Le blog de Pierre Ahnne

Un blog littérairee

 

Nous publions sur cette page une sélection de textes parus initialement sur le blog de Pierre Ahnne et reproduits ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Extrait de la prérsentation du blog :

... ce blog va fêter son cinquième anniversaire (les problèmes d’intervalles étaient très tendance à l’époque des tabliers à carreaux et des sacs à bretelles). C’est en effet à la rentrée 2011 que naquit La petite revue littéraire d’Ahnne et Pétel, fruit, comme son nom l’indiquait, de notre collaboration, à Gilles Pétel et à moi. Un an plus tard elle devenait Le blog littéraire de Pierre Ahnne tout seul, avant de se transformer au mois de janvier 2014, chez Eklablog, en ce Nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne que vous connaissez. Merci de l’avoir soutenu, de l’avoir lu, de le lire. Merci à ceux qui se sont abonnés à sa newsletter, merci à ceux qui vont le faire. Que serait-il sans vous ?

... aimez-vous parler de vos livres ?

 

Mis à jour

Des auteurs répondent sur "Le nouveau blog de Pierre Ahnne"

"Pour fêter le dixième anniversaire de mon blog, créé en septembre 2011, j’ai demandé à des écrivains que j’ai rencontrés ou dont j’ai parlé au cours de ces dix années de répondre à une question : « Aimez-vous parler de vos livres ? » Les textes qu’ils m’ont fait l’amitié de m’adresser paraîtront, à raison d’un par semaine, dans l’ordre où ils me sont parvenus"

  Gilles Sebhan (28/08/2021)
 

Patrick Boman (04/09/2021)

  Anne Serre (11/09/2021)
  Eric Faye (25/09/2021) 
  Stéphane Lambert (02/10/2021)
   Hélène Veyssier (09/10/2021)
Victor Remizov (16/10/2021)

Pierre Ahnne à propos de "Smotshè, Biographie d’une rue juive de Varsovie

 

Article paru le 13 octobre 2021 sur le blog de Pierre Ahnne

"Jusqu’où ira le biographique ? En colonisant le roman, au moins ne changeait-il pas d’objet. C’était toujours l’histoire de gens… Benny Mer, journaliste, traducteur et éditeur israélien, change l’objet, lui, et, du coup, inaugure un genre nouveau : la biographie de lieu — ici, de rue. 

La rue Smotshè (en yiddish), Smocza (en polonais) était une longue artère dans un des quartiers juifs de Varsovie. Elle s’est trouvée placée au cœur du ghetto. Notre auteur a entrepris de rassembler tout ce qu’il a pu trouver sur ce sujet, c’est le cas de le dire, bien délimité : extraits de presse, textes littéraires, documents d’archives et témoignages recueillis auprès des rares anciens habitants encore en vie ou de leurs descendants. Il y a ajouté des photos, prises, pour la plupart, entre les deux guerres. Et il a élaboré une construction simple et singulière : naissance de l’héroïne, à la fin du XVIIIe siècle ; sa vie d’un numéro à l’autre, avec trois pauses consacrées en particulier aux enfants de la rue, aux relations qu’y ont entretenues Juifs et Polonais non juifs, aux théâtres qui y ont existé...."

"Les livres dont j'ai parlé au cours du mois écoulé..." (Pierre Ahnne)

 

Pierre Ahnne a eu la bonne idée de créer une rubrique mensuelle sur son blog

"Ils ne sont pas forcément tous parus en mai, mais c'est en mai que j'en ai parlé. J'inaugure cette nouvelle rubrique, Mes livres du mois, dans laquelle je récapitulerai, à la fin de chaque mois, les ouvrages que j'aurai chroniqués : une ligne ou deux sur chacun, et un lien vers l'article, pour ceux qui souhaiteraient le (re)lire..." 

entretien avec Dan Nisand

 

Entretien publié sur le blog de Pierre Ahnne le 22/09/2021

"Né en 1978, Dan Nisand vient de publier, aux Avrils (groupe Delcourt), un premier roman, Les Garçons de la cité-jardin. J’ai été impressionné (voir ICI) par l’ampleur de l’entreprise, qui conjugue brillamment drame social, tragique familial, portrait d’un lieu et d’une région. Et par l’audace consistant à choisir, en fait de région, l’Alsace, difficile à dépeindre et, du reste, rarement dépeinte en dehors de ses frontières. Tant de culot et d’originalité méritait bien quelques questions…"

Les Moments littéraires n° 46 : Simone de Beauvoir et autres femmes diaristes

 

Sur son blog, Pierre Ahnne présente le numéro 46 de la revue LES MOMENTS LITTERAIRES

"Habituellement, chaque numéro de la revue Les Moments littéraires a son thème : Diaristes suisses (numéro 43, voir ici), Diaristes belges (numéro 45, voir ici), dossier consacré à un(e) auteur(e) (Claudie Hunzinger, numéro 42, voir ici, Catherine Safonoff, numéro 44…).

Pour le numéro 46 de cette Revue de l’écrit intime, le thème semble être : Femmes diaristes. On y trouve surtout un morceau de choix : deux extraits inédits du volumineux, quoique intermittent, journal de Simone de Beauvoir, présentés par Sylvie Le Bon de Beauvoir, sa fille adoptive. Deux extraits assez différents… Du 28 février au 3 mars 1945, la philosophe, en route vers le Portugal pour y faire des conférences, s’arrête à Madrid, où elle n’était pas retournée depuis 1931. Elle s’émerveille de tout, et, d’abord, après les années d’occupation en France et alors que la guerre (à laquelle l’Espagne, pays neutre, n’a pas participé) n’est pas encore finie, de l’abondance dans les commerces. Prise d’« un étourdissement alimentaire », elle détaille avec gourmandise chacun de ses menus..."

"Les livres dont j'ai parlé au cours du mois écoulé..." (Pierre Ahnne)

 

Pierre Ahnne a eu la bonne idée de créer une rubrique mensuelle sur son blog

"Ils ne sont pas forcément tous parus en mai, mais c'est en mai que j'en ai parlé. J'inaugure cette nouvelle rubrique, Mes livres du mois, dans laquelle je récapitulerai, à la fin de chaque mois, les ouvrages que j'aurai chroniqués : une ligne ou deux sur chacun, et un lien vers l'article, pour ceux qui souhaiteraient le (re)lire..." 

à propos du livre "Combats et métamorphoses d’une femme", Édouard Louis (Seuil)

 

Une note de Pierre Ahnne (sur son blog, le 1/5/2021)

La belle phrase finale paraît tout résumer : « J’aurais aimé que ce récit d’elle constitue, en quelque sorte, la demeure dans laquelle elle puisse se réfugier ». Le nouveau livre d’Édouard Louis viendrait donc rejoindre Le Livre de ma mère (Albert Cohen), La Mère et l’enfant (Charles-Louis Philippe), et tant d’autres ouvrages ayant élevé la piété filiale au rang d’art…

« Encore et encore… »

Seulement, c’est Édouard Louis, qui raconte toujours la même histoire. Et qui le dit : « Je ne veux écrire que la même histoire, encore et encore, y revenir jusqu’à ce qu’elle laisse apercevoir des fragments de sa vérité ». Il s’agit toujours d’en finir, sauf qu’on n’y parvient jamais et qu’il faut toujours recommencer. En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014), c’est-à-dire avec celui que l’auteur lui-même fut. Avec son père, dans Qui a tué mon père (Seuil, 2018, voir ici). Et, à présent, donc, avec sa mère ? Pas exactement. Ce livre-ci est, d’une certaine manière, aux antipodes du dernier cité....

Edna O'Brien, James et Nora - Portrait de Joyce en couple

 

Une note de lecture de Pierre Ahnne à propos du livre "James et Nora", d'Edna O’Brien (27/04/2021)

Peut-on être un écrivain, surtout irlandais, et ne pas se sentir concerné par Joyce ?... L’écrivaine irlandaise Edna O’Brien n’est pas seulement l’auteure des Filles de la campagne (Fayard, 1988), de Girl (Sabine Wespieser, 2013) et de nombreux autres romans. Elle a aussi publié un James Joyce (Fides, 2001). Et, dans un court livre paru en 2020, traduit en 2021, elle tente, en quelques dizaines de pages, quelque chose qui n’est ni un roman ni une biographie mais, disons, une promenade (évidemment) littéraire à travers l’histoire du couple Joyce-Nora Barnacle....

Les Aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, au pays de Barbe bleue

 

Une note de lecture de Pierre Ahnne (sur son blog le 10/04/2021) à propos du livre "Les Aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, au pays de Barbe-Bleueparue" de Harry Bellet 

"J’ai raté le deuxième tome… En 2013 paraissaient, déjà chez Actes Sud, Les Aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, avec pour seul sous-titre Assez gros fabliau. On y assistait aux débuts de Hans Holbein, désigné par l’équivalent littéral et français de son nom. Elles étaient narrées avec une verve étourdissante, et esquissaient sans le dire une réflexion subtile sur les rapports entre réel, images et mots (voir ici). Puis, en 2018, Jambecreuse revenait, pour de nouvelles « aventures », toujours « extravagantes », au temps de la révolte des Rustauds. Mea culpa. Passons. Cette année, nous voilà au pays de Barbe bleue, et le volume est sous-titré Conte moral et édifiant, mais aussi Tiers Livre...."

à propos de "La vengeance m’appartient" de Marie Ndiaye

 

Note de lecture le 30 Janvier 2021 sur son blog

"Soulignons-le d’emblée : Marie Ndiaye fait entendre, en littérature, un ton unique. C’est-à-dire, d’abord, une écriture, un style, osons le mot, uniques : phrases longues, sinueuses, immédiatement reconnaissables ; d’une précision et d’une préciosité, dans le dialogue comme dans le récit, qui se rient du réalisme et sonnent toujours légèrement ironiques. Et leur singularité tient aussi peut-être à ce qu’elles nous donnent toujours l’impression, caractéristique de l’ironie, de sous-entendre quelque chose, tout en s’enchaînant selon la logique, typiquement humoristique, propre au rêve...."

[La fiche du livre]

des œuvres que les flux et les reflux de l’actualité ne peuvent pas atteindre

 

Pour le 3è anniversaire de sa mort, survenue le 4 janvier 2018, Pierre Ahnne republie la note écrite en décembre 2012 à l'occasion de la parution du livre "Le garçon qui voulait dormir"

"Quand les bruits de la rentrée littéraire s’estompent on éprouve l’envie et peut-être le besoin de se tourner vers des œuvres que les flux et les reflux de l’actualité ne peuvent pas atteindre. Manière de se changer les idées, pour ainsi dire. Le garçon qui voulait dormir, d’Aharon Appelfeld, paru en français aux Éditions de l’Olivier en 2011, a été republié il y a quelques mois dans la collection « Points ». Saisissons ce prétexte...."

 

A propos de "La famille du tigre ailé"

 

Une note de lecture sur son blog, le 5 décembre 2020

"Paula Fürstenberg, dont c’est le premier roman, est née en RDA peu avant la réunification. Son héroïne, Johanna, aussi. Elle a 19 ans et apprend à conduire des trams dans une ville longtemps divisée en deux, mais qui ne l’est plus. Elle voyage d’une ancienne moitié à l’autre comme entre le présent et le passé. Car son père, qui a disparu quelques semaines avant la chute du Mur, c’est-à-dire quelques années après sa naissance, vient de laisser, pour la première fois, un message sur le répondeur de son ancienne épouse. Johanna se lance à la recherche de ce géniteur si longtemps évanoui, pour découvrir qu’il est en train de mourir d’un cancer généralisé, lequel, rapidement, le prive de la parole. ..."

Adieu, Daniel Cordier

 

Pierre Ahnne republie sur son blog la note écrite en 2016, lors de la sortie de la version "poche Folio" du livre autobiographique de Daniel Cordier "Les feux de Saint-Elme"

"... On plonge dans un autre temps. Un temps où des jeunes gens de quatorze à seize ans, maintenus dans une prudente ignorance par les Bons Pères dominicains qui les éduquent en internat, lisent Duhamel, Gide (en secret), et Maurras — car ce futur combattant de la France libre est camelot du roi ; il envisage même d’acheter un revolver quand le Front populaire gagne les élections en 1936. On porte un uniforme, on se confesse, on va se promener en rangs du côté de la dune du Pilat. Pendant les vacances, on rejoint sa famille dans des villas de Biarritz. Le beau-père de Daniel est inquiet pour son usine, à cause des Rouges ; et il s’indigne que ce pensionnat de Saint-Elme, si chrétien, accepte parmi ses élèves un David Cohen...."

Résumé du livre :

Adolescent dans un internat religieux d’Arcachon, Daniel Cordier y découvre son attirance pour les garçons et pour David, en particulier. Cette passion, interrompue par son renvoi du collège, ne cessera de le hanter tout au long de sa vie.
On connaît Daniel Cordier pour sa vie exceptionnelle : secrétaire de Jean Moulin, Compagnon de la Libération, grand collectionneur d’art, historien de la Résistance.
Il nous livre avec Les feux de Saint-Elme un récit autobiographique à la fois émouvant et inattendu.

Entretien avec Sarah Manigne

 

Sur le blog de Pierre Ahnne, à propos du livre "Quitter Madrid" de Sarah Manigne

« Elle travaille dans une école de cinéma, mais ses romans (L’Atelier, 2018, Quitter Madrid, 2020, tous deux au Mercure de France) parlent de peinture et de peintres, réels ou imaginaires. Les surfaces, les couleurs, les plis des étoffes n’y voilent qu’à peine la violence du monde, et la pureté de la phrase y contraste avec le caractère charnel et tourmenté de la fiction.

Tout cela, qui m’a frappé à la lecture de son dernier livre, me donnait grande envie de poser à Sarah Manigne quelques questions pour ce blog. Elle a aimablement accepté d’y répondre…. »

Pierre Ahnne nous parle de "Fille", le dernier livre de Camille Laurens

 

Article publié en août 2020 sur son blog

La première réussite, c’est le titre. Non seulement par sa simplicité efficace et sa limpidité trompeuse, mais parce qu’il annonce tout d’un livre dont il ne dévoile pourtant rien.

Oui, bien sûr, c’est l’histoire d’une fille, puis d’une femme, et de la « perte de chance » initiale à surmonter que cela représente dans une société faite par et pour les hommes. Cette fille s’appelle Laurence, comme Camille, mais n’a pas le même nom de famille. Elle est née à Rouen, contrairement à l’auteure, qui y a cependant enseigné. Son père, médecin et protestant, aurait rêvé d’avoir un fils. Pour lui, « C’est une fille » sonnera, à trois reprises, comme « Ce n’est pas un garçon »....

Quatre notes de lecture récentes de pierre Ahnne

 

Sur le blog de Pierre Ahnne (octobre 2020)

La Ville aux acacias

Mihail Sebastian, traduit du roumain par Florica Courriol (Mercure de France)

Lire sa note de lecture ICI

La Mon père, ma mère, mes tremblements de terre

Julien Dufresne-Lamy (Belfond)

Lire sa note de lecture ICI

Porc braisé

An Yu, traduit de l’anglais par Carine Chichereau (Delcourt)

Lire sa note de lecture ICI

Le Petit Polémiste

Ilan Duran Cohen (Actes Sud)

Lire sa note de lecture ICI

à propos du livre "Histoire du fils", de Marie-Hélène Lafon

 

Une note de lecture sur le blog de Pierre Ahnne, le 6 octobre 2020

"On m’en a dit si souvent tant de bien… Beaucoup de mes amis ne tarissent pas d’éloges à propos de Marie-Hélène Lafon. Je leur réponds que je n’ai pas été convaincu par Les Pays (Buchet-Chastel, 2012, voir ici) : trop d’adjectifs à mon goût dans ce roman, qui racontait le même genre d’histoires que Michon ou que Bergounioux, la profondeur en moins. Quand je dis ça, mes amis s’attristent. Et moi, j’ai fini par penser que j’avais sans doute lu le moins bon livre, dans les pires dispositions… Bref, lorsque Histoire du fils a été annoncé par l’éditeur habituel de Marie-Hélène Lafon, j’ai vu l’occasion ..."

Présentation du livre "Qui sème le vent", de Marieke Lucas Rijneveld

 

Sur le blog de Pierre Ahnne

"Ce n’est pas un roman rural, et, bien que ça se passe dans une ferme, la nature en tant que telle est étrangement absente. Ce n’est pas non plus vraiment un roman d’éducation, même si l’héroïne-narratrice se trouve au tournant de l’enfance à l’adolescence, et qu’à la fin elle est « presque formée ». Qu’est-ce que c’est ? Quelque chose comme un brutal et exubérant chant funèbre...."

Pierre Ahnne à propos du livre "Des kilomètres à la ronde"

 

Une recension de Pierre Ahnne à propos du livre "Des kilomètres à la ronde", de Vinca Van Eecke

"C’est l’histoire d’une fascination. La narratrice anonyme a 14 ans. Comme tous les étés, elle passe ses vacances dans la maison que ses parents possèdent dans un village sis quelque part du côté du Massif central. Le mot important, c’est central : on est dans la neutralité d’une campagne française essentielle. C’est là qu’elle les rencontre. Ils y sont nés. Ils s’appellent Phil, Buddy, Mallow, Jimmy, José…, et leurs prénoms ou leurs surnoms renvoient à leur classe — le prolétariat rural blanc. « C’est fou ce qu’ils [sont] beaux »...

Un an de mieux

 

Pierre Ahnne présente la rentrée littéraire "automne 2020"

"Voici l’année nouvelle. L’année littéraire, bien sûr, qui commence cette semaine. La précédente a été mouvementée, tout le monde s’en sera aperçu, traversée non seulement par le malin virus mais par toutes sortes d’affaires, qui touchaient le monde littéraire ou des arts en général. Vous remarquerez que je n’en ai rien dit. Ma discrétion proverbiale, sans doute, ou, plus probablement, le fait que ce blog, comme son nom l’indique, s’occupe de littérature — pas de la vie des personnes civiles.

Je continuerai, pour la dixième année, à lire, dans cet esprit, ce qui se publie, et à en parler à celles et à ceux qui voudront bien continuer eux-mêmes de me lire..."

La Moleskine du diable

 

Pierre Ahnne, sur son blog, re-publie un article ancien.

"Je ne serai jamais un véritable écrivain car je n’ai pas de petit carnet. Un véritable écrivain a un petit carnet à couverture de moleskine dans lequel il inscrit de petites notations, lumières, visages, dialogues entendus dans le métro. Il ne se sépare jamais de ce petit carnet. Grâce aux notations qu’il y note..."

à propos du livre "L'ombre de ma mère" de Claude Londre

 

Une note de lecture de Pierre Ahnne - 28 mars 2020

Dans un récit paru en 1814, Adalbert von Chamisso racontait l’histoire de Peter Schlemihl, l’homme qui avait perdu son ombre. Le héros de l’écrivain romantique allemand vivait cette perte comme une malédiction. L’héroïne de Claudine Londre, elle, aimerait bien se débarrasser de l’ombre qui l’accompagne partout. Il faut dire que ce n’est pas la sienne. C’est celle de sa mère. De ce point de départ, l’auteure tire un premier roman qui s’inscrit dans un genre assez spécial : le gothique plaisant.

« Que font les ombres quand il pleut ? »

L’histoire progresse au gré des hasards qu’invente à mesure l’imagination de celle qui écrit et, peut-être, de celle qui parle : « Vous et moi, nous tous ensemble, allons (…) explorer cette étrange histoire dont j’aimerais moi-même connaître la fin, car j’avance présentement avec une lampe torche et très peu de visibilité »

A propos de "Rome en noir"

 

Note parue sur le blog de Pierre Ahnne, le 25 janvier 2020

Ce n’est pas un hasard si tout commence dans les étoiles. Et s’il sera souvent à nouveau question, dans le livre de Philippe Videlier, d’astronomie, voire d’astrologie, ce n’est pas seulement parce que certains de ses héros s’entourent de mages et croient en l’horoscope. La mention, dès la première page, de la « planète minuscule » baptisée, cette année-là, 1932 PB, et de la « comète Brooks » convient bien à un récit où le carambolage de faits, minuscules ou non, invite à une réflexion sur le hasard et le destin. Surtout, elle annonce que, dans ce roman commencé du côté de Sirius, le jeu des points de vue va constituer l’armature de la narration.

Note de lecture de Pierre Ahnne

 

Pierre Ahnne parle de "PAPA" de Régis Jauffret

Avec les mères, c’est rarement simple, mais avec les pères c’est souvent compliqué. Jauffret, avec le sien, n’a pas eu la tâche facile. C’est difficile, un père sourd. Allez vous étonner, après, que le fils écrive… Et quand, à l’enfermement de la surdité, s’ajoutent la dépression chronique et ses médicaments « qui empêch[ent] de penser », la coupe est pleine : « Alfred, tu n’étais même plus un homme, juste un organisme, avec au fond de la coquille un ego dévasté, piqué sur le cerveau comme un papillon sur un bouchon de liège ». « On ne traite pas un père de la sorte. Mais on a le droit d’injurier un donneur de sperme ».

Pierre Ahnne présente "la Fabrique des salauds" de Chris Kraus

 

Note de lecture de Pierre Ahnne, parue sur son blog le 14 janvier 2020

"850 pages. Il n’entrait pas dans ma boîte aux lettres. Aussi fut-il, comme il arrive, déposé sur les boîtes par le coursier pressé, et disparut. Il y a des gens bien malfaisants. Et encore, s’ils s’appropriaient les livres pour les lire… Mais mon exemplaire du roman de Chris Kraus risque fort d’avoir été vendu au plus offrant.

Cependant, certains envois doivent, sans doute, en vertu d’une nécessité qui nous échappe, atteindre leur destinataire. Les éditions Belfond ont eu l’amabilité de me faire parvenir une autre version, numérique, celle-là, de l’ouvrage. Je l’ai lu, plus tard que prévu, en marge des répétitions de ma pièce, La Cantatrice et le Gangster (voir ici). Il fallait bien ça pour m’abstraire de mes préoccupations du moment. Mais ça m’en a abstrait. Quand une lecture est aussi efficace, et ce, sur 850 pages, la moindre des choses est de se demander pourquoi...."

à propos du livre "Faux passeports", note de Pierre Ahnne

 

Un article de Pierre Ahnne paru le 7 décembre 2019 sur son blog.

"Voilà un livre, et, peut-être, de plus d’une manière, d’un autre temps. Et c’est ce qui en fait, pour une part, l’intérêt. En octobre 1917, Charles Plisnier a 23 ans. Son enthousiasme fait de ce jeune juriste belge un avocat dévoué à la cause du communisme, doublé d’un « agitateur » (il le dit lui-même) : militantisme effréné et quelques missions dangereuses, à la grande époque du Komintern. Puis, c’est l’exclusion, pour trotskisme, au congrès d’Anvers, en 1928. Dans une œuvre, semble-t-il, bien de son temps (Mariages, Meurtres, La Beauté des laides…), Faux passeports, prix Goncourt 1937, tranche. Pour étoffer et unifier ce qui ressemblait trop à un recueil de nouvelles, l’auteur, à la demande de son éditeur (Buchet-Chastel-Corréa), y ajoute le chapitre final, Iégor, où il évoque Anvers, le conflit entre staliniens et trotskistes, les procès de Moscou, et cet « héroïsme du déshonneur » qui poussait les accusés à s’inventer des crimes parce que le Parti le voulait...."

La cantatrice et le gangster

 

 En novembre 2019, le 24 à 17h30 et les 19, 20, 21, 22 et 23 à 21h00 Théâtre de l’Ile Saint-Louis Paul Rey - 39 Quai d’Anjou dans le 4e arrondissement de Paris. 

Pièce de théâtre de Pierre Ahnne avec Marion Hérold et Markus Fisher. 

Mise en scène de Marie-Pierre Pêcheur 

"Apparemment, tous deux sont en voiture. Lui, c’est l’ennemi public numéro un, qui s’est évadé. Il est armé. Il l’a prise en otage et contrainte à rouler vers l’est. Elle, c’est une cantatrice. Un gangster et une cantatrice, ça ressemble tout de suite à quelque chose. Mais, depuis le début, leurs façons de parler et d’agir semblent un peu bizarres. Est-il pour de bon un gangster ? Est-elle vraiment une cantatrice ?..." 

Pierre Ahnne

"Dans les romans que j’ai écrits, j’essayais d’avoir une voix : un phrasé, un rythme, une sonorité… L’écriture, pour moi, a toujours eu partie liée avec le corps.  

Il était fatal que, venant à écrire pour la scène, je fasse parler une chanteuse. Elle chantera bien une ou deux phrases de temps en temps, a capella, mais cela restera, à chaque fois, une surprise. La faire parler, donc. Et de quoi ? De sa voix, de cette chose étrange que c’est d’avoir une voix. Est-ce qu’on en a une à proprement parler, ou est-ce plutôt quelque chose de l’ordre de l’être ?  

Lui, en face d’elle, aura un pistolet, dont il le menacera. Là, c’est clair : un pistolet, on l’a ou on ne l’a pas. À moins que… 

D’un côté, quelque chose qu’on a mais qui ne se voit pas car ça fait partie de ce qu’on est, de l’autre, un objet sorti tout droit du roman policier, du cinéma, un objet de fiction. Un objet fictif ?... Et les deux héros, après tout, sont-ils bien sûrs d’être réels ?"  

A PROPOS DE "SCRABBLE" DE MICHAËL FERRIER

 

Un article de Pierre Ahnne paru le 10 septembre 2019 sur son blog.

Pour fêter une enfance… On songe souvent à ce titre et à ce recueil de Saint-John Perse, en lisant le livre, ponctué de photos, que Michaël Ferrier consacre à ses dix ou douze premières années, passées dans un pays d’Afrique. On y pense pour la langue, poétique et musicale, pour les courts paragraphes, éclats de souvenirs où tous les sens sont convoqués, la « pourpre des flamboyants » ou les « capsules roses et rouges du savonnier » répondant aux sons des voix féminines et aux parfums des onguents et des fards, qui composent « une fête florale, un poème parfumé ». On y pense aussi pour le ton, lequel sait, sans emphase, se faire incantatoire et rythmé : « L’enfance : le temps passait, les années se suivaient, traversées par les cris des oiseaux, gorgées de papayes et de mangues »…

À PROPOS DE "L'ORDINAIRE MÉSAVENTURE D'ARCHIBALD RAPOPORT", DE PIERRE GOLDMAN

 

Un article de Pierre Ahnne paru le 18 mai 2019 sur son blog.

"Je me souviens très bien de son assassinat. Du sentiment, que nous fûmes nombreux à éprouver, de voir disparaître avec lui, à la veille des années 1980, sous les balles probables de policiers d’extrême droite, d’agents des services secrets ou de truands manipulés, les espoirs et les exaltations qui avaient été ceux de toute une époque.

Plus fictif que la fiction

Difficile de parler de ses livres sans évoquer sa vie… Rappelons donc quelques faits. Né en 1944. Parents juifs polonais, membres de la MOI(1). Étudiant, il adhère aux Jeunesses communistes. Puis, séjour à Cuba, et au Venezuela, où il milite dans un mouvement de guérilla...".

À PROPOS DE "COURT VÊTUE", PREMIER ROMAN DE MARIE GAUTHIER

 

Note reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur. Cette note a été écrite en janvier 2019, donc bien avant l'attribution du prix.

Il faudrait d’abord parler du titre. De cette expression qui, par l’ellipse sur laquelle elle paraît se fonder, par l’antéposition et l’emploi adverbial de l’adjectif, imite l’allure bondissante de celle qu’on imagine, comme dit le fabuliste, « ainsi troussée »… Jolie trouvaille, cette locution primesautière pour un livre qui ne l’est pas, mais refuse de l’être avec autant d’insolence que son titre en suggère. 

Le thème en est classique et abondamment exploré. C’est l’été. On est dans un petit bourg avec une rivière. Félix, quatorze ans, a été mis en apprentissage chez le cantonnier : « On ne savait trop quoi faire de ce corps maladroit d’adolescent ». De deux ans plus âgée, la fille du patron, Gil, ne va plus à l’école. Elle fait à manger pour tout le monde, travaille à la supérette et se donne à des hommes. « Jeunes, vieux, hommes mariés, moustachus, barbus, poilus. Ça étourdissait Félix. Ça lui faisait un drôle d’effet d’imaginer tout ce qui entrait dans le corps de Gil »...

I AM, I AM, I AM

 

Note de Pierre Ahnne parue sur son blog le 20/04/2019. Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur

De Maggie O’Farrell, j’avais aimé En cas de forte chaleur (Belfond, 2014), où elle laissait libre cours à son talent pour tirer le quotidien vers la folie. Beaucoup moins Assez de bleu dans le ciel (Belfond, 2017)… Mais, au total, quelque chose, chez l’écrivaine irlandaise, devait me donner envie de lui faire encore confiance. J’avais raison.

Une vie doit-elle être intéressante pour mériter d’être contée ? Bien sûr que non. Peu importe donc ce qu’a été jusqu’à ce jour la vie de Maggie O’Farrell. Elle a été malade dans son enfance, s’est révoltée au cours de son adolescence, a voyagé dans sa jeunesse, s’est mariée, a eu des enfants… Rien de spécial, en somme. Et on trouve le temps un peu long quand elle se répand à propos de l’amour maternel, ou raconte en détail un de ses accouchements (mais peut-être est-ce de n’avoir jamais accouché soi-même). ...

NOTE DE PIERRE AHNNE À PROPOS DE "AU SEVILLA BAR" D'ALEX CAPUS

 

Note de Pierre Ahnne à propos du livre "AU SEVILLA BAR" parue sur son blog le 13 avril 2019. Reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

En fin de compte, qu’est-ce exactement que l’autofiction ? Malgré les définitions, qui foisonnent, personne au fond ne pourrait dire en une formule simple et convaincante de quoi il s’agit, même si personne n’hésite à reconnaître immédiatement un exemple donné du genre. Dans ce continent flou se détache une région parmi bien d’autres : l’autofiction sans fiction. Qui ne raconte ni la vie d’un parent de l’auteur, ni une rupture amoureuse qu’il a vécue, ni même l’écriture d’un de ses livres. Qui refuse tous les sujets, pour tenir une chronique décousue de la vie de celui qui parle....

PIERRE AHNNE PARLE DE "SHILOH", DE SHELBY FOOTE

 

Note de lecture de Pierre Ahnne parue sur son blog, le 2 mars 2019. Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"C’est une chapelle méthodiste en rondins, quelque part dans le Tennessee. Et c’est aussi une bataille, qui opposa, les 6 et 7 avril 1862, les armées confédérées, commandées par Johnston et Beauregard, à celles de l’Union, sous les ordres de Grant. À l’époque, elle atterra par sa violence les opinions publiques des deux camps. Celles-ci, pourtant, étaient loin d’être au bout de leurs peines…

Petit-fils de planteur, né et mort dans le Mississippi, auteur d’un récit de 3 000 pages sur le conflit, Shelby Foote avait publié Shiloh en 1952. Mais c’est aujourd’hui seulement que paraît une traduction française, d’ailleurs remarquable, de ce qui, malgré l’absence d’indication en page de titre, est bien un roman..."

PIERRE AHNNE PARLE DE "WEST" DE CARYS DAVIES

 

Note de lecture de Pierre Ahnne parue sur son blog, le 19 janvier 2018. Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

On a peine à imaginer titre plus simple et plus efficace — le traducteur, dont il faut par ailleurs louer le travail remarquable, a été bien inspiré de le conserver. West : ce mot en coup de vent semble ouvrir directement sur les horizons qu’il évoque, et que les rêves de nos enfances, au sortir des cinémas de quartier d’antan, ont parés de tous les prestiges.

Songes et mystères

Des rêves, ici, il y en a beaucoup. Cyrus Bellman, dans sa ferme de Pennsylvanie, veille sur sa fille Bess (11 ans) et élève des mules, sans se consoler de la mort de sa femme. Mais voilà qu’un journal local annonce la découverte d’ossements semblant avoir appartenu à des animaux d’une taille prodigieuse. Peut-être vivent-ils encore, au fond des vastes espaces inexplorés qui, dans cette Amérique du début du XIXe siècle, s’étendent au-delà du Mississippi ? ...

PIERRE AHNNE PARLE DE "LÀ OÙ LES CHIENS ABOIENT PAR LA QUEUE" D'E-S BULLE

 

Notre de leture parue initialement sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"Là où les chiens aboient par la queue, c’est-à-dire où ? Eh bien… la seule expression française qui me vienne comme équivalent de cette formule traduite du créole, évoquant le fondement des hommes plutôt que celui des canidés, est trop grossière pour les pages de ce blog. Dans le roman d’Estelle-Sarah Bulle, il s’agit d’un bourg guadeloupéen au nom autrement enchanteur : Morne-Galant. Mais « Morne-Galant », dit un des personnages, « n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère : pattes en avant ». 

« Nom de brousse » 

Voilà le point de départ d’un récit qui nous mènera à Pointe-à-Pitre, puis à Paris, ce déplacement dans l’espace accompagnant un cheminement à travers l’histoire de la Guadeloupe contemporaine, des années 1950 à nos jours. Ça débute à l’époque où « le commerce des containers gav[e] les habitants d’une identité nouvelle », et où « le roi béton commenc[e] à s’installer », tandis que reculent les cultures et les modes de vie traditionnels...."

PIERRE AHNNE PARLE DE "BERLIN FINALE" DE HEINZ REIN

 

Note de lecture parue le 24/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

D’abord, c’est, bien sûr, un document. Paru en 1947, réédité en 2015 à l’initiative de Fritz Raddatz, ancien directeur de la rubrique littéraire de Die Zeit, inédit en France jusqu’à cette traduction publiée par Belfond dans sa collection [vintage], si souvent célébrée ici. L’auteur : né en 1906, employé de banque, puis journaliste ; interdit de publication en 1935 ; arrêté par la Gestapo, condamné aux travaux forcés. C’est dans le secteur soviétique de Berlin qu’il publie ce qui restera sa grande œuvre, et un des premiers best-sellers de l’après-guerre. Au début des années 1950, Rein passe à l’Ouest. Il meurt en 1991, peu après la chute du mur.

20 jours

Voici donc, écrit immédiatement après les événements, un roman-reportage sur les derniers jours de Berlin. Et peut-être plus que cela. Mais il est vrai qu’on suit, du 14 avril au 2 mai 1945, jour après jour, presque heure par heure, les derniers soubresauts de la capitale du Reich, au fil d’un récit qu’entrecoupent des extraits de discours de Goebbels ou de communiqués de la Wehrmacht....

[Fiche du livre]

PIERRE AHNNE PARLE DE "A SON IMAGE" DE JÉRÔMME FERRARI

 

Note de lecture parue le 15/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

On le sait depuis ce Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud, prix Goncourt 2012), qui l’a fait connaître : Jérôme Ferrari a le goût des rites et des pompes. Ceux, surtout, de l’Église catholique et romaine. Un goût que l’on retrouve dans ce roman-ci, lequel est, à y bien regarder, le récit d’un enterrement. Antonia est encore jeune, elle est photographe, elle est corse. Un soir, à Calvi, elle retrouve, devenu légionnaire, un ancien combattant de la guerre de Yougoslavie, qu’elle a couverte. Ils passent la nuit à parler de l’absurdité du conflit, de la violence, des pièges de l’Histoire. Le matin, elle prend le volant pour rejoindre son village natal et sa famille. Accident ? Suicide ? Le roman laisse le choix : « Les premiers rayons vinrent illuminer le visage d’Antonia. Elle se laissa éblouir un instant et ferma les yeux »....

[Fiche du livre]

PIERRE AHNNE PARLE DE "FRANÇOIS, PORTRAIT D'UN ABSENT" DE MICHAËL FERRIER

 

Note de lecture parue le 10/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Bonne saison pour les prix : le lendemain de l'attribution du Goncourt à Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux, le prix Décembre est venu couronner ce François, portrait d’un absent, qui n’est pourtant pas un roman. 

On y voit Michaël Ferrier apprendre, fin 2013, la mort de son ami François Christophe, documentariste et réalisateur de radio. Lui et sa fille de onze ans, Bahia, ont été emportés par une vague, sur une plage des Canaries. L’auteur de Sympathie pour le fantôme (Gallimard, 2010) entreprend, sous le titre d’un des documentaires du défunt, Thierry, portrait d’un absent, d’écrire pour lui ce qu’on appelle un tombeau. C’est-à-dire, en fin de compte, le contraire d’un tombeau, s’il est vrai que « dans sa fragilité même, le papier est supérieur au marbre », et que l’écriture doit ici « extraire » des ténèbres et « sort[ir] du gouffre du temps » les disparus....

[La fiche du livre]

PIERRE AHNNE PARLE DE "LEURS ENFANTS APRÈS EUX" DE NICOLAS MATHIEU

 

Note de lecture parue le 01/09/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Ce devrait être un des livres dont on parle en cette rentrée. Ou alors, c’est à désespérer. Tous les ans, parmi des ouvrages souvent séduisants, parfois moins, il y en a un ou deux qui tranchent par une sorte d’intensité particulière. C’était le cas, par exemple, en septembre 2017, de Fief, le roman de David Lopez, avec lequel celui de Nicolas Mathieu présente d’indéniables points communs. Au-delà de grandes différences : de propos, d’écriture, de volume…

Après la fin de l’Histoire

Car le premier miracle ici est qu’on lit sans efforts ni ennui un livre de 400 pages qui raconte, sans événements considérables, la vie d’un groupe d’adolescents, entre 1992 et 1998, dans une de ces vallées jadis ouvrières qui sinuent quelque part entre Thionville et le Luxembourg. Ces vallées, je les ai connues, Nicolas Mathieu a seulement changé les noms des lieux (Heillange au lieu d’Hayange, Lameck pour Fameck…). Mais je les ai connues alors que les aciéries lançaient encore leurs ultimes feux, qui faisaient de la traversée nocturne de certaines localités une féerie brutale. Dix ans plus tard, quand le roman de Mathieu commence, le dernier haut-fourneau n’est plus qu’ « une jungle de rouille, un dévalement de tuyauterie (…), tout un fatras d’escaliers et de coursives, de tuyaux et d’échelles, de hangars et de cabines désertées ». Les décideurs proclament que « le temps du deuil est fini », les jeunes en ont « ras le bol de toute cette mémoire ouvrière ». Dans les cités misérables, « les petits dealers [ont] remplacé les cols bleus »…