Le blog de Pierre Ahnne

Un blog littéraire

 

Nous publions sur cette page une sélection de textes parus initialement sur le blog de Pierre Ahnne et reproduits ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Extrait de la présentation du blog :

... ce blog va fêter son cinquième anniversaire (les problèmes d’intervalles étaient très tendance à l’époque des tabliers à carreaux et des sacs à bretelles). C’est en effet à la rentrée 2011 que naquit La petite revue littéraire d’Ahnne et Pétel, fruit, comme son nom l’indiquait, de notre collaboration, à Gilles Pétel et à moi. Un an plus tard elle devenait Le blog littéraire de Pierre Ahnne tout seul, avant de se transformer au mois de janvier 2014, chez Eklablog, en ce Nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne que vous connaissez. Merci de l’avoir soutenu, de l’avoir lu, de le lire. Merci à ceux qui se sont abonnés à sa newsletter, merci à ceux qui vont le faire. Que serait-il sans vous ?

Mes vingt-six lettres

 

Pierre Ahnne, sur son blog, propose son abécédaire en vingt-six lettres et vingt-six semaines. (à partir du 27 Novembre 2018) 

"Les plus anciens lecteurs de ce blog se rappellent peut-être le temps où avait commencé d’y paraître, une lettre de temps à autre, selon l’humeur, L’Alphabet hasardeux de Philippe Arbogast. Le fantôme de Philippe Arbogast, ce double littéraire possible, a disparu à l’horizon. Ce sont donc tout uniment et franchement Mes vingt-six lettres, complétées, harmonisées, munies de discrètes passerelles pour les relier les unes aux autres, qui vont venir s’inscrire au cours de semaines à venir dans la rubrique Fiction. Pendant vingt-six semaines, sauf cas particulier. Et de A à Z. Plus de hasard. 

Des lettres, sur un blog littéraire, c’est un peu normal. En mettant les miennes bout à bout, on y verrait peut-être le portrait d’une époque, et aussi les origines d’un certain intérêt pour les mots et pour leur usage. 

Car, les alphabets ramenant toujours peu ou prou à l’enfance, les stations du mien ont chacune un rapport plus ou moins direct avec cet âge prétendu tendre. Noël approche, son cortège de rennes, de souvenirs et de santons, le moment m’a paru propice pour commencer. Par la lettre A, comme de juste. Comme alcool. Mais Noël est aussi la fête des excès de table."

 

A   B   C   D   E   F   G   H   I   J   K   L   M
                                                 
N   O   P   Q   R   S   T   U   V   W   X   Y   Z

Pierre Ahnne parle de "Shiloh", de Shelby Foote

 

Note de lecture de Pierre Ahnne parue sur son blog, le 2 mars 2019. Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"C’est une chapelle méthodiste en rondins, quelque part dans le Tennessee. Et c’est aussi une bataille, qui opposa, les 6 et 7 avril 1862, les armées confédérées, commandées par Johnston et Beauregard, à celles de l’Union, sous les ordres de Grant. À l’époque, elle atterra par sa violence les opinions publiques des deux camps. Celles-ci, pourtant, étaient loin d’être au bout de leurs peines…

Petit-fils de planteur, né et mort dans le Mississippi, auteur d’un récit de 3 000 pages sur le conflit, Shelby Foote avait publié Shiloh en 1952. Mais c’est aujourd’hui seulement que paraît une traduction française, d’ailleurs remarquable, de ce qui, malgré l’absence d’indication en page de titre, est bien un roman..."

Pierre Ahnne parle de "West" de Carys Davies

 

Note de lecture de Pierre Ahnne parue sur son blog, le 19 janvier 2018. Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

On a peine à imaginer titre plus simple et plus efficace — le traducteur, dont il faut par ailleurs louer le travail remarquable, a été bien inspiré de le conserver. West : ce mot en coup de vent semble ouvrir directement sur les horizons qu’il évoque, et que les rêves de nos enfances, au sortir des cinémas de quartier d’antan, ont parés de tous les prestiges.

Songes et mystères

Des rêves, ici, il y en a beaucoup. Cyrus Bellman, dans sa ferme de Pennsylvanie, veille sur sa fille Bess (11 ans) et élève des mules, sans se consoler de la mort de sa femme. Mais voilà qu’un journal local annonce la découverte d’ossements semblant avoir appartenu à des animaux d’une taille prodigieuse. Peut-être vivent-ils encore, au fond des vastes espaces inexplorés qui, dans cette Amérique du début du XIXe siècle, s’étendent au-delà du Mississippi ? ...

Pierre Ahnne parle de "Là où les chiens aboient par la queue" d'E-S Bulle

 

Notre de leture parue initialement sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"Là où les chiens aboient par la queue, c’est-à-dire où ? Eh bien… la seule expression française qui me vienne comme équivalent de cette formule traduite du créole, évoquant le fondement des hommes plutôt que celui des canidés, est trop grossière pour les pages de ce blog. Dans le roman d’Estelle-Sarah Bulle, il s’agit d’un bourg guadeloupéen au nom autrement enchanteur : Morne-Galant. Mais « Morne-Galant », dit un des personnages, « n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère : pattes en avant ». 

« Nom de brousse » 

Voilà le point de départ d’un récit qui nous mènera à Pointe-à-Pitre, puis à Paris, ce déplacement dans l’espace accompagnant un cheminement à travers l’histoire de la Guadeloupe contemporaine, des années 1950 à nos jours. Ça débute à l’époque où « le commerce des containers gav[e] les habitants d’une identité nouvelle », et où « le roi béton commenc[e] à s’installer », tandis que reculent les cultures et les modes de vie traditionnels...."

Pierre Ahnne parle de "Berlin finale" de Heinz Rein

 

Note de lecture parue le 24/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

D’abord, c’est, bien sûr, un document. Paru en 1947, réédité en 2015 à l’initiative de Fritz Raddatz, ancien directeur de la rubrique littéraire de Die Zeit, inédit en France jusqu’à cette traduction publiée par Belfond dans sa collection [vintage], si souvent célébrée ici. L’auteur : né en 1906, employé de banque, puis journaliste ; interdit de publication en 1935 ; arrêté par la Gestapo, condamné aux travaux forcés. C’est dans le secteur soviétique de Berlin qu’il publie ce qui restera sa grande œuvre, et un des premiers best-sellers de l’après-guerre. Au début des années 1950, Rein passe à l’Ouest. Il meurt en 1991, peu après la chute du mur.

20 jours

Voici donc, écrit immédiatement après les événements, un roman-reportage sur les derniers jours de Berlin. Et peut-être plus que cela. Mais il est vrai qu’on suit, du 14 avril au 2 mai 1945, jour après jour, presque heure par heure, les derniers soubresauts de la capitale du Reich, au fil d’un récit qu’entrecoupent des extraits de discours de Goebbels ou de communiqués de la Wehrmacht....

[Fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "A son image" de Jérômme Ferrari

 

Note de lecture parue le 15/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

On le sait depuis ce Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud, prix Goncourt 2012), qui l’a fait connaître : Jérôme Ferrari a le goût des rites et des pompes. Ceux, surtout, de l’Église catholique et romaine. Un goût que l’on retrouve dans ce roman-ci, lequel est, à y bien regarder, le récit d’un enterrement. Antonia est encore jeune, elle est photographe, elle est corse. Un soir, à Calvi, elle retrouve, devenu légionnaire, un ancien combattant de la guerre de Yougoslavie, qu’elle a couverte. Ils passent la nuit à parler de l’absurdité du conflit, de la violence, des pièges de l’Histoire. Le matin, elle prend le volant pour rejoindre son village natal et sa famille. Accident ? Suicide ? Le roman laisse le choix : « Les premiers rayons vinrent illuminer le visage d’Antonia. Elle se laissa éblouir un instant et ferma les yeux »....

[Fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "François, portrait d'un absent" de Michaël Ferrier

 

Note de lecture parue le 10/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Bonne saison pour les prix : le lendemain de l'attribution du Goncourt à Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux, le prix Décembre est venu couronner ce François, portrait d’un absent, qui n’est pourtant pas un roman. 

On y voit Michaël Ferrier apprendre, fin 2013, la mort de son ami François Christophe, documentariste et réalisateur de radio. Lui et sa fille de onze ans, Bahia, ont été emportés par une vague, sur une plage des Canaries. L’auteur de Sympathie pour le fantôme (Gallimard, 2010) entreprend, sous le titre d’un des documentaires du défunt, Thierry, portrait d’un absent, d’écrire pour lui ce qu’on appelle un tombeau. C’est-à-dire, en fin de compte, le contraire d’un tombeau, s’il est vrai que « dans sa fragilité même, le papier est supérieur au marbre », et que l’écriture doit ici « extraire » des ténèbres et « sort[ir] du gouffre du temps » les disparus....

[La fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu

 

Note de lecture parue le 01/09/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Ce devrait être un des livres dont on parle en cette rentrée. Ou alors, c’est à désespérer. Tous les ans, parmi des ouvrages souvent séduisants, parfois moins, il y en a un ou deux qui tranchent par une sorte d’intensité particulière. C’était le cas, par exemple, en septembre 2017, de Fief, le roman de David Lopez, avec lequel celui de Nicolas Mathieu présente d’indéniables points communs. Au-delà de grandes différences : de propos, d’écriture, de volume…

Après la fin de l’Histoire

Car le premier miracle ici est qu’on lit sans efforts ni ennui un livre de 400 pages qui raconte, sans événements considérables, la vie d’un groupe d’adolescents, entre 1992 et 1998, dans une de ces vallées jadis ouvrières qui sinuent quelque part entre Thionville et le Luxembourg. Ces vallées, je les ai connues, Nicolas Mathieu a seulement changé les noms des lieux (Heillange au lieu d’Hayange, Lameck pour Fameck…). Mais je les ai connues alors que les aciéries lançaient encore leurs ultimes feux, qui faisaient de la traversée nocturne de certaines localités une féerie brutale. Dix ans plus tard, quand le roman de Mathieu commence, le dernier haut-fourneau n’est plus qu’ « une jungle de rouille, un dévalement de tuyauterie (…), tout un fatras d’escaliers et de coursives, de tuyaux et d’échelles, de hangars et de cabines désertées ». Les décideurs proclament que « le temps du deuil est fini », les jeunes en ont « ras le bol de toute cette mémoire ouvrière ». Dans les cités misérables, « les petits dealers [ont] remplacé les cols bleus »…

Pierre Ahnne parle de "Fief" de David Lopez

 

Note de lecture parue le 19/08/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

"Au début, il faut l’avouer, on ne peut se défendre d’un mouvement de recul. Avoir enfin cessé de devoir, professionnellement,entendre en direct tous ces « wesh », ces « gros » et ses « sa mère la pute » pour les retrouver à haute dose dans le roman d’une rentrée enfin uniquement littéraire, c’est, songe-t-on, un comble. Puis on se dit que dans cinquante ou cent ans on saura peut-être grâce à David Lopez comment parlait dans les années 2010 toute une partie de la jeunesse de France. Et le chapitre désopilant où l’un des « zoulous » qui peuplent l’ouvrage entreprend de faire aux autres une dictée empruntée à Céline (« Vas-y c’est quoi comme gars bizarre ça encore ») achève de préciser le propos du jeune auteur : faire entrer, lui aussi, la langue orale dans le roman. Celle d’aujourd’hui, telle qu’on la parle de Créteil à Mantes-la-Jolie. Une langue qui a droit à la littérature, puisqu’elle existe. Et, en plus, il n’y a pas que ça...".

Pierre Ahnne parle de "Qui a tué mon père" d'Edouard Louis

 

Une note de lecture parue initialement le 2 juin 2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"Il y a une certaine logique dans le fait qu’Édouard Louis en vienne au théâtre… J'avais lu Histoire de la violence (Seuil, 2016) avec un peu de réticence, agacé de l’insistance culpabilisatrice avec laquelle l’auteur tirait une gloire paradoxale de ses origines modestes ; mais j’avais été séduit par le subtil assemblage de discours enchâssés qui faisaient de lui, à mes yeux, un grand écrivain de la voix. Je n’ai pas été, dirai-je en toute modestie, le seul à le penser, puisque, alors qu’Ostermeyer s’apprête à monter précisément Histoire de la violence à la Schaubühne, Louis publie aujourd’hui un court texte dédié à Xavier Dolan et qui sera porté sur la scène du Théâtre de la Colline en 2019 par Stanislas Nordey, remercié en fin de volume comme étant « à l’origine » de l’entreprise.…"

[Fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "Cocaïne" de Pitigrilli

 

Note de Pierre Ahnne, parue initialement sur son blog et reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur

Les éditions Séguier, qui ont leurs bureaux à Paris dans la rue du même nom, se consacrent, disent-elles, aux arts, à « tous les arts ». Et publient des essais, des entretiens, des biographies, avec une prédilection pour les figures de la vie artistique qui, quoique « réputées secondaires », ont exercé en leur temps une influence plus déterminante qu’on ne croit. Ainsi, récemment, de Christian Bérard, dessinateur de mode, et costumier de Cocteau, Jouvet ou Roland Petit.

« Chair de Négresses » et villas blanches

Séguier se veut, de plus, « éditeur de curiosités ». C’en est une, à plus d’un titre, que ce roman italien publié en 1921, puis, pour la traduction française, en 1939 (Albin Michel), et réédité aujourd’hui. Belle édition, bien corrigée, dûment annotée, comprenant une postface d’Umberto Eco soi-même, rien de moins. Qu’est-ce qui a conduit le fameux sémioticien à s’intéresser à l’œuvre d’un curieux personnage, né en 1893, ...

pierre Ahnne sur le livre "Peur" de Dirk Kurbjuweit

 

Note parue le 17/03/2018 sur le blog de Pierre Ahnne, à la page http://pierreahnne.eklablog.fr/peur-dirk-kurbjuweit-traduit-de-l-allemand-par-denis-michelis-delcourt-a139108946

Publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Delcourt, qui fut longtemps une maison consacrée à la bande dessinée, fait peau neuve et s’adjoint une collection de littérature. Il y a, semble-t-il, tout lieu de s’en réjouir, si on en juge à ce deuxième titre paru. Dans le roman de Dirk Kurbjuweit, qui est rédacteur en chef adjoint au Spiegel, toutes les conditions du thriller sont réunies. Randolph et Rebecca sont un couple berlinois aisé. Elle a cessé pour l’instant de travailler, il est architecte. Deux enfants, un agréable rez-de-jardin. Tout irait bien si Dieter Tiberius ne demeurait pas au sous-sol. Dieter Tiberius a « une grosse tête, un front haut et sa coiffure ressembl[e] un peu à celle d’Elvis Presley ». Il se sert chez « Penny » et non dans « un des supermarchés bio » du quartier. « D’un côté l’architecte aisé et bourgeois, marié avec une belle femme, deux enfants, de l’autre, un enfant de la DDASS, seul et sans-emploi, bénéficiant du Hartz-IV, le minimum social ». Lequel commence par adresser des poèmes à Rebecca, puis se met à harceler le couple en prétendant, de façon répétée, qu’il abuse de ses enfants. Plaintes. Visites de la police. Avocats. Comment tout cela va-t-il finir ? ...

Pierre Ahnne sur le livre "Un arbre en mai" de Jean-Christophe Bailly

 

Note parue le 17/02/2018 sur le blog de Pierre Ahnne, à la page  http://pierreahnne.eklablog.fr/un-arbre-en-mai-jean-christophe-bailly-seuil-a137173712.

Publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur 

"Ce n’est sans doute que le début. En cette année de cinquantenaire, le déferlement d’ouvrages consacrés aux événements de mai 1968 est probable. Jean-Christophe Bailly s’en doute bien. Avec ce petit livre rédigé en 2004, revu et publié aujourd’hui, il ne fera que précéder la « fièvre de retours » qui s’annonce. Mais, dit-il, « en ayant tenté, et ce sera ma présomption — ou mon excuse — de l’avoir quand même esquivée ».

Ni remords ni regrets

Esquivée parce que précédée, bien sûr. Mais aussi parce que l’auteur évite avec aisance ce à quoi on pourrait et vraisemblablement on doit s’attendre. C’est-à-dire d’abord les pièges jumeaux de la nostalgie et de l’ironie rétrospective. L’ancien militant de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire), dissoute « à peine quelques semaines » après son adhésion et appelée à renaître tout aussi vite en Ligue communiste (section française de la Quatrième internationale — trotskiste —), ne renie ni ne regrette rien..."

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon

 

Note de lecture de Pierre Ahnne.

Note parue le 14/10/2017 sur son site à la page http://pierreahnne.eklablog.fr/mercy-mary-patty-lola-lafon-actes-sud-a132237292

Dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon mêlait habilement quatre ingrédients : l’Histoire, surtout celle des années 1970 ; la manipulation par l’image et le contrôle des individus ; une jeune fille (la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, saisie à l’instant de sa gloire, au Jeux olympiques de Montréal, en 1976) ; enfin, la fascination et le travail d’une enquêtrice qui se penchait après coup sur tout ce qui précède. Ce qui rendait le roman remarquable, c’était la question du langage et de son articulation avec le corps, laquelle constituait le point de confluence où venaient se croiser ces quatre motifs.

Excès de jeunes filles 

On les retrouve dans Mercy, Mary, Patty, avec évidemment quelques décalages. Un coup à l’Est, un coup à l’Ouest : la jeune fille, ici, c’est Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, enlevée et détenue en 1974 par l’Armée de libération symbionaise (SLA), puis convaincue par ses ravisseurs, au point de participer avec eux à des hold-up au nom de la révolution — certains se rappellent peut-être cette histoire vraie. Il y a aussi une enquêtrice, imaginaire, Gene Geneva, qui est venue enseigner dans un drôle d’établissement pour jeunes filles (décidément) dans les Landes. Lors du procès de Patricia, la défense lui demande un rapport sur l’affaire, lequel ne servira jamais mais sera intégré à un livre, ...

[Fiche du livre]

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Au fil des fêtes - Récits sur les fêtes juives

 

Note de lecture de Pierre Ahnne, sur son blog  (reproduite avec l’aimable autorisation de l'auteur)

L'une chante (en yiddish) et a déjà enregistré de nombreux disques. L'autre est, sous un autre nom, l'auteure de pièces de théâtre et, tout récemment, d'un roman. Mais Astrid Ruff et Doris Engel sont toutes les deux spécialistes d'une langue qui nous vient d'un monde disparu.

Sholem Aleykhem, dont elles proposent ici la traduction de plusieurs nouvelles, appartenait à ce monde. Celui du shtetl, cette bourgade à majorité juive de l'ancien empire russe. Né en Ukraine en 1859, mort à New York en 1916, il est l'auteur d'une œuvre considérable et très partiellement traduite en français jusqu'à présent. Œuvre qui a connu en son temps un immense succès dans le monde yiddishophone d'Europe et d'Amérique, et dont émerge peut-être seul pour bien des contemporains le roman de Tévié le laitier, métamorphosé en comédie musicale dans les années 1970 sous le titre d'Un violon sur le toit.....

[La fiche du livre]

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Titus n'aimait pas Bérénice

 

Note de lecture de Pierre Ahnne

À l’heure où j’écrivais cet article il était encore très possible qu’elle ait le Goncourt. Pour finir, elle n’a eu que le Médicis. Un prix, quoi qu’il en soit, à la fois significatif et paradoxal. Pour une part, bien dans l’air d’un temps étrangement fasciné par les grands classiques et, à travers eux, qu’on le veuille on non, par l’institution scolaire. Représentatif, aussi, de ce souci obsédant d’inscrire sa vie dans d’autres vies, fameuses, si possible, qui s’exprime à travers tant d’œuvres dont des gens connus sont les héros. Et, en même temps, n’y a-t-il pas quelque anachronisme à couronner un livre qui, sur des pages entières, fait hésiter ses personnages quant à la traduction d’un vers latin, à l’heure où la langue de Virgile s’apprête à disparaître de l’enseignement secondaire ? Le ministère de l’Éducation nationale serait en droit de protester. Sans compter que consacrer un roman au plus notoire auteur d’alexandrins tient de la gageure à une époque où pratiquement plus personne ne sait en dire un correctement....

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Après le silence

 

Note de lecture de Pierre Ahnne

Ce pourrait être un portrait-souvenir comme il y en a eu d'autres. Portrait d'un père et, à travers lui, d'une époque (la fin des célèbres trente glorieuses) comme d'une classe (la classe ouvrière) disparues. En tant que tel, le livre de Didier Castino serait déjà fort et émouvant, d'aller au-delà du simple témoignage pour entrer dans les sensations et les idées de son héros prolétaire sans condescendance ni démagogie. S'efforçant de saisir et de reconstituer quelque chose du rapport contradictoire au travail, entre souffrance (« L'acier chauffe sous mes coups et me brûle les mains, les flancs et les cuisses, les étincelles crépitent au visage et les masques de protection deviennent très vite des fournaises ») et fierté (« J'aime travailler à l'usine, produire. J'aime être ouvrier. Nous sommes là pour ça, on n'a pas toujours choisi, c'est sûr, mais on veut travailler, la question ne se pose pas »). Montrant, loin de tout manichéisme, la conscience de classe se lier, chez ce communiste croyant, à « l'Idée de Dieu », dont le Parti est à ses yeux « dépositaire » : « Elle est devant nous, il faut y aller, doucement s'approcher encore, mais il est des jours où on n'avance pas, des années et Elle reste devant nous à attendre…"...

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