Télévision

Le Temps retrouvé

 

Jusqu'au 30/04/2022 sur ARTE.tv, un documentaire sur Proust

1922, Marcel Proust sur son lit de mort regarde des photos et se remémore sa vie. Sa vie, c'est son oeuvre et les personnages de la réalité se mélangent avec ceux de la fiction et la fiction prend peu à peu le pas sur la réalite. Tous ses personnages se mettent à hanter le petit appartement de la rue Hamelin et les jours heureux de son enfance alternent avec les souvenirs plus proches de sa vie sociale et littéraire.

Condamné par l'asthme qu'il a combattu toute sa vie, Marcel Proust, alité et reclus, lutte désormais pour prendre la mort de vitesse et terminer son œuvre, assisté et soigné par sa gouvernante, Céleste. Alors qu'il contemple des photos, le passé envahit peu à peu la chambre : voici Odette (Catherine Deneuve), de Forcheville par mariage, faisant une entrée éblouissante dans le salon de Mme Verdurin (Marie-France Pisier), où Morel (Vincent Perez) s'amuse à jouer Beethoven pour narguer le sentiment antiallemand de la haute société. Voici Marcel, enfant, faisant tourner sa lanterne magique pour voir Geneviève de Brabant, ancêtre de cette duchesse de Guermantes (Édith Scob) dont la robe et les souliers rouges vont le fasciner. Voici Saint-Loup (Pascal Greggory) et son éternel monocle, contemplant dans un minicinéma portatif la boucherie de la Grande Guerre. Voici Marcel encore (Marcello Mazzarella), élégant monsieur moustachu, prenant le thé à Combray avec Gilberte (Emmanuelle Béart) et se rappelant le geste obscène qu'elle lui a adressé lors de leur première rencontre enfantine. Voici Marcel toujours, adolescent naïf, scrutant la plage de Cabourg avec exaltation depuis la salle à manger de l'hôtel tandis qu'un baron de Charlus juvénile (John Malkovich) le dévisage insolemment…

"Les misérables" et Victor Hugo - Au nom du peuple

 

Diffusé sur ARTE le 28 octobre 2021, ce documentaire est disponble jusqu'au 4 avril 2022 sur ARTE. tv 

La prodigieuse genèse d’un monument de la littérature mondiale, trop souvent réduit à son succès populaire, raconte aussi la conversion tourmentée de son auteur, Victor Hugo, à l’idéal de progrès social. 

"Partout où l’homme désespère, le livre Les misérables frappe à la porte et dit : 'Ouvrez-moi, je viens pour vous !'", écrivait Victor Hugo. Livre somme, roman d'un peuple, œuvre repère universelle, ce monument de la littérature de quelque 1 500 pages, incontournable dans les programmes scolaires, autant adapté sur scène qu’au cinéma, retrace l’épopée rédemptrice du forçat Jean Valjean, devenu porte-voix de tous les damnés de la terre. Vouée aux gémonies à sa parution en 1862 − "un livre immonde et inepte !", tranchera Baudelaire –, fustigée pour son sentimentalisme, l’œuvre, qui menace l’ordre établi, affole les puissants et donne de l’espoir aux opprimés, en exaltant les barricades : "Parfois, insurrection, c’est résurrection !" Mais sa genèse au long cours (plus de quinze ans de chantier) recouvre aussi la conversion, douloureuse et totale, du conservateur Victor Hugo, pair de France assis sur une gloire précoce, aux idéaux de progrès social. Car l’écrivain député, qui consignait déjà dans Choses vues des scènes de la misère ordinaire, de la maltraitance des femmes et des enfants à la pauvreté des classes laborieuses, doit bientôt s’exiler dans les îles anglo-normandes à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Une période de purgatoire où, entre contemplation, peinture et séances de spiritisme, Hugo l’humaniste doute avant d’exhumer, en 1859, son manuscrit inachevé du fond d’une malle pour l’emmener, dans un souffle puissant, jusqu’aux sommets.

Les liaisons scandaleuses

 

Jusqu'au 14 mars 2022 sur ARTE.tv 

C'est à la veille de la Révolution, en 1782, que paraît "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos : ce volet de la série documentaire "Les grands romans du scandale" propose une éclairante anatomie de ce chef-d’oeuvre, à la fois manuel libertin et satire sociale. 

"Le vice monstrueux s’y fait voir dans toute sa difformité." À sa publication en 1782, Les liaisons dangereuses scandalise et déchaîne les passions. On le lit sous le manteau et dans les alcôves pour mieux s’offusquer de son parfum de soufre et de ses allusions sexuelles. Composé de 175 lettres d’un duo machiavélique d’aristocrates − partenaires puis ennemis −, le roman, brillant traité de libertinage, entremêle dans une langue raffinée amour, vengeance et manigances. Jugé immoral, le livre est surtout voué aux gémonies comme corrupteur d’âmes, celle des jeunes filles en particulier. Plus encore que le vicomte de Valmont, séducteur débauché, la diabolique marquise de Merteuil sidère et dérange. Manipulatrice à l’intelligence redoutable, cette veuve et amante blessée, qui aspire au pouvoir des hommes, se bat pour le conquérir dans une guerre des sexes sans merci, menant le jeu au fil d’intrigues sophistiquées. À travers cette héroïne du XVIIIe siècle, jusque-là sans équivalent en littérature, Choderlos de Laclos dénonce la domination masculine − qu’illustre aussi cruellement le viol par Valmont de la jeune Cécile de Volanges, pour laquelle Mme de Merteuil exprime, à son tour, un désir à peine voilé. Car en homme des Lumières et lecteur de Rousseau, l’auteur dresse, dans ce roman épistolaire virtuose, le portrait d’une société hiérarchisée délétère que seule une révolution serait en mesure de réformer.

Le procès d'Emma Bovary

 

Jusqu'au 14 mars 2022, sur ARTE Replay, un documentaire sur le procès intenté à Gustave Flaubert et son héroïne transgressive, et raconte également la mise au pilori des femmes par une société patriarcale conservatrice dominante.

Le 31 janvier 1857, Gustave Flaubert prend place au banc des accusés de la sixième chambre correctionnelle de Paris pour outrage à la morale publique et à la religion. L’accusée, la vraie, c’est, à travers lui, Emma Bovary, héroïne aux mille visages et mille désirs, coupable sans doute d’une impardonnable envie de vivre. Le procureur Ernest Pinard, porte-parole d’une époque conservatrice, qui avait su déceler la profondeur subversive du roman malgré les nombreux retraits entre le scénario (autrement plus salé) précédemment établi par l’écrivain et la version définitive, le dit lui-même : Emma Bovary exerce "une domination sur tous les hommes qui l’entourent". Exercer une domination sur les hommes ? Et ainsi échapper à sa condition ? Il n’en faut pas plus pour mobiliser la société patriarcale et conservatrice de l’époque, qui craint plus que tout de voir son ordre social remis en cause. Flaubert sera acquitté ; le scandale rendra Emma immortelle.

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Retour à Reims

 

Une adaptation du récit de Didier Eribon. Prochaine diffusion sur ARTE le 13 décembre 2021 à 01h50.

Jean-Gabriel Périot raconte l’histoire douloureuse et politique des ouvriers de France, grâce à un foisonnant montage d’archives reliant l’intime au collectif et la voix d’Adèle Haenel.

Comment porter à l’écran "Retour à Reims "(Fayard, 2009) – par ailleurs objet d’une adaptation théâtrale de Thomas Ostermeier en 2017 –, le magistral et tranchant best-seller de Didier Eribon, récit autobiographique et sociologique passant volontiers d’une temporalité à l’autre ? Jean-Gabriel Périot ("Une jeunesse allemande") a rétabli la chronologie et pris comme fil conducteur l’histoire de la classe ouvrière, en s’attachant aux trajectoires des parents de l’auteur, notamment de sa mère. Placée à l’hospice de la Charité quand sa propre mère partit travailler en Allemagne après la défaite de 1940, celle-ci dut renoncer à devenir institutrice. Contrainte par l’institution de se mettre au travail après le certificat d’études, elle devint employée de maison, métier tacitement en butte au harcèlement des maîtres de maison, et épousa un ouvrier. "Les lois de l’endogamie sociale sont aussi fortes que celles de la reproduction scolaire, et étroitement liées à celle-ci", écrira Didier Eribon, au sujet de leur rencontre dans un bal populaire...