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Livres 2011

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  Des livres pour l'été 2019 (liste proposée par les BOUILLONS d'Angers)
  Trois collections chez L'Harmattan : Histoire de vie et formation   /   Encres de vie  /  Autobiographie et éducation 
  Notre équipe a publié : Catherine Malard  /  Michèle Cléach  /  Marie-Pascale Lescot 

Livres 2011

tous les livres depuis 2013

Parole tenue - Les nuits d'un confinement, mars-avril 2020

 

Livre de Wajdi MOUAWAD

Dès le premier jour du premier confinement de l’année 2020, Wajdi Mouawad, directeur du théâtre de la Colline, prend la parole. Jour après jour. Pour briser la solitude, pour offrir une présence à l’autre, pour regarder ce qui nous arrive ensemble. Pour rester vivant ? Postée au quotidien comme un journal partagé sur le site du théâtre, cette parole intime et publique à la fois – et comme toujours avec Wajdi Mouawad, intimement politique –, et traversée des hauts et des bas tragi-comiques de la condition du confiné, c’est à l’évidence une écriture, une réécriture permanente du monde. C’est aujourd’hui un livre.

L'Espèce humaine et autres écrits des camps

 

Livre collectif

[David Rousset : L'Univers concentrationnaire. François Le Lionnais : La Peinture à Dora. Robert Antelme : L'Espèce humaine. Jean Cayrol : De la mort à la vie - Nuit et brouillard. Elie Wiesel : La Nuit. Piotr Rawicz : Le Sang du ciel. Charlotte Delbo : Auschwitz et après : Aucun de nous ne reviendra - Une connaissance inutile - Mesure de nos jours. Jorge Semprun : L'Écriture ou la Vie.]

« Il restera les livres, disait Jorge Semprun. Les récits littéraires, du moins, qui dépasseront le simple témoignage, qui donneront à imaginer, même s’ils ne donnent pas à voir… Il y aura peut-être une littérature des camps… je dis bien : une littérature, pas seulement du reportage… »
Les textes réunis dans ce volume ont été écrits entre 1946 et 1994 par des survivants des camps nazis. Ces survivants partagent un même dessein : témoigner de l’expérience qui a été la leur, la rendre mémorable dans une langue – le français – qu’ils ont reçue en héritage ou dont ils ont fait le choix. Moins en rapportant des épisodes extrêmes, des moments limites, qu’en rendant compte de l’ordinaire du temps concentrationnaire, sur quoi la mort règne et dans lequel s’effacent les formes et figures de l’humain.
Tous constatent que les mots manquent pour exprimer une telle insulte à l’espèce humaine. « On ne se comprenait pas » (Antelme). « Il n’y a rien à expliquer » (Cayrol). L’écriture touche là aux limites de son pouvoir. Dans une entreprise de cet ordre, impossible de satisfaire aux exigences de transparence et de véridicité généralement associées au langage quand il se fait témoignage. Pour que l’indéchiffrable monde des camps échappe, si peu, si partiellement que ce soit, à l’incommunicable, pour que quelque chose existe qui relève de la transmission, chacun de ces écrivains doit explorer l’envers du langage et approfondir la « réalité rêvée de l’écriture » (Semprun). C’est à « la vérité de la littérature » (Perec) qu’il revient de préserver la vérité de la vie.
Littérature. Le mot peut paraître sans commune mesure avec l’objet de tels récits. Il ne choquait pas leurs auteurs. C’est que la part littéraire ne relève pas chez eux d’un savoir-faire ou d’une rhétorique, moins encore d’un désir d’esthétisation. Mais d’un souci éthique de la forme, d’une morale du style. Antelme : « il faut beaucoup d’artifice pour faire passer une parcelle de vérité. » Semprun : « Raconter bien, ça veut dire : de façon à être entendus. On n’y parviendra pas sans un peu d’artifice. Suffisamment d’artifice pour que ça devienne de l’art ! » Permettre d’imaginer l’inimaginable, rendre le lecteur sensible à une vérité aussi inconcevable exige une profonde réélaboration de la réalité.
C’est en cela que les livres ici réunis sont des chefs-d’œuvre de la littérature du second XXe siècle. Et c’est pour cela que les qualifier de chefs-d’œuvre de la littérature ne les disqualifie pas, ne les rend pas inférieurs à la fonction que leur ont assignée leurs auteurs : témoigner d’« une catastrophe qui a ébranlé les fondements mêmes de notre conscience » (Cayrol).
C’est bien à la littérature – ici non pas truchement de l’illusion, mais instrument de la vérité – que ces survivants, ces écrivains, ont confié le soin de dérober au silence et à l’oubli une part de leur expérience et une pensée de ce que furent les camps, non pas simple moment de l’Histoire, mais entreprise sans précédent de négation de l’homme.

La Saga Des Cazalet - Tome 4 : Nouveau Départ

 

Livre d'Elizabeth Jane Howard

Juillet 1945. Deux mois après la fin de la guerre, la famille Cazalet décide de quitter Home Place pour retourner vivre à Londres. Pourtant, si la paix est enfin signée, rien ne sera jamais plus comme avant... Rupert, après cinq ans d'absence, retrouve une Angleterre encore sous le coup des privations et des bouleversements politiques. L'espoir déçu de renouer avec la vie d'avant-guerre semble confirrmé par la mort du Brig et par le divorce d'Edward et de Villy. Les plus âgés des enfants Cazalet, désormais adultes, doivent apprendre à composer avec leurs parents dont ils découvrent que les préoccupations ne sont pas si éloignées des leurs. Louise s'ingénue à trouver des échappatoires à la vie conjugale, mais sa tentative de revenir à sa première passion, le théâtre, se solde par un échec. Clary et Polly partagent toujours un appartement à Londres ; Clary est la secrétaire d'un agent littéraire exigeant et tyrannique, tandis que Polly devient assistante dans une entreprise de décoration d'intérieur. Chacune s'efforce de tracer sa voie, entre mésaventures et déconvenues amoureuses. Ami et proche confident, Archie se révèle plus que jamais le dépositaire des secrets de la famille. Nouveau Départ est le tome du difficile renouveau. L'heure est venue pour chacun de surmonter les épreuves passées et de se défaire des inhibitions pour découvrir la vertu de l'aveu.

 

Les 3 premiers tomes de "La saga des Cazalet" 

  1. Etés anglais - Tome 1
  2. A rude épreuve - Tome 2 
  3. Confusion - Tome 3
  •  Le tome 1  vient de sortir au format poche chez FOLIO

Le visage de pierre

 

Livre de William Gardner Smith

Fuyant les États-Unis et le racisme qui y règne, Simeon, un noir américain, arrive au début des années 1960 à Paris. Ici, les noirs se promènent sans craindre pour leur vie, et la diaspora américaine a pignon sur rue : dans les cafés, on refait le monde entre deux morceaux de jazz, on discute de politique en séduisant des femmes… Tout semble idyllique dans la plus belle ville du monde. Mais Simeon s’aperçoit bien vite que la France n’est pas le paradis qu’il cherchait. La guerre d’Algérie fait rage, et un peu partout, les Algériens sont arrêtés, battus, assassinés. En rencontrant Hossein, un militant algérien, Simeon comprend qu’on ne peut être heureux dans un monde cerné par le malheur : il ne peut pas rester passif face à l’injustice. Écrit en 1963, Le Visage de pierre fut le seul livre de William Gardner Smith à n’avoir jamais été traduit en français, et l’on comprend pourquoi : pour la première fois, un roman décrivait un des événements les plus indignes de la guerre d’Algérie, le massacre du 17 octobre 1961. Dans cet ouvrage où l’honneur se trouve dans la lutte et dans la solidarité, William Gardner Smith explore les zones d’ombre de notre récit national.

avant que j'oublie

 

Livre d'Anne Pauly [Edition poche - Cet ouvrage,  paru initialement en août 2019] a reçu le prix du Livre Inter 2020, le prix Summer 2020, le prix Robert-Walser 2020, le prix Pauline-de-Siminane 2020, le prix Envoyé par la Poste 2019 et le prix À livre ou verre des librairies Mémoire 7 à Clamart et Le Point de coté à Suresnes.]

Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.

De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

[Un article de DIACRITIK du 03/06/2019

 

chevreuse

 

Livre de Patrick Modiano 

« Pour la première fois depuis quinze ans, le nom de cette femme lui occupait l'esprit, et ce nom entraînerait à sa suite, certainement, le souvenir d'autres personnes qu'il avait vues autour d'elle, dans la maison de la rue du Docteur-Kurzenne. Jusque-là, sa mémoire concernant ces personnes avait traversé une longue période d'hibernation, mais voilà, c'était fini, les fantômes ne craignaient pas de réapparaître au grand jour. Qui sait ? Dans les années suivantes, ils se rappelleraient encore à son bon souvenir, à la manière des maîtres chanteurs. Et, ne pouvant revivre le passé pour le corriger, le meilleur moyen de les rendre définitivement inoffensifs et de les tenir à distance, ce serait de les métamorphoser en personnages de roman. »

[Présentation par l'auteur à la GRANDE LIBRAIRIE, le 7 octobre 2021 - vidéo]

[Un article d'EN ATTENDANT NADEAU, le 6 octobre 2021]

ChevreuseChevreuse [73 Kb]

implosions

 

Livre de Hyam Yared

Le 4 août 2020 à 18 heures et 7 minutes, la narratrice se voit propulsée sous le bureau de sa thérapeute. Elle est à quatre pattes, entre son mari et leur psy. Une bombe vient de ravager Beyrouth. Une apocalypse. Et le scénario en train de se produire dans ce cabinet : celui d'un couple en déliquescence. La narratrice est une affranchie. Elle veut vivre tout de suite et tout à la fois. Être mère, épouse et écrivaine, « beauvoirienne » et pondeuse multi―récidiviste. Plutôt que de choisir, elle a embrassé la multitude : femme remariée, mère de cinq filles, auteure de nombreux livres, écartelée entre Beyrouth et Paris, entre sa soif d'écriture et ses maternités, entre la joie de l'enfantement et l'instinct de fuite. Son énergie vitale est ce prix, c'est une bombe à retardement. Comme son couple, tiraillé entre un homme analyste et une femme guidée par les méandres de l'écriture. En bref, « la rencontre d'une centrale nucléaire avec une éolienne ». Comme cette ville qu'est Beyrouth, fendue, divisée, sectionnée de toutes parts, par les guerres, les rancoeurs entretenues, jusqu'à cette ultime désintégration. La narratrice n'a plus que l'écriture pour consolation. Elle prend la plume à bras le corps et nous offre un récit d'une puissance inouïe où se reflètent jusqu'au vertige l'explosion de la ville et la déflagration intime, la dérive orwellienne de notre planète et l'hyper-connexion des êtres humains qui évoluent désormais « en distanciation sociale ». On retrouve le style plein d'humour et de rage de vivre de Hyam Yared, ses réflexions sur le sens de nos vies, la sexualité, le couple, la maternité, l'inadaptation au monde délirant dans lequel nous vivons... et l'amour qui triomphera toujours de la fin du monde.

[Recension de Georgia Makhlouf dans L'ORIENT LITTERAIRE, le 7 octobre 2021]

ImplosionsImplosions [154 Kb]

Vivian Maier en toute discrétion

 

Livre de Françoise Perron

Une nouvelle photographe, Vivian Maier, est découverte en 2010 alors qu’elle vient de disparaître. Ses dizaines de milliers de clichés, dont une majorité de négatifs non développés, ont été découverts après sa mort, faisant d’elle une artiste célèbre. À partir de là, tous s’interrogent sur l’histoire de cette femme, sur sa personnalité, et découvrent qu’elle a aussi, un lien très fort avec la France.
Françoise Perron est partie sur ses traces, à New York, à Chicago et dans les Hautes-Alpes et a recueilli le récit de ceux qui l’ont bien connue en France et aux États-Unis, dévoilant ainsi, au-delà de la caricature de nounou acariâtre, qui a souvent circulé à son sujet, une personnalité trouble et attachante. De l’enfance de Vivian Maier dans cette vallée du Champsaur des années trente en passant par l’adolescence au sein d’une famille qui se déchire, jusqu’à cette jeune femme qui brave les usages de la société américaine des années cinquante, le livre retrace toutes les époques. À travers l’oeuvre prolifique de la photographe, dispersée entre les mains de différents collectionneurs, l’ouvrage dévoile les différentes facettes de sa personnalité : son intelligence, sa curiosité intellectuelle.

[Exposition de photographies jusqu'au 16 janvier 2022 au Musée du Luxembourg - Paris]

Un rêve, deux rives

 

Livre de Nadia Henni-Moulaï

« Cette trajectoire moderne d’un colonisé enfiévré par la vie parisienne, par l’alcool et les femmes, ce roman d’un homme de  main du FLN, Algérien libre, violent, ouvrier ordinaire, père torturé  et époux coriace, charrie toute la complexité de l’Histoire. De mon  histoire. Et si ses actes, commis sur le sentier de la liberté, sont  aussi le prix à payer pour sa dignité, je les accepte. Peut-être  atténueront-ils un peu la portée de ses fautes. »

À partir du silence d’un secret de famille confronté à la vérité crue d’archives d’État, la journaliste Nadia Henni-Moulaï déconstruit le parcours singulier d’Ahmed, son père.

Un récit intime et bouleversant, entre deux rives, qui éclaire d’un jour nouveau la dernière grande séquence coloniale française. Le roman d’un passif. L’Histoire, avec sa grande hache.

[entretien avec l'auteure, le 19/09/2021]

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Smotshè : biographie d’une rue juive de Varsovie

 

Livre de Benny Mer

Entre les deux guerres, les Juifs représentent environ un tiers de la population de Varsovie. Benny Mer choisit de les faire revivre à travers la visite guidée d’une des rues les plus pauvres du quartier juif de la ville, la rue Smocza (Smotshè en yiddish). Pour cela, il s’est plongé dans la presse yiddish, ses annonces, les faits divers, les fragments littéraires…
Les personnages rencontrés – souvent des petites gens, tailleurs, vendeuses au marché… – sont une source essentielle pour l’auteur. Il tente alors de retrouver ce qu’ils sont devenus après 1939 et parvient parfois à retracer qui a été enfermé dans le ghetto, qui y est mort, qui y a combattu durant l’insurrection, etc.

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Je chemine avec ...

 

Livre de Nancy Huston (Entretiens menés par Sophie Lhuillier)

« Je pourrais naturellement dire “je suis écrivaine”, ou “canadienne”, ou “française” ou “femme”, ou “vieille femme”, “du xxe siècle”, “athée”, je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une “identité”, mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité. Alors j’aime répondre : “je suis mon chemin”, à la fois suivre et être, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a menée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un “mais” à toutes les identités. »

Nancy Huston ne serait peut-être jamais devenue l’écrivaine prolifique que nous connaissons si elle n’avait pas vécu ce « cadeau en mal » de la vie, à 6 ans, lorsque sa mère a quitté le foyer en laissant derrière elle ses trois enfants. À dater de cette rupture, la petite Nancy s’est réfugiée dans la compagnie de voix que l’on retrouve dans les personnages de ses romans. Née au Canada, elle s’installe en France à l’âge de 20 ans, côtoie de grands intellectuels et publie ses premiers textes dans les revues féministes des années 1970, avant de s'ouvrir à toutes formes d'écriture : romans et essais, théâtre et livres jeunesse. Régulièrement primés, ses livres explorent avec finesse l’exil, la famille, le nihilisme, l’identité multiple et, surtout, les liens complexes qui unissent drames intimes et grande histoire.

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DE SEBDOU À LA CROIX-ROUSSE - Un paysan contrarié

 

Livre de Omar Hallouche

Un Algérien provincial vivant aujourd'hui en France porte le regard sur sa propre construction. De culture musulmane il a, comme beaucoup d'autres dans ces années qui ont précédé l'Indépendance, reçu une éducation française. Le Paysan contrarié : un titre qui pose en creux cette double assignation identitaire qui a traversé l'enfance et l'adolescence de l'auteur : la première, symbolique, invoque à la fois une origine paysanne fantasmée et une origine citadine bien réelle ; la seconde, objective, établit cette double appartenance culturelle _ arabo-musulmane par son origine familiale et française par l'école _ et qui a entraîné chez lui des conflits de loyauté. A tout prendre, plus que le terme de « paysan » sur lequel elle s'adosse, c'est l'idée de « contrariété » qui caractérise le mieux sa quête identitaire. Loin des problématiques crispées de l'assimilation, des fractures d'identité, de l'appartenance culpabilisante et/ou culpabilisée qui taraudent les revendications d'identité nationale, ce livre dit : voilà quelle a été mon histoire ; elle est double et je n'ai ni à la revendiquer ni à la justifier. Elle n'a pas été facile, mais je suis heureux de la vivre aujourd'hui pour ce qu'elle a été et pour ce qu'elle est. Une parole réconciliatrice puis, au terme du discours, un constat : « L'exil en France ne m'a pas fait Français, il m'a fait citoyen du monde. »

Algérie, ma déchirure

 

Livre de Behja Traversac (aquarelles de Catherine Rossi)

Ce beau livre illustré n’est pas un roman, pas un essai, pas un recueil de poèmes, ni de nouvelles… ce sont des fragments de vie qui ne composent pas une autobiographie mais l’effleurent. Le fragment dans ce groupement de textes […] est une "garantie de liberté" nous dit Denise Brahimi dans sa préface. Illustrés d’aquarelles ou de photos en couleur, ce sont des moments de ce que l’auteure a vécu seule ou avec les siens. Des êtres, des images, des physionomies, des sentiments, des lieux, qui se sont inconsciemment inscrits, en elle, comme un livre à écrire. Alger, Oujda, Portsay… une balade qui nous transporte dans un voyage insolite. Les personnages de ces mémoires, sont aussi les témoins de ce que fut une partie, peu connue, des profondeurs de la société algérienne. Les quelques arpents de leurs vies dont l’auteure a tenté d’esquisser la photographie, seulement la photographie, chassent les vieilles images qui collaient à la peau des habitants de cette Algérie de la fin du XIXe siècle et du début du XXe où vivait, bien avant les colonisations française et ottomane, une aristocratie traditionnelle avec une histoire et une culture dont on ne rend pas souvent compte. Comme dans toutes les sociétés précapitalistes, avant la ‘‘démocratie’’, ce sont bien ceux-là qui marquent l’histoire. Bien sûr ils ne représentent qu’une frange de la société, mais cette classe-là, ou plutôt cette catégorie de classe, n’est, à notre connaissance, que très rarement évoquée chez les historiens ou les sociologues. Elle appartient aux écrivains. Avec une écriture mêlant prose et poésie dont parle magnifiquement Denise Brahimi, Behja Traversac nous ouvre les voies de l’intime lorsqu’il tend à l’universel.

L'autre langue des femmes

 

Livre de Léonora Miano « L’ “autre” langue des femmes, c’est la parole qui émerge lorsqu’elles se définissent pour ce qu’elles sont, pas en fonction de ce qui leur est infligé.
Ce langage fut toujours parlé en Afrique, continent qui enfanta des  dynasties de “grandes royales”, contredisant ainsi la posture victimaire d’un  certain activisme occidental.
S’appuyant sur l’histoire, les mythes, spiritualités et pratiques sociales des Subsahariennes, l’auteur nous initie à un riche matrimoine qui révèle  la variété des potentialités féminines.
Les femmes impressionnantes dont elle nous conte les aventures  régnèrent sur des sociétés patriarcales, donnèrent une terre à leur peuple  en exil, firent du plaisir sexuel un droit, s’engagèrent dans les luttes  anticoloniales qu’elles financèrent souvent grâce à leur fortune personnelle,  furent conscientes de leur valeur en tant qu’individus souverains.
Pourtant, la riche expérience des Africaines subsahariennes reste  méconnue. Sans s’identifier à ces femmes ni voir en elles des références, on  entend leur prescrire un modèle d’émancipation.
La “sororité” reste une vue de l’esprit, compte tenu des rapports de  domination existant entre femmes. L’histoire a doté les unes d’un pouvoir  symbolique, politique et économique dont les autres ne jouissent pas.  Cette dissymétrie fondamentale est occultée par la centralité conférée à la  question de l’hégémonie masculine, censée définir et fédérer les femmes.
Des rapports entre elles, reproduisant l’association de la cavalière et de  la jument, permettent-ils de faire cause commune ? » L.M

Le grand roman de l'écriture

 

Livre de Pierre Ménard

L’écriture, en dépit de son apparente simplicité, nécessite une certaine maîtrise avant de donner des résultats probants. Mieux vaut donc s’armer d’un guide pour affronter la page blanche. Bien qu’il n’existe pas de recette miracle pour atteindre les sommets de la littérature, quelques tours permettent de s’améliorer notablement. À travers les écrits et les témoignages de romanciers, d’éditeurs, d’essayistes ou de critiques, cet ouvrage propose une plongée dans les coulisses de la création littéraire, de l’idée originelle à la publication. Au-delà des éléments utiles à tout auteur en devenir, cette promenade libre et divertissante offrira aux curieux un aperçu singulier des arrière-cuisines de la littérature. Loin de la légende du génie inspiré par sa muse, les affres de la conception et les secrets des écrivains s’y révèlent dans toute leur ampleur. D’aveux en anecdotes et d’analyses en archives, le lecteur découvrira les méthodes employées par Balzac, Hugo, Flaubert, les terribles frères Goncourt, Marguerite Yourcenar ou Marguerite Duras, mais aussi nos contemporains. Antonin Baudry, François Bégaudeau, Charles Dantzig, Marie Darrieussecq, François-Henri Désérable, David Foenkinos, Jérôme Garcin, Alexis Jenni, Maylis de Herangal, Lola Lafon, Olivia de Lamberterie, Hervé Le Corre, Nicolas Mathieu, Amélie Nothomb, Camille Pascal, Éric Reinhardt, Tatiana de Rosnay et bien d’autres ont accepté de livrer leurs conseils. Pierre Ménard est l’auteur de plusieurs essais, dont Les Infréquentabtes frères Goncourt (2020).

Les vies de Jacob

 

Livre de Christophe Boltanski 369. C’est le nombre de Photomatons que Jacob B’rebi a pris de lui-même entre 1973 et 1974. À quoi pouvaient bien servir ces selfies d’avant l’heure qui montrent tantôt un visage troublé, tantôt un rire forcé, qui paraissent si familiers et lointains en même temps ? Sont-ils l’expression d’une coquetterie, d’un humour solitaire ou la clé d’un mystère ?
Lorsque Christophe Boltanski ouvre cet album ramassé aux puces, il est aussitôt aspiré par ces figures sorties d’un conte de Lewis Carroll. L’homme s’est réinventé en de multiples personnages, l’un barbu, l’autre glabre, l’un en uniforme, l’autre en chemisette décontractée. Acteur, steward, espion ? Les détails pourraient devenir des indices – ou des trompe-l’œil. Au dos des clichés, des adresses nourrissent encore l’énigme, de Rome à Bâle, de Marseille à Barbès ; quant aux prénoms ou diminutifs, ils ressemblent à des alias.

Christophe Boltanski veut comprendre qui fut cet homme. Son besoin de savoir le conduit dans des échoppes à l’abandon, des terrains vagues, des docks déserts, des lieux ultra-sécurisés, puis dans les cimetières de Djerba, et enfin en Israël, aux confins du désert du Néguev ou au pied du mont Hermon. Patiemment, l’auteur reconstitue les vies vécues et rêvées de Jacob, où se mêlent paradis perdu, exil, désirs de vengeance, guerres et ambitions artistiques. Peu à peu, la quête s’approche du mythe, celui d’un homme qui recherche une terre pour oublier les arrachements de l’enfance, mêle instinct de fuite et de liberté, dans l’espoir de se réconcilier avec la mort et avec la vie.

Après  La Cache  qui a reçu le prix Femina et  Le Guetteur, Christophe Boltanski élargit son exploration littéraire à un anonyme, si représentatif d’une France prise par les violences de l’Histoire, où l’existence individuelle oscille entre goût du secret et quête de sens. Une épopée contemporaine, où l’émotion saisit le lecteur page à page. [Christophe Boltanski : Les vies de Jacob, « un roman-photo »,, sur le site DIACRITIK, le 27/09/2021] [Séries à suivre, sur le site de EN ATTENDANT NADEAU, le 29/09/2021]
LesViesDeJacobLesViesDeJacob [133 Kb]

Dire Aubervilliers : Souvenirs et regards de Nicole et Mario

 

Livre de Maryse Emel & François Hiniger (Photographies)

Aubervilliers n'est pas que misère.
Pour tenir un autre discours Mario et Nicole ont sorti les photos
François l'appareil photo
Maryse a écrit
Premier chapitre d'une rencontre intime avec la ville

A partir des souvenirs des témoins du passé et des photographies, Maryse Emel enchevêtre les récits et fait le portrait des habitants d'Aubervilliers.

[Une recension sur le site NONFICTION.fr, le 22/09/2021]

Violence(s)

 

Livre de Paule Andrau

Au début, elles étaient trois, une trinité niée, une trinité sans autre lien que la souffrance et le lieu de souffrance où elles se trouvaient rassemblées, l’hôpital. Elles n’ont pas de nom : elles en ont si peu pour les autres, comment en auraient-elles un pour elles-mêmes ? Mises bout à bout, les bribes de leur destin se sont constituées en un continent sinistré : paroles de femmes jamais dites, bruits intérieurs aux femmes quand elles se taisent, quand elles deviennent invisibles aux autres, quand elles attendent. Car elles passent leur vie à attendre : leurs hommes, leurs enfants, leur vie même. Attendre. 

Et cette trinité, paradigme de la femme moderne, s’est étoffée : elle s’est trouvée des disciples, douze autres, celles niées, rabaissées, humiliées, frappées, violées, torturées, avant d’être tuées, juste parce qu’elles « sont femmes », celles dont on parle dans nos journaux et qu’on oublie mais dont le cri de mort retentit sans cesse tout au long de la journée des autres femmes. À travers ces paroles, ces cris interdits par toutes les conventions et les représentations de la femme qu’on diffuse au quotidien, elles témoignent de la violence qu’appelle partout cet « état de femme ». Toutes, même celles dont on dit qu’elles « ont réussi », savent combien d’épreuves elles ont dû surmonter au nom du « genre » auquel elles appartiennent.

Ce roman qui les arrache à Twitter et Facebook les fait entrer dans la littérature pour ce qu’elles sont : des héroïnes du quotidien que sauvent leur courage et leur force de résilience, au bout du chemin. 

Agrégée de lettres classiques et professeur de chaire supérieure, Paule Andrau a longtemps enseigné la littérature. Elle n’a pas écrit jusqu’ici : un travail passionnant, une famille, une maison, et peut-être aussi des barrières longues à tomber. Quand c’est venu, c’est venu par lambeaux, des bribes de destins sur les tickets de caisse des grandes surfaces. Elle a orchestré cette “partition” en imaginant ces histoires morcelées et inaudibles.

[Une recension dans EN ATTEN DANT NADEAU, le 22/09/2021]

Violence(s)Violence(s) [127 Kb]

Saint-Phalle, monter en enfance

 

Livre de Gwenaëlle Aubry

Redécouvrir Saint Phalle ? C’est partir, avec Gwenaëlle Aubry, explorer un jardin, un ailleurs, où l’adulte annule la distance avec l’enfance, où l’artiste s’exprime de tout son corps, de tout son regard. Cet ailleurs, avec ses sculptures monumentales et miroitantes, se situe à mi-chemin entre Pise et Rome:  «  Il Giardino dei Tarocchi  ». « Le Jardin des Tarots », car la vie est jeu, la vie est pari, elle est une réponse énigmatique et ritualisée aux violences de l’enfance.

Niki de Saint Phalle a été violée par son père à onze ans, pendant « l’été des serpents », et maltraitée par sa mère. De ce saccage inaugural, elle est sortie victorieuse, déterminée à « voler le feu aux hommes » et à « faire la révolte ».  Elle a peint à la carabine, créé des Accouchées sanglantes et des Mariées livides, des Nanas bariolées et des Skinnies filiformes, des Black Heroes, des films hallucinés. Avec Jean Tinguely, elle a inventé « 36 000 façons d’être déséquilibrés ».  Le Jardin est son Grand Œuvre, son « destin », où rage et rêve se mêlent dans des figures vengeresses mais aussi magiciennes. En les sculptant, elle a rencontré La Force, Le Magicien, Le Soleil, La Papesse, Le Fou, La Mort, Le Monde. Elle a vécu dans L’Impératrice.

[Le 20 janvier 2022, rencontre aux BOUILLONS d'Angers]

L'intranquille

 

BD de Joseph Kai

Beyrouth, 30 ans après la fin de la guerre civile et quelques mois avant la catastrophe d’août 2020, Samar, jeune auteur de bande dessinée, entame un nouveau projet dont il peine à imaginer la suite.

Entre rêves angoissés, souvenirs d’enfance, expériences amoureuses et déambulations dans le Beyrouth des artistes et des milieux queer, il raconte ses difficultés à vivre dans un contexte incertain qui le plonge dans un état d’appréhension permanente. À travers son regard anxieux, c’est le regard de toute une communauté que l’on suit dans une ville aux couleurs et aux humeurs changeantes.

LIntranquilleLIntranquille [142 Kb]

Ombres portées -Souvenirs et vestiges de la guerre de mon père

 

Livre de Ariana Neumann

Une enquête familiale bouleversante, rythmée comme un roman d'espionnage.

À Caracas, dans le vaste domaine familial, Ariana Neumann, huit ans, joue à l'espionne. En fouillant dans les affaires de son père, Hans, elle trouve une pièce d'identité. Elle reconnaît son
père jeune homme, mais il porte un autre nom. Effrayée, elle tait cette découverte et s'efforce de l'oublier.
Des années plus tard, à la mort de son père, Ariana retrouve ce mystérieux document dans une boîte contenant des photos, des lettres et d'autres souvenirs de la jeunesse de celui-ci à Prague. Elle mettra près d'une décennie à trouver le courage de faire traduire cette correspondance. Ce qu'elle découvre la propulse dans une quête pour découvrir l'histoire de sa famille, la vérité sur son père et les raisons de son silence...

["Une fille résout l’incroyable énigme de la survie de son père pendant la Shoah"]

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Madeleine, résistante (Tome 1 - la rose dégoupillée)

 

BD de Madeleine Riffaud, JD Morvan & Dominique Bertail

Le tome 1 couvre l'enfance de Madeleine Riffaud et son engagement dans la Résistance

La petite Madeleine Riffaud, née en 1924, vit heureuse avec son grand-père et ses parents instituteurs. Du moins, jusqu'à ce que la Seconde Guerre mondiale n'éclate, que l'Exode ne jette la famille sur les routes et que l'adolescente, atteinte de tuberculose, soit envoyée dans un sanatorium perché dans les Alpes. Pourtant, Madeleine est bien résolue à réaliser un projet fou et nécessaire : trouver des résistants et lutter contre l'occupant. Elle y parviendra, sous le nom de code "Rainer". Son entrée dans la Résistance ne sera que le premier acte d'un destin exceptionnel qu'elle raconte aujourd'hui dans une première trilogie nourrie des milliers de détails d'une mémoire qui n'a rien oublié...

lES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’UN JUIF REVOLUTIONNAIRE

 

Livre d'Alexandrer Thabor

Alexandre Thabor, aujourd’hui âgé de 92 ans, nous livre l’incroyable récit que lui a fait son père, Sioma, il y a quelques décennies : celui de sa vie, de ses combats et de son amour pour sa femme, Tsipora, morte en déportation à Auschwitz.

Il nous plonge dans les plus grands conflits du XXe siècle :

  • au cœur de la Révolution russe à Odessa ;
  • au sein des Brigades internationales pendant la guerre civile espagnole ;
  • comme prisonnier dans les camps du régime de Vichy ;
  • aux côtés des partisans de la création d’un État d’Israël binational

Un récit époustouflant, épique et sentimental qui nous fait voyager à travers l’histoire et les continents.

Une aventure intérieure aussi, celle d’un homme qui voit s’effondrer ses idéaux de paix, de justice et de fraternité.

Alors qu’il ne signe plus de préface, Edgar Morin a fait cette fois une exception :

« Lorsqu’Alexandre Thabor m’a proposé de lire son livre, j’ai dans un premier temps été ému et bouleversé par son récit […]. Quand un matin je l’eus terminé, j’étais sous le choc d’une émotion d’une extraordinaire intensité. » Edgar Morin, extrait de la préface.

L’auteur. Né en 1928 à Tel Aviv, Alexandre Thabor a été caché pendant l’Occupation par des dominicains suisses, puis il a participé à la création de l’État d’Israël et s’est établi en France où il a travaillé au ministère de l’Économie avec des proches de Pierre Mendès France, avant de retourner s’installer à Tel Aviv. Il vit aujourd’hui à Montpellier.

Lettres aux jeunes poétesses

 

Livre Initié et préfacé par Aurélie Olivier

Vingt et une poétesses francophones racontent ce qu’est écrire et être une femme ou une personne non binaire aujourd’hui. Vingt et une poétesses, musiciennes, slameuses : Une armée de guerrières, agentes de leurs propres désirs, qui avance, prend la parole, confie ses combats et délivre la poésie de ses représentations traditionnelles. Ces lettres font de l’écriture une matière vivante et politique. Elles disent un désir de transmission, un rêve de l’autre, l’histoire d’une reconquête de soi. Un recueil inspirant et animé d’une vigueur plurielle et sensible, destiné à toutes et à tous. À qui souhaite faire une place à l’écriture dans sa vie. 

 

HISTOIRES DE VIE ET RAPPORT AU VÉGÉTAL - Écobiographie en formation

 

Livre sous la direction de Ctaherine Schmutz

Ont participé à cet ouvrage : Orane Bischoff, Isabelle Chicot, Gabrielle Coulombe, Odile Descamps, Pascal Galvani, Marie-Christine Josso, Debora Kapp, Martine Lani-Bayle, Jocelyne Maire, Monique Pauchard-Kipfer, Gaston Pineau, Catherine Schmutz-Brun

Cet ouvrage sur les histoires de vie avec les végétaux propose une méthodologie nouvelle de recherche-formation : l’éco-biographie comme mouvement d’intério-risation écoformative, de socio-construc-tion écologique et de cosmogénèse planétaire. Les écobiographies des dif-férents contributeurs relatent l’histoire de leurs expériences vécues avec la vie végétale, explicitent des liens, des ap-prentissages, des processus de prises de consciences impliquant un véritable mouvement écoformatif. Les récits sont jalonnés de merveilleux souvenirs de jar-dins, mais aussi de laborieux travail terre-à-terre et de dures luttes éco-citoyennes. Ce mouvement écoformatif est d’autant plus manifeste en 2021 qu’il a été soumis à une pandémie virale qui a impacté les modes de vie des humains et remis en question leurs rapports à la nature Ces récits font éclater la vision myope de la vie végétative comme vie inactive.

Le dérisoire tremblement des femmes

 

Livre de Salma Kojok

Un roman sur la condition féminine en Afrique de l'Ouest ou comment se comporter lorsqu'on est méditerranéenne et qu'on atterrit à Dakar et Abidjan Jeune fille, Dounia prend le bateau de Beyrouth pour retrouver son mari Farid émigré en Côte d'Ivoire. À travers son récit de vie, mêlé à celui de sa fille, ce roman raconte ce que fait l'exil aux corps des femmes et à leurs langages.

L'écriture, à la fois simple et sublime, véhicule des couleurs, des parfums, des caresses, des regards, saisissant l'éphémère dans la lumière posée sur les visages ou sur les objets. Elle donne à voir ce que cache souvent la prose, ce plomb chargé de mots, de vocables, de tout ce fatras grammatical derrière lequel, d'ordinaire, se dérobe et s'efface l'écrivain. Là, rien de tel. Tout est dit dans la magie des silences, des retraits et des interrogations qui réinventent la langue du roman.

[Entretien avec l''autrice le 12/09/201]

[Recension dans L'ORIENT-LE JOUR, le 27/01/2020]

dernière oasis

 

Livre de Charif MAJDALANI

Un spécialiste libanais de l’archéologie orientale est invité dans le nord de l’Irak par un certain général Ghadban à expertiser diverses pièces antiques. Il est reçu au milieu de plantations qui sont comme une oasis dans le désert, un îlot hors du temps, où il attend son mystérieux hôte en méditant sur la splendeur des paysages et sur l’origine des pièces qu’il soupçonne d’être liées à un important trafic d’art. Mais en ce début d’été 2014, à la veille du déferlement de violence en Irak, ce lieu d’apparence si paisible, occupé par l’atypique brigade du général Ghadban, entouré d’un côté par les forces kurdes et de l’autre par les djihadistes de Daech, se retrouve aux avant-postes de grands bouleversements – autant dire que sa sereine beauté est digne du calme qui précède la tempête.
Sur les trésors à jamais perdus et sur la marche erratique de l’Histoire, Charif Majdalani signe un singulier roman d’aventures, aussi contemplatif et nostalgique que captivant, qui confronte le vain fracas humain à la bouleversante puissance de l’art et à l’immuable indifférence de la nature.

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Changer : méthode

 

Livre d'Edouard Louis

« Une question s’est imposée au centre de ma vie, elle a concentré toutes mes réflexions, occupé tous les moments où j’étais seul avec moi-même : comment est-ce que je pouvais prendre ma revanche sur mon passé, par quels moyens ? J’essayais tout. » É. L.

Un récit autobiographique en deux parties. L'auteur s'adresse dans un premier temps à son père. Il évoque son arrivée au lycée, la confrontation à une classe sociale plus aisée et la nécessité pour lui de se réinventer, avec l'aide de son amie, Elena. La seconde partie est adressée à Elena et relate l'arrivée à Paris, les études, l'émancipation et la recherche du bonheur.

["Je voudrais que les gens braquent la société comme on braque une banque", interview de l'auteur sur France Inter, le 15/09/2021]

Seule en sa demeure

 

Livre de Cécile Coulon

Cécile Coulon nous plonge dans les affres d’un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid de Candre Marchère, un riche propriétaire terrien du Jura. Pleine d’espoir et d’illusions, elle quitte sa famille pour le domaine de la Forêt d’Or. Mais très vite, elle se heurte au silence de son mari, à la toute-puissance d’Henria, la servante. Encerclée par la forêt dense, étourdie par les cris d’oiseaux, Aimée cherche sa place. La demeure est hantée par le fantôme d’Aleth, la première épouse de Candre, morte subitement peu de temps après son mariage. Aimée dort dans son lit, porte ses robes, se donne au même homme. Que lui est-il arrivé ? Jusqu’au jour où Émeline, venue donner des cours de flûte, fait éclater ce monde clos. Au fil des leçons, sa présence trouble Aimée, éveille sa sensualité. La Forêt d’Or devient alors le théâtre de désirs et de secrets enchâssés.
"Seule en sa demeure" est une histoire de domination, de passions et d’amours empêchés.

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Rien ne t'appartient

 

Livre de Nathacha Appanah

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n’aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c’est elle qui me fait danser nue. »
Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.
À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

|un entretien sur France Inter, le 10/09/2021]

la maison qui m'habite encore

 

Livre de photographies d'Aassmaa Akhannouch - Préface de Sylvie Hugues

[Photos exposées à Arles en 2021 - Prix HSBC 2021]

Aassmaa Akhannouch s’est inspirée de la maison de son enfance, située au Maroc, pour réaliser cette série qui explore ses souvenirs. La photographe nous fait revivre l’esprit des lieux en rejouant des scènes, tels des moments suspendus, dans cette maison où demeurent le vieux téléviseur hors service, le téléphone qui ne sonnera plus, la robe depuis longtemps oubliée dans la penderie…
S’ensuit le temps du tirage, un temps long qui mêle techniques et matières. Dans son laboratoire, la photographe passe du négatif au cyanotype, qui sera viré et rehaussé à l’aquarelle afin de souligner quelques détails de l’image. Aassmaa Akhannouch révèle ainsi le temps qui passe et esquisse la vision d’un Maroc intemporel empreint de souvenirs d’enfance universels.

Le goût du Liban

 

Livre collectif - Textes choisis et présentés par Georgia Makhlouf

Le Liban incarne depuis longtemps ce rêve d’Orient qui a poussé les écrivains romantiques à entreprendre le voyage. Lamartine, Nerval, Maurice Barrès et d’autres ont célébré avec lyrisme ses beautés souvent empreintes de spiritualité. Les grandes voix de la littérature libanaises ont elles aussi arpenté ce Liban éternel, mêlant avec brio réel et imaginaire, mémoire et poésie. Si les tourmentes de l’histoire n’ont guère épargné ce pays, elles n’ont pas entamé sa force d’attraction, ni la fascination qu’il exerce sur les écrivains. Ses guerres ont été lues de façon autant réelle que symbolique, ses paysages, ses hommes et ses déchirures ont continué d’inspirer des textes puissants et de magnifiques poèmes. Le Liban contemporain est plus que jamais terre de contrastes. De Dominique Eddé à Hanan el Cheikh, de Samir Kassir à Rabih Alameddine, de Salah Stétié à Vénus Khoury-Ghata, le goût du Liban se cultive entre bruit de pelleteuses et effluves douces-amères de fleurs d’oranger.

["Le goût du Liban envers et contre tout" - un entretien avec Georgia Makhlouf - in agenculturel.com 30/08/2021]

LeGoutDuLibanLeGoutDuLiban [139 Kb]

Mon port de Beyrouth

 

Livre de Lamia Ziadé

Le 4 août 2020, une monumentale explosion dans des entrepôts ravage le port de Beyrouth et les quartiers voisins. Elle fera des centaines de morts et plus de 4000 blessés. Lamia Ziadé a vécu cette catastrophe de trop pour Beyrouth depuis Paris, mais en lien constant avec sa famille et ses amis vivant sur place. Immédiatement, elle a voulu réaliser le carnet intime de cette catastrophe. Saisir dans ses dessins ce qu’elle voyait, ce qu’on lui racontait. Mais elle tient aussi son propre journal dans lequel elle témoigne de son émotion et de sa colère qu’elle partage avec ses compatriotes. Elle restitue la stupeur de l’événement : « Les effets de l’explosion sont incompréhensibles, répondent à un système mystérieux inverse à la logique ». Des verres intacts dans une pièce ravagée, des meubles retrouvés à 200 mètres de l’appartement qui les abritait. « Une sorte de maléfice semble avoir organisé les dégâts. » Lamia Ziadé dessine également les portraits de celles et ceux dont on ne doit pas « oublier les visages souriants », des sauveteurs dans les décombres, des victimes, mais aussi des politiques conspués.

Les Epreuves de la vie - Comprendre autrement les Français

  Livre de Pierre Rosanvallon

La vraie vie des Français n’est pas dans les théories générales ou les moyennes statistiques. Les principaux mouvements sociaux des dernières années, des manifestations sur les retraites aux Gilets jaunes ou au phénomène #MeToo, n’ont guère été éclairés par l’étude des structures globales de la société. Les nouvelles géographies des fractures politiques et l’instauration d’un climat de défiance ont certes été bien documentées. Mais la nature des attentes, des colères et des peurs dont elles dérivent n’a pas encore été déchiffrée.
Cet essai propose des outils pour ouvrir et décrypter cette boîte noire. Il se fonde pour cela sur une analyse des épreuves auxquelles les Français se trouvent le plus communément confrontés au quotidien. C’est en partant notamment des expériences vécues du mépris, de l’injustice, des discriminations et de l’incertitude que l’on peut comprendre autrement la société. Les émotions qui les accompagnent expliquent en effet au premier chef les comportements des femmes et des hommes d’aujourd’hui : ceux-ci ne se déterminent dorénavant plus en fonction de leurs seuls intérêts « objectifs ». Une autre manière de réagir aux événements et de produire du commun se fait donc ainsi jour.
Cette approche permet d’appréhender de façon originale la désaffection contemporaine pour la politique existante et indique la direction d’un véritable projet d’émancipation. Les Épreuves de la vie ouvre de cette façon une nouvelle étape du travail de l’auteur consacré à la redéfinition de la question sociale et aux conditions de l’approfondissement de la vie démocratique.
Parce qu’un essai vaut autant par le constat dressé que par les renouvellements esquissés, le texte de Pierre Rosanvallon est discuté et prolongé par quatre « rebonds et explorations » d’Aurélie Adler, Nicolas Duvoux, Emmanuel Fureix et Gloria Origgi, dans une démarche d’intelligence collective.

"C'est l'arrogance des puissants qui fait descendre les peuples dans la rue" (extrait entretien paru dans LIRE n0499-septembre 2021)