Notes, Articles, Entretiens

Notes de lectures, articles, entretiens, presse ...

 

Des articles de membres de l'association ou de personnes extérieures. Des interviews, des entretiens. Ils sont présentés dans l'ordre de réception du plus récent au plus ancien.

Ces textes sont donc toujours personnels et ne reflètent pas "la pensée" de l'association. 

Vous voulez présenter un livre que vous avez aimé ou voire détesté, vous voulez réagir à une note de lecture, vous pouvez envoyer votre texte à cette adresse webmaster@ledireetlecrire.com.  

 

Notes de lecture de notre équipe en tirés à part 

Mohamed Kacimi : « J’entre dans les villes comme on entre dans la mer »

 

Un entretien paru le 28 mars 2022 sur le site L'INVENTOIRE, la revue électronique d'Aleph Ecriture

"Auteur de plusieurs romans, essais, et pièces de théâtre (publiés notamment chez Gallimard et Actes Sud), Mohamed Kacimi parcourt le monde depuis trente ans, pour animer des chantiers d’écriture dans des théâtres et des universités. Il animera le stage : « Ecrire Paris » du 25 au 29 Avril 2022. Nous l’avons rencontré.

L’Inventoire : En tant que romancier et dramaturge, vous avez beaucoup voyagé et vécu dans des villes du monde entier. Que vous apprennent les villes en tant qu’écrivain ?

Mohamed Kacimi : J’entre dans les villes comme on entre dans la mer. Il en est de houleuses et agitées, qui vous ballotent comme un fétu de paille, ne vous laissent pas reprendre votre souffle et vous font boire la tasse. Je pense au Caire, à Bombay, à New York, ou à Beyrouth. Il en est d’autres qui sont calmes, belles, transparentes comme la mer des Caraïbes. Je pense à Montréal, Vienne, Prague, Milan… où l’on nage d’une autre manière. On ferme les yeux et on écoute le clapotis du monde et des hommes...."

Pourquoi je suis devenu écrivain

 

Un article de Stephen Ngatcheu, auteur de "Chez moi ou presque...". Article paru le 1 novembre 2021 sur le site delibere.fr  

Contraint, pour des raisons familiales qui menaçaient ma vie, de quitter le Cameroun, j’ai entrepris un périple à travers six pays avant d’arriver en France et plus particulièrement à Chambéry.

J’ai voulu, par mon exemple, montrer les souffrances d’un déracinement ; souligner la solidarité qui peut exister dans la misère et la souffrance ; donner de l’espoir à ceux qui n’en ont plus.

1962, une date clef et charnière des Histoires de France et d’Algérie

 

Un article de DIACRITIK du 1/04/2022

"Depuis soixante ans, la France et l’Algérie ont, en principe, séparé leurs destins, tout au moins en ce qui concerne le régime politique qui gérait la colonie et qui avait nécessairement des retombées dans l’hexagone. Chaque pays honore sa temporalité à sa façon. Si l’on parle plus volontiers, en France, de la date des Accords d’Évian, en Algérie, on évoque la date de l’indépendance.  Fin février, ARTE proposait le documentaire de Raphaëlle Branche et Rafael Lewandowski, En guerre(s) pour l’Algérie, qui s’appuie, comme l’ouvrage paru le même mois, sur les témoignages de « quinze femmes et hommes (qui) ont accepté de confier leurs souvenirs de jeunesse. Leurs témoignages sont essentiels pou écrire une histoire qui ne soit pas seulement celle des décisions et des grands événements politiques et militaires »...."

Du Donbass à la Crimée

 

Un article de EN ATTENDANT NADEAU, le 30 mars 2022 , à propos du livre "Les abeilles grises" de Andreï Kourkov

"C’est une entreprise vertigineuse que de lire l’ample roman d’Andreï Kourkov, Les abeilles grises, tout en suivant les événements qui se déroulent dans son pays, l’Ukraine. Deux parallèles : l’une qui s’appellerait la fiction, l’autre la réalité, pour tenter de vaincre une autre « irréalité », celle poussée par le Kremlin et sa langue orwellienne...."

Pierre Ahnne à propos de "Quand j'étais petit, j'étais catholique"

  Une note de lecture, sur son blog (22 mars 2022) sur le livre de Pierre Kretz (réédition du livre ]

Les éditions de la Nuée Bleue rééditent ce printemps un texte publié une première fois par leurs soins en 2005, et qui connut alors, en tout cas au-delà des Vosges, un franc succès. Il reparaît enrichi d’une postface de l’auteur, où celui-ci définit modestement son ouvrage comme le récit d’une « tranche de vie de la société rurale catholique alsacienne ».

Les trois adjectifs sont d’égale importance. On est dans un « minuscule village » où les derniers chevaux et bœufs se mêlent encore aux tracteurs. En automne, les sarments séchés « entassés au bord des chemins au moment de la taille des vignes » brûlent en dégageant des nuages de fumée qu’on voit « se confondre parfois avec les brumes de novembre »...

La fiche du livre :

Dans un petit village d’Alsace, au début des Trente Glorieuses, un jeune garçon fait ses premiers pas dans la foi catholique. La France est encore la « fille aînée de l’Église », et cette communauté rurale est tout entière bercée par les rites et les dogmes religieux. Sous la houlette du curé, qui a fort à faire pour éloigner ses ouailles des tentations modernes, le petit catholique voit mûrir, entre deux crises de culpabilité mystique, un sentiment de solitude inguérissable et une attirance vers le mystère divin.
Le jeune garçon pose sur le monde des « grands » un regard candide et plein d’humour : le confessionnal, « placard à péchés » ; les miracles de Padre Pio qu’il apprend au catéchisme ; la bizarrerie des protestants ; et, surtout, l’étrange incohérence des adultes.
Poussé par le curé du village, le petit catholique se destine à la prêtrise. Mais il rencontre sur son chemin l’éclat tentateur du doute et des premiers fruits défendus... Au fil des pages, dans les yeux du garçon, la surprise laisse peu à peu place au malaise.
D’une tendresse acerbe, ce récit autobiographique redonne vie, sans nostalgie, à une société en cours de métamorphose.
À la fois conte initiatique et document ethnologique, ce livre, publié pour la première fois en 2005, a connu un beau succès de librairie. Cette réédition est enrichie d’une postface de l’auteur. 

L’histoire du bilinguisme en Ukraine et son rôle dans la crise politique ...

 

Titre complet : L’histoire du bilinguisme en Ukraine et son rôle dans la crise politique d’aujourd’hui

Un article, dans la revue CAHIERS SENS PUBLIC 2014/1-2 (n° 17-18), pages 203 à 225

Cet article, même s'il date de 2014 a l'avantage donner à voir la complexité du problème linguistique et national en Ukraine depuis les origines des langues slaves.

Cet article a été intégré à La LETTRE spéciale UKRAINE (spécial N° 07 - version 02)

Glottophobie : comment le français "sans accent" est devenu la norme

 

Un entretien avec Philippe Blanchet, l'inventeur du terme glottophobie, le 22/11/2020 sur France Culture

Depuis la Révolution, deux grandes phases d’unification ont conduit à la marginalisation des accents régionaux. L’imposition du modèle de la bourgeoisie parisienne, en tant que langue de référence, aboutit à des discriminations...

Un Français sur deux estime parler avec un accent, selon un sondage IFOP publié en janvier 2020. Plus d'un quart d'entre eux affirment être régulièrement l’objet de moqueries dans leur quotidien. Et d'après les résultats de cette étude, quelque 11 millions de Français auraient été victimes de discriminations lors d'un concours, d'un examen ou d'un entretien d'embauche, à cause de leur accent.

Deux grandes époques, deux grandes phases d’unification ont conduit à la stigmatisation des accents régionaux : l'imposition du français après la Révolution à la fin du XVIIIe siècle et l’imposition, à partir du XXe siècle, d’une même prononciation....

A propos de "Guerre", un roman inédit de Céline

 

Un article des INROCKS (24 mars 2022) à propos de "Guerre", un roman inédit de Céline, qui paraîtra le 5 mai 2022

Si un écrivain savait écrire sur la guerre, c’est Louis-Ferdinand Céline : les passages qu’il consacre à la Première Guerre mondiale dans Voyage au bout de la nuit sont parmi les plus forts qu’on ait lus. Écrit deux ans après Voyage (1932) et deux avant Mort à crédit (1936), les 250 feuillets de Guerre font partie des manuscrits oubliés de Céline qui ont refait surface en août dernier. Volés à la Libération en 1944 chez l’écrivain ayant pris la fuite pour le Danemark, ils étaient devenus une légende, avant de réapparaître l’année dernière. Ils seront exposés à la galerie Gallimard à Paris (du 6 mai au 16 juillet) au moment de la publication de ce roman inédit, avant que les autres manuscrits retrouvés ne soient également publiés, comme Londres et La Volonté du roi Krogold à l’automne, et une nouvelle édition de Casse-pipe en 2023.   Ces textes avaient été remis par un mystérieux personnage au journaliste Jean-Pierre Thibaudat (qui les a conservés et tapés à la machine, lire sur le sujet son beau texte à Mediapart), à condition qu’il ne les remette pas à Lucette Destouches. Ayant bien sûr droit de veto sur tout, c’est cette dernière (décédée en 2019) qui refusait par exemple toute publication des trois pamphlets antisémites de son mari, suivant le vœu de ce dernier. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces pamphlets n’étaient censurés que par l’écrivain lui-même dans une opération d’auto-blanchiment à laquelle nombre de personnalités ont participé (voir, notamment, un entretien filmé avec Pierre Dumayet, où celui-ci n’aborde jamais les véritables raisons qui ont conduit l’écrivain à l’exil).   Entre autobiographie et fiction, Guerre, donc, nous plonge dans l’enfer de la Première Guerre mondiale, l’“abattoir international en folie”, à travers la convalescence du brigadier Ferdinand, grièvement blessé sur le champ de bataille (ce qui fut le cas de Céline), dans un hopital où l’on croise une infirmière entreprenante et un certain Bébert, souteneur. “J’ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis 14. J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête”, écrit Céline, dévoilant à quel point la guerre a été l’événement traumatique au centre de sa vie et de son œuvre. On pense bien sûr à la première guerre de notre XXIe siècle : celle, en Ukraine, qui fait rage sous nos yeux, aux portes de l’Europe. Ce bruit atroce restera dans la tête des survivants – on ne peut s’empêcher d’y penser. Toutes les guerres sont-elles les mêmes ? Et ceux qui parviennent à en exprimer avec puissance toute l’écœurante horreur sont-ils tous les mêmes ? Devra-t-on lire Guerre sans tenir compte de qui écrit ?   Il paraît que ce roman lève le voile sur le dégoût profond envers l’humain qui habitera Céline jusqu’à la fin de ses jours. Il hait la bourgeoisie, le capitalisme comme le communisme – qui, d’après lui, tendent tous vers un seul but : la guerre. Nous lirons bien sûr Guerre, mais sans doute partagés entre fascination littéraire et distance prudente. Trois ans après ce manuscrit inédit, Céline écrivait et publiait son premier pamphlet antisémite, Bagatelle pour un massacre (1937). Pas une œuvre littéraire, mais la plus violente des propagandes anti-juive : un appel au meurtre de masse. Dégoût de la guerre, mais pas au point de ne pas désirer – appeler à –  un holocauste. Nous y reviendrons.  

Les jeunes Français et la lecture - 2022

 

Menée à l'échelle nationale, cette étude du Centr National du Livre confiée à IPSOS porte sur un échantillon de 1 500 personnes, âgées de 7 à 25 ans, interrogées en ligne du 27 janvier au 6 février 2022.

Elle a pour objectif de mesurer, comprendre et identifier les pratiques ainsi que les leviers et freins à la lecture chez les jeunes de 7 à 25 ans.

Résumé

♦ Les jeunes sont encore nombreux à lire
Globalement, 81% des 7-25 ans lisent pour leurs loisirs par goût personnel, 77% hors élèves de primaires.
Dans ce cadre, ils ont lu 5,4 livres au cours des 3 derniers mois, 4,4 livres hors élèves de primaires.
Les 7-19 ans lisent plus qu’avant des BD / mangas / comics (73%, +9 points par rapport à 2016), quand les 20-25 ans privilégient
encore les romans (58%), suivis par les BD / mangas / comics (47%).
Mais, le décrochage de lecture à l’adolescence est toujours bien présent et réel
La lecture « loisirs » décline fortement chez tous après 12 ans et l’entrée au collège, avec une baisse encore plus importante
chez les garçons que chez les filles entre 13 et 19 ans : 68% des garçons lisent pour leurs loisirs à 13-15 ans vs 81% des filles au même âge.
Et le temps consacré à la lecture est nettement inférieur à celui passé sur écran
En moyenne, les lecteurs « loisirs » lisent 3h14 par semaine, mais l’ensemble des 7-25 ans (lecteurs ou non) passe 3h50 par jour devant un écran.
Les écrans sont d’ailleurs omniprésents dans leur vie, puisque 47% des jeunes font souvent autre chose en même temps qu’ils lisent :
envoyer des messages, aller sur les réseaux sociaux, regarder des vidéos…
Néanmoins, les jeunes sont nombreux à aimer la lecture
Pour tous, la préférence pour d’autres activités est le principal frein à la lecture, et les lecteurs loisirs déplorent aussi le manque de temps,
mais 84% des jeunes aiment la lecture (42% adorent), qui leur permet de se faire plaisir (48% des lecteurs loisirs), se détendre et s’évader (43%),
ou de s’occuper (31%). Ils plébiscitent l’expérience de lecture à voix haute par leurs parents, dont ils gardent un souvenir très positif.
Et ils n’hésitent plus à se tourner vers de nouvelles pratiques vis-à-vis de la lecture et des livres
40% des 7-25 ans ont déjà lu un livre numérique, 59% ont déjà écouté un livre audio ou un podcast et, bien qu’encore minoritaire,
Internet devient un critère d’influence pour 29% des lecteurs loisirs. Youtube, Instagram et TikTok seraient d’ailleurs pour bon nombre
d’entre eux une manière de s’informer sur les livres.

Hélène Gestern remporte le 30e prix RTL-Lire Magazine littéraire

 

L'écrivaine a été récompensée pour 555, publié en janvier chez Arléa.

Extrait d'un article de LIVRESHEBDO, le 21/03/2022

"Présidé par Philippe Labro, le jury du 30e prix RTL-Lire a distingué, lundi 21 mars, Hélène Gestern pour 555 paru en janvier chez Arléa.

"J'ai des mots de gratitude pour la maison Arléa qui me publie depuis le début (...), mais aussi les libraires, les lecteurs et le jury de pré-sélection, a-t-elle réagi au micro de RTL. Cela fait immensément plaisir dans des moments où le travail littéraire peut être difficile à mener de front avec d'autres activités, c'est un encouragement énorme". 

Par 555, la romancière fait ici référence au nombre de sonates pour clavecin composées par Domenico Scarlatti. Elle met en scène un ébeniste qui découvre une partition dans la doublure d'un étui à violoncelle. Il est persuadé qu'elle a été écrite par ce grand compositeur du XVIII, contemporain de Bach et Haendel...."

Ce qui fait rire et ce qui fait pleurer : Geneviève Brisac (Les Enchanteurs)

 

Un article de DIACRITIK du 21 mars 2022, à propos du livre de Geneviève Brisac "Les Enchanteurs"

"Et moi, je vous souhaite impatience et révolte ! ». En 1943, dans les cinémas restés ouverts, où l’on peut un instant oublier la guerre et se tenir chaud, les spectateurs ont appris à décrypter les sous-entendus dans les dialogues, en apparence anodins, que la censure allemande a laissé passer.  Douce, tourné par Claude Autant-Lara (qui vaut bien mieux que ce qu’en dira plus tard dans Les Cahiers du Cinéma un critique acerbe nommé François Truffaut), met en scène une vieille comtesse avare et méprisante, interprétée par la géniale Marguerite Moreno. Elle a décidé de donner sa petite-fille en mariage à un homme de son monde alors que la jeune fille, que joue Odette Joyeux, est tombée amoureuse du régisseur. À la veille de Noël la comtesse apporte à une famille miséreuse, mais méritante, un panier de maigres victuailles. En partant elle souhaite à ses pauvres, éperdus de reconnaissance, « patience et résignation ». Furieux, le régisseur qui l’accompagne, réplique qu’il leur souhaite, lui, « impatience et révolte ». À chaque projection, des applaudissements nourris éclatent dans les salles. Quelques jours plus tard la scène sera coupée par les autorités allemandes...."

Philip Roth, un je de masques

 

Un article de NONFICTION.fr, le 19 mars 2022, à l'occasion de la publication du volume 2 dans La Pléiade des oeuvres de Philip Roth.

"Ce deuxième volume des œuvres de Philip Roth dans la Pléiade montre sa virtuosité dans l’art de se tenir sur une ligne floue entre fiction et autobiographie.

« J’ai décidé de troquer la fiction artificielle d’être moi-même contre le mensonge authentique et satisfaisant d’être quelqu’un d’autre », explique Nathan Zuckerman dans le deuxième chapitre de La Contrevie (1986), livrant ainsi un des ressorts les plus troublants de la poétique du romancier Philip Roth (1933-2018), qui, avec Zuckerman enchaîné, avait déjà consacré un cycle romanesque à cette figure qui dès 1974 constituait le double assumé d'un autre personnage d'écrivain, Peter Tarnopol, dans Ma vie d’homme, en vertu d’un processus de création fait de reflets et de répliques. Cette trilogie au titre eschyléen et son épilogue exposent les moments-clés de la carrière de Zuckerman : sa relation de jeune écrivain avec son mentor dans L’Écrivain-fantôme (1979) ; la célébrité de l’écrivain victime de son succès dans Zuckerman délivré (1981) ; sa crise de la quarantaine, avec ses douleurs mystérieuses, la complexité de sa vie amoureuse et sexuelle, et la mort de ses parents dans La Leçon d’anatomie (1983) ; l’homme de lettres privilégié face aux intellectuels de l’Europe de l’Est communiste dans L’Orgie de Prague (1985). ..."

« La langue est plus forte que tout », estime Leïla Slimani

 

Un entretien paru dans "20 Minutes" à l'occasion de la Journée de la Francophonie (20 mars 2022)

"Dimanche, c'est la Journée international de la francophonie. A cette occasion, le château de Villers-Cotterêts (Aisne) accueille ce week-end de nombreuses rencontres et animations culturelles. Actuellement en restauration, ce lieu est appelé à devenir la Cité internationale de la langue française, soit 23.000 m² dédiés à la célébration de la francophonie. Leïla Slimani prend ce projet très à cœur. La lauréate du prix Goncourt 2016 est la représentante personnelle auprès du président de la République pour la francophonie. Ella a signé la préface de Nos langues françaises, un recueil de textes de douze auteurs et autrices francophones qui paraîtra le 31 mars. Avec une tendresse aux allures de combat, Leïla Slimani y introduit l’amour d’une langue française riche, plurielle et mouvante. 

Comment l’idée du livre vous est-elle venue ?

L’idée de Villers-Cotterêts, qui voulait inaugurer un laboratoire de la langue française, s’est imposée quand j’ai été nommée en 2017. Les responsables de ce projet sont venus vers moi avec les éditions du Patrimoine pour me présenter un projet : faire un livre qui parle de la diversité de la langue française. Cela permet aussi de valoriser le projet de Villers-Cotterêts. Les deux sont indissociables...."

Pierre Ahnne à propos de "Les méduses n’ont pas d’oreilles"

 

Une note de lecture de Pierre Ahnne à propos de "Les méduses n’ont pas d’oreilles" d'Adèle Rosenfeld

"Louise, l’héroïne d’Adèle Rosenfeld, n’est pas malentendante : elle est sourde. Ça ne la rend pas très aimable. À propos de Thomas, qui lui offre son cœur : « C’était sûrement ce que j’avais de mieux à faire, le regarder m’aimer était peut-être une manière pour moi de me réconcilier avec la société ». Au sujet de sa maman, qui semble désapprouver son projet de se faire mettre un implant : « Ma mère était une sale égoïste, pétrie d’injonctions contradictoires, qui n’avait jamais dépassé le stade où l’enfant n’existe que dans son prolongement »… Il faut dire que les autres ne sont pas toujours très aimables avec elle. Lorsqu’elle décroche, en tant que handicapée, un emploi municipal au service des déclarations de naissance, ses collègues n’ont rien de plus pressé que de manœuvrer pour la bannir « dans les sous-sols », où elle est chargée de numériser « 283 954 actes de décès ». « Il me semblait passer de l’autre côté du monde », commente-t-elle. ..."

Récit d’une déportation

 

Un article de EN ATTENDANT NADEAU, le 16 mars 2022, à l'occasion de la parurion du lire "L'Ukrainienne" de Josef Winkler

"En 1982, l’Autrichien Josef Winkler, qui est en train de rédiger son troisième roman, Langue maternelle, loue une chambre dans une ferme-pension de Carinthie tenue par Nietotchka Vassilievna Iliachenko. Née en 1928 en Ukraine, elle a été déportée en Autriche à l’âge de quinze ans, pour travailler dans une exploitation agricole. Un peu moins de quarante ans après sa parution en Autriche, L’Ukrainienne est aujourd’hui traduit en français par Bernard Banoun...."

Muses ou labeur. Faut-il attendre l’inspiration ?

 

Un article d'Alain André dans L'INVENTOIRE, le 8 mars 2022

À l’occasion de la prochaine résidence d’écriture qu’il va animer à Royan, intitulée : Chantiers 3, voici quelques conseils de pratique quotidienne d’écriture que nous délivre Alain André.

Nous sommes les héritiers d’une tradition qui fait de l’inspiration l’alpha et l’oméga de l’activité de l’écrivain. Faut-il la perpétuer, ou bien y a-t-il mieux à faire qu’attendre que les ortolans rôtis nous glissent dans le gosier ? Déconstruction d’un mythe et suggestions.

« Ne flânez pas en sollicitant l’inspiration ; précipitez-vous à sa poursuite avec un gourdin, et même si vous ne l’attrapez pas vous aurez quelque chose qui lui ressemble remarquablement bien. Imposez-vous une besogne et veillez à l’accomplir chaque jour ; vous aurez plus de mots à votre crédit à la fin de l’année. » ...

"Il faut penser avant de s'indigner"

 

A l'occasion de la parution de son livre « Réveillons-nous » (chez Denoël - 2 mars 2022) , Edgar Morin revient sur l'agression russe en Ukraine [entretien paru dans Ouest France et reproduit par www.ancrage.org du 6 mars 2022].

"Vous qui aurez bientôt 101 ans, à quels souvenirs personnels renvoie cette guerre aux portes de l’Europe ?

J’ai évidemment pensé à ce qui s’était passé en 1939. La France et l’Angleterre ont déclaré la guerre à l’Allemagne après l’invasion de la Pologne. Mais c’était pour ne pas faire la guerre. Et nous en avons été les victimes. La situation actuelle a au moins le mérite de la franchise. Nous ne voulons pas faire la guerre. Cette position est réaliste. Nous ne sommes plus dans une situation comparable.

C’est une situation comme nous n’en avons pas connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

Vous oubliez la guerre de Yougoslavie 1991-1995, horrible et sanglante, suivie par celle du Kosovo 1998-1999. La France est intervenue militairement en 1992 et l’Otan en 1995 par des bombardements durant la guerre de Yougoslavie. Les États-Unis y ont imposé le cessez-le-feu, mais la Russie fut très affaiblie à la suite de l’effondrement de l’URSS et n’a pu intervenir. Il y a eu également la guerre du Kosovo de 1998-1999 où l’Otan a bombardé la Serbie..."

 

 

Fiche du livre : « Nous ne savons pas ce qui nous arrive et c’est précisément ce qui nous arrive », écrit José Ortega y Gasset.
Que nous arrive-t-il ? Qu’arrive-t-il à la France ? Au monde ? Notre impéritie vient-elle d’une myopie à l’égard de tout ce qui dépasse l’immédiat ? d’une perception inexacte ? d’une crise de la pensée ? d’un somnambulisme généralisé ?
Tant de certitudes ont été balayées !
Comment naviguer dans un océan d’incertitude ? Comment comprendre l’histoire que nous vivons ? Comment admettre enfin que, en dégradant l’écologie de notre planète, nous dégradons nos vies et nos sociétés ? Comment appréhender le monde qui se transforme de crise en crise ? Comment concevoir l’aventure inouïe de notre humanité ? Est-ce une course à la mort ou à la métamorphose ?
Serait-ce à la fois l’un et l’autre ?
Réveillons-nous !

E.M. 

Manuel Carcassonne, captif amoureux

 

Entretien avec Manuel Carcassonne (par Georgia Makhlouf) dans L'ORIENT LITTERAIRE du 3 mars 2022

Premier roman de Manuel Carcassonne qui fut directeur littéraire de Grasset et dirige aujourd’hui les éditions Stock, Le Retournement est un ouvrage inclassable. Il est avant tout le lieu d’une sorte d’archéologie identitaire et d’interrogation existentielle. Il est aussi une histoire d’amour. De sa rencontre avec Nour et avec le Liban.

« Les papillons sont plus forts que les hommes »

 

Entretien, le1/03/2022, avec Céline Boksebeld, l'auteure du livre

Céline Boksebeld a publié son premier roman « Les papillons sont plus forts que les hommes » le 7 décembre 2021 sur la plateforme bookelis. Hachette en assure la diffusion depuis janvier 2022. Le déclic de l’écriture s’est produit au moment où elle a suivi le Module 2 d’écriture à Aleph (s’approprier les techniques de bases du récit), à Lyon. Lauréate du Prix de la nouvelle 2021, Aleph-L’Inventoire, Sylvie Neron-Bancel, l’a interrogée sur la genèse de son livre et son envie d’animer à son tour des ateliers d’écriture....

« Le fantastique pousse l’art de la vraisemblance à son paroxysme »

 

Dans L'INVENTOIRE, entretien avec Denis Michelis, le 2/03/2022

Nouveau venu à Aleph, Denis Michelis animera le stage « À la bonne école du fantastique » du 28 au 30 Mars 2022 à Paris. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de son quatrième livre « Encore une journée divine », un texte aux frontières du policier et du fantastique.

L’Inventoire : Denis Michelis, vous avez écrit plusieurs livres dans le registre du fantastique, votre dernier roman Encore une journée divine, (Noir sur blanc Notabilia) est plutôt construit sur un suspens. À travers le monologue d’un psy enfermé en hôpital psychiatrique, on découvre peu à peu son mode de manipulation des patients. Comment vous est venu l’idée de ce livre ?  ...

L’Iran, ses cafés littéraires, ses poètes et ses montagnes, sous la plume de ...

 

Titre complet : L’Iran, ses cafés littéraires, ses poètes et ses montagnes, sous la plume de Nedim Gürsel

Un entretien paru dans L'"ORIENT LITTERAIRE du 3 mars 2022

"Le Romance, situé dans l’hôtel Parsian Esteghlal, le Naderi, « décoré avec beaucoup de goût malgré ses jardins décatis », ou encore le Gole Rezaieh, « qui renferme tout un capharnaüm d’objets et de vieilles photos », sont les premiers cafés littéraires qu’explore Nedim Gürsel dans son parcours à la fois culturel et littéraire de la ville de Téhéran. La trajectoire que l’auteur franco-turc entame dans le premier chapitre de son dernier ouvrage, Voyage en Iran (Actes Sud, 2022), traduit du turc par Pierre Pandelé, est révélatrice d’une approche diachronique, à la fois érudite, sensorielle et humaine de la découverte d’une culture riche, foisonnante et millénaire. Gürsel, passionné par l’interaction entre les écrivains et leur espace symbolique d’ancrage, flirte avec différents genres littéraires, entre le récit de voyage, le témoignage, l’essai et la poésie. De Chiraz à Meched, d’Ispahan à Persépolis, sans oublier la région mystérieuse du Khorassan qui a vu naître Omar Khayyam, le lecteur est emporté par la magie de paysages fantasmagoriques habités par un souffle poétique matérialisé par les vestiges qui attestent d’une culture millénaire. Celle-ci est paradoxalement célébrée dans l’Iran d’aujourd’hui, alors que la littérature contemporaine est violemment censurée, à une métaphore près. Tout en proposant une anthologie de la poésie persane traversée par la beauté des lieux où elle a vu le jour, l’auteur des Filles d’Allah (Seuil, 2009) propose une réflexion passionnante sur les échos culturels entre la Turquie et l’Iran, entre l’Orient et l’Occident, tout en interrogeant de manière stimulante la notion d’orientalisme et la pluralité de l’islam ..."

Entretien avec Jenny Plocki

 

Dans EN ATTENDANT NADEAU , le 19 janvier 2022

Jenny Plocki, née en 1925 de parents juifs polonais, est témoin et survivante. Elle a seize ans lorsque sa famille est arrêtée au cours de la rafle du Vél’ d’Hiv’, le 16 juillet 1942. Parce que nés en France et français de ce fait, Jenny et son frère seront libérés in extremis tandis que leurs parents seront déportés à Auschwitz dont ils ne reviendront jamais. L’écrivaine Geneviève Brisac a consacré un livre à Jenny, Vie de ma voisine (Grasset, 2017). De ce livre, son autrice dit que c’est « le récit le plus précis possible d’une vie de résistance à la bassesse, à la délation, et aux mensonges historiques. Le portrait d’une femme qui, avec impertinence et courage, et humour aussi, n’a jamais renoncé un seul jour à se mettre en colère, à prendre la parole contre les falsifications, les compromissions, et l’oubli aussi. » Jenny Plocki réagit avec EaN aux propositions de Jacques Semelin dans son récent essai.

« Connaître l’histoire familiale, c’est comprendre le patrimoine immatériel ...»

 

Titre complet : « Connaître l’histoire familiale, c’est comprendre le patrimoine immatériel dont on a hérité »

Entretien avec Lucile Métout sur le site de L'INVENTOIRE, le 15/02/2022

"Journaliste de formation et correctrice certifiée, Lucile Métout fait de l’écriture son métier depuis plus de 12 ans. Activement engagée dans sa reconversion au métier de biographe, elle met désormais son écoute et sa plume au service de ceux qui souhaitent raconter leur histoire sans savoir par où commencer. Ainsi les accompagne-t-elle dans la rédaction de leurs mémoires, mais également de leurs souvenirs de mariage, de voyages, d’une naissance, etc.

L'nventoire : À quel moment de votre parcours vous êtes-vous dit que vous pourriez devenir biographe ? Quel a été le déclic ?

Lucile Métout : Comme beaucoup de petites-filles, j’ai le regret de ne pas avoir posé plus de questions à mes grands-parents avant les au revoir. Connaître l’histoire familiale, c’est comprendre tout le patrimoine immatériel dont on a hérité. Nous devrions tous avoir cette chance. Je l’ai compris en lisant les écrits laissés par l’une de mes grand-tantes à ses proches, en 2009. Je le mesure encore davantage depuis que je suis mère. Lorsque l’opportunité d’une reconversion s’est présentée à moi, à l’été 2020, j’ai découvert que le récit de vie pouvait être une activité à part entière. Plus je lisais de témoignages de biographes, plus je me reconnaissais. C’était exactement le sens que j’espérais donner à mon engagement professionnel. ..."

Les 10 meilleures ventes de premier roman en 2021

 

Un article de LIVRESHEBDO du 14 février 2022

"Le Top 10 des premiers romans les plus vendus en 2021 selon les classements annuels GfK/Livres Hebdo révèle une diversité des genres. Ce classement ne prend en compte que les grands formats et les auteurs publiés pour la première fois en France (même si certains d'entre eux ont parfois publié d'autres livres dans leur pays).

Etrangers ou français, les premiers romans qui ont séduit le plus de lecteurs ont été portés par des prix littéraires ..."

La production romanesque des Franco-Maghrébins ne faiblit pas ....

 

Un article paru le 16 février 2022 dans la lettre de l'association 4ACG (Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre). Iniatialement paru sur le site coupdesoleil-rhonealpes.fr

"La production romanesque des Franco-Maghrébins ne faiblit pas, ni en quantité ni en qualité, et nous vous en proposons trois exemples dans cette nouvelle Lettre, heureux de constater leur grande diversité. Même si les thèmes sont inévitables parce qu’ils découlent d’une réalité extérieure aux écrivain(e)s, la façon dont ils apparaissent dans les récits est à chaque fois originale et donne le sentiment qu’une belle créativité littéraire est mise au service de la sociologie. Cette science est directement revendiquée dans Comme nous existons de Kaoutar Harchi, Marocaine de Strasbourg qui se veut disciple de celui qui fut le grand maître en la matière, Abdelmalek Sayad. La représentation du Maroc et de ses immenses écarts sociaux est très touchante dans le livre d’Abigail Assor, Aussi riche que le Roi, dont le titre même, évoque tous les pauvres du royaume et la naïveté de leurs fantasmes. Dans Le Dépossédé, la critique, féroce, de Fayçal Chehat est surtout politique ; le vieil Ali, au terme d’une vie qui l’a conduit au désespoir, prend en otage un jeune arriviste pour l’obliger à entendre son récit. Autre récit de vie : dans « La vie occultée de Madame Messali Hadj » qui n’est pas un roman mais une biographie, Mohamed Benchicou rend hommage à Emilie Buscant, fille d’ouvrier lorrain qui pendant 30 ans se consacra à l’indépendance de l’Algérie aux côtés de son mari..."

Le dernier Houellebecq est-il le grand livre ...

 

Titre complet : Le dernier Houellebecq est-il le grand livre que nous ont promis la plupart des critiques français ?

Un article de L'ORIENT LITTERAIRE du 3 février 2022

"Le premier paragraphe du roman est une petite merveille d’écriture tant la phrase coule avec un rythme à la fois léger et grave : « Certains lundis de la toute fin novembre, ou du début décembre, surtout lorsqu’on est célibataire, on a la sensation d’être dans le couloir de la mort. Les vacances d’été sont depuis longtemps oubliées, la nouvelle année est encore loin ; la proximité du néant est inhabituelle. »

Dans Anéantir, de Michel Houellebecq, l’histoire commence avec ce pessimisme mâtiné de nihilisme qui est la marque de l’auteur. Démarrage plutôt réussi, avec, au cœur de l’intrigue, le personnage de Paul Raison, un inspecteur du Trésor de 47 ans, bien dépressif, qui travaille auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Juge, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Bruno Le Maire, lequel occupe la même fonction dans l’actuel gouvernement d’Emmanuel Macron, au point que l’on se demande ce qu’il ne lui a pas emprunté – peut-être sa vie sentimentale et sexuelle, ..."

Les Mains dans les poches: Ivan Jablonka, Un garçon comme vous et moi

 

Un article de DIACRITIK, le 11 février 2022, à propos du livre "Un garçon comme vous et moi" d’Ivan Jablonka

"J'aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un » : telle est la question centrale d’Un garçon comme vous et moi d’Ivan Jablonka qui paraît en poche chez Points, soit l’interrogation polyphonique d’un Âge d’homme ou le versant masculin du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir. Par quels mécanismes devient-on garçon puis homme, quels rôles et fonctions société et culture nous assignent-elles ? Pour répondre à cette question à multiples fonds, Ivan Jablonka entreprend un renouvellement de l’entreprise autobiographique, sous le signe d’un « parcours de genre ». 

Un garçon comme vous et moi ne doit donc pas être lu comme les Mémoires d’un jeune homme rangé ou du (trop) fameux « je est un autre » mais bien comme le croisement de toutes ces saisies : pas seulement le moi écrivant celui qui désirait écrire, le je plus mûr revenant sur ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse, parcourant ces Années pour tenter de comprendre comment l’on ...

Lettre ouverte à Mohamed Mbougar Sarr et Philippe Rey

 

Une lettre du romancier mauricien Khal Torabully adressée à Mohamed Mbougar Sarr (Prix Goncourt 2022) et son éditeur Philippe Rey (parution dans AFICULTURES.com, le 4 novembre 2021).

"Cher Philippe, cher Mohamed, une réflexion après ce Goncourt très mérité…. SUR LE VIF : Missive à Mohamed et Philippe, pour  La plus secrète mémoire des hommes … 

Tout d’abord, je dis bravo à Mohamed M. Sarr pour ce Goncourt, qui porte en lui la voix de tout un continent, de toute une humanité sans voix. Sarr, vous recevez ce prix prestigieux la même année qu’un autre africain, Abdulrazak Gurnah, est couronné du Nobel de Littérature. Abdulrazak est originaire de Zanzibar, île-carrefour de l’océan Indien et vous du Sénégal. L’Afrique continentale et l’Afrique insulaire disent en vous tout leur talent et potentiel littéraire. C’est pur bonheur…

Je dis aussi à l’éditeur parisien : bravo, cher Philippe Rey, pour ton courage et lucidité éditoriale. Tu es originaire, comme Abdulrazak, d’une autre île-carrefour de l’océan Indien, l’archipel mauricien. Nous nous sommes rencontrés en 1989 après la publication de Cale d’étoiles-coolitude et avions échangé sur la littérature transfrontalière et la nécessité d’ouvrir le français à d’autres tonalités. La patrie de coeur des écrivains est cette littérature qui nous construit et nous élève dans un espace-temps particulier, nous permettant d’explorer nos désirs, nos rêves, nos douleurs d’êtres humains avec les mots. La littérature partage nos imaginaires de façon unique. C’est sa vocation forte...."

Golda Maria et Une jeune fille qui va bien : toujours raconter

 

Article paru sur le blog de Corinne Bacharach, le 9 février 2022, à propos du documentaire "Golda Maria" et du film "Une jeune fille qui va bien",

"A quelques jours du 77ème anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau, deux films viennent opportunément témoigner d’une période qu’il faut encore et toujours raconter.

Il s’agit de Golda Maria, documentaire réalisé par Patrick et Hugo Sobelmann et d’Une jeune fille qui va bien, premier long-métrage de Sandrine Kiberlain. Deux films totalement différents, incomparables diront certains, mais qu’il est intéressant de rapprocher comme objets de « post-mémoire » et dont les réalisateurs appartiennent à la troisième, voire la quatrième génération après la Shoah...."

Trois romans à lire si vous vous attaquez à l'œuvre d'Annie Ernaux

 

Un article paru sur le site SLATE, le 4 février 2022

"La bibliographie de l'autrice est vaste. On voudrait tout lire, mais il faut bien commencer quelque part.

Elle est l'autrice du moment. L'an dernier, trois fois ses écrits ont inspiré nos cinéastes, alors les rayons de nos librairies regorgent de ses œuvres.

  • Passion simple de Danielle Arbid avec Laetitia Dosch, récit d'un adultère où la maîtresse dans l'attente est protagoniste. 
  • L'Événement réalisé par Audrey Diwan ou l'avortement difficile d'une jeune fille.
  • Et enfin, J'ai aimé vivre là, un documentaire de Régis Sauder.

Qui est cette autrice dont l'œuvre aujourd'hui résonne dans tous les esprits? Elle est femme de lettres. Une enfance et une adolescence dans la Normandie de la Seconde Guerre mondiale. Fille d'épiciers, elle devient professeure de lettres. Puis écrit un premier roman, refusé, qu'elle juge mauvais, dont elle dit avoir honte. En 1974, elle tente à nouveau et ça marche: Les armoires vides est publié aux éditions Gallimard. Dix ans plus tard, en 1984 elle remporte le Prix Renaudot avec La Place, un roman plus ou moins autobiographique sur son père. ..."

Leïla Slimani et Mohamed Mbougar Sarr : la littérature française, c’est eux !

 

Un entretien croisé avec Leïla Slimani et Mohamed Mbougar Sarr, dans BIBLIOBS, le 3 février 2022

Elle est née au Maroc et lui, au Sénégal. Tous deux lauréats du prix Goncourt, ils abordent dans leurs romans l’héritage colonial et font entendre un discours nuancé sur l’identité. Dialogue au sommet.

Aux oreilles de certains, leurs prénoms ne doivent pas sonner suffisamment « français ». Pourtant, la Franco-Marocaine Leïla Slimani et le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, héritiers de Camus ou Kundera, incarnent aujourd’hui la littérature française et la font rayonner bien au-delà de frontières étriquées. Tous deux ont reçu, très jeunes, le prix Goncourt. Leïla Slimani, à 35 ans, pour « Chanson douce » en 2016 ; Mohamed Mbougar Sarr, à 31 ans, pour « la Plus secrète mémoire des hommes », en novembre. Si leurs styles sont aux antipodes – épuré pour elle, luxuriant pour lui – ils se rejoignent sur de nombreux thèmes comme l’identité, le métissage et la colonisation. ...

Écrire, « par nécessité, pour respirer » : Edith Bruck, Le Pain perdu

 

Un article de DIACRITIK, le 26 janvier 2022, à propos du livre "LE PAIN PERDU" d'Edith Bruck

"Le Pain perdu d’Edith Bruck se tient, fragile et tenace, entre deux absolus ; le premier est un indicible — « Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle ». Le second, une nécessité — les témoins disparaissent, la mémoire de l’autrice aussi, il lui faut donc raconter ce « conte dans la « forêt obscure » du XXe siècle, avec sa longue ombre sur le troisième millénaire ». Alors Edith Bruck affronte sa propre vieillesse, sa mémoire qui part, ses yeux qui la trahissent et surtout les souvenirs béants de l’horreur de l’exil et des camps d’extermination et transmet le tourbillon d’une vie prise dans les tempêtes de l’histoire. 

Si la citation du mari de l’autrice, Nelo Risi en épigraphe fait signe vers « L’histoire / la véritable / que personne n’étudie / qui aujourd’hui ennuie la plupart / (qui a entraîné des deuils infinis) / d’un seul coup t’a privé d’enfance », vers le réel tumultueux et terrible de la seconde guerre mondiale, c’est bien sous le signe du conte que commence Le Pain Perdu : « il y a très très longtemps, il était une fois une petite fille qui, au soleil du printemps, avec ses petites tresses blondes virevoltantes, courait les pieds nus dans la poussière tiède ». Cette « petite fille aux pieds nus », c’est Edith qu’on appelle Ditke, la petite dernière de six enfants. ..."

Le Tartuffe d’Ivo Van Hove : une imposture ?

 

Une critique de la mise en scène du "Tartuffe ou l'hypocrite" par Ivo Van Hove, dans DIACRITIK le 2 février 2022

"Et si Le Tartuffe qui interroge les apparences, l’hypocrisie et la séduction cédait au jeu des apparences au point de se révéler lui-même une flagrante imposture mettant mal à l’aise le public ? Telle est la question insistante sinon extrêmement gênante que ne manque pas de soulever la très problématique mise en scène par Ivo Van Hove du Tartuffe de Molière donné à l’occasion de la célébration en grande pompe des 400 ans de la naissance du dramaturge à la Comédie Française. 

Pourtant, sur le papier, ce Tartuffe ne pouvait que séduire tant il se place d’emblée sous le signe d’un double événement d’ampleur. Un événement textuel hors normes puisque le Tartuffe donné ici n’est pas celui qui depuis bientôt quatre siècles circule dans les salles de classe ou est régulièrement monté. De manière surprenante sinon inouïe est dévoilé sur scène sa version originelle, constituée de seulement trois actes, reconstituée à la faveur du formidable travail de génétique théâtrale de Georges Forestier. Dans cette version censurée dès le lendemain de sa première et unique représentation par Louis XIV qui, héraut de l’orthodoxie catholique, ne pouvait chanter les louanges d’une telle satire des dévots, l’absence des actes IV et V, ajoutés en 1669, met en lumière une nouvelle pièce, resserrée autour du triangle amoureux, ambigu et suave d’Orgon, le maître de maison qui recueille Tartuffe qui le fascine et qui lui-même séduit dangereusement Elmire, l’épouse d’Orgon. Comme une épure, la pièce en trois actes exhale une indéniable noirceur et une âpreté sans retour dont le caractère abrasif, ébranlant la structure familiale, ne pouvait que séduire Ivo Van Hove à qui Eric Ruf a choisi de confier la mise en scène liminaire de la célébration des 400 ans de Molière. ..."

Molière déshabillé

 

Un article paru dans EN ATTENDANT NADEAU, le 1 février 2022

"L’année Molière – Molière est né en 1622 – s’ouvre en fanfare avec un spectacle exceptionnel à plusieurs titres : la mise en scène par Ivo van Hove du premier Tartuffe dont le texte a été restitué par Georges Forestier, avec une distribution d’acteurs et une équipe d’artistes prestigieuses, des ateliers de la Comédie-Française et du Toneelgroep. Interdite après une seule représentation à Versailles devant Louis XIV le 12 mai 1664, la pièce originale n’a jamais été jouée en public. La version que nous connaissons, Tartuffe ou l’imposteur, augmentée et remaniée pour échapper à la censure, a dû attendre cinq ans sa création.

Le metteur en scène belge souhaitait couper le dernier acte, orchestré par un deus ex machina royal, trop courtisan à son goût. L’administrateur de la Comédie-Française, Éric Ruf, lui a alors proposé ce texte tout neuf en trois actes, qui le séduit par sa force sauvage. La première, suivie du traditionnel hommage à Molière le jour anniversaire de son baptême, 15 janvier, a été retransmise en direct dans quelque deux cents salles de cinéma. Lors du rituel de 2021, « Le poumon, le poumon vous dis-je » résumait la sombre actualité :  les comédiens espacés dans la salle alignaient leurs citations en formant le vœu de se retrouver un an plus tard à leur vraie place, sur le plateau. Vœu exaucé en grand format...."

La géographie sensible de Georges Perec

 

Un article dans NONFICTION.fr, le 30 janvier 2022 à propos de la réédition augmentée du livre de Georges Perec « Espèces d’espaces ».

"A l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition de Georges Perec, la collection « La librairie du XXIe siècle » réédite Espèces d’espaces avant de publier en mars 2022 son livre, encore inédit à ce jour, Lieux.

Espèces d’espaces est un essai inclassable, bien que le cœur de son propos soit, de fait, une typologie de nos espaces quotidiens et des relations que nous entretenons avec ceux-ci. Inclassable sauf au sein de l’œuvre de Georges Perec, puisque ce livre, à l’origine une commande de l’urbaniste Paul Virilio publiée en 1974 dans sa nouvelle collection chez Galilée, ne surprendra pas les familiers de l’œuvre de l’oulipien. Jeux de mots, listes et fragments autobiographiques s’y côtoient. 

Une invitation à regarder autrement l’évidence

Dans son avant-propos, Perec nous invite à dépasser l’évidence de notre environnement, des espaces qui nous entourent, et de les appréhender dans leur diversité. Ce faisant, il progresse du plus proche au plus lointain : « page », « lit », « chambre », « appartement », « immeuble », « rue », « quartier », « ville », « campagne », « pays », « monde », avant de terminer sur l’« espace » lui-même. Pour chaque élément, il se livre à un exercice de définition faussement objectif, et à autant de leçons d’observation à l’attention du lecteur (« malgré soi, on ne note que ..."

Joan Didion : « Je voulais voir la vie s’élargir aux dimensions d’un roman » ...

 

Titre complet : Joan Didion : « Je voulais voir la vie s’élargir aux dimensions d’un roman » (Pour tout vous dire)

A propos du livre de Joan Didion, Pour tout vous dire (Let me tell you what I mean, 2021), un article dans DIACRITK, le 25 janvier 2022

"C'est une forme de testament d’autrice que nous offre Joan Didion avec Pour tout vous dire, recueil de chroniques publiées entre 1968 et 2000 qui n’aurait pas dû paraître de manière posthume en France chez Grasset, dans une traduction de Pierre Demarty. La préface signée Chantal Thomas est d’ailleurs au présent et elle célèbre une écriture qui s’offre comme un « alliage de dureté factuelle et d’humour ». Joan Didion a pratiqué le journalisme, le scénario, le roman, l’essai comme autant de formes qui « dessinent simultanément le portrait d’un pays, d’une époque — et d’une femme ». 

Depuis la mort de Joan Didion, le 23 décembre dernier, la femme comme la journaliste et la romancière ont été célébrées, on a beaucoup écrit mais sans doute la meilleure manière de la (re)découvrir serait de lire Pour tout vous dire. ..."

« Le sujet d’une pièce se révèle pendant qu’on l’écrit »

 

Un entretien avec Aurélia Hascoat dans L'Inventoire du 25/01/2022

Aurélia Hascoat est comédienne, metteuse en scène et à présent, auteure. Elle nous parle ici de ses projets actuels, et de la formation « Ecriture théâtrale » suivie avec Catherine Benhamou, qui l’a amenée vers l’écriture.

L'Inventoire : Parlez-nous de votre parcours. Aviez-vous déjà écrit pour le théâtre avant de suivre la formation de Catherine Benhamou ?

Aurélia Hascoat : Je suis comédienne et metteuse en scène, et désormais j’ose le dire: autrice !

J’avais déjà écrit un « seule en scène » sous forme de sketchs comiques et co-écrit une pièce, mais jamais rien que je ne considérais comme une pièce à proprement parler avant d’avoir écrit avec Catherine....

« Quelque chose de spécial, ou de spatial » : Georges Perec (Espèces d’espaces)

 

Un article de DIACRITIK, le18/01/2022, à propos du livre Espèces d’espaces de Georges Perec (nouvelle édition augmentée)

« Nous vivons dans l’espace » : c’est cette (paradoxale et fausse) évidence qu’interroge Georges Perec dans Espèces d’espaces (1974), à la demande de Paul Virilio, qui souhaite inaugurer avec ce titre sa collection « L’espace critique » chez Galilée. Le livre de Perec sera, dans son ensemble, cet espace critique, soit le questionnement de nos manières d’habiter et penser des lieux « multipliés, morcelés et diversifiés », proches ou plus lointains et de ce que ces espaces disent d’un lien consubstantiel à l’écriture. Espèces d’espaces vient de paraître dans « La Librairie du XXIe siècle » des éditions du Seuil et cette édition augmentée d’un riche cahier de documents et archives matérielles permet de mesurer combien ce texte est central dans l’œuvre de Perec comme dans nos présents....

Un livre splendide et émouvant sur les journaux intimes

 

Un article de NONFICTION.fr à propos du livre "Journaux intimes. Raconter la vie" de Sophie Pujas et Nicolas Malais

"Face aux fac-similés commentés d’extraits de journaux intimes, d’écrivains et autres, le lecteur est ému du début à la fin par la trame de la vie.

Sophie Pujas est journaliste et romancière ; Nicolas Malais est libraire de livres rares à Paris, spécialisé dans les manuscrits anciens. Ils ont joint leurs talents et leurs compétences, leurs passions aussi, à n’en pas douter, pour composer ce très beau livre, autour de trois thématiques (intimités, regards, voyages) qui permettent de proposer un très large choix d’extraits de journaux intimes, de Benjamin Constant inventant un système de chiffres pour résumer sa tumultueuse vie amoureuse et son incapacité à rompre à Édouard Glissant voyageant sur le Nil en janvier 1988, et rendant compte de l’aventure dans un cahier noir relié de rouge où il dessine à l’occasion, à la suite notamment de Gustave Flaubert et des peintres Eugène Delacroix et Émile Bernard, qui l’ont précédé en Égypte et que l’on retrouve dans ce livre. ..."