Télévision

"Les misérables" et Victor Hugo - Au nom du peuple

 

Diffusé sur ARTE le 28 octobre 2021, ce documentaire est disponble jusqu'au 4 avril 2022 sur ARTE. tv 

La prodigieuse genèse d’un monument de la littérature mondiale, trop souvent réduit à son succès populaire, raconte aussi la conversion tourmentée de son auteur, Victor Hugo, à l’idéal de progrès social. 

"Partout où l’homme désespère, le livre Les misérables frappe à la porte et dit : 'Ouvrez-moi, je viens pour vous !'", écrivait Victor Hugo. Livre somme, roman d'un peuple, œuvre repère universelle, ce monument de la littérature de quelque 1 500 pages, incontournable dans les programmes scolaires, autant adapté sur scène qu’au cinéma, retrace l’épopée rédemptrice du forçat Jean Valjean, devenu porte-voix de tous les damnés de la terre. Vouée aux gémonies à sa parution en 1862 − "un livre immonde et inepte !", tranchera Baudelaire –, fustigée pour son sentimentalisme, l’œuvre, qui menace l’ordre établi, affole les puissants et donne de l’espoir aux opprimés, en exaltant les barricades : "Parfois, insurrection, c’est résurrection !" Mais sa genèse au long cours (plus de quinze ans de chantier) recouvre aussi la conversion, douloureuse et totale, du conservateur Victor Hugo, pair de France assis sur une gloire précoce, aux idéaux de progrès social. Car l’écrivain député, qui consignait déjà dans Choses vues des scènes de la misère ordinaire, de la maltraitance des femmes et des enfants à la pauvreté des classes laborieuses, doit bientôt s’exiler dans les îles anglo-normandes à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Une période de purgatoire où, entre contemplation, peinture et séances de spiritisme, Hugo l’humaniste doute avant d’exhumer, en 1859, son manuscrit inachevé du fond d’une malle pour l’emmener, dans un souffle puissant, jusqu’aux sommets.

Les liaisons scandaleuses

 

Jusqu'au 14 mars 2022 sur ARTE.tv 

C'est à la veille de la Révolution, en 1782, que paraît "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos : ce volet de la série documentaire "Les grands romans du scandale" propose une éclairante anatomie de ce chef-d’oeuvre, à la fois manuel libertin et satire sociale. 

"Le vice monstrueux s’y fait voir dans toute sa difformité." À sa publication en 1782, Les liaisons dangereuses scandalise et déchaîne les passions. On le lit sous le manteau et dans les alcôves pour mieux s’offusquer de son parfum de soufre et de ses allusions sexuelles. Composé de 175 lettres d’un duo machiavélique d’aristocrates − partenaires puis ennemis −, le roman, brillant traité de libertinage, entremêle dans une langue raffinée amour, vengeance et manigances. Jugé immoral, le livre est surtout voué aux gémonies comme corrupteur d’âmes, celle des jeunes filles en particulier. Plus encore que le vicomte de Valmont, séducteur débauché, la diabolique marquise de Merteuil sidère et dérange. Manipulatrice à l’intelligence redoutable, cette veuve et amante blessée, qui aspire au pouvoir des hommes, se bat pour le conquérir dans une guerre des sexes sans merci, menant le jeu au fil d’intrigues sophistiquées. À travers cette héroïne du XVIIIe siècle, jusque-là sans équivalent en littérature, Choderlos de Laclos dénonce la domination masculine − qu’illustre aussi cruellement le viol par Valmont de la jeune Cécile de Volanges, pour laquelle Mme de Merteuil exprime, à son tour, un désir à peine voilé. Car en homme des Lumières et lecteur de Rousseau, l’auteur dresse, dans ce roman épistolaire virtuose, le portrait d’une société hiérarchisée délétère que seule une révolution serait en mesure de réformer.

Le procès d'Emma Bovary

 

Jusqu'au 14 mars 2022, sur ARTE Replay, un documentaire sur le procès intenté à Gustave Flaubert et son héroïne transgressive, et raconte également la mise au pilori des femmes par une société patriarcale conservatrice dominante.

Le 31 janvier 1857, Gustave Flaubert prend place au banc des accusés de la sixième chambre correctionnelle de Paris pour outrage à la morale publique et à la religion. L’accusée, la vraie, c’est, à travers lui, Emma Bovary, héroïne aux mille visages et mille désirs, coupable sans doute d’une impardonnable envie de vivre. Le procureur Ernest Pinard, porte-parole d’une époque conservatrice, qui avait su déceler la profondeur subversive du roman malgré les nombreux retraits entre le scénario (autrement plus salé) précédemment établi par l’écrivain et la version définitive, le dit lui-même : Emma Bovary exerce "une domination sur tous les hommes qui l’entourent". Exercer une domination sur les hommes ? Et ainsi échapper à sa condition ? Il n’en faut pas plus pour mobiliser la société patriarcale et conservatrice de l’époque, qui craint plus que tout de voir son ordre social remis en cause. Flaubert sera acquitté ; le scandale rendra Emma immortelle.

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Le Temps retrouvé

 

Jusqu'au 30/04/2022 sur ARTE.tv, un documentaire sur Proust

1922, Marcel Proust sur son lit de mort regarde des photos et se remémore sa vie. Sa vie, c'est son oeuvre et les personnages de la réalité se mélangent avec ceux de la fiction et la fiction prend peu à peu le pas sur la réalite. Tous ses personnages se mettent à hanter le petit appartement de la rue Hamelin et les jours heureux de son enfance alternent avec les souvenirs plus proches de sa vie sociale et littéraire.

Condamné par l'asthme qu'il a combattu toute sa vie, Marcel Proust, alité et reclus, lutte désormais pour prendre la mort de vitesse et terminer son œuvre, assisté et soigné par sa gouvernante, Céleste. Alors qu'il contemple des photos, le passé envahit peu à peu la chambre : voici Odette (Catherine Deneuve), de Forcheville par mariage, faisant une entrée éblouissante dans le salon de Mme Verdurin (Marie-France Pisier), où Morel (Vincent Perez) s'amuse à jouer Beethoven pour narguer le sentiment antiallemand de la haute société. Voici Marcel, enfant, faisant tourner sa lanterne magique pour voir Geneviève de Brabant, ancêtre de cette duchesse de Guermantes (Édith Scob) dont la robe et les souliers rouges vont le fasciner. Voici Saint-Loup (Pascal Greggory) et son éternel monocle, contemplant dans un minicinéma portatif la boucherie de la Grande Guerre. Voici Marcel encore (Marcello Mazzarella), élégant monsieur moustachu, prenant le thé à Combray avec Gilberte (Emmanuelle Béart) et se rappelant le geste obscène qu'elle lui a adressé lors de leur première rencontre enfantine. Voici Marcel toujours, adolescent naïf, scrutant la plage de Cabourg avec exaltation depuis la salle à manger de l'hôtel tandis qu'un baron de Charlus juvénile (John Malkovich) le dévisage insolemment…

Georges Perec, l'homme qui ne voulait pas oublier

 

Le vendredi 25 février 2022 à 22h30 sur France 5

En 1965, un inconnu de 29 ans nommé Georges Perec, voit son destin basculer le jour où il obtient le prix Renaudot. En quinze ans et une courte vie, il va devenir un des plus grands écrivains français du XXe siècle. Comment cet orphelin juif, sorti perdu et sans repères de la Seconde Guerre mondiale a-t-il pu accéder aussi rapidement au panthéon de la littérature ? Qui se cache derrière cet homme aux yeux d'enfants qui n'a jamais voulu parler de lui directement dans ses livres ? Pourquoi a-t-il laissé tous ces indices, tels des petits cailloux pour suivre sa trace ? Riche d'archives télévisuelles et photographiques, d'extraits de films et de documents personnels inédits, ce documentaire reconstitue et questionne tel un puzzle, le destin d'un homme et d'une création littéraire uniques.

Exterminez toutes ces brutes

 

Un film en quatre parties de Raoul Peck

Après sa projection en salles et à la télévision, ce film reste disponble en replay sur ARTE.tv jusqu'au 31 mai 2022

"Exterminez toutes ces brutes est un voyage dans le temps qui revisite de manière radicale l’histoire du colonialisme européen. Repoussant les frontières du film documentaire, Raoul Peck organise une structure dramatique implacable, faite d’images d’archives et de séquences scénarisées, tout en nous guidant à travers les heures les plus sombres de l’humanité. En quatre épisodes, et en s’appuyant sur les livres de Sven Lindqvist, Roxanne Dunbar-Ortiz et Michel-Rolph Trouillot, le cinéaste déconstruit la fabrication et les silences de l’histoire, cette Histoire dont l’Occident a constamment tordu les réalités. Il met à jour, sans compromis, l’idéologie du suprémacisme blanc et du racisme, obligeant le spectateur à repenser sa propre histoire intime et officielle."

Gens de Dublin

 

Sur ARTE.tv jusqu'au 03/02/2022

Cette somptueuse adaptation de la nouvelle de James Joyce "Les morts", tirée du recueil qui donne au film son titre français, est la dernière réalisation de John Huston. Méditation limpide sur la mort, le temps et le secret, magnifiquement mise en scène et interprétée, entre autres, par la fille du cinéaste, ce chef-d'œuvre est porté par la modestie. Car le réalisateur n'y cherche pas à se montrer l'égal du génie littéraire qu'il admire, mais obéit "au désir d’entendre une dernière fois un texte aimé", comme le soulignait "Les cahiers du cinéma" à la sortie du film. Cette ultime entreprise boucle de façon exemplaire une œuvre immense, éclectique et humaniste. Tourné dans la patrie de ses origines, l'Irlande, par un homme à bout de force, constamment sous perfusion sur le plateau, ce film bouleversant résonne comme son adieu à la vie et son testament spirituel. 

Le monde de Marcel Proust

 

Jusqu'au 5 février 2022, sur ARTE Replay, un documentaire tissé d’archives, des souvenirs de Céleste Albaret, la célèbre gouvernante de l'écrivain, et de lectures d’extraits donne vie à l’éblouissant tableau d’une époque engloutie que constitue "À la recherche du temps perdu".

Faisant dialoguer des photographies et films d’époque – dont, en leitmotiv, la sortie d’une messe de mariage où apparaît une silhouette qui pourrait être celle de Marcel Proust – avec la voix de Céleste Albaret et des lectures d’extraits savamment choisis, Thierry Thomas part, dans les pas de l’écrivain disparu il y a bientôt un siècle, le 18 novembre 1922, à la recherche de ce "temps perdu" qu’il a magistralement sauvé de l’oubli. Arpentant le quartier parisien de la Madeleine (l’auteur y écrivait dans sa chambre tapissée de liège du 102 boulevard Haussmann, reconstituée au musée Carnavalet), la promenade de Cabourg ou encore sa villégiature d’enfance dans les environs de Chartres, rebaptisée Illiers-Combray en son honneur, ce documentaire élégant nous plonge dans une époque révolue pour donner vie au monument de la littérature qui a fini par l’incarner tout entière dans nos imaginaires. 

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