire pour ce qu’il est avant tout : un grand texte littéraire.

[Article dans En Attendant Nadeau]

[Article de Pierre Ahnne sur son blog]

MÉMOIRE D'OUBLIS - Antoine Acquaviva, une conscience rebelle

 

Livre de Michèle Acquaviva-Pache

Le parcours d'un Corse. L'expérience et la vision d'un journaliste citoyen du monde. Des périodes tumultueuses de l'Histoire à chaud, du Niolu au maquis du Morvan, de la Libération à la guerre froide, de l'Afrique coloniale au FLN algérien, de l'Amérique latine des années soixante à l'Europe de l'Est de l'ère soviétique, de la fin du franquisme à la révolution des Oeillets au Portugal, du Chili d'Allende à l'Italie de Berlinguer.
Antoine Acquaviva retourne sur son île natale, la Corse, et s'engage dans le mouvement nationaliste insulaire. Il prend la tête du Ribombu, hebdomadaire du parti A Cuncolta Naziunalista.
Une plume en accord avec des convictions.

MemoireOublisMemoireOublis [250 Kb]

Pourquoi écrire ?

 

Livre de Philip Roth

« Me voilà, sans mes tours de passe-passe, à nu et sans aucun de ces masques qui m’ont donné toute la liberté d’imaginer dont j’avais besoin pour écrire des romans. »

Cette compilation d’essais et d’entretiens a été conçue par Philip Roth comme le chapitre final de son œuvre, celui où le romancier, qui avait publiquement annoncé la fin de sa carrière littéraire, contemple le fruit d’une vie d’écriture et se prépare au jugement dernier. Il y dévoile les coulisses de son travail, revient sur ses controverses et livre de nombreuses anecdotes où le goût de la fiction le dispute à la stricte biographie.

Au fil des trois sections du recueil (dont la dernière, Explications, est inédite en France), chaque page démontre l’acuité et la force de persuasion de celui qui fut un des auteurs essentiels du XXe siècle. Et ne vous laissez pas berner par la promesse initiale : la sincérité avouée de Roth n’est pas la moindre de ses ruses.

Cahiers de mémoire, Kigali 2019

 

Livre : collectif

« En 1994, la parole a tué au Rwanda ». Les symptômes traumatiques sont aussitôt apparus. Ils ont duré des mois et des années. Ce dont ils témoignaient s’insère aujourd’hui dans le récit que délivrent les rescapés en participant à l’expérience inédite de l’Atelier de mémoire, à Kigali.

[Une note parue le 15 mai 2019 sur le site ENTRE LES LIGNES ENTRE LES MOTS]

Mon père, ce tirailleur nigérien

 

Livre de Fatimata Hamey-Warou

Ce livre rend hommage au père de l'auteure, à d'autres tirailleurs nigériens et à ces valeureux combattants noirs qui sont allés faire la guerre aux Allemands et livrer un combat extrêmement difficile et violent.
Il est aussi une volonté de rappeler aux jeunes générations que des hommes d'Afrique noire et particulièrement des Nigériens sont venus combattre aux côtés de l'Armée française. Nombreux sont ceux qui se sont illustrés lors des deux guerres. Ce travail de recherche et de mémoire se veut un outil de réflexion sur les tirailleurs et les guerres.

La solitude de l’écrivain de fond

 

Livre de Daniel Grenier

Spécialiste de littérature, auteur d’une thèse portant sur les représentations du romancier américain depuis Melville jusqu’à DeLillo, Daniel Grenier a soufflé tout le monde en 2015 avec L’année la plus longue. Après avoir ravi le Prix littéraire des collégiens, son premier roman a été traduit en anglais et ses droits ont été rachetés en France par la prestigieuse maison Flammarion. 

Dans La solitude de l’écrivain de fond, un essai minimaliste et bien personnel sur l’art de la fiction, il revient sur son parcours littéraire, sur les auteurs significatifs qui l’ont jalonné, dont un certain Wright Morris, le plus illustre des écrivains inconnus, double lauréat du National Book Award tombé aujourd’hui dans un oubli complet.

En un peu plus de 80 pages, l’auteur mène donc une réflexion portant sur deux principales préoccupations : l’écrivain Daniel Grenier et l’écrivain Wright Morris .

Daniel Pauly, un océan de combats - biographie

 

Livre de David Grémillet

Entre science et politique, la vie romanesque d'un des plus grands lanceurs d'alerte de notre temps C'est d'abord le récit épique d'une vie. Le destin imprévu de l'enfant né, au sortir de la guerre, des amours d'une ouvrière française et d'un GI afro-américain. Daniel Pauly défie toutes les statistiques. C'est aussi, au fil d'un parcours scientifique hors du commun, le combat d'une vie pour identifier et établir l'ampleur de la surpêche. C'est, enfin, la première grande fresque qui présente, de façon claire et abordable, la surpêche comme un enjeu global, à la fois écologique et géopolitique. Où l'on comprend notamment pourquoi les grands sujets de la crise écologique sont solidaires des questions politiques de justice Nord-Sud.

Le Récit de vie de la personne âgée en institution

 

A paraître le 30 mai 2019

Livre de Catherine Schmutz-Brun

Avec la participation d'Hélène CASSIGNOL, Daniela HERSCH-TAUSKY, Anne-Marie NICOLE, Marie-Josèphe VARIN 

S’appuyant sur leurs expériences et leurs démarches novatrices, les auteures interrogent la pertinence du récit de vie auprès des personnes âgées en institution.

Fruit d’une rencontre de recueilleuses de récits de vie, cet ouvrage s'intéresse à la place du récit de vie des personnes âgées dans un contexte institutionnel. Les auteures ont rassemblé leurs expériences et partagé des visions nouvelles, des démarches novatrices dans l’objectif de développer la place du récit de vie en institution en suscitant l’envie des accompagnants, des responsables d’établissements et même des bénévoles. La diversité et la richesse des expériences relatées s’accompagnent d’apports théoriques qui viennent les étayer.

La vie n'est pas une biographie

 

Livre de Pascal Quignard

Voici le cœur de l’argument du livre que je voudrais consacrer à l’idée de biographie : les rêves n’émettent pas la moindre idée de cause.

Les rêves sont encore vivants, non les phrases.

Ils errent.

On ne saurait faire un tissu si continu de ses désirs, ni des actions où ils se projettent ou qu’ils inventent, qu’il puisse passer pour vraisemblable.

Le fait divers et ses fictions

 

Livre de Frédérique Toudoire-Surlapierre 

Un livre peut-il nous faire changer d’avis ? Le fait divers nous donne à le croire. En nous interrogeant sur les rôles respectifs de la littérature, de l’écrivain et du lecteur dans la société contemporaine, il nous montre à quel point nos opinions sont malléables, changeantes mais surtout réversibles. Dans cette rumeur collective que constitue la circulation des opinions, une voix résonne tout particulièrement, celle des faits divers parce qu’ils sont précisément un moment de prédilection du partage et de la manipulation des opinions. Le pouvoir de conviction du fait divers découle de sa puissance intrinsèquement fictionnelle. Et parce qu’il est un enchaînement, parfois horrible ou sordide mais toujours impressionnant, de péripéties inattendues et spectaculaires, le fait divers est la preuve que le réel est narrativement orchestré et que nous avons bien raison de nous représenter le monde comme une fiction.

Court vêtue

 

Livre de Marie Gauthier 

(vient de remporter le prix Goncourt du Premier roman 2019)

« Vive, légère, alerte, elle était comme un courant d’air dans la maison. Elle arrivait pour repartir une seconde plus tard. La nuit, elle filait sans prévenir. Puis soudain elle était dans sa chambre, dans son lit. Félix l’entendait respirer dans son sommeil. Il imaginait sa poitrine en train de se gonfler sous la chemise de nuit. Il faisait jour c’était dimanche ».
Félix, quatorze ans, en apprentissage dans un bourg poussiéreux et écrasé de chaleur, est hébergé par son patron. Dans la maison du cantonnier habite aussi sa fille de seize ans Gilberte, dite Gil. Gil travaille à la supérette, s’occupe avec une certaine légèreté des repas et du ménage. Dans le temps qui lui reste, elle s’éclipse avec des hommes. Beaucoup d’hommes, souvent plus âgés qu’elle. Fasciné par la jeune fille, Félix vit dans l’attente d’un regard de Gil, d’un signe. 
Marie Gauthier restitue avec une intensité magnétique l’atmosphère moite et oppressante du bourg en plein été, les sensations confuses du jeune garçon devant la sensualité troublante du corps de Gil.

[note de lecture de Pierre Ahnne, écrite des le 26/01/2019]

CourtVetueCourtVetue [102 Kb]

Philip Roth, l’œil de l’Amérique

 

Livre d'Éric Fottorino, Pierre Assouline, François Busnel, Philippe Labro, Josyane Savigneau, Karine Tuil 

 « Philip Roth était-il à lui seul un Complot contre l'Amérique ? Oui, assurément, si on accepte que la littérature soit ce cocktail explosif de mots qui vous saute à la figure et fait trembler tout un pays et ses élites bien-pensantes en même temps que les lignes de la page. La bêtise à front bas, les hypocrisies sociales, le politiquement correct, le rêve américain qu'il retournait comme un gant pour en révéler chaque déchirure : l'œuvre romanesque de Philip Roth peut être lue comme une entreprise politique, à condition (comme nous le dit François Busnel) de relier l'intime et le politique. [...] Élucider le réel avec les armes de la fiction, ce fut son combat en trente et un rounds. Chacun de ses livres fut une lutte contre lui-même et contre les démons de l'Amérique. » (Éric Fottorino, Directeur de l'hebdomadaire Le 1)

Chroniques d'un enfant du pays

 

Livre de James Baldwin (nouvelle traduction)

Dans ces essais écrits durant les années 1940 et 1950 alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années, James Baldwin s’interroge sur ce que signifie être noir aux États-Unis. Ses réflexions sur la vie à Harlem, la politique, la religion, la presse, la littérature ou le cinéma, écrites dans une prose riche, dense et percutante, sont d’une profonde et vibrante actualité.
La force de ce recueil réside dans la virtuosité avec laquelle Baldwin entremêle sa critique d’une société injuste et clivante, et le récit très personnel de son expérience et de ses souvenirs. L’évocation de la mort de son père, figure insondable d’un pasteur guetté par la démence, l’entraîne à commenter les émeutes de 1943 à Harlem ; le témoignage de son emprisonnement injustifié dans la prison de Fresnes le conduit à poser un regard lucide sur le rapport de la France à la colonisation ; la chronique d’un voyage à Atlanta lui donne l’occasion de dénoncer le racisme systémique et le paternalisme des politiques qui infantilisent la communauté noire. Avec une justesse incomparable et une franchise désarmante, il détaille ainsi les comportements, explore les méandres des relations entre les Noirs et les Blancs et donne à voir une société aux prises avec ses contradictions.
Cette nouvelle traduction rend admirablement justice à l’intensité, la finesse et la perspicacité de l’œuvre de Baldwin, et permet de redécouvrir la voix unique d’une des figures les plus brillantes du XXe siècle.

[Note de Georgia Makhlouf dans L'ORIENT LITTERAIRE - mai 2019]

erev. à la veille de ...

 

Livre d' Eli Chekhtman

Erev est une fresque monumentale, à ce jour entièrement inédite en français, qui retrace l’histoire de la famille Boïar, du début du XXe siècle à la seconde guerre mondiale, puis à la création d’Israël. On y suit trois générations à travers les destins d’une galerie de personnages tour à tour confrontés au tzarisme, au stalinisme et au nazisme. Décimés par les violents soubresauts de l’histoire, les Boiars se battent sans relâche pour leur survie.   Témoignage historique et littéraire essentiel sur la culture des Juifs d’Europe de l’est, cette saga met en lumière la ferveur intellectuelle et les passions qui animaient les communautés rurales et urbaines de cette région de Polésie à la veille de l’Holocauste.   L’ampleur et le détail de cette fresque, les aspects peu connus de la vie communautaire qu’elle dévoile, en particulier le portrait qui est livré de l’intelligentsia de l’entre-deux guerres, en font un texte tout à fait à part dans la littérature yiddish. L’extermination tragique des Juifs d’Europe y est retranscrite dans une langue exaltée, pétrie de réalisme magique, et d’un lyrisme bouleversant.   Eli Chekhtman achève ici brillamment la mission qu’il s’était assigné : immortaliser et célébrer la culture yiddish anéantie.

[Note dans En Attendant Nadeau]

Patchwork de vies

 

Livre de Brigitte Kehrer

Voici le parcours de vie d’une voyageuse aux semelles de vent enlevée en Afrique australe au cours de sa carrière dans l’humanitaire.

Dans ce texte écrit sous forme de pièce de théâtre, différents personnages – religieux, journalistes, médecins, diplomates… – tissent avec la narratrice, assise dans la salle, à côté de son grand-père maternel, des liens nouveaux. Au fil des pages, ils offrent des éclairages variés sur son existence et présentent en filigrane une photographie de la société des cinquante dernières années du XXe siècle. Les thèmes de la religion, de la psychanalyse et de l’écriture sont largement présents. Apparaissent aussi les espoirs déçus, et les idéaux revus à la baisse des travailleurs en mission humanitaire en décalage complet avec la société occidentale après leur retour de mission.

PatchworkDeViesPatchworkDeVies [168 Kb]

I am, I am, I am

 

Livre de Maggie O’Farrell

Après le succès d’Assez de bleu dans le ciel, Maggie O’Farrell revient avec un nouveau tour de force littéraire. Poétique, subtile, intense, une œuvre à part qui nous parle tout à la fois de féminisme, de maternité, de violence, de peur et d’amour, portée par une construction vertigineuse. Une romancière à l’apogée de son talent.

Il y a ce cou, qui a manqué être étranglé par un violeur en Écosse.
Il y a ces poumons, qui ont cessé leur œuvre quelques instants dans l’eau glacée.
Il y a ce ventre, meurtri par les traumatismes de l’accouchement…

Dix-sept instants.
Dix-sept petites morts.
Dix-sept résurrections.

Je suis, je suis, je suis.
I am, I am, I am..

IamIamIamIamIamIam [128 Kb]

Suzanne et Louise

 

Livre d'Hervé Guibert (réédition)

Suzanne et Louise, publié en 1980, raconte la vie de deux sœurs, l'une veuve, l'autre célibataire, recluses dans un hôtel particulier du XVe arrondissement, gardées par un gros berger allemand. Suzanne tient les cordons de la bourse. Louise, ancienne carmélite, lui sert de bonne, humble et tyrannique. L'auteur, qui est aussi leur petit neveu, est un des rares à leur rendre visite.
Mêlant ses manuscrits à ses photos, Hervé Guibert a composé un livre entièrement mis en scène par ses soins. Le résultat en est unique. Un tombeau pour deux vivantes pas dupes qui le remercièrent d'avoir « tiré de [leur] obscurité ce livre trop brillant pour [leur] modestie ».
Un dossier comportant témoignages, documents et photos inédits complète cette nouvelle édition

SuzanneEtLouiseSuzanneEtLouise [121 Kb]

Journal d’Hélène Hoppenot

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Journal d’Hélène Hoppenot (3 volumes)

Après la  parution du tome 1 (1918-1933) où l'on voyait Hélène Hoppenot commencer la première partie de sa vie itinérante auprès de son mari diplomate, puis celle du tome 2 (1936-1940) qui nous dévoilait, dans les coulisses du Ministère des Affaires Étrangères, comment la guerre s'était préparée, Claire Paulhan livre un troisième volet (1940-1944) de cet extraordinaire journal.

Jojo, le gilet jaune

 

Livre de Danièle Sallenave

Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu’ils révèlent. Cette manière de parler d’eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux ! Une distance, une condescendance, un mépris.

Au miroir du mouvement des Gilets jaunes, l’élite politique, intellectuelle, culturelle a laissé voir son vrai visage. Début janvier 2019, le président promet d’éviter ces « petites phrases » qui risquent d’être mal interprétées, mais il rechute aussitôt. Les médias ne devraient pas, dit-il, donner sur leurs antennes « autant de place à Jojo le Gilet jaune qu’à un ministre ».
Ainsi se révèlent l’étendue et la profondeur de la fracture qui sépare les « élites » des « gens d’en bas ». Fracture géographique, économique, politique et sociale. Et surtout fracture culturelle, entre les habitants des grandes villes, et tous les autres.
La violence et les embardées de langage de quelques-uns ont jeté le discrédit sur les Gilets jaunes. Il ne faudrait pas qu’une élite, assurée de sa légitimité, en tire argument pour occulter la force d’un mouvement qui a fait entendre une exigence de justice et d’égalité, parfois confuse, mais toujours profondément démocratique. Retrouvant ainsi l’inspiration des grands sursauts populaires qui ont marqué notre histoire.

DECROCHEURS-RACCROCHEURS : LES NOMADES DE L'ÉCOLE

 

Livre de Valérie Melin

L'achèvement des études associé à l'obtention d'un diplôme représente désormais une injonction normative qui s'impose en tant que modèle social aux consciences et stigmatise ceux qui décrochent. Cet ouvrage aborde la question du raccrochage scolaire des jeunes étiquetés "décrocheurs" auxquels on propose un retour aux études dans une structure éducative conçue pour eux. Enseignante puis chercheure au sein de l'une d'entre elles, le micro-lycée de Senart, l'auteure interroge leur proposition éducative à partir de l'expérience des jeunes qui y reprennent "volontairement" une scolarité.

Dictionnaire des écrivains algériens

 

Livre de Salm Jay

Premier dictionnaire des romanciers algériens et, à travers lui, beau panorama de la littérature et culture algérienne dans son ensemble.Ce Dictionnaire des romanciers Algériens est le fruit d'un travail de presque un demi-siècle par un écrivain qui, de par ses origines et sa double culture, explore avec passion la littérature née de l'autre côté de la Méditerranée.
Avec une parfaite honnêteté qui n'exclut ni l'enthousiasme ni la cruauté, un humour caustique, un mépris des conventions et un goût immodéré de la vérité, Salim Jay, auteur déjà de plusieurs anthologies, offre un panorama historique et actuel de la littérature algérienne, car s'il accorde une priorité évidente aux romanciers, des grands classiques aux nouvelles plumes, il ne délaisse pas récits et témoignages et se réfère également autant à la poésie qu'au théâtre et même au cinéma.
Cet engagement personnel de haute tenue donne ainsi de riches portraits, classés par ordre alphabétique, le plus souvent associés au contexte de leur temps. Qu'ils soient arabophones, francophones, issus de l'immigration ou natifs, tous révèlent l'histoire de l'Algérie, son rayonnement, ses impasses, ses métamorphoses, l'évolution des mœurs ou ses combats.
De Rabah Belamri à Jean Sénac, de Mohammed Dib à Myriam Ben, sans oublier Albert Camus et tant d'autres, voici 203 écrivains, toutes générations confondues, que Salim Jay nous invite à découvrir ou à reconsidérer à l'aune de sa verve et liberté de lecteur exigeant.

au sevilla bar

 

Livre d'Alex Capus 

Théâtre miniature du monde, le Sevilla Bar accueille joies et désastres du temps présent – l’air de rien, la comédie humaine s’y joue chaque soir, autour d’un verre. Au fil de la plume agile et du regard malicieux d’Alex Capus, ce repaire de fraternité chaleureuse se dévoile et nous séduit.
Le maître des lieux raconte une période où un changement intervient dans sa vie : devenu célibataire quelques jours par semaine, il a vu les couleurs de son quotidien se raviver, et, contre toute attente, il redécouvre ce qui fait la saveur de l’existence.
Ce livre astucieux et pétillant, portrait de l’auteur en propriétaire de bar, est un éloge de la convivialité et des petits bonheurs de la vie.   [Note de Pierre Ahnne]
AuSevillaBarAuSevillaBar [207 Kb]

Hollywood menteur

 

BD de Luz

L’incontournable Luz, dessinateur hors pair qui a récemment sorti Indélébiles sur ses souvenirs à Charlie Hebdo, change de registre. Dans Hollywood menteurs, il raconte l’échec retentissant d’un film de 1960 réalisé par John Huston et dénommé The Misfits (Les Désaxés). Malgré un casting incroyable (Marilyn Monroe, Clark Gable, Montgomery Clift…), le film subit un échec commercial retentissant. Avec humour et justesse, Luz dépeint les situations rocambolesques de cette œuvre qui symbolise la fin de l’âge d’or hollywoodien

[une vidéo de LUZ expliaquant pourquoi et comment il a fait cette BD]

 

Je voudrais qu'on m'efface

 

Livre d 'Anaïs Babeau-Lavalette (réédition)

Dans un immeuble de logements du quartier Hochelaga-Maisonneuve se croisent sans se voir Roxane, Mélissa et Kevin. À douze ans, ils composent avec le monde dans lequel ils sont nés. Entre le coin des putes, les combats de lutte, les virées bien arrosées des adultes et la classe des « orthos », où on essaie de les intégrer, ils plongent dans leur imaginaire et tentent de sauver leur peau. Y arriveront-ils ? Dans les scènes touchantes ou drôles de ce récit choral, l’écriture cinématographique épouse la langue blessée des acteurs. Je voudrais qu’on m’efface est un roman, vif et authentique, une chronique montréalaise qui culmine dans l’espoir inaltérable de l’enfance.

[Anaïs Barbeau-Lavalette : éloge des petits battants - dans La Presse du 17 septembre 2010]

Faute d'égalité

 

Livre de Pierre Bergounioux

"On attendait d'énergiques initiatives, des changements effectifs, de vrais événements. Ils ne se sont pas produits. Cinq décennies ont passé en vain, à vide, apparemment. Et puis ce qui aurait dû être et demeurait latent, absent fait irruption dans la durée". Pierre Bergounioux entreprend ici de saisir les origines et la signification du soulèvement social que la France a vécu ces derniers mois. Il enracine sa réflexion dans l'histoire des nations et des idées occidentales, en vertu de l'axiome selon lequel tout le passé est présent dans les structures objectives et la subjectivité des individus qui font l'histoire. Ainsi se poursuit, jusque dans les formes les plus contemporaines de la contestation, en pleine crise du capitalisme et de la représentation politique, le rêve égalitaire qui nous est propre.

[«Tracts» est une nouvelle collection d’intervention chez Gallimard]

[D'autres écrivains parlent des Gilets jaunes]

FauteDEgaliteFauteDEgalite [127 Kb]

Rue des Pâquerettes

 

Livre de Mehdi Charef

Mon père va la trouver, la pépite ! C’est bien pour cela qu’il s’époumone dans l’odeur âcre du goudron brûlant, qu’il s’esquinte à creuser au plus profond. Il ne le dit pas, surtout à ma mère qui serait capable de se moquer de lui. Mais il y croit dur comme fer quand il enfourche son Solex, son lourd bleu sur les épaules, avec ses bottes lacées, ses gants larges sur le guidon. On leur a dit, à lui et à d’autres chercheurs d’or venus aussi de pays lointains, que la sueur des hommes qui ont travaillé là s’était polie avec le temps pour devenir pépite. Un jour, mon père fracassera d’un coup de pioche la pierre qui l’abrite.  

La pépite rira aux éclats, scintillera, clignotera… Sans alerter ses collègues, il n’est pas fada mon père, il lâchera sa pioche, le souffle coupé, la main tremblante. Entre ses doigts aux ongles cassés, il la saisira, si fine, une goutte d’eau, la posera délicatement dans le creux calleux de sa paume. 

Elle bouge, s’étire. On dirait une larme.

[Note de lecture de WilliAmIRIGOYEN dans L'Orient Littéraire n°154 - avril 2019]

L'Administrateur provisoire

 

Livre d'Alexandre Seurat (réédition)

Qui était Raoul H. ? Lorsque pour la première fois son arrière-petit-fils entend évoquer son nom, il ne sait quasiment rien de lui. Quelques demi-vérités, des soupçons, beaucoup de silence. Car les ombres noires de l’Occupation planent sur certaines familles, à plusieurs générations d’écart. Il faudra alors que le jeune homme traque son aïeul jusque dans les ar­chives du Commissariat général aux questions juives.
Du secret familial à l’enquête historique, L’Admi­nistrateur provisoire dévoile ce que fut, dans la France de Vichy, l’action de ces administrateurs chargés de la spoliation des biens juifs. Ce roman documentaire, implacable et bouleversant, est porté par la nécessité de témoigner d’une période insoutenable de notre histoire, longtemps refoulée par la mémoire collec­tive.

Sur la route du Danube

 

Livre d'Emmanuel Ruben

Dans une odyssée cycliste à travers une Europe à la dérive, le long du Danube et de ses paysages époustouflants, Emmanuel Ruben compose un portrait fort et sensible de la mosaïque européenne. À l’été 2016, Emmanuel Ruben entreprend avec un ami une traversée de l’Europe à vélo. En quarante-huit jours, ils remonteront le cours du Danube depuis les rives de la mer Noire jusqu’à sa source de la Forêt-Noire. D’Odessa à Strasbourg, ils parcourront 23 degrés de longitude, 6 degrés de latitude et 4 000 km. Ce livre-fleuve est inspiré de cette épopée à travers les marécages du delta du Danube et les steppes eurasiatiques d’Ukraine, les vestiges de la Roumanie de Ceausescu, le rougeoiement des plages bulgares au crépuscule, les défilés des Portes de Fer en Serbie, les frontières hongroises hérissées de barbelés… En choisissant de suivre le fleuve à contre-courant, c’est l’histoire complexe d’une Europe qui se referme que les deux amis traversent. Mais, dans les entrelacs des civilisations déchues et des peuples des confins, affleurent les portraits poignants des hommes et des femmes croisés en route, le tableau vivant d’une Europe périphérique et contemporaine. Dans ce récit d’arpentage, Emmanuel Ruben poursuit en cycliste, en écrivain, en géographe, en homme tout simplement, sa « suite européenne » initiée avec La Ligne des glaces et explore la géographie du Vieux Continent pour mieux révéler toutes les fictions qui nous constituent.

France Bloch-Sérazin : Une femme en résistance (1913-1943)

 

Livre d'Alain Quella-Villéger

Le rôle des femmes dans la Résistance, qui plus est juives et/ou communistes, est longtemps resté un point aveugle de l’historiographie des années 1940-1945. Cette biographie historique vient ainsi réparer un oubli en faisant renaître, à partir d’un travail d’archive rigoureux, la figure emblématique et méconnue de France Bloch-Sérazin, chimiste de premier plan et militante communiste engagée tôt dans la résistante française. France Bloch-Sérazin, « morte pour la France », a été arrêtée à Paris par la police de Vichy et guillotinée par les nazis à Hambourg en février 1943, alors qu’elle n’avait pas trente ans.
Voici donc le portrait d’une femme de combat, au plus près des témoignages et grâce aux lettres inédites, aux rapports de filature, aux interrogatoires de police. Celles et ceux qui l’ont connue gardent le souvenir d’une femme passionnée, symbole de courage, de générosité, de haute valeur humaine. Autour d’elle : son mari Frédo Sérazin, résistant mort pour la France à Saint-Étienne ; son père, l’écrivain Jean-Richard Bloch, tenant d’un milieu intellectuel foisonnant, uni par des valeurs politiques et morales d’engagement ; une famille dispersée par la guerre, de l’Amérique du Sud à l’URSS, des prisons françaises aux camps d’extermination. En toile de fond, c’est aussi un pan central de la résistance communiste parisienne, organisée autour du XIVe arrondissement et de Raymond Losserand, qui nous est révélée et dont le couple France Bloch-Frédo Sérazin incarne l’idéal, l’union de la culture et du prolétariat.

FranceBlochFranceBloch [216 Kb]

Vie et destin d'un dessinateur textile : D'après le Journal d'Henri Lebert ...

 

Titre complet : Vie et destin d'un dessinateur textile : D'après le Journal d'Henri Lebert (1794-1862)

Livre d'Audrey Millet

Témoin de l'industrialisation croissante et de l'essor de la consommation, Henri Lebert, dessinateur de modes, a laissé treize volumes manuscrits de son quotidien qu'il dédicace à son fils. Commentateur sensible de la chute de Napoléon, épris des collines alsaciennes de son enfance, inquiet en 1848, jaugeant les produits de l'industrie, Henri nous apprend à revoir le XIXe siècle. L'ouvrier qualifié est aussi un violoniste confirmé, un lettré dont les descriptions proposent d'accompagner les fantômes figés dans les maisons Ancien Régime. A Colmar, Paris ou Lyon, il nous livre l'âme d'un dessinateur de mode à la fois progressiste et conservateur : ce qui devait rester "dans le cercle étroit de la famille et de l'amitié véritable".  

Acadie - Ressac

 

Livre de Pauline Guillerm

Une jeune Bretonne quitte sa région natale pour rejoindre, par-delà l'Atlantique, le territoire canadien où se sont installés les premiers arrivants francophones. En Acadie, elle fait des rencontres, découvre une culture, contemple les paysages, vit de nouvelles émotions, de nouvelles expériences... Puis le ciel s'assombrit et le ressac la ramène chez elle. La terre lointaine, l'histoire commune, les sentiments amoureux, les grands espaces et les bruits de moteur font résonner la voix de sa grand-mère. La langue de ses ancêtres redessine ainsi les contours du littoral d'origine. Les liens se créent entre poésie et récit, mais aussi entre voix de l'ailleurs et route vers chez soi... Un texte inclassable, à lire, à dire, à entendre...

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Une vie debout - Mémoires politiques - Tome 1 : 1945-1962

 

A lire ou à relire

Livre de Mohammed Harbi

Mohammed Harbi, né en 1933 à El-Arrouch, est aujourd’hui le meilleur historien de l’Algérie contemporaine : ses nombreux travaux, comme ses prises de position publiques, sont autant de références incontournables. Mais il a été aussi un combattant de la première heure pour la libération de son pays, et il a joué un rôle important dans les premières années de l’indépendance, épisodes sur lesquels il était toujours resté très discret. C’est pourquoi ce premier tome de ses mémoires, attendues depuis plusieurs années, constitue un livre-événement : à la fois chronique subjective de la vie d’un « homme debout » et étude historique rigoureuse, il est nourri de documents et de témoignages inédits qui lèvent le voile sur bien des secrets. Dans ce récit plein de vie et chaleureux, M. Harbi évoque ses engagements d’adolescent dans les années quarante et son apprentissage politique. Sans perdre sa distance critique d’historien, il retrace la mobilisation des jeunes lycéens dans le MTLD, puis l’épopée de la Fédération de France du FLN pendant la guerre de libération – sur laquelle il apporte des révélations qui surprendront. Viennent ensuite la Tunisie du GPRA, avec ses conflits internes, puis Le Caire, la Guinée, et enfin l’année 1962 à Alger, où s’achève une odyssée et où commence une autre qui ira de l’illusion lyrique à la fermeture autoritaire. Par la force du témoignage, par les secrets douloureux d’une période historique décisive qu’il révèle, ce livre apporte un éclairage unique pour comprendre l’extraordinaire complexité de la société algérienne, et les drames qui la déchirent aujourd’hui.

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Marie-Galante

 

Livre d'Emmelene Landon

Marie-Galante, c'est l'histoire de deux personnes sur une île, de deux voyages, et d'une année qui s'écoule entre les deux. Cest un livre d'amour écrit au présent, dans le présent vif et aigu d'un échange continuel.
Le premier voyage à Marie-Galante a lieu en 2016. Paul et Emmie aiment les îles, leur géographie, leur solitude, et poursuivre là pour l'un, la lecture et l'écoute, pour l'autre, la peinture et l'écrit. Ils décident de revenir l'année suivante, exactement au même endroit. Dans une continuation. Dans le bonheur du dernier amour.
L'année entre ces deux voyages est retranscrite à travers leurs dialogues. Les joies, les contrariétés, les activités, leur plaisir à se retrouver, se réveiller le matin ensemble, à parler de cinéma, de peinture, d'édition, de musique, dans un flux ininterrompu de pensées et de désir.
Avec le deuxième voyage, nous retrouvons le premier. Et si Marie-Galante était une Utopie, une sorte de Youkali, comme dans l'opéra Marie-Galante de Kurt Weill ? Mais il n'y a pas de Youkali.
Le livre s'arrête au seuil.

[Interview sur France Culture, le 21/10/2018]

MarieGalanteMarieGalante [90 Kb]

La fille au Leica

 

Livre d'Helena Janeczek

Si Robert Capa est universellement connu, Gerda Taro, sa compagne – qui connut une fin tragique à vingt-six ans, lors d’un reportage sur la guerre d’Espagne –, l’est beaucoup moins. Celle qui s’appelait en réalité Gerta Pohorylle avait fréquenté, à Leipzig, les milieux de gauche ; arrêtée en 1933 pour ses activités antinazies, elle s’exile à Paris où elle retrouve d’autres jeunes gens “étrangers” qui, comme elle, doivent lutter pour se faire une place, dans un climat d’antisémitisme de plus en plus oppressant. C’est aussi à Paris qu’elle rencontre André Friedmann pour lequel elle inventera le nom de Robert Capa, devenant elle-même Gerda Taro : une photographe à part entière, révélée, ces dernières années, par la découverte de la fameuse “valise mexicaine”.
Helena Janeczek a choisi d’aborder son personnage à travers le prisme de trois témoins qui ont partagé la vie et les passions de Gerda : Willy Chardack, étudiant en médecine, l’amie de cœur Ruth Cerf, journaliste, et Georg Kuritzkes, militant convaincu, qui s’engagera dans les Brigades internationales. Grâce à une construction romanesque subtile, Helena Janeczek fait revivre une figure étonnamment émancipée pour son époque, une femme élégante et lumineuse, plus proche de nous que jamais.

[lire également le livre "REGARDER" de Serge Mestre]

LaFilleAuLeicaLaFilleAuLeica [146 Kb]

En attendant le jour

 

Livre de Michaël Connelly

Reléguée au quart de nuit du commissariat d’Hollywood, l’inspectrice Renée Ballard se lance dans des enquêtes qu’elle n’a pas le droit de mener à leur terme. Le règlement l’oblige en effet à les confier aux inspecteurs de jour dès la fin de son service. Mais, une nuit, elle tombe sur deux affaires qu’elle refuse d’abandonner: le tabassage d’un prostitué laissé pour mort dans un parking, et le meurtre d’une jeune femme lors d’une fusillade dans un night-club. En violation de toutes les règles et contre les désirs mêmes de son coéquipier, elle décide de travailler les deux dossiers de jour tout en honorant ses quarts de nuit. L’épuisement la gagne, ses démons la rattrapent et la hiérarchie s’acharne, mais Renée Ballard n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

 

[ L’auteur présentera son livre le 28 mars 2019 à Vincennes ]

à grand-lieu, village de pêcheurs - Passay se raconte

 

Livre de l'Association Parole de Passis (Jacques André, Marie-Jo Coulon, Claude Naud)  [réédition 2018]

Voici l’histoire de Passay par ses habitants. Si rares sont les villages qui racontent leur histoire. Ce sont les spécialistes – historiens, ethnologues, journalistes – qui, le plus souvent, retracent le passé de ces communautés. Et pourtant, chaque femme, chaque homme a des connaissances, vit des expériences qui éclairent l’histoire de son village. Les Passais dévoilent ici ce qu’ils veulent bien de la culture de leur communauté au bord du lac de Grand-Lieu. Jacques André, Marie-Jo Coulon et Claude Naud ont su avec une grande finesse se faire les passeurs de ces récits simples et pudiques des familles, paroles singulières qui, suscitant l’émergence d’une parole plurielle, engagent un processus de réappropriation collective de l’histoire du lieu.

[extraits]

Virginia Woolf - Carnet inédit 1907-1909

 

Livre de Mireille Duchêne

Entre 1907 et 1909, Virginia Woolf, qui n’est pas encore l’auteure mondialement connue, tient un carnet de lectures resté jusqu’à ce jour inédit. Ce cahier rempli par une jeune femme de 25 ans est particulièrement précieux. Ces pages illustrent le rapport que la romancière a entretenu toute sa vie avec l’Antiquité. Elles jettent un éclairage biographique sur une période que le Journal de l’écrivaine passe largement sous silence. Elles restituent, sous l’apparence de la prise de notes, le portrait d’une intellectuelle qui, double de la narratrice d’Une Chambre à soi, ne trouve pas sa place dans les institutions universitaires.
Ce texte, écrit alors que se constitue le groupe de Bloomsbury, permet d’explorer les liens que Virginia Woolf, à l’ombre du père et du frère disparus, tisse entre le monde des humanités classiques et les expérimentations littéraires contemporaines.

Dites-lui que je l'aime

 

Livre de Clémentine Autain

« L’autre jour, ma fille m’a demandé si on pourrait te voir quand tu ne seras plus morte. Elle est encore petite, tu sais, alors elle a insisté - et pourquoi ton cœur s’est arrêté, et pourquoi tu es morte dans ta salle de bain... Mourir à 33 ans, elle ne comprend pas, et elle a peut-être senti dans ma réponse mon aversion à parler de toi, à penser à toi. J’avais tout emmuré mais te revoilà sans cesse… »
 
Il aura fallu trente ans pour que Clémentine Autain écrive sur sa mère, la comédienne Dominique Laffin, morte en 1985. Clémentine en avait 12 et déjà un long et douloureux chemin avec cette mère en souffrance, égarée, incapable de prendre soin de sa fille. Clémentine Autain s’est construite en fermant la porte aux souvenirs, en opposition avec cette mère dont, petite fille, elle avait parfois dû s’occuper comme d’un enfant. Aujourd’hui, elle n’occulte rien, dit avec justesse le parcours tragique d’une femme radieuse et brûlée, passionnée de vie, actrice magistrale, féministe engagée mais dévorée par ses angoisses et prise au piège d’une liberté dangereuse.
Dites-lui que je l’aime : dans ce récit poignant dont le titre rappelle le film éponyme, Clémentine Autain rend justice à une figure oubliée des uns, culte pour les autres. Elle retrouve ce qu’elle lui doit, son féminisme, sa propre maternité peut-être. Et malgré l’âpreté des souvenirs, elle écrit un récit d’une grande douceur, une lumineuse lettre d’amour.

82 rêves pendant la guerre 1939-1945

 

Livre d'Emil Szittya (réédition)

Préfacé par Emmanuel Carrère, écrit dans une langue magnifique, un roman de guerre qui ne ressemble à aucun autre et un portrait saisissant de l'inconscient en temps de guerre.

" Pendant une guerre, on rêve de guerre, et Emil Szittya a cherché à savoir sous quelle forme la guerre s'insinuait dans le sommeil des gens. Il a noté ce qu'on lui racontait aussi fidèlement que possible, en comptant sur l'éloquence de la transcription brute. Le résultat est saisissant, à la fois d'une grande unité de style et d'une grande variété de tonalités et d'affects. Il n'y a pas d'interprétation, mais chaque rêve est précédé par une brève présentation du rêveur, et ces 82 vignettes ne sont pas ce que le livre offre de moins précieux. Il y a quelque chose de Perec dans ces vies déroulées en quelques lignes. On y reconnaît le ton d'un véritable écrivain. " Emmanuel Carrère
Sorti en 1963, devenu introuvable, 82 rêves pendant la guerre 1939-1945 est enfin réédité. Emil Szittya y fait le récit des rêves de Français ordinaires, de miliciens, de Juifs pourchassés ou de soldats allemands pendant l'Occupation.
En dévoilant la part la plus intime des hommes et femmes pendant cette nuit de six longues années, il signe une œuvre littéraire et historique de premier plan. Un portrait saisissant de l'inconscient en temps de guerre.

[Note de lecture parue dans EAN]

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Eugène Carlu - La vie pleine d'un autodidacte

 

Livre de Jean-Marie Carlu, Geneviève Henguelle - Posteface de Gaston Pineau

 Ecrit à plusieurs mains par des membres de sa famille et d'anciens collaborateurs, cet ouvrage est consacré à un personnage atypique, visionnaire, autodidacte, généreux, volontiers critique qui, durant toute sa vie, s'est engagé auprès d'associations et d'organisations professionnelles. Né dans une famille de paysans en 1925 dans le canton de Hucqueliers, Eugène Carlu a fondé avec d'autres la première Maison Familiale Rurale du Pas-de-Calais. A travers sa biographie familiale et socioprofessionnelle, c'est aussi l'évolution de l'agriculture et les transformations du monde rural et sociétal du XXe siècle qui se dessinent.

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Sur les ailes de la chance

 

Livre de Georgia Hunter

Si la vie était une question de probabilité, la famille Kurc n’aurait pas dû survivre à la Seconde Guerre mondiale. Seul 1% des juifs de leur ville de Radom, en Pologne, a survécu et 90% des juifs du pays ont été massacrés. Sur les ailes de la chance raconte l’extraordinaire histoire de cette famille.

Séparés par six années de guerre et cinq continents, des jazz clubs du Paris des années 30 au Rio de Janeiro de l’après-guerre en passant par le goulag sibérien et le ghetto de Varsovie, les héros de ce roman choral sont poussés par la même rage de survivre et l’espoir, immense, qu’un jour, ils seront à nouveau réunis.

À l’âge de quinze ans, Georgia Hunter a appris qu’elle appartenait à une famille de survivants de l’Holocauste - un véritable choc pour cette jeune Américaine du Connecticut. Sur les ailes de la chance est né de la quête qu’elle a menée depuis lors pour remonter le fil de cette histoire familiale extraordinaire. Ce roman, fruit d’un méticuleux et tentaculaire travail de recherche, a immédiatement connu un immense succès international.

terminus Berlin

 

Livre d'Edgar Hilsenrath

Écrivain de la Shoah et de l’exil, Edgar Hilsenrath livre avec Terminus Berlin son roman le plus poignant, celui du retour désenchanté en Allemagne. Son héros retrouve, comme lui, le pays natal près de trente ans après avoir quitté l’Europe et ses fantômes. Le temps est venu de faire le bilan d’une vie tourmentée.

Fidèle à son humour, Hilsenrath raconte avec un sens aigu de la dérision le destin de son alter ego littéraire. Lesche, traumatisé par son expérience du ghetto, peine à trouver sa place dans un Berlin marqué par le consumérisme et la chute du Mur. Les rencontres improbables et la résurgence glauque du fascisme forment la trame de ce roman publié en Allemagne en 2006.

Lapidaire et ironique, ce texte émeut par la figure de clown triste que l'auteur y révèle. Après l’avoir écrit, Edgar Hilsenrath décida que son œuvre était close. Il n’a plus rien publié depuis.

TerminusBerlinTerminusBerlin [240 Kb]

Regarder

 

Livre de Serge Mestre

En 1933, à Leipzig, Gerta Pohorylle ne s’appelle pas encore Gerda Taro. Arrêtée à tort, la jeune juive de Galicie répond avec dédain à la brute nationale-socialiste qui l’interroge, laissant son esprit vagabonder vers ses deux amoureux du moment. Dans la cellule où elle est jetée, son aplomb et son élégance détonnent. D’abord méfiantes, ses codétenues sont vite conquises par la générosité et l’inaltérable joie de vivre de cette jeune fille si libre, audacieuse et séduisante.

La personnalité de la future photo-reporter est tout entière dans cette première scène, qui donne le ton du portrait tendre et résolument féministe qu’en cisèle Serge Mestre. Celle dont l’histoire a surtout retenu le tandem qu’elle a formé avec Robert Capa – à Paris où ils se sont rencontrés, puis pendant la guerre civile espagnole –, apparaît, sous la plume complice du romancier, comme une femme singulière, dont le talent, le panache et la modernité firent l’admiration de ses contemporains, parmi lesquels Aragon et José Bergamín.

Jusqu’à sa mort absurde à vingt-sept ans – écrasée par un char républicain, elle qui avait tant rêvé de photographier la déroute fasciste –, Gerda Taro a mené sa courte trajectoire comme elle l’entendait : si elle affirmait qu’elle ne serait jamais la femme d’un seul homme, elle a marqué la mémoire de chacun d’une trace lumineuse et indélébile.

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La vie devant nous - récits de jeunes privé·e·s d’emploi

 

Livre de Patrice Bride

Neuf récits, neuf photographies : neuf jeunes adultes s’exposent pour raconter leur entrée difficile dans le monde du travail. Ils ont voulu partager leur histoire, parce qu’elle nous concerne. Ils nous disent le chômage vécu, tel qu’il est essentiel d’en parler au-delà des statistiques ou des débats économico-politiques. Leurs récits, c’est notre société.

Anna, Clotilde, David, Jossian, Julie, Manon,Mohamed, Sébastien, Valoucka: elles et ils sontplus ou moins diplômé·e·s, ont plus ou moins d’expériences de stages, de petits boulots, de vraisemplois précaires, dans la restauration, la manutention, la communication, le nettoyage, le médical. Elles et ils voudraient devenir animateur, avocat, ingénieur, et pourquoi pas paysan, ou bien s’essayer à l’humanitaire, à la création d’entreprise.Mais pour l’heure, elles et ils sont confronté·e·s à la privation d’emploi, et tout ce que cela entraine:faire avec le regard des autres, de la famille, des amis, qui comprennent plus ou moins, qui soutiennent tant bien que mal, qui s’apitoient, qui s’éloignent ; faire avec les injonctions à la disponibilité, à l’adaptabilité, à la performance. Ils doivent trouver leurs marques dans un monde où ils ne sont pas attendus, où rien ne va de soi. Est-ce qu’on a le droit, lorsqu’on est jeune et privé·e d’emploi, d’avoir des rêves, de faire parfois ce qui nous plait, de prendre des pauses dans ses recherches ? D’être soulagé de pouvoir enfin faire la grasse matinée, quand on a été licencié ? D’espérer avoir enfin une raison de mettre le réveille-matin, quand on aura décroché une mission ? Écouter leurs paroles, c’est découvrir des personnalités et des trajectoires de vie singulières, inattendues, épatantes même. Ces jeunes sont bousculé·e·s par les duretés de la vie sociale, mais toujours en mouvement, toujours s’efforçant de comprendre ce qui leur arrive, guettant l’opportunité à saisir. Ils regardent l’avenir avec leurs envies et leurs impatiences, leurs inquiétudes et leurs espoirs. Leur destin est un peu aussi le nôtre.

LaVieDevantNousLaVieDevantNous [251 Kb]

Port-Au-Prince : Aller-Retour

 

Livre de Georgia Makhlouf

L'émigration vers les Amériques est en marche dès la fin du XIXe siècle. Port-au-Prince Aller-Retour explore celle, peu connue, des Syro-Libanais qui s'établissent en Haïti et raconte l'histoire hors du commun du jeune Vincent-Mansour qui, à vingt ans, quitte son village de la montagne libanaise sous domination ottomane pour aller vers l'inconnu et s'établit à Port-au-Prince. Le roman s'ouvre sur son second départ pour Haïti, après un mariage au Liban. Vincent a hâte de fonder une famille et de continuer à développer ses affaires à Port-au-Prince. Il est pourtant encore amoureux de l'admirable Louisa, Haïtienne de souche, qui a partagé sa vie pendant les quinze années de son premier séjour. Georgia Makhlouf dessine la fresque familiale en donnant voix à chacun des protagonistes : Vincent, Louisa, Edma, Joseph, Fatek et Anis, chacun déployant sa version de l'histoire, son vécu, ses sentiments et sa part d'ombre, au coeur de la beauté envoûtante de l'île. Si Vincent réussit son pari professionnel, la pérennité de tout ce qu'il a construit avec force et rudesse vacille au regard des événements. Il doit concilier ses deux vies, faire face à l'instabilité politique, à l'occupation américaine qui s'annonce et à la montée du sentiment anti-syrien, lui qui n'imagine pas un instant devoir quitter cette île qui est devenue sienne... Dans ce roman fascinant, exil, identité, intégration et tensions raciales font écho aux questionnements du temps présent.

Une embuscade dans les Aurès

 

Livre d'Anne Guillou-Riou

Affecté au poste militaire de T’Kout dans les Aurès (Algérie) en 1960, le sous-lieutenant Raymond Messager, promotion « Terre d’Afrique » à Saint-Cyr-Coëtquidan, n’atteignit jamais sa destination.
Le 12 septembre 1960, une embuscade tendue par les rebelles l’arrêta net. Il avait 22 ans.
Anne Guillou-Riou, sa fiancée au moment du drame, revient aujourd’hui sur le parcours du jeune officier et sur les jours sombres de l’Algérie d’alors dans un récit autobiographique sur fond de guerre.
Liant les éléments sociologiques à la presse de l’époque, les travaux des historiens à l’expérience personnelle, l’auteur livre ici un ouvrage sensible fondé sur la mémoire, retraçant la lente maturation d’un être durement frappé à 20 ans.
L’ouvrage donne un éclairage particulier sur le conflit algérien que les appelés du contingent et les cadres militaires de l’époque ont préféré couvrir d’une chape de silence.

[rencontre avec l'auteure à la librairie DIALOGUES de Brest, le 5 mars 2019 à 18h00 - Parvis Marie-Paul Kermarec, 29200 Brest - Tél : 02 98 44 88 ]

Isaac

 

Livre de Léa Veinstein

Autrefois, lorsqu’on lui demandait si elle était juive, Léa Veinstein répondait  :  «Mon arrière-grand-père était rabbin  !  »  De ce dernier pourtant, elle ne savait rien, pas même le prénom  : Isaac. La mémoire familiale avait préféré l’effacer… Pourquoi  ? C’est ce que Léa décide un jour d’élucider, alors que tout dans sa vie la ramène vers un judaïsme qu’elle avait longtemps tenu à distance  : ses études de philosophie, sa rencontre avec Solal, la naissance de son fils…
Isaac chantait à l’époque où il n’était encore que ministre officiant à la synagogue de Neuilly. Tous ceux qui l’ont connu se rappellent sa voix magnifique. Mais lorsque Paris fut occupé, et le rabbin de Neuilly contraint de fuir, Isaac prit sa relève. Le régime de Vichy lui octroya une carte de légitimation - découverte bouleversante pour Léa : ce papier signifiait-il qu’Isaac avait collaboré, ou choisissant de rester, ne s’était-il engagé à protéger sa communauté?
Dans ce récit très personnel, Léa Veinstein ébauche des réponses comme on se fraye un chemin, tantôt indignée, inquiète, ou apaisée. Grâce aux témoins d’hier et d’aujourd’hui, grâce aux documents qu’elle retrouve au cours de son enquête, elle parvient à nous offrir un texte tendre et sans complaisance  : hommage à l’aïeul effacé, hommage à la famille… Et tentative de comprendre, à une époque où l’antisémitisme ressurgit de façon terrifiante, ce que signifie «  être juif  » : une identité bien sûr, une transmission - une liberté, surtout.

[Note de lecture de Corinne Bacharach sur son blog]
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Shiloh

 

Livre de Shelby Foote

 "Le ciel s'était éclairci, les nuages s'effilochaient, et à quatre heures le soleil perça ; le vert vif de l'herbe et des feuilles vira à l'argent, les flaques de la route se remplirent d'or." Dans la nature luxuriante du Tennessee, la violence règne en maître. Nous sommes en 1562 : depuis un an, la guerre de Sécession meurtrit le pays. Shiloh raconte cette blessure profonde à travers les voix de six soldats des deux camps. Shelby Foote approche au plus près l'âme humaine, l'absurdité des combats, la détresse et la peur. Dans ce roman déchirant, le bien et le mal se confondent, les certitudes vacillent. Publié en 1952, ce trésor retrouvé de la littérature américaine est traduit pour la première fois en français.

[pour s'y retrouver dans les causes, la chronologie et le conséquences de cette guerre, lire utilement "La guerre de Sécession" de Farid Ameur, PUF Que sais-je?]

[L'intégralité d'un article paru dans LA CAUSE LITTERAIRE]

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Les bacheliers perdus

 

Deux livres inédits de Jules Vallès

À côté des manuscrits du Bachelier et de L’Insurgé, le fonds Jules Vallès de la Bibliothèque nationale renferme les manuscrits de deux étonnants romans d’apprentissage inachevés et inédits. Ils racontent les déboires de deux bacheliers pauvres.

Le premier, Aristide Gerdy, fils d’un proviseur de province, échoue successivement au concours de l’École Normale Supérieure et à la licence.

Le second, André Gerdit, issu d’une famille de petits paysans propriétaires, obtient la licence de droit pour s’apercevoir trop tard qu’il n’a pas les moyens matériels d’exercer le métier d’avocat.

En dépit du soutien de parents aimants, tous deux sont voués à la misère tant par leur origine modeste que par la vacuité de leurs diplômes. Leur parcours présente de nombreux points communs avec celui du jeune Vallès. « Victimes du livre » comme lui, Aristide et André ne sont cependant pas des « réfractaires » – le premier surtout – mais des « réguliers » que leur innocence et la malchance, tout autant que leur origine modeste, condamnent. Probablement rédigées sous l’Empire entre 1866 et 1868, ces « Mémoires d’un naïf » préfigurent les « Mémoires d’un révolté », titre original du Bachelier, dont ces manuscrits, chargés de ratures, de corrections et d’ajouts, éclairent singulièrement la genèse.

[un article paru dans EN ATTENDANT NADEAU n° 74-février 2019]

L'indésirable

 

Livre de Louis Guilloux

1917 : la guerre s’éternise dans la boue des tranchées. À Belzec, une ville de l’arrière, les autorités ont établi un camp de concentration où sont parqués les étrangers indésirables. Un professeur d’allemand, M. Lanzer y sert d’interprète, s’attirant, par sa tolérance, la sympathie des prisonniers. Lui et sa famille ont d’ailleurs secouru une vieille Alsacienne, échouée là par hasard. En retour, elle leur lègue, peu avant sa mort, ses maigres économies et quelques bijoux en sa possession.
Une rumeur, orchestrée par un collègue de Lanzer, accuse à tort le professeur d’avoir profité des largesses de la « boche ». Quand le fils du principal, revenu blessé du front, découvre la mise au ban de son ami, il prend sa défense, au risque de devenir le nouvel indésirable…
Écrit en 1923 et resté inédit à ce jour, ce roman de jeunesse de Louis Guilloux brosse le tableau saisissant d’une humanité en guerre perpétuelle. L’auteur du Sang noir y révèle déjà un talent remarquable pour dire l’impensé de l’époque : que la barbarie, loin d’être circonscrite aux champs de bataille, peut surgir en chaque individu.

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Le tunnel

 

Livre d'Avraham B. Yehoshua

Zvi Louria commence à perdre la mémoire. Il a 73 ans, ingénieur à la retraite depuis cinq ans. D’abord, ce sont seulement les prénoms des uns et des autres qui lui échappent, mais quand il manque de repartir du jardin d’enfant avec un garçon qui ressemble à son petit-fils, il consulte un neurologue. Le diagnostic – une atrophie du lobe frontal – est certes sévère, mais assorti de quelques encouragements du médecin : ce dernier conseille à Zvi et son épouse de ne pas baisser les bras. D’après lui, il faut redoubler d’activité, et ne pas négliger le désir dans le couple, pour lutter contre ce début de démence qui risque de l’engloutir.
Sa femme Dina, une pédiatre encore en activité, le pousse alors à proposer son expertise d’ingénieur à son ancien employeur, pensant qu’une activité professionnelle même bénévole lui permettrait ce sursaut volontaire encouragé par le neurologue. Ce sera donc au jeune Assaël Mimouni, l’ingénieur en charge de la construction d’une route secrète dans le désert du Négev et fils d’un ancien collègue de Louria, de gérer le vieil homme. Mais quand tous deux arrivent sur l’emplacement du chantier et découvrent le campement d’une famille de Palestiniens réfugiés sur la colline par laquelle la route devait passer, le projet se complique, et Zvi Louria propose alors de creuser un tunnel plutôt que d’aplatir la butte et de déloger la famille…  
Le nouveau roman du grand conteur israélien mêle habilement la question de la perte de mémoire à celle des identités israélienne et palestinienne. A.B. Yehoshua parvient à évoquer avec une justesse infinie la tendresse d’un couple vieillissant face à l’épreuve de la maladie tout en dépeignant une fois de plus la société israélienne dans toutes ses contradictions.

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à la ligne

 

Livre de Joseph Ponthus

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

[Auteur interviewé à La Grande Librairie du 6 février 2019]

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« Un moi sans masque ». L’Autobiographie au Vietnam (1887-1945)

 

Livre de Doan Cam Thi

Longtemps, pour l’opinion publique comme les sciences sociales et humaines, l’Occident moderne a été la matrice de l’individu. Nombre de travaux récents sur les aires dites « extra-occidentales » ont heureusement bousculé les oppositions simplistes : individualisme/holisme, modernité/tradition, Occident/Orient, entre autres.

Dans cette veine, le présent essai interroge la période qui s’étend de 1887 – date de la parution du premier roman vietnamien du « je », L’Histoire de Lazaro Phien de Nguyen Trong Quan – aux années 1925-1945, marquées par trois autobiographies fondatrices. Si dans Le Grand Rêve (1928) Tan Dà retrace son parcours singulier, de sa formation mandarinale à son accès au statut d’écrivain moderne tout en revendiquant l’empreinte de Zhuangzi et de son fameux rêve de papillon, Jours d’enfance (1938) et Herbes folles (1944) sont, quant à eux, l’œuvre de Nguyên Hông et de Tô Hoài, issus de l’école franco-indigène, lecteurs passionnés de Rousseau, Freud, Gide, Marx, Trotski, et futurs révolutionnaires.

Comment l’autobiographie, ce genre littéraire spécifique, s’est-elle inscrite dans une longue tradition vietnamienne de l’écriture de soi ? L’ouvrage explore ici la manière dont la littérature du moi s’est élaborée en tissant un lien direct avec un projet national indissociable de la modernisation et de la décolonisation.

[voir également la page consacrée à la lttérature vietnamienne contemporaine]

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La guerre des pauvres

 

Livre d'Eric Vuillard

1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu’elle méritait d’être vécue ; elle mérite donc d’être racontée.

 

[Un article de la revue belge POLITIQUE - 27/01/2019,un entretien sur FRANCE CULTURE - 26/01/2019, un article de MEDIAPART - 21 janvier 2019]

[Interview d'Eric Vuillard dans L'HUMEUR VAGABONDE", le 23 février2019]