Les mondes juifs

Le Ghetto intérieur

 

Livre de Santiago H. Amigorena

Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.

Santiago H. Amigorena raconte le « ghetto intérieur » de l’exil. La vie mélancolique d’un homme qui s’invente une vie à l’étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l’auteur qui écrit aujourd’hui : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l’histoire de l’origine de ce silence.

[2 critiques opposées à lire avec la fiche PDF : En attendant Nadeau : « Déception. On a presque envie de dire : Dieu n’est pas un romancier, Amigorena cette fois-ci non plus. » / Les Inrocks : « Le Ghetto intérieur est, de tous les textes de la rentrée, celui qui mériterait le plus une belle récompense littéraire. »]

Dire Auschwitz - Ce que peuvent les mots

 

Livre de Henri Borlant et Dominique Philippe

Ce corps à corps avec le langage épuise, construit parfois l’insatisfaction de ne pas avoir été à la hauteur de ses promesses.
Témoigner c’est encore accepter son impuissance à bâtir, comme le dit Henri Borlant, le récit exact des faits. Mais témoigner c’est aussi faire confiance à celui qui vous écoute et qui saura, dans les silences, les hésitations, les attitudes du témoin, y mettre ses propres mots.
Auschwitz n’a pas englouti la parole, car l’interrogation sur le « comment dire », quatre-vingts ans plus tard, témoigne à son tour de notre condamnation à comprendre ce que fut cet improbable, mais réel, ailleurs : Auschwitz-Birkenau.
Le terme génocide, la notion juridique de crime contre l’humanité dit, à son tour, la capacité de l’homme à créer un langage, au plus près de ce que fut l’indicible.
Les mots portent en eux la puissance de la vérité.

[Holocauste ou Shoah ? Génocide ou ‘Hourbane ? Quels mots pour dire Auschwitz ? Histoire et enjeux des choix et des rejets des mots désignant la Shoah - un article paru la Revue d’Histoire de la Shoah - 2006]

DireAuschwitzDireAuschwitz [156 Kb]

NUIT DE JUILLET - LA RAFLE DU VEL D'HIV - NOUVELLES

 

Livre de Philippe Lipchitz

L'auteur livre ici dix-neuf nouvelles sur la mémoire de la Grande Rafle.

" Bientôt les voix des témoins directs se seront éteintes. Alors, il faudra se poser la question : comment assumer le travail de mémoire ? Ce sera sans doute l'un des lourds héritages que nous devrons porter. Nous, c'est-à-dire ceux de ma génération, celle que j'appelle la génération du silence

sur les ailes de la chance

 

Livre de Georgia Hunter

Si la vie était une question de probabilité, la famille Kurc n’aurait pas dû survivre à la Seconde Guerre mondiale. Seul 1% des juifs de leur ville de Radom, en Pologne, a survécu et 90% des juifs du pays ont été massacrés. Sur les ailes de la chance raconte l’extraordinaire histoire de cette famille.

Séparés par six années de guerre et cinq continents, des jazz clubs du Paris des années 30 au Rio de Janeiro de l’après-guerre en passant par le goulag sibérien et le ghetto de Varsovie, les héros de ce roman choral sont poussés par la même rage de survivre et l’espoir, immense, qu’un jour, ils seront à nouveau réunis.

À l’âge de quinze ans, Georgia Hunter a appris qu’elle appartenait à une famille de survivants de l’Holocauste - un véritable choc pour cette jeune Américaine du Connecticut. Sur les ailes de la chance est né de la quête qu’elle a menée depuis lors pour remonter le fil de cette histoire familiale extraordinaire. Ce roman, fruit d’un méticuleux et tentaculaire travail de recherche, a immédiatement connu un immense succès international.

où vivre

 

Livre de Carole Zalberg

«  Peut-être que nous n’étions pas faits pour avoir un État à nous, après tout. Voilà ce que me confie, à voix basse, comme pour elle-même, ma tante assise sous la pergola devant sa maison inchangée depuis ma dernière visite, trente ans auparavant. Cette réflexion, la déception qu’elle révèle me glacent mais que répondre ? Et qui suis-je pour avoir une opinion, moi qui n’ai pas remis les pieds ici depuis si longtemps ? C’est à peine croyable mais les décennies ont filé sans que j’y prenne garde, sans que j’affronte les contradictions et le malaise qui me tenaient éloignée de ce pays que je qualifiais de compliqué pour évacuer la question.  »

A travers leurs voix recomposées par Marie, née en France dans les années 60, les membres d'une famille juive polonaise relatent leur installation en Israël après la guerre.   Au long des décennies intranquilles, les générations nouvelles venues dans l'État juif puis celles qui y sont nées expriment leurs attentes et leurs déceptions, au fil d’un quotidien à jamais hanté par la Shoah. C'est cette fin d'un monde que les plus âgés ont voulu surmonter en construisant un lieu sûr. C'est elle que les plus jeunes veulent empêcher de se reproduire en acceptant avec plus ou moins d'évidence les épreuves que leur pays ne cesse d'imposer.

De l’après-guerre à nos jours, l'exil des uns et les questionnements de la famille restée en France se répondent, tissant des liens indéfectibles.  Leurs voix se mêlent pour dire avec puissance une destinée familiale complexe et vitale qui est aussi une magnifique plongée dans les paradoxes de l’État d’Israël, autour de la question des pionniers, de leurs rêves, de leurs déceptions.

[Présentation par l'auteure - Vidéo Librairie Mollat]

[Chronique dans La Cause Littéraire]

OùVivreOùVivre [172 Kb]

terminus berlin

 

Livre d'Edgar Hilsenrath

Écrivain de la Shoah et de l’exil, Edgar Hilsenrath livre avec Terminus Berlin son roman le plus poignant, celui du retour désenchanté en Allemagne. Son héros retrouve, comme lui, le pays natal près de trente ans après avoir quitté l’Europe et ses fantômes. Le temps est venu de faire le bilan d’une vie tourmentée.

Fidèle à son humour, Hilsenrath raconte avec un sens aigu de la dérision le destin de son alter ego littéraire. Lesche, traumatisé par son expérience du ghetto, peine à trouver sa place dans un Berlin marqué par le consumérisme et la chute du Mur. Les rencontres improbables et la résurgence glauque du fascisme forment la trame de ce roman publié en Allemagne en 2006.

Lapidaire et ironique, ce texte émeut par la figure de clown triste que l'auteur y révèle. Après l’avoir écrit, Edgar Hilsenrath décida que son œuvre était close. Il n’a plus rien publié depuis.

TerminusBerlinTerminusBerlin [240 Kb]

AINSI FUT AUSCHWITZ - TÉMOIGNAGES (1945-1986)

 

Livre de Primo Levi

Les vérités les plus précises — et les plus terribles, tant elles sont précises — sur la machine d’extermination.
Quarante ans de témoignages, en grande partie inédits, d’une importance historique essentielle.


En 1945, au lendemain de la libération, les militaires soviétiques qui contrôlaient le camp pour anciens prisonniers de Katowice, en Pologne, demandent à Primo Levi et à Leonardo De Benedetti, son compagnon de détention, de rédiger un compte rendu détaillé sur les conditions sanitaires du camp. Le résultat est le Rapport sur Auschwitz, un témoignage extraordinaire, l’une des premières descriptions sur les camps d’extermination jamais élaborées. Publiée en 1946 dans la revue scientifique Minerva Medica, elle inaugure l’œuvre à venir de Primo Levi, témoin, analyste et écrivain. Dans les quatre décennies suivantes, Levi ne cessera jamais de raconter son expérience du Lager dans des textes de nature différente, qui, pour leur grande majorité, n’ont jamais été publiés ensemble. Des recherches entamées très tôt par Levi sur le destin de ses compagnons à la déposition pour le procès Eichmann, en passant par la « lettre à la fille d’un fasciste qui demande la vérité » et les articles parus dans des quotidiens et des revues spécialisées, Ainsi fut Auschwitz est une mosaïque de souvenirs et de réflexions critiques d’une valeur historique et morale inestimable.
Un recueil de témoignages, d’enquêtes et d’analyses approfondies qui, grâce à la cohérence, à la clarté de son style, à la rigueur de sa méthode, nous rendent le Primo Levi que nous avons appris à reconnaître comme un auteur classique de la littérature italienne.

1938, nuits

 

Livre d'Hélène Cixous

C’est le quatrième livre qui me ramène à Osnabrück, la ville de ma famille maternelle. Je cherche. Je cherche à comprendre pourquoi Omi ma grand-mère s’y trouvait encore en novembre 1938. Ainsi que ses frères et sœurs. Cela faisait pourtant des années que les Monstres occupaient le ciel allemand et proféraient des menaces de mort à l’égard des Juifs, mais Omi continuait à penser qu’elle était allemande même après avoir été déclarée nonaryenne, même quand la langue allemande a formé de nouveaux abcès antijuifs tous les mois. Certes son mari était bien mort pour l’Allemagne en 1916 mais quand même.

Dans la rue le banc est interdit aux Juifs.

Quel courage lui faut-il pour rester dans la ville qui brûle les siens tandis que K. le grand ogre nazi passe en ricanant devant notre grand magasin boycotté, ou peut-être quelle terreur ? Ou peut-être la voix de l’angoisse est-elle plus forte que celle de sa fille, Ève ma mère, qui a pris la porte définitivement dès 1933 ?

Aucune explication.

Je ne comprends pas pourquoi je ne comprends pas.

Il y a tant de sortes de Juifs qui ne savent plus qui ils sont. Il y en a qui partent, mais pas assez loin, comme s’ils avaient peur de perdre – quoi ? Il y a des Juifs-qui-ne-partent-pas. Éri la petite sœur d’Ève ma mère est partie dès 1933 quand les piscines lui ont été interdites. Mais Siegfried est resté. Les Nussbaum aussi. Il y en a qui ont voulu partir quand on ne pouvait plus partir. Il y en a qui sont revenus se perdre. Qu’est-ce qui te ferait partir ? me demandé-je. Et vous, qu’est-ce qui vous ferait partir ? On ne peut pas dire qu’Omi soit partie finalement.

Elle ne m’a jamais parlé de la Nuit de Cristal. Il y avait de quoi être éclairée pourtant.

Comme je n’arrive pas à rentrer à l’intérieur de ma grand-mère je me décide à entrer dans la Nuit Décisive par l’intérieur de Siegfried K., un ami de ma mère. Il a 25 ans, il vient d’arracher son doctorat de médecine, la Grande Synagogue lui brûle devant la figure, le voilà naufragé à Buchenwald, pour l’inauguration par les Premiers Déportés. Je le suis.

Il ne sait pas ce qui lui arrive. C’est nouveau. Ça vient d’ouvrir. Ce n’est pas terminé. Buchenwald est à côté de Weimar. Weimar, c’était Goethe. Siegfried est un modeste Robinson juif aktionné en 1938. Avant, je ne savais pas ce que c’était, un juif aktionné. Suivons Siegfried dans la fameuse Nuit Nazie aux mille Incendies, prologue au temps de l’Anéantissement. J’aimerais tant pouvoir lui demander pourquoi, comment, il est encore là.

[un entretien avec l'auteure, paru dans FLORILETTRE n° 204]

Vidéo de la librairie MOLLAT

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Falafel sauce piquante

 

BD. Dessinateur / Scénariste / Coloriste : Michel Kichka

L'Israël dessinée dans les médias, trop souvent réduite au conflit israélo-palestinien qui exacerbe le monde entier ne correspond pas toujours à l'Israël de Michel Kichka dont il connaît le peuple, Falafel sauce piquante est le récit autobiographique romancé de son rapport à ce pays. Quarante et une années de vie adulte à Jérusalem racontées à travers ses rencontres, ses souvenirs, les événements politiques, une vie dans une Terre de conflits, mais aussi Terre de miracles.

erev, à la veille de ...

 

Livre d' Eli Chekhtman

Erev est une fresque monumentale, à ce jour entièrement inédite en français, qui retrace l’histoire de la famille Boïar, du début du XXe siècle à la seconde guerre mondiale, puis à la création d’Israël. On y suit trois générations à travers les destins d’une galerie de personnages tour à tour confrontés au tzarisme, au stalinisme et au nazisme. Décimés par les violents soubresauts de l’histoire, les Boiars se battent sans relâche pour leur survie.   Témoignage historique et littéraire essentiel sur la culture des Juifs d’Europe de l’est, cette saga met en lumière la ferveur intellectuelle et les passions qui animaient les communautés rurales et urbaines de cette région de Polésie à la veille de l’Holocauste.   L’ampleur et le détail de cette fresque, les aspects peu connus de la vie communautaire qu’elle dévoile, en particulier le portrait qui est livré de l’intelligentsia de l’entre-deux guerres, en font un texte tout à fait à part dans la littérature yiddish. L’extermination tragique des Juifs d’Europe y est retranscrite dans une langue exaltée, pétrie de réalisme magique, et d’un lyrisme bouleversant.   Eli Chekhtman achève ici brillamment la mission qu’il s’était assigné : immortaliser et célébrer la culture yiddish anéantie.

[Note dans En Attendant Nadeau]

idiss

 

Livre de Robert Badinter

J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss.
Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914.
Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé.
Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils.

 

Idiss Idiss [117 Kb]

Vivre ma vie - Une anarchiste au temps des Révolutions

 

Livre d'Emma Goldman

Née en 1869 dans l’Empire russe, Emma Goldman s’exile aux États-Unis à 16 ans. Pauvreté, exploitation et désillusions l’y attendent. Elle plonge alors à corps perdu dans le chaudron politique et intellectuel. Activiste et conférencière anarchiste aussi célèbre que redoutée, elle sillonne au gré des luttes une Amérique en pleine ébullition. Expulsée en 1919 vers la Russie, accueillie chaleureusement par Lénine, elle découvre une réalité qu’elle ne cessera de dénoncer avec courage tout en poursuivant son inlassable combat pour l’émancipation.
Son époustouflante épopée mêle morceaux de bravoure et moments d’intimité, grands affron­tements politiques et vie d’une femme hors du commun, poésie et quotidien, espoir et désenchantement. Ce texte magistral est à la fois une fresque historique qui donne le vertige, tant on y croise toutes les grandes figures révolutionnaires, une œuvre puissante d’une rare sensibilité et l’un des plus beaux chants d’amour à la révolte et à la liberté. Un monument de la littérature anarchiste enfin traduit intégralement en français.

 

VivreMaVie VivreMaVie [146 Kb]

Isaac

 

Livre de Léa Veinstein

Autrefois, lorsqu’on lui demandait si elle était juive, Léa Veinstein répondait  :  «Mon arrière-grand-père était rabbin  !  »  De ce dernier pourtant, elle ne savait rien, pas même le prénom  : Isaac. La mémoire familiale avait préféré l’effacer… Pourquoi  ? C’est ce que Léa décide un jour d’élucider, alors que tout dans sa vie la ramène vers un judaïsme qu’elle avait longtemps tenu à distance  : ses études de philosophie, sa rencontre avec Solal, la naissance de son fils…
Isaac chantait à l’époque où il n’était encore que ministre officiant à la synagogue de Neuilly. Tous ceux qui l’ont connu se rappellent sa voix magnifique. Mais lorsque Paris fut occupé, et le rabbin de Neuilly contraint de fuir, Isaac prit sa relève. Le régime de Vichy lui octroya une carte de légitimation - découverte bouleversante pour Léa : ce papier signifiait-il qu’Isaac avait collaboré, ou choisissant de rester, ne s’était-il engagé à protéger sa communauté?
Dans ce récit très personnel, Léa Veinstein ébauche des réponses comme on se fraye un chemin, tantôt indignée, inquiète, ou apaisée. Grâce aux témoins d’hier et d’aujourd’hui, grâce aux documents qu’elle retrouve au cours de son enquête, elle parvient à nous offrir un texte tendre et sans complaisance  : hommage à l’aïeul effacé, hommage à la famille… Et tentative de comprendre, à une époque où l’antisémitisme ressurgit de façon terrifiante, ce que signifie «  être juif  » : une identité bien sûr, une transmission - une liberté, surtout.

[Note de lecture de Corinne Bacharach sur son blog]
IsaacIsaac [114 Kb]

Les Livres de Jakob ou le grand voyage

 

Livre d'Olga Tokarczuk

Hérétique, schismatique, Juif converti à l’islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, tour à tour misérable et richissime, vertueux et abominable, Jakób Frank a traversé l’Europe des Lumières comme la mèche allumée d’un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n’y avait qu’un pas et il le franchit allègrement. Le dessein de cet homme était pourtant des plus simples : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la sécurité et le respect d’autrui. Il voulait l’égalité. La vie de ce personnage historique, qui fut considéré comme le Luther du monde juif, est tellement stupéfiante qu’elle semble imaginaire. Un critique polonais, saluant la réussite absolue de ce roman de mille pages, dit qu’il a fallu à Olga Tokarczuk une « folie méthodique » pour l’écrire. On y retrouve les tragédies du temps, les guerres, les pogroms et la ségrégation, mais on y goûte aussi les merveilles de la vie quotidienne : les marchés, les cuisines, les petits métiers, les routes incertaines et les champs où l’on peine, l’étude des mystères et des textes sacrés, les histoires qu’on raconte aux petits enfants, les mariages où l’on danse, les rires et les premiers baisers. Ainsi que le dit le père Chmielowski, l’autre grand personnage de ce roman, auteur naïf et admirable de la première encyclopédie polonaise, la littérature est une forme de savoir, elle est « la perfection des formes imprécises ».   Au milieu du XVIIIe siècle, dans le royaume de Pologne et bientôt à travers toute l’Europe des Lumières, le singulier destin de Jakób Frank : mystique, habile politique, débauché, chef religieux ou charlatan, il fut pour les uns le Messie de la tradition juive, pour les autres un hérétique, ou pire, un traître. Pour conserver à son héros toute son ambiguïté, sa complexité et la polysémie de son apparition, la romancière a choisi de ne le montrer qu’à travers les yeux et les propos d’une foule de personnages de tout milieu et de toute condition. Cette épopée universelle sur l’appartenance, l’émancipation, la culture et le désir, est une réussite absolue : elle illustre la lutte contre l’oppression, en particulier des femmes et des étrangers, mais aussi contre la pensée figée, qu’elle soit religieuse ou philosophique.

 

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Carnets de Kiev, 1941-1943 ...

 

Titre complet : Carnets de Kiev, 1941-1943 : journal d'une bibliothécaire russe pendant l'occupation allemande 

Livre d'Irina A. Khorochounova

Si notre perception de l’occupation allemande de Kiev pendant la Seconde Guerre mondiale s’est affinée à la lumière de nombreux documents exhumés récemment, elle cerne surtout les aspects militaires, politiques et administratifs de la présence ennemie. Ces Carnets de Kiev donnent au contraire à voir la vie des habitants et de la ville entre 1941 et 1943. 

Jeune bibliothécaire issue de la bourgeoisie russe traditionnelle, Irina Khorochounova a consigné dans son journal, rédigé dans un style sobre et précis, les événements survenus dans la Kiev occupée. Travaillant au contact des Allemands, elle décrit avec force détails des épisodes douloureux tels que la collaboration, le pillage des bibliothèques, les prisonniers de guerre, le marché noir, lesexpulsions et la terreur qu’inspirent dans toute la population les rafles pour le travail forcé en Allemagne par les forces d’occupation.  Comme l’arbitraire qui y préside. En leitmotiv revient, depuis le premier massacre dans le ravin dit de Babi Yar (29-30 septembre 1941), le martyre spécifique des Juifs, leur sort singulier dans cet océan de violences, et leur disparition d’un monde empreint de leur présence séculaire et familière.

Compte-rendu au jour le jour de la vie de Khorochounova et de ses compatriotes au cours de ces sombres années, ce journal, conservé dans les Archives des Organes du pouvoir et de direction de la République d’Ukraine et inédit en français, livre un témoignage sensible de la guerre telle que l’ont vécue les civils de Kiev.

[Une note de lecture : L’Ukraine sous la botte allemande - Sur le site NONFICTION.FR – 22 octobre 2018]

 

CarnetsDeKiev CarnetsDeKiev [132 Kb]

deux pères juifs

 

Livre de Catherine Francblin 

Deux pères juifs est un récit autobiographique qui évoque l'enfance de l'auteure, confrontée à l'absence de son père, disparu dans la Shoah quelques semaines avant sa naissance. Doté de remarquables qualités littéraires, le texte mêle habilement, en un va-et-vient permanent, le récit personnel et l'histoire collective. Élevée par une mère réfugiée dans le silence et un beau-père, rescapé d'Auschwitz, qui aspire à aller de l'avant, l'enfant ne trouve aucune réponse à ses interrogations sur le drame vécu par les siens. Bien des années plus tard, les écrits des historiens et des témoins du génocide viennent emplir ce vide. Ils alimentent un besoin de savoir inassouvi dont la violence sous-tend l'écriture de ce livre, composant une chronique du martyre bouleversante qui s'agrippe au lecteur de toutes parts pour ne plus le lâcher. Profondément originale tant par la position de l'auteure « entre deux pères » que par sa quête des traces de son histoire intime à la lumière des faits et événements relevant de la grande Histoire, la démarche de Catherine Francblin interpelle chacun avec vigueur. Son rappel détaillé, martelé, de la barbarie nazie a valeur de mise en garde dans un monde au sein duquel le travail de civilisation s'avère sans fin.

 

DeuxPeresJuifs DeuxPeresJuifs [116 Kb]

retour à Lemberg

 

Livre de Philippe Sands

Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle.

C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de « crime contre l’humanité » et de « génocide », étudient le droit dans l’entre-deux guerres.

C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la « Solution finale » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz.

Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

 

RetourALemberg RetourALemberg [138 Kb]

Quinze voyages de Varsovie à Londres, 1940-1945

 

Livre de Jasia Reichardt

Jasia Reichardt a six ans quand la guerre éclate et bouleverse l'heureuse vie familiale. Préservée puis séparée des siens restés dans le ghetto de Varsovie, elle dut s'adapter à toutes sortes de situations.

Cinquante ans après, elle parvient enfin à lire les lettres de sa mère (assassinée à Treblinka) et de sa grand-mère (suicidée à Otwock) adressées à sa tante, Franciszka Themerson, qui suivit le gouvernement polonais en exil.

L'auteure mêle ses mots de petite fille et d'adulte pour évoquer les événements et l'odyssée initiatique qui lui font quitter un monde pour un autre, la mort pour la vie, la sienne et celle des êtres chers, autour de lettres, d'images et de souvenirs. Défilent ainsi visages et lieux, résonnent les voix, de Varsovie à Londres.

 

QuinzeVoyagesDeVarsovieALondres QuinzeVoyagesDeVarsovieALondres [98 Kb]

Le Bracelet

 

Livre d'Andrea Maria SCHENKEL

Munich, 1938. Le petit Carl Schwarz doit quitter l’Allemagne avec ses parents et sa sœur. Sa mère est catholique, mais le pays est devenu trop dangereux pour son père juif. La famille déniche des billets de bateau pour Shanghai via Gênes, mais au dernier moment le père décide de rester à quai. Lui qui a défendu son pays dans les tranchées de la Première Guerre mondiale ne peut pas croire que l’Allemagne s’en prenne à sa personne.
Au même moment, une jeune fille tombée enceinte d’un soldat sans être mariée est envoyée chez sa tante, faiseuse d’anges ; celle-ci s’occupe d’elle et la recueille. Une femme du monde qui a eu plusieurs fois recours à ses services vient lui demander une nouvelle fois son aide. Mais à présent, elle voudrait adopter un nourrisson – c’est à cette seule condition que Himmler lui accordera le droit d’épouser l’homme avec qui elle vit.
En 2010, aux États-Unis, Carl Schwarz coule une retraite paisible avec Emmi, la femme qui partage son existence depuis plus de soixante ans. Un après- midi, le téléphone sonne. Un homme, mandaté par le musée de l’Holocauste, aimerait lui poser des questions. Soudain tout le passé resurgit…
Saga du plus haut romanesque, Le Bracelet verse une lumière bouleversante sur l’une des périodes les plus sombres de notre histoire.

[Une note de lecture]

 

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Une histoire de France

 

Livre de Nathalie Heinich

 « Si j'ai décidé d'arracher à leur intimité cette histoire de deux familles, c'est parce que l'une et l'autre m'ont paru emblématiques de ce qui fait mon pays. Une mise en relation constante de la petite histoire familiale avec la grande histoire nationale : c'est ce qui a guidé l'écriture de cette histoire de France à hauteur d'individus, contée à travers les efforts déployés par Jacob, par Bentzi, par Stacia, et aussi par Jean, par Charles, par Madeleine, pour arriver dans un pays, et pour ne pas en être exclus - le récit du prix à payer pour devenir, et pour rester, français.

Cette narration en images est le fil qui relie tous ces morceaux de vie hérités du passé afin de leur donner, sinon un sens, du moins une continuité, le sentiment qu'il y a bien là une histoire ordonnée, avec un début et une fin : l'histoire d'une famille juive émigrée d'Ukraine, puis enrichie ; l'histoire d’une famille protestante exilée d'Alsace, puis appauvrie - l'une et l'autre unies, après trois guerres, par les liens d'un mariage improbable dans la lumière de Marseille... Deux lignées, deux exils - et, au final, deux façons d'être de son pays. »

 

Sur France Culture, le 17/06/2018

 

UneHistoireDeFrance UneHistoireDeFrance [184 Kb]

vienne avant la nuit

 

Livre de Robert Bober

Dans les premières années du siècle dernier, l’arrière-grand-père de Robert Bober,  Wolf Leïb Fränkel, tenta d’émigrer aux Etats-Unis, en avant-garde de sa famille restée en Pologne. Refoulé à Ellis Island, il décida de s’installer en Autriche, à Vienne, où la vie était pour les Juifs plus facile qu’en Pologne, et il y fit venir sa femme et ses enfants.  Wolf Leïb Fränkel est mort en 1929, avant que la nuit nazie ne tombe sur l’Europe. A l’époque, Vienne était une ville cosmopolite, ouverte, une capitale intellectuelle et artistique, effervescente. Modeste ferblantier, il est peu probable que Wolf Leïb Fränkel ait jamais croisé les grands écrivains qui en fréquentaient les célèbres cafés, mais, pour Robert Bober dont l’œuvre se nourrit de cette culture d’Europe centrale qui éclaira le monde, ils sont indissociables. C’est à la recherche de cet arrière-grand-père et de la Vienne d’alors, et pour faire un film de cette recherche, que Robert Bober s’est lancé en 2012.  Abondamment illustré, notre livre reprend des images du film ainsi que son titre, des documents historiques, le texte écrit par Robert Bober lui-même et qu’il dit en voix off, mais augmenté par rapport au film. Vienne avant la nuit, le film, réalisé par Robert Bober et produit par « Les Films du Poisson », sortira en salles, comme notre livre, début octobre 2017.

 

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13 ans à Paris en 1942

 

Livre de Maurice Lustyk

Dans ce livre, l’auteur raconte, avec sa gouaille de titi parisien, sa pudeur, mais aussi avec beaucoup de sobriété, son quotidien de gamin du Faubourg Saint-Antoine, pendant l’Occupation allemande.

Doté d’une mémoire stupéfiante, il nous fait vivre au jour le jour les dénonciations, les rafles, toutes les lois anti-juives et, surtout, l’arrestation de sa mère qui sera gazée à Auschwitz. Mais il nous parle aussi de ses copains qui lui resteront fidèles et qui l’aideront à traverser cette tragique période.

Toute sa vie, très régulièrement, il retournera dans son quartier du XIIe arrondissement qu’il adorait.

 

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L'appartement

 

Livre d'André Markowicz

"Nous sommes tous ensemble, tous les cinq (je ne vois pas mon père dans la scène, il doit être à Paris), jusqu'à ce square dans la cour d'un immeuble, à, quoi, cent mètres, l'écorce noire de ces deux-trois arbres l'ombre semée de taches de soleil, et nous nous asseyons sur le banc blanc, "là, on s'assoit", je la sens qui respire vite, le coeur qui bat, l'effort est fait, la dernière sortie de ma grand-mère..."

A Saint-Pétersbourg, André Markowicz a hérité de l'appartement dans lequel vivait sa grand-mère depuis 1918. Cet appartement, devenu propriété de la famille au moment de l'effondrement du système communiste, est le prétexte d'un récit mêlant souvenirs familiaux, réflexions sur le régime communiste, la littérature, les intellectuels russes, dessinant une forme d'autobiographie sensible du poète et traducteur.

 

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Keila la rouge

 

Livre d'Isaac Bashevis Singer

« À trente-deux ans, Yarmi comptait déjà quatre séjours à la prison de Pawiak pour vol – sa spécialité étant de forcer les serrures. Il avait aussi été arrêté plusieurs fois pour traite des blanches. À vingt-neuf ans, Keila la Rouge s’était successivement distinguée dans trois bordels, une rue Krochmalna, une rue Smocza et une rue Tomkes. » Dans ce grand roman inédit, le conteur malicieux de la rue Krochmalna, le magicien des synagogues et des bordels, ressuscite le monde disparu de la culture yiddish, un monde de couleurs vives qui devint après la guerre un monde gris de cendres.

 

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Oneg Shabbat - Journal du ghetto de Varsovie

 

Livre d'Emanuel Ringelblum

Quelques semaines après l’invasion allemande de la Pologne, pressentant que des temps lourds de dangers s’ouvrent devant eux, Emanuel Ringelblum et quelques Juifs de Varsovie mettent en place une équipe de collecte d’informations et de documents qui se réunit chaque samedi sous le nom d’Oneg Shabbat, « la joie du shabbat ».

La finalité de cette collecte va changer avec le temps : de preuves pour l’après-guerre, elle devient une accumulation de preuves pour les générations à venir. Témoignage du désastre sans précédent qui prétend éradiquer un peuple décrété « en trop » sur la terre.

Dans le même temps, Ringelblum tient un Journal, rédigé en yiddish, de façon intermittente, en un style parfois haché, voire sibyllin. Au fil des mois, la description de l’effroyable misère organisée par les Allemands prend le dessus. S’impose la description (et la colère froide qui l’accompagne) de la trahison d’une partie des classes dominantes juives, de la bassesse de beaucoup, de la trahison d’une poignée. Mais l’auteur met aussi en lumière la solidarité et la vivacité de la résistance culturelle à ce martyre. Réquisitoire implacable, ce texte, par ses notations sèches qui ne cèdent jamais à l’indignation de posture, fustige l’égoïsme de classe qui structure les sociétés juives. Comme les autres.

La présente traduction de ce manuscrit retrouvé à la Libération comprend l’intégralité des chroniques quotidiennes de Ringelblum. Après la publication d’une partie des archives d’Oneg Shabbat il y a dix ans, elle complète l’édifice des voix d’outre-tombe venues du judaïsme de Varsovie.

 

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Le journal d’Anne Frank - Roman graphique

 

Livre adapté par Ari Folman (scénario) et David Polonsky (dessin)

À Amsterdam pendant la Seconde Guerre mondiale, Anne doit se cacher avec sa famille dans « l’Annexe » d’un immeuble pour échapper aux rafles. Elle y écrit son journal, dans lequel elle raconte son quotidien pendant la guerre : elle ne sait pas que celui-ci sera donné à lire dans les écoles du monde entier. L’adaptation de Folman et Polonsky y est fidèle. Sa lecture, rendue ludique par le traitement en couleurs des planches, offrira aux plus jeunes une nouvelle entrée dans cette sombre période de l’Histoire.

 

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Des jours d'une stupéfiante clarté

 

Livre d'Aharon Appelfeld

Theo Kornfeld a vingt ans lorsqu’il quitte le camp de concentration que ses gardiens viennent d’abandonner à l’approche des Russes. Il n’a qu’un seul but : retrouver la maison familiale. Errant sur les chemins, blessés au plus profond d’eux-mêmes, les déportés qu’il croise lui rappellent l’horreur à laquelle il a survécu, tandis que d’autres figures émergent de son passé. Celle de sa mère, Yetti, une femme à la beauté exceptionnelle, au caractère fantasque, qui aimait les églises, les monastères et l’œuvre de Bach. Celle de Martin, un père trop discret que Theo va apprendre à mieux connaître.

Des jours d’une stupéfiante clarté raconte son voyage à travers les paysages d’Europe centrale baignés de lumière. Chaque rencontre suscite en lui d’innombrables questions.

Comment vivre après la catastrophe ? Comment concilier passé et présent, solitude et solidarité ? Comment retrouver sa part d’humanité ?

Par-delà le fracas de l’Histoire, ce livre admirable est le récit d’une résurrection.

 

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Les Enfants du ghetto - Je m'appelle Adam

 

Livre d'Elias Khoury

À New York où il enseigne la littérature arabe, l’auteur dit avoir rencon­tré un certain Adam Dannoun, mystérieux marchand de falafel israélien ; il aurait réussi à acquérir des cahiers en partie calcinés trouvés dans l’appartement après la mort de ce dernier. Il s’agit de deux romans ina­chevés. Le premier raconte l’histoire d’un poète arabe de l’époque omeyyade, Waddâh al-Yaman, amant de la femme du calife. Celle-ci le cachait dans un coffre du palais ; l’ayant appris, le calife ordonna de déposer le coffre au fond d’un puits, où le poète mourut noyé sans avoir pu ou voulu prononcer un mot. Le second manuscrit, bien plus ample, se présente comme un récit autobiographique. Il rapporte en détail, en retraçant la destinée d’une foule de personnages, les événements tragiques survenus à Lod en 1948, quand presque tous les habitants de la ville furent expulsés ; ceux qui y étaient restés, dont Adam, encore nourrisson, furent regroupés dans un camp sordide auquel les vainqueurs donnèrent cruel­lement le nom de ghetto…
Dans cette nouvelle approche, après La Porte du soleil, de la Nakba palestinienne de 1948, Elias Khoury aborde des thèmes majeurs comme l’identité, la mémoire, le rapport du roman à l’histoire, mais il se pose surtout, en les croisant, cette question : comment restituer en littérature des crimes dont les victimes se sont murées dans le silence ? Il emprunte pour y répondre plusieurs masques, le dernier étant celui d’un témoin oculaire auquel Adam Dannoun, incapable de raconter lui-même l’épisode le plus monstrueux, demande de le relayer.

[Interview de l'auteur dans L'ORIENT LITTERAIRE - mars 2018]

 

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Elles étaient juives et résistantes - Convoi 76

 

Livre de Chantal Dossin

Pendant de longues années, le souvenir de nombreuses femmes résistantes est resté enfermé dans des boîtes d’archives. Leur nom figure rarement dans les livres d’histoire et pourtant, elles ont pris des risques fous et manifestèrent souvent très tôt la même volonté de désobéir. Rita Thalmann, historienne, parlait déjà en 1984 de « l’oubli des femmes dans l’historiographie de la Résistance ». Les résistantes juives en sont la parfaite illustration, le fait qu’elles fussent juives ayant fait oublier qu’elles avaient été résistantes. Catherine Varlin, résistante elle-même, parle à leur sujet d’une « ville engloutie » ! Pourquoi ces femmes ont-elles choisi de résister ? Comment sont-elles entrées en contact avec le milieu clandestin de la Résistance ? Arrêtées pour ce qu’elles faisaient puis déportées pour ce qu’elles étaient, elles ont connu une double peine : la prison d’abord avec leurs camarades résistantes, puis le « centre de mise à mort » d’Auschwitz-Birkenau, où elles furent emmenées le 30 juin 1944 en même temps que les dernières familles juives arrêtées en France. Sur les dix femmes exemplaires évoquées ici, seules quatre ont survécu. Seulement trois ont été reconnues officiellement comme résistantes par la Commission nationale des déportés et internés de la résistance. Leur volonté de désobéir, de se dresser contre l’ordre des choses, leur force de vie militent contre l’oubli et le silence.

 

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Une odyssée : Un père, un fils, une épopée

 

Livre de Daniel Mendelsohn

Lorsque Jay Mendelsohn, âgé de 81 ans, décide de suivre le séminaire que son fils Daniel consacre à l'Odyssée d'Homère, père et fils commencent un périple intellectuel et émotionnel de grande ampleur. Ils s'affrontent dans la salle de classe, puis se découvrent pendant les dix jours d'une croisière thématique sur les traces d'Ulysse. À la fascinante exploration de l'Odyssée d'Homère fait écho le récit merveilleux de la redécouverte mutuelle d'un fils et d'un père.

 

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Monsieur Benny - Dialogues inachevés

 

Livre de Daniel Wagner

Ce récit, inspiré de dialogues réels, restitue la recherche du lien entre Monsieur Benny et son fils Daniel. Le père vit à Bruxelles tandis que le fils est parti en Israël. Leur relation se poursuit en pointillés entre sourires, questionnements et émotions. Une seconde vie s'ébauche pour le fils, à travers le recueil de la mémoire, la recherche des traces, la découverte de documents d'archives, de lieux et de photos. Une quête personnelle sur laquelle se dessine l'histoire d'une famille juive belge avec, en arrière-plan, l'ombre de la Shoah.

 

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l'auto des juifs

 

Livre de Franz Fühmann

Dans cette œuvre largement autobiographique, évoquant, au cours de deux décennies, de 1929 à 1949, quatorze journées qui furent aussi des dates marquantes de l’histoire contemporaine, Franz Fühmann relate son long aveuglement face au régime nazi, aveuglement partagé par beaucoup d’Allemands de sa génération. Il est né en 1922 dans cette région des Sudètes, province de la Tchécoslovaquie jusqu’à son annexion par le Troisième Reich en 1938, après que les gouvernements français et anglais eurent honteusement cédé aux exigences d’Hitler. Il a participé aux campagnes de la Seconde Guerre mondiale sous l’uniforme de la Wehrmacht (en Russie, en Grèce, en Bohême) avant d’être fait prisonnier en mai 1945 par les troupes soviétiques. C’est au cours des années de captivité en URSS que Franz Fühmann va remettre en question l’idéologie fasciste qui a imprégné sa jeunesse. Paru en Allemand en 1962, ce livre est un jalon capital dans l’œuvre de l’auteur. Une première édition de ce texte a paru aux EFR en 1975. (dernière édition : septembre 2016).

 

Note de lecture de Michel Ménaché, parue initialement dans le blog « CAHIER CRITIQUE DE POESIE » le 26 janvier 2017 : http://cahiercritiquedepoesie.fr/ccp-33-3/franz-fuhmann-lauto-des-juifs

 

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Une histoire d'amour et de ténèbres

 

Livre d'Amos Oz

" Tu veux jouer à inventer des histoires ? Un chapitre chacun ? Je commence ? Il était une fois un village que ses habitants avaient déserté. Même les chats et les chiens étaient partis. Et les oiseaux aussi. " Le petit garçon qui joue ainsi à inventer des histoires à la demande de sa mère est devenu un grand romancier. Sa mère n'est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre le récit de l'existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux. De Jérusalem, où il est né, il retourne en Ukraine et en Lituanie, et fait revivre tous les acteurs de cette tragi-comédie familiale. Leurs vies sont parfois broyées par la grande Histoire et toujours marquées par leurs propres drames intimes, illusions perdues et rêves avortés. Au cœur d'une narration riche, d'une ampleur et d'une puissance romanesques jusque-là inconnues dans l'œuvre d'Amos Oz, la disparition tragique de la mère demeure la question à laquelle ce roman cherche une réponse. Une histoire d'amour et de ténèbres est un livre bouleversant où l'histoire d'un peuple et la vérité d'un homme se confondent.

[Note de lecture]

 

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avant que les ombres s'effacent

 

Livre de Louis-Philippe Dalembert

En guise de prologue à cette fresque conduisant son protagoniste de Łódź, en Pologne, à Port-au-Prince, l’auteur rappelle le vote par l’État haïtien, en 1939, d’un décret-loi de naturalisation in absentia, qui a autorisé ses consulats à délivrer passeports et sauf-conduits à des centaines de Juifs, leur permettant ainsi d’échapper au nazisme. Avant d’arriver à Port-au-Prince – à la faveur de ce décret – au début de l’automne 1939, le docteur Ruben Schwarzberg, né en 1913 dans une famille juive polonaise, a traversé bien des épreuves. Devenu un médecin réputé et le patriarche de trois générations d’Haïtiens, il a peu à peu tiré un trait sur son passé. Mais, quand Haïti est frappé par le séisme de janvier 2010 et que la petite-fille de sa défunte tante Ruth – partie s’installer en Palestine avant la deuxième guerre mondiale – accourt parmi les médecins et les secouristes du monde entier, il accepte de revenir pour elle sur son histoire familiale. Pendant toute une nuit, installé sous la véranda de sa maison dans les hauteurs de la capitale, le vieil homme déroule pour la jeune femme le récit des péripéties qui l’ont amené à Port-au-Prince. Au son lointain des tambours du vaudou, il raconte sa naissance en Pologne, son enfance et ses années d’études à Berlin, où son père Néhémiah avait déménagé son atelier de fourreur, la nuit de pogrom du 9 novembre 1938, au cours de laquelle lui et son père furent sauvés par l’ambassadeur d’Haïti. Son internement à Buchenwald ; sa libération grâce à un ancien professeur de médecine ; son embarquement sur le Saint Louis, un navire affrété pour transporter vers Cuba un millier de demandeurs d’asile et finalement refoulé vers l’Europe ; son arrivée, par hasard, dans le Paris de la fin des années 1930, où il est accueilli par la communauté haïtienne et, finalement, son départ vers sa nouvelle vie, muni d’un passeport haïtien.

 

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Toutes Fenêtres Ouvertes

 

Livre de Georgette Elgey

En 1973, dans La Fenêtre ouverte, Georgette Elgey avait raconté comment, en 1942, son univers s’était effondré. Après avoir échappé miraculeusement à la déportation, elle dormait désormais sans plus jamais fermer la fenêtre de sa chambre afin de pouvoir échapper aux Allemands.
En 2017, forte d’une documentation d’une rare richesse, Toutes fenêtres ouvertes lui permet de compléter le récit écrit quarante-cinq ans plus tôt. Entre autres comment elle réussit, en 2015, à savoir qui était l’officier allemand à qui elle doit d’être vivante.
Georgette Elgey trace aussi le portrait émouvant de sa mère, jeune femme follement éprise d’un homme de quarante ans son aîné, sa témérité hors du commun pour obtenir la reconnaissance en paternité de sa fille.
À travers l’étonnante histoire de sa vie, elle dépeint un monde disparu, de nombreux personnages exceptionnels et des événements qui ne le sont pas moins. Son parcours singulier, son Histoire de la IVe République en six volumes l’ont amenée à rencontrer maintes grandes figures du XXe siècle. Et, à 70 ans, grâce à l’initiative d’un adolescent, à découvrir sa famille paternelle.
« Il est impossible de lâcher ce livre jusqu’à la dernière ligne dès qu’on l’a ouvert ». Cette constatation faite lors de la parution de La Fenêtre ouverte s’applique à merveille à ce récit.

 

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Une famille juive du temps de l'exode

 

Livre de Anny Bloch

L’exode, juin 1940. Yvonne Dockès n’a pas vingt ans. Avec ses parents, elle quitte les Vosges pour rejoindre Nîmes dans le Sud de la France.

Tous trois voyagent deux jours durant dans leur Citroën, atteignent la Haute Loire et s’arrêtent à Saugues. Pour Yvonne et sa famille, cet arrêt dû au hasard, imposé par la débâcle, dure quatre mois, de juin à octobre 1940. Yvonne écrit alors 150 recettes d’une écriture dense et régulière dans un petit carnet. Celui-ci va l’accompagner tout au long de de son existence, un repère, un guide.

Que s’est-il passé pour qu’Yvonne ait été prise par l’envie d’écrire ?

Est-ce pour ne pas oublier, conserver un héritage menacé de disparaître. Fragments de récits d’une famille juive alsacienne, lorraine. Dans l’exil, la mémoire des nourritures familiales reste un ancrage face au désarroi et à la faim. La cuisine, héritage transmis cahin-caha sur plusieurs générations devient matrimoine, une langue-mémoire, un grenier à souvenirs pour faire face au chaos du présent.

Entre cuisine juive et autres inspirations, nous entrons dans le récit de familles juives ouvertes sur le monde, transportant leur histoire sans dénégation, ni enfermement. Cet ouvrage raconte l’histoire d’une famille juive alsacienne, lorraine patriote qui doit quitter sa région, est soumise aux lois de Vichy et survit en se réfugiant dans un village cévenol. À travers le chaos, la guerre et la Résistance, cet essai transmet un témoignage et un message pour les générations futures. Il traduit les mutations du judaïsme français à travers trois guerres, les déambulations à la suite de la spoliation de biens et du déracinement. La transmission de la mémoire familiale, des rituels et des savoir-faire au féminin contribuent à cette attention à la vie et jouent une large place dans cette destinée familiale.

[ Un article du journal DNA, en date du 18/02/2017 ]

 

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Solomon Gursky

 

Livre de Mordecai Richler

Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois parler de Solomon Gursky. Ce personnage mystérieux deviendra bientôt pour lui une obsession qui l'incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l'histoire d'un homme et d'une famille dont les origines sont drapées dans le mystère. Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l'expédition de Franklin, dans l'Amérique de la prohibition, dans les paysages vallonnés des Cantons-de-l'Est d'hier et d'aujourd'hui, des hauteurs de Westmount jusqu'aux ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un puissant récit qui nous captive par sa verve et son humour mordant. Des grands romans de Mordecai Richler, il s'agit sans doute du plus ambitieux, car il met en scène une riche mythologie ; certainement un des romans les plus épiques - et les plus hilarants - jamais écrits. Il y est autant question d'Inuits convertis au judaïsme, de la Longue marche de Mao, de la dernière expédition de Franklin dans l'Arctique en 1845, que d'un corbeau maléfique et des six générations de la famille Gursky. Fresque de l'Amérique du Nord sur un siècle, de la fin du Far-West au début de l'industrialisation en passant par la révolution russe, la prohibition, la seconde guerre mondiale et les seventies. Solomon Gursky est un chef-d'oeuvre.

 

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Vie de ma voisine

 

Livre de Geneviève Brisac

Ça commence comme une nouvelle d’Alice Munro : lors de son déménagement, une romancière est abordée par sa voisine du dessus qui l’a reconnue, et l’invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo.
Ça continue comme un récit d’Isaac Babel. Car les parents de Jenny, la voisine née en 1925, étaient des Juifs polonais membres du Bund, immigrés en France un an avant sa naissance.
Mais c’est un livre de Geneviève Brisac, un « roman vrai » en forme de traversée du siècle : la vie à Paris dans les années 1930, la Révolution trahie à Moscou, l’Occupation – Jenny et son frère livrés à eux-mêmes après la rafle du Vel' d’Hiv, la déportation des parents, la peur, la faim, les humiliations, et l’histoire d’une merveilleuse amitié. Le roman d’apprentissage d’une jeune institutrice douée d’une indomptable vitalité, que ni les deuils ni les tragédies ne parviendront à affaiblir.
Ça se termine à Moscou en 1992, dans la salle du tribunal où Staline fit condamner à mort les chefs de la révolution d’Octobre, par la rencontre improbable mais réelle entre des « zeks » rescapés du Goulag et une délégation de survivants des camps nazis.
À l’écoute de Jenny, Geneviève Brisac rend justice aux héros de notre temps, à celles et ceux qui, dans l’ombre, ont su garder vivant le goût de la fraternité et de l’utopie.

 

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Des voleurs dans la nuit

 

Livre d'Arthur Koestler (reéédition 2016)

En 1926, Koestler abandonne ses études et part en Palestine. Ce livre est le fruit de son expérience de pionnier dans la petite communauté agricole socialiste qui sert de cadre à la chronique romancée des personnages hauts en couleur qu'il y rencontre. Au-delà des destinées de ces héros en proie aux terribles difficultés qu’ils doivent surmonter au péril de leurs vies, ce roman est d’une constante actualité, car Koestler y pose la question du droit de se défendre et traite courageusement du dilemme de la noble fin qui requiert des moyens ignobles. C’est-à-dire du terrorisme. À lire ou à relire.

 

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Mon Conservatoire côté cour

 

Livre de Henri Ostrowiecki - Préface de Christophe Dejours

Petit garçon, Henri Ostrowiecki échappe de peu à la mort lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ le 16 juillet 1942. Après l’assassinat de ses parents à Auschwitz, son refus de l’école le conduit à devenir ajusteur.

Dès son entrée dans la vie active, il entreprend ses premiers cours du soir et passe le brevet professionnel, puis s’inscrit au Conservatoire National des Arts et Métiers. Le CNAM deviendra son fidèle compagnon. C’est cet itinéraire qu’il nous dévoile. « De facto le CNAM, écrit Christophe Dejours dans sa préface, a pendant une bonne partie du XXe siècle formé une anti-élite qui a rendu d’immenses services aux différentes activités industrielles du pays. Modestes, doués d’une capacité de travail hors du commun, loyaux, endurants, c’étaient des ingénieurs de production extrêmement compétents. »
Lire ce livre, c’est aussi l’occasion de méditer sur le travail et son évolution devenue avant tout gestionnaire.

[Soirée de présentation du livre, le 29 novembre 2016]

 

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