La littérature vietnamienne

Vietnam : une littérature en pleine effervescence

 

Des livres de la nouvelle littérature vietnamienne : des auteurs du Vietnam de l’intérieur, et d’autres de l’étranger.

Après près de 40 ans de lutte nationale contre les Japonais, les Français, les Américains, après l’instauration d’un régime « communiste », après la répression des « cent fleurs » des années 1956-1957, après les autodafés de livres des intellectuels non conformistes jusqu’en 1985, on aurait pu penser que la littérature vietnamienne contemporaine serait définitivement et uniquement représentée par le roman héroïque sur fond de guerre libératrice.

Il n’en est rien ! Cette littérature vietnamienne contemporaine, ce sont aujourd’hui des dizaines d’auteur(e)s de l’intérieur comme de l’extérieur qui rompent résolument avec le « réalisme socialiste ». Le « seul point qui les réunit tous, c’est justement l’ouverture au monde » (entretien avec Doan Cam Thi (*) dans Les Lettres Françaises du 5 juin 2017). Dans cette littérature le "Je", y compris le "Je" féminin, reprend toute sa place. 

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(*) A publié en janvier 2019 « Un moi sans masque » - L’Autobiographie au Vietnam (1887-1945), Dans ce livre il montre « comment l’autobiographie, ce genre littéraire spécifique, s’est inscrite dans une longue tradition vietnamienne de l’écriture de soi…  (comment) la littérature du moi s’est élaborée en tissant un lien direct avec un projet national indissociable de la modernisation et de la décolonisation ».

Les Réfugiés

 

Livre de Viet Thanh Nguyen

Auteur du retentissant Sympathisant, Viet Thanh Nguyen livre un recueil de nouvelles d'une justesse, d'une acuité et d'une élégance peu communes, et offre sa voix à tous les déracinés.

Dans un pays où tout était affaire de possessions, nous ne possédions rien d'autre que nos histoires.

Vietnamiens, ils ont fui le communisme à la fin des années 1970 pour s'exiler de l'autre côté du Pacifique, en Californie. Ils vivent entre deux rives, entre pays d'adoption et pays de naissance, pas encore Américains, plus tout à fait Vietnamiens. Certains sont figés dans le passé, hantés par les fantômes, effarés par l'hédonisme occidental ; d'autres veulent aller de l'avant, pour eux, pour les enfants, pour la possibilité d'une autre vie. Pour n'être plus simplement des réfugiés.

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Les os des filles

 

Ecrit en Français par une jeune auteure franco-vietnamienne habitant en France depuis l'âge de 10 ans, ce livre n'est peu-être pas complètement partie prenante de la littérature vuetnamienne au sens stricte. Mais par l'histoire contée, il l'est assurément.

Livre de Line Papin

« Tu avais dix-sept ans alors, à peine, et tu as pris l’avion, seule, pour retourner à Hanoï. Tu vois, j’en ai vingt-trois aujourd’hui, et je retourne, seule, une nouvelle fois, sur les lieux de ton enfance. Tu es revenue et je reviens encore, chaque fois derrière toi. Je reviendrai peut-être toujours te trouver, trouver celle qui naissait, celle qui mourait, celle qui se cherchait, celle qui écrivait, celle qui revenait. Je reviendrai peut-être toujours vers celle qui revenait, vers les différents coffrets d’os, vers les couches de passé qui passent toutes ici. »

« Après deux premiers romans fictionnels, je me suis trouvée face à la nécessité d’écrire un roman plus intime. L’écriture lyrique dont j’avais usé jusque-là laissa place soudain à une écriture plus directe, sans autre envie que celle de raconter la stricte vérité. Pourquoi ? Pour trouver, à travers la littérature, des réponses aux questions qui nous empêchent de vivre.
Les Os des Filles est l’histoire de trois femmes : Ba, sa fille et sa petite-fille – ma grand-mère, ma mère et moi-même. L’histoire commence dans les années 1960, pendant la seconde guerre d’Indochine, sous les bombes d’un village vietnamien. Seule, Ba y élève ses trois filles, avec l’intention de monter à Hanoi, la capitale, pour s’extraire des conditions de vie misérables. Si elle y parvient, le quotidien de cette famille est toutefois brisé en 2005 par le départ des filles en Occident. Tandis que la grand-mère reste à Hanoi, sa fille s’installe en France avec sa petite-fille. Cette dernière, arrachée à sa terre natale, garde dans son corps le souvenir des guerres, des famines et des bombes. Quand l’enfant tombe malade, quelques années plus tard, à l’hôpital où elle se retrouve, son corps fatigué se rappelle les combats d’une grand-mère pour survivre.
Ainsi, Les Os des filles est un roman sur trois générations de femmes qui ont traversé trois combats : celui de la guerre, celui de l’exil et celui de la maladie. Comment les événements historiques influent-ils sur les relations personnelles ? Comment le lien affectif entre une fille et sa mère peut-il être brisé par une bombe, un avion ou bien un hôpital ? De quoi sont donc faits les os qui nous soutiennent ? En 2018, j’ai voulu revenir sur le récit de cette filiation maternelle brisée, afin de réparer avec l’écriture, peut-être, des choses irréparables. » 

Vidéo de La Grande Librairie (mai 2019)

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« Un moi sans masque ». L’Autobiographie au Vietnam (1887-1945)

 

Livre de Doan Cam Thi

Longtemps, pour l’opinion publique comme les sciences sociales et humaines, l’Occident moderne a été la matrice de l’individu. Nombre de travaux récents sur les aires dites « extra-occidentales » ont heureusement bousculé les oppositions simplistes : individualisme/holisme, modernité/tradition, Occident/Orient, entre autres.

Dans cette veine, le présent essai interroge la période qui s’étend de 1887 – date de la parution du premier roman vietnamien du « je », L’Histoire de Lazaro Phien de Nguyen Trong Quan – aux années 1925-1945, marquées par trois autobiographies fondatrices. Si dans Le Grand Rêve (1928) Tan Dà retrace son parcours singulier, de sa formation mandarinale à son accès au statut d’écrivain moderne tout en revendiquant l’empreinte de Zhuangzi et de son fameux rêve de papillon, Jours d’enfance (1938) et Herbes folles (1944) sont, quant à eux, l’œuvre de Nguyên Hông et de Tô Hoài, issus de l’école franco-indigène, lecteurs passionnés de Rousseau, Freud, Gide, Marx, Trotski, et futurs révolutionnaires.

Comment l’autobiographie, ce genre littéraire spécifique, s’est-elle inscrite dans une longue tradition vietnamienne de l’écriture de soi ? L’ouvrage explore ici la manière dont la littérature du moi s’est élaborée en tissant un lien direct avec un projet national indissociable de la modernisation et de la décolonisation.

Menu de dimanche

 

Livre de Pham Thi Hoai

La scène se passe à Hanoi, dans un atelier de couture, à moins que ce ne soit dans un café, en compagnie d’intellectuels désabusés, ou encore sur la plage que parcourt, en proie au doute, un cinéaste amoureux. Dans un deux-pièces, une jeune fille entend les soupirs de sa mère pendant l’amour. Sous les toits, une adolescente invente, pour égayer les derniers jours de sa grand-mère, de poétiques menus de dimanche…
C’est une vision très contemporaine du Viêtnam que propose ici Pham Thi Hoai : un pays en quête de rêve mais torturé par son histoire, où chacun se doit de trouver en lui-même des ressources pour ne pas céder à l’atmosphère pesante, au désarroi qui nivelle le quotidien.
Ironique et sensible, ce recueil de nouvelles qui résonne d’une voix très personnelle est à entendre comme un véritable acte de résistance poétique.

Les Collines d'eucalyptus

 

Livre de Duong Thu Huong

Derrière les barreaux de sa prison, Thanh contemple les derniers lambeaux de brume sur la paroi rocheuse qui lui tient désormais lieu d’horizon. Il a été condamné aux travaux forcés.
Parce que ce jeune homme sans histoire, excellent élève et fils modèle, a découvert très tôt son homosexualité et qu’il lui a paru insurmontable de l’avouer à ses parents, son destin a basculé. Comment il est tombé sous la coupe d’un mauvais garçon avec qui il a fui sa ville natale et comment il s’est retrouvé piégé, c’est le fatal et poignant engrenage que Duong Thu Huong met en scène.
Thanh est désespérément seul pour cette descente dans les cercles de son enfer intime. Il ne peut confier à personne les affres de sa relation avec son compagnon qui, en parfait manipulateur, joue de l’attirance physique qu’il exerce pour vivre à ses crochets. Honteux de sa faiblesse et de sa lâcheté, Thanh se garde bien de demander conseil à Tiên Lai, l’homme mûr en qui il a pourtant le sentiment d’avoir rencontré un alter ego.
À Dalat où ils végètent comme ramasseurs de balles sur des cours de tennis, Thanh n’a pas la force d'éconduire son mauvais génie. Il s'enfuit en vain à Saigon, croyant trouver refuge dans l'anonymat de la métropole.
Si l’issue de cette sombre liaison est bien fatale, Duong Thu Huong écrit pourtant un roman de la rédemption. Son jeune héros, dont les tribulations lui donnent la matière d'une vertigineuse plongée dans le Vietnam de la fin des années 80, ne finira pas au bagne.
Les Collines d'eucalyptus est une somptueuse variation sur le thème du retour de l’enfant prodigue, un roman éclairé par la compassion et l'intelligence humaine qu'un écrivain au sommet de son talent témoigne à ses personnages.

Le Chagrin de la guerre

 

Livre de Bao Ninh

Roman traduit du vietnamien par Phan Huy Duong

« Avec Bao Ninh, dernier-né d’une nouvelle génération d’écrivains, le Viêtnam cherche de nouveau à exorciser l’agonie de ses guerres. » (Jean-Claude Pomonti, Le Monde)
Un homme de trente ans revient après dix années de guerre. Il essaie de recoller les morceaux épars de son existence. A la lueur d’une petite lampe à pétrole, nuit après nuit, feuillet après feuillet, il écrit sa vie, la guerre, l’amour. L’écriture le repousse de plus en plus loin, de plus en plus profondément dans le passé, la boue, le sang, la violence, les atrocités. Et les feuillets s’entassent pendant que la vie de tous les jours se délite, pendant que la mémoire, comme un fleuve à la dérive, à travers mille méandres, l’ensevelit dans les pages cachées de son passé. Pour qu’il écrive ce chagrin de la guerre, cette tristesse de l’amour

immense comme la mer

 

Livre de Nguyên Ngoc Tu

« Trois fois couler, sept fois refaire surface, neuf fois ballottés par les flots. » Le fil conducteur de ces nouvelles est le fleuve – personnage central dont viennent tous les maux… mais aussi tous les bonheurs. Sur ce fleuve, des sampans occupés par des hommes et des femmes qui se battent pour leur survie mais qui, pour tout l’or du monde, ne renonceraient au monde de l’eau pour celui de la terre. L’Aube, éditeur d’auteurs vietnamiens majeurs comme Nguyên Huy Thiêp et Bui Ngoc Tan, propose ici de découvrir une jeune femme écrivain, Nguyên Ngoc Tu. Saluons cette parole résolument contemporaine, proche de la vie du fleuve et de ses femmes qui se battent pour leurs hommes, pour leurs enfants – pour elles-mêmes.

Un autre ciel

 

Livre de Nguyên Binh Phuong

Traduction : Emmanuel Poisson

« Adolescente, tu as été clouée au lit pendant deux semaines, le cerveau dans les nuages, les membres dans les nuages, devenue toi-même un nuage. Seul ton sirop fébrifuge pouvait immobiliser le nuage. Guérie, tu trouvais tout étrange, depuis les cris humains, les bruits de voitures, les feuilles à la surface de l’eau jusqu’aux fleurs de temps à autre visibles dans la canopée. »

À Hanoï, au crépuscule du XXe siècle, une jeune fille vit deux amours. Elle n’a plus de prise sur le réel mais balance entre une certaine nostalgie du passé et un obscur désir de changement.
Le récit est traversé par le « tu » d’un narrateur à l’identité incertaine, peut-être un des doubles de l’héroïne. Nous parle-t-elle, se parle-t-elle ou lui parle-t-on ? Ce jeu autour de la deuxième personne du singulier permet d’exprimer les sentiments ambigus de l’héroïne.
Paru au Vietnam en 1999, ce roman est sans conteste un des plus originaux de l’auteur, chef de file de la nouvelle génération.

T. a disparu

  Livre de Thuân

Traduit du vietnamien par Doan Cam Thi

T., une jeune Vietnamienne de Paris, disparaît emportant avec elle son corps, mais aussi toutes ses traces, y compris ses photos et son nom. Dans la pensée de son mari – le narrateur du roman –, ses souvenirs ne tiennent jamais en plus de trois lignes, au point que le lecteur doute de son existence. Qui est T. ?
L’enquête que mène le narrateur nous conduit dans la capitale à la rencontre des habitants de ses différents quartiers et sa banlieue, des immigrés dans les HLM de Clichy-sous-bois aux nouveaux riches de l’avenue Victor Hugo en passant par les Chinois du Treizième arrondissement. Roman à suspense, T. a disparu mêle ennui et divertissement, drame et dérision.

Parallèles

 

Livre de Vu Dinh Giang
Traduit du vietnamien par Yves Bouillé

Alors que le soleil de l’été fait rage, deux jeunes amants homosexuels se réfugient dans leur monde intérieur. A l’abri de la lumière et de la réalité, ils s’inventent des jeux qui prennent la forme de performances artistiques, où ils tentent de tuer tout ce qui leur est insupportable. Entre images obsessionnelles et peurs enfantines s’amorce alors un cauchemar pictural éveillé, et une recherche du salut dans la destruction. Les relations homosexuelles sont ici dépeintes à grand renfort de noirceur, comme une soif de fusion désespérée. A l’image de deux droites parallèles, évoluant côte à côte, sans jamais pouvoir se rencontrer.

Un roman audacieux où l’auteur rompt avec les formes classiques pour jouer avec une écriture libre et instinctive.

A contre courant

 

Livre de Nguyen Danh Lam

Traduit du vietnamien par Doan Cam Thi

Coup de foudre à Saïgon. Dans l’ascenseur d’une tour ultramoderne, N., un chômeur solitaire, rencontre une jeune fille dont les lèvres écarlates formeront dès lors la seule lueur dans sa sombre existence. Leur relation sera tissée de séparations et de retrouvailles, sans qu’elle ne cesse d’être pour lui une inconnue.
Dans un Vietnam loin de la guerre et des tickets de rationnement, la jeunesse, prise dans le tourbillon de la consommation, est aussi en quête d’amour et de liberté.  Au cœur de cette société d’un pays émergent, l’art, l’homosexualité, l’exil sont autant de contre-courants.

Cheval d’acier

 

Livre de Phan Hon Nhien

Traduit du Vietnamien par Doan Cam Thi

« Que feras-tu dans les prochains jours ? demanda-t-il dans son ultime souffle.
(…) Il est curieux que les gens soient intéressés par la vie à laquelle ils ne participeront plus ».
Imaginons un monde où s’effacerait toute limite entre pays et continents. Ne subsisteraient que les frontières entre les individus, seuls face à la mort. Avec leurs proches, les personnages du roman tentent de créer les liens de l’amour, mais souvent, ils les fuient ou les détruisent. Jeunes Vietnamiens nés avec la mondialisation, ils voyagent sans que les lieux ne soient jamais nommés, hormis Saïgon, leur point de départ, et une ville américaine, Santa Fe, qui baigne dans l’atmosphère de Georgia O’Keeffe.
Tel un triptyque de Bacon, Cheval d’acier se compose de trois récits autonomes traversés par le thème du cheval. Placé sous le signe de l’harmonie, du mouvement et de la matière, il glorifie, dès son titre, l’art et l’individu dans une écriture lumineuse.

Blogger

 

Livre de Phong Diep
Traduit du vietnamien par Nguyen Phuong Ngoc

La démocratisation du Net bouleverse la société vietnamienne d’aujourd’hui. A tel point que beaucoup, comme les personnages de ce roman, vivent dans une schizophrénie latente. Ha est employée d’une société d’État à Hanoi. Isolée de par son origine provinciale, mise à l’écart par ses collègues, rejetée par son fiancé, contrainte d’avorter, elle mène une existence  ennuyeuse entre son bureau et sa chambre minuscule. Pour tromper son désarroi, elle navigue sur Internet qu’elle pirate  grâce à la connexion wifi de l’immeuble voisin. Introvertie dans la vie réelle mais reconnue comme hot blogger, elle réussit lorsque la communication n’implique pas une présence physique. Tout se passe comme si son succès était conditionné à la disparition de son corps féminin perpétuellement mis à mal, victime de pauvreté, d’actes sexuels violents, d’avortement et d’autodestruction.

A l’origine

 

Livre de Nguyen Binh Phuong
Traduit du vietnamien par Danh Thành Do-Hurinville

Dans un village du Nord-Vietnam, Tinh est né sous l’emprise de la lune. Elle le hante, le perturbe et l’incite à commettre des actes irréparables. Réincarnation d’un hibou, frappé dès sa conception par le pied du père dans le ventre de la mère, Tinh recherche la compagnie des fous. Sa femme, la plus belle fille du village, se jette dans les bras d’un vieil écrivain tandis que lui, avec ses « yeux de chien, jaunes comme la lune », se perd dans des monologues incohérents. En arrière-plan, la guerre américano-vietnamienne est omniprésente. Elle détruit l’homme corps et âme, le rend sauvage et criminel…
Sans analyses psychologiques, discours intérieurs ou jugements moraux, l’auteur signe ici un roman énigmatique et puissant.

Delete

 

Livre de Phong Diep & Nguyen Viet Ha

Traducteur Emmanuel Poisson

Paradoxal Vietnam. En pleine mutation économique mais toujours marquée par le confucianisme et le communisme, la société d’aujourd’hui est un terrain d’exploration pour les auteurs de la nouvelle vague. « Delete » – en anglais informatique dans le texte –, « Chat fantôme » ou « Témoin malgré elle » sont des titres de nouvelles rédigées par Phong Diep sur les bouleversements qu’introduit l’Internet. Elles mettent en scène une jeunesse guettée par une schizophrénie latente due à l’usage numérique et victime de la crise urbaine. Nguyen Viet Ha pratique une autre forme d’écriture, le « tap van » (essai), qui offre une grande liberté entre fiction et journalisme. « Les aléas du végétarisme », « Le choix du mari » ou « Le retour du printemps » offrent des fragments de la vie hanoïenne, colorés et désopilants.

Une opportunité pour Dieu

 

Livre de Nguyen Viet Ha

De Hanoi à Saïgon, en passant par l’Europe et l’Amérique, de jeunes vietnamiens sont confrontés à une impasse matérielle et morale. Désespérés, ils se réfugient dans l’exil, l’argent, l’alcool ou la mort. La foi, au coeur de la littérature officielle, en une double émancipation, sociale – par le marxisme-léninisme – et nationale – par la guerre –, a fait ici place à l’absence d’idéal dans la jeunesse de l’après-guerre. Vingt-cinq ans après la fin du combat contre les Américains, le Vietnam est aussi pauvre en héros qu’en événements. A travers leurs journaux intimes, quatre personnages principaux occupent tour à tour la scène du roman. S’ils font tout à coeur, en amour ou dans les affaires, c’est dans les mots qu’ils vivent avec le plus de passion.

L’ascenseur de Saïgon

 

Livre de Thuân

Traduit du vietnamien par l’auteure et Janine Gillon

Une jeune Vietnamienne mène l’enquête, après la mort subite de sa mère dans un ascenseur à Saïgon, sur un certain Paul Polotski que celle-ci avait rencontré dans la Prison Centrale de Hanoi, à la veille de la bataille de Dien Bien Phu. Entre Hanoi, Saïgon, Paris, Pyongyang et Séoul, son enquête va de fantôme en fantôme. Carnets d’errance, L’Ascenseur de Saïgon décrit avec ténacité et dérision les mutations du bloc communiste en Extrême-Orient. Dans ce roman à la fois contemporain et historique, aussi politique que tragique, Dien Bien Phu, Indochine et amour perdu ne sont que trompe-l’oeil d’une recherche exigeante et profondément personnelle.

La praxis du Docteur Yov

 

Livre de Do Kh.

Bruce est un jeune routard américain, vaguement photographe de presse, qui a  « égaré » sa fiancée vietnamienne pendant la chute de Saigon en avril 1975. Décidé à ne pas commettre la même erreur une deuxième fois – et même à se racheter – il part à Beyrouth pendant le siège israélien en juin 1982 pour voler au secours d’une jeune Libanaise qu’il a brièvement connue à Los Angeles. Il y a beaucoup de parallèles, de retours en arrière et bien sûr, c’est écrit d’avance et même téléphoné : cela va se terminer tout aussi mal, sinon pire.
Et le docteur Yov ? C’est l’appellation déformée que donnaient les miliciens arabes au fusil mitrailleur léger soviétique « Degtyarev » (ou RPD), populaire pendant le conflit, et ainsi affublé d’un titre médical ou universitaire. Un roman grinçant et tendre.

Saïgon samedi

 

Livre de Do Kh.

Saïgon, le 11 janvier 1975 : la guerre a trente ans. Mais comme tous les samedis dans la métropole sud-vietnamienne, le week-end vient juste de commencer. Dzung, étudiant privilégié, erre dans la ville à la quête d’un bon plan pour la nuit avec son ami, Hung, un soldat qui s’est éclipsé du front pour cette joyeuse occasion. Pendant leur périple sur leur belle motocyclette, ils croisent tout une galerie de personnages hauts en couleurs : une aventurière lasse du sexe, des adolescentes qui vont à leur bal de débutantes, une jeune fille de province perdue, une prostituée de 17 ans atteinte par le bovarysme, un milicien évacué médical, un parachutiste de retour d’embuscade, une veuve muette, un analyste de la CIA pour une fois correct… Et en bruit de fond, la guerre qui a toujours été là, comme la canonnade à 10 kilomètres des dancings populaires…

Khmer Boléro

 

Livre de Do Kh.

Anciens amants à Paris, Kim et Nam se retrouvent par hasard à Bangkok au moment du Songkran, la fête qui célèbre l’arrivée de la saison des pluies. Le couple tente de renouer, par les paroles autant que par les caresses, mais la mousson se fait désirer. Ils décident de partir à sa rencontre, vers l’Est, qui est aussi la direction de leur pays d’origine : le Vietnam. En compagnie de Phailin, une jeune fille de la haute société thaï, s’engage alors un road-trip à travers le nouveau Cambodge, au gré des rencontres et au rythme des boléros asiatiques, qui s’achève à Bavet, poste frontière piqué de casinos et de karaoké improbables. Et la météo reste capricieuse… Humour cru et amour sexe, voyage et exil forment ici un cocktail détonant.

La fiancée du lieutenant T. et autres nouvelles

 

Livre de Do Kh.

Du ministre congolais recueilli en Suède à l’ancien Vietnamien de la guerre d’Algérie échoué sur les rives de la Francilienne N34, les personnages de ces dix nouvelles partagent la fragilité de leurs enracinements. Dans un monde où les matières, les produits, les valeurs, les armes et les conflits se globalisent à grande vitesse, les hommes peinent à trouver leur place de stationnement. Migrants ou réfugiés – surtout de leurs intérieurs –, ils promènent ici et là avec eux ces vieux paquets qu’ils préservent sous cellophane ou toujours enveloppés dans la même feuille de bananier…

La fiancée du lieutenant T., L’immeuble azur, Miss Sarajevo sous le siège, Chungking Mansions… autant de petits récits, ciselés comme des pierres dures, où le talent, l’attention à l’indicible et l’humour un peu rock’n roll de l’auteur prennent toute leur mesure. Il retrouve ici la nouvelle, sa forme préférée en vietnamien, dans ce premier recueil écrit directement en français.

Histoire oubliée

 

Entretien avec Ysé tran, réalisatrice du documentaire “Une histoire oubliée - Les travailleurs indochinois en Lorraine”. Des milliers de Vietnamiens réquisitionnés pour venir travailler en France dès 1939 ... Elle nous raconte leurs histoires sur le plateau de notre Une francophone dans le "64 minutes le monde en français"