Ecrits

Dominique W., les effets d’un récit de vie

 

Retranscription abrégée de l'intervention à la table ronde sur les " Transmissions familales et sociales ". Cette table ronde s'est déroulée lors des Journées de l’autobiographie de l'APA en juin 2019.

(cette intervention est parue dans la revue "La faute à Rousseau" de l'APA n°82-octobre 2019) 

 Intervenants de la table ronde : Michelle Cleach, Vincent de Gaulejac, Marie-Laure Las Vergnas, Mireille Podchlebnik, Véronique Leroux-Hugon (médiation)

 

Depuis de nombreuses années j’accompagne, soit dans des ateliers d’écriture, soit en individuel, des personnes qui souhaitent « écrire et transmettre leur histoire de vie » et qui se heurtent à la question du « comment l’écrire ? » : comment écrire cette vie que l‘on désire transmettre à ses enfants, ses petits-enfants, à la famille élargie et, pour certaines personnes, la publier et atteindre un plus large public.

Assez rapidement, les personnes témoignent des effets du dispositif d’accompagnement sur leur écriture. Mais elles témoignent aussi de la façon dont la question de la transmission, placée au cœur de leur projet, a pu le modifier sensiblement, comme cela a pu modifier leur rapport aux autres et à leur vie. Ainsi Dominique W. qui, d’octobre 2014 à juin 2016, a participé aux ateliers « écrire et transmettre son Histoire de vie » que j’anime au sein d’Aleph-Écriture » et que j’ai ensuite accompagnée individuellement pendant un an et demi, jusqu’à ce qu’elle considère que le texte était publiable.

De ce travail d’écriture, de sa publication (en autoédition) et de sa transmission à ses enfants et petits-enfants, à sa famille dispersée en France et à l’étranger ainsi qu’à ses amis, Dominique dit qu’elle n’en finit pas d’en voir les effets.

Avant octobre 2014, Dominique n’avait jamais participé à un atelier d’écriture. Mais depuis quelques années, après que sa fille lui avait dit : « maman, ta vie, tu devrais l’écrire », elle avait entrepris de faire, de façon chronologique, le récit de son histoire ; mais, disait-elle « ça ne va pas du tout, je n’y arrive pas. Je m’arrête, je reprends, je ne suis pas contente de moi ».

Dominique est une scientifique, elle a fait une carrière de chercheure au CNRS, dans un laboratoire de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif. L’écriture n’est pas son domaine de prédilection. Née en 1938 « de parents juifs sans religion » selon sa propre expression, elle a vite été prise dans les tourments de la guerre et ne fut réellement scolarisée qu’à l’âge de 11 ans.

A la retraite, Dominique s’est cependant occupée du « patrimoine autobiographique » familial : après avoir organisé des expositions de l’œuvre picturale de son père, elle a retranscrit le journal tenu par son grand-père alors qu’il était brancardier pendant la guerre de 14 ainsi que les 400 lettres écrites à sa femme dans la même période, retranscriptions qui ont donné lieu à deux ouvrages auto-édités : Scènes de la vie des brancardiers, souvenirs de guerre et Ma chère Jeanne.

Mais retranscrire n’est pas écrire, et, s’agissant de sa propre histoire, Dominique se posait la question que se posent tous ceux qui s’y attellent : comment l’écrire ? Et plus précisément, comment écrire l’histoire d’une vie, inscrite dans l’Histoire avec une grande H comme disait Georges Perec ? Comment écrire les failles et les appuis sur lesquelles cette vie s’est construite ? Comment écrire la vie professionnelle et les engagements politiques et sociaux ? Comment écrire les maux d’une vie, la maladie bipolaire et le cancer, comment écrire ce qui ne savait pas se dire ?

A la question du « comment l’écrire », c’est du côté du travail de l’écriture, du travail de la langue que l’on trouve des réponses. Ecriture, lecture, réécriture : on tâtonne, on essaie, on fait et on défait, on organise et on réorganise, on interroge « l’objet » produit jusqu’à ce qu’on en soit satisfait. Et, ce faisant, on constate vite que le travail de l’écriture agit bien au-delà de l’écriture elle-même : « En retravaillant un texte, c’est aussi sur ses émotions et sur sa pensée que l’on travaille. Ces superlatifs dont on use à profusion (tendance au mélo, peut-être ?), ce ton revanchard (écris-tu pour te justifier ou pour régler tes comptes ?), cette tendance à vouloir embellir la réalité, à trop expliquer, ou pas assez (ce que tu tais, cette rupture, ce silence entre les lignes), l’incohérence de tel personnage, les lacunes dans la structure du récit, etc. À travers la recherche du mot et de l’image justes, du ton juste, en tentant de réorganiser ou de clarifier les idées et les phrases, on approfondit notre rapport au langage et notre sens du discernement. » écrit Marité Villeneuve[1], auteure québécoise, animatrice d’ateliers d’écriture et d’histoire de vie.

Sur ce travail qu’elle avait engagé, Dominique, elle, a écrit :

MAMAN TA VIE....m'a dit ma fille.

    … En 2011, je me suis lancée. Le travail … s’est interrompu à plusieurs reprises, en fonction de pannes techniques ou de mes différents états d'âme.

    Il est question d'une femme, orpheline de mère, de guerre et ayant des difficultés à construire sa vie.    /…/

Souvent au milieu de la nuit des souvenirs oubliés, remontent à la surface. De peur qu'ils m’échappent, je me lève précipitamment et me dirige fiévreusement vers mon ordinateur ce qui rend mes nuits un peu trop courtes. …

 Conformément à ma formation scientifique, la première version de mon texte se présentait selon un ordre chronologique rigide. Actuellement j’écris au plus près de mes émotions. J’ai même découvert comment jouer avec l'humour, y compris dans le cas de situations tragiques.

    Enfin, Je parviens à aborder des périodes importantes de ma vie que précédemment, je ne pouvais pas formuler, et ce n'est sans doute pas un hasard si j'ai accompli un devoir de mémoire en me rendant à Auschwitz pendant la période des ateliers d'écriture. J’avais jusque-là repoussé l'idée d'une telle démarche.

Dominique évoque également un autre effet de ce travail d’écriture : « je me suis mise à lire alors que je lisais peu ».  Elle dit aussi que, ce qui lui a permis d’écrire cette histoire qu’elle n’avait pas réussi à écrire seule, ce fut d’abord l’abandon de l’écriture chronologique, l’avancée progressive par de multiples entrées dans son histoire, et, dit-elle, « ça a été important d’apprendre à écrire au plus près de mes sentiments et de mes émotions ».

Quant à la recherche de documentation, papiers et photos, elle l’a en partie effectuée avec ses petits-fils :  ça les a beaucoup amusés dit-elle et j’ai retrouvé des choses incroyables.

 

[1] Des pas sur la page, l’écriture comme un chemin, Editions Fides, Québec, 2007

L'échappée - livre de Francine Gautier

 

Note de lecture de Michèle Cléach (10/09/2019) 

Au moment où Bernard Lahire publie « Enfances de classes », une grande enquête qui montre que les inégalités déjà présentes chez les enfants de maternelle vont influencer le destin social des individus, lire L’échappée de Francine Gautier, c’est lire l’histoire d’une de ces enfants-là.

Bien sûr, l’enfant de L’échappée, née juste après-guerre, est une enfant du baby-boom. Une enfant dont l’arrivée a provoqué le mariage de ses parents à une époque où le mariage, pour une femme, c’était l’assurance de voir s’envoler tous ses rêves d’émancipation. Une enfant contemporaine de la reconstruction du pays qui a vu un grand nombre de Français s’enrichir mais qui en a laissé un certain nombre sur le bord de la route. La famille de la narratrice est de ces familles-là, de celles qui longtemps encore auront de la peine à « joindre les deux bouts ». De celles qui, dans ce territoire de bord de mer que l’auteur nous décrit magnifiquement, constituent le petit peuple de l’estran.

Dans une langue limpide et précise, c’est avec les yeux de l’enfant, puis ceux de l’adolescente et de la jeune adulte, que nous découvrons la vie dans ce village du bord de mer, puis dans une ville moyenne du Cotentin jusqu’à l’entrée à l’université, dans la capitale régionale.

Malgré les nombreuse difficultés rencontrées par la famille - les frère et sœurs qui arrivent trop vite et trop nombreux et dont il faut s’occuper, la mère qui perd peu à peu sa joie de vivre, le père trop souvent absent, les problèmes d’argent -, la narratrice nous donne à voir une enfant plutôt heureuse : elle développe une grande complicité avec sa mère, trouve appui et affection auprès de ses grands-parents et de quelques adultes de la commune, et il y a ce territoire dans lequel elle navigue librement, à un âge où aujourd’hui on ne laisserait pas un enfant faire trois pas tout seul !

Et bien sûr, il y a l’école de la République qui a sauvé la narratrice du destin que nombre de ses camarades d’école ont connu – le placement comme petite bonne dans des familles aisées -, grâce à son goût et son désir d’apprendre et à une institutrice  et un instituteur animés du désir d’amener les enfants à sortir de leur condition sociale en les initiant à tout ce à quoi ils n’avaient pas accès dans leurs familles : la lecture des « grandes œuvres »,  la peinture, la musique, etc. ; mais, faute de capital social, le prix à payer pour accéder aux diplômes supérieurs fut rude !  D’autant plus que pendant ce temps-là, la santé psychique d’Henriette, la mère, se détériore, et le père ne se remettra jamais d’avoir « failli » dans ses affaires.  

Mais l’histoire de la narratrice et celle de sa famille sont traversées par l’Histoire. L’Histoire politique, l’Histoire économique, l’Histoire sociale. C’est au travers des personnages que cette Histoire nous est donnée à voir, la guerre de 14 avec le grand-père devenu allemand en 1870, celle de 39 racontée par Henriette et Anne, l’amie, la guerre d’Algérie avec l’oncle Etienne, et mai 68 vécut par la narratrice à l’Université de Caen.

Il y a du Annie Ernaux dans ce récit, mais contrairement à Annie Ernaux, ce n’est pas la honte qui habite la narratrice. Plutôt la fierté d’avoir parcouru ce chemin, une fierté non dénuée de chagrin :

A moi, il reste le chagrin d’avoir vu ma mère dévalorisée, maltraitée, poussée à la déraison – par mon père, certes, mais aussi par un ordre social violent qui a fini par les emporter tous les deux. Un chagrin que rien n’apaise, pas même le temps.

 

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ETHIOPIE, MON SILENCE - Les blessures de Moyalé

 

Note de lecture Michèle Cléach - 02/01/2018 [Livre de Michèle Bauve Caviglia - Préface de Marc Fontrier]

Il est un lieu singulier à Addis-Abeba, appelé le Mercato … Cela pourrait être la première phrase d’un conte de Karen Blixen, mais ce que nous raconte ici Michèle Bauve Caviglia n’a rien du conte. C’est le récit d’une « aventure » qui aurait pu être une merveilleuse aventure ; mais le silence du titre et encore plus le sous-titre, les blessures de Moyalé, 4 août 1976, donnent à entendre que c’est une aventure qui a mal tourné.

Le récit de cette aventure éthiopienne, l’auteure l’a porté en elle pendant plus de 40 ans, comme elle porte sur le corps les marques indélébiles de l’attaque terroriste dont elle a été victime ce 4 août 1976 à Moyalé, « bourgade frontalière entre l’Ethiopie, le Kenya et la Somalie », et avec elle son mari, un ami célibataire, un couple d’amis et leur enfant, tous enseignants coopérants à Addis-Abeba.

Compte-tenu de la situation politique du pays, ils n’auraient jamais dû se trouver là. Les services de l’Ambassade de France leur avaient pourtant délivrer l’autorisation de quitter Addis-Abeba pour se rendre en Tanzanie pendant leurs vacances scolaires. C’est sans doute pour cette raison qu’en septembre, à leur retour en France, convoqués au ministère des Affaires étrangères ordre leur fut intimé de ne rien révéler de cette histoire, sous peine de sanction. Et bien sûr pas de prise en charge, à peine d’indemnisation, circulez, y’a rien à voir. Mais à voir justement, il y avait ces cicatrices qui barraient le corps de la narratrice et qui n’étaient pourtant que la face émergée de l’iceberg. Sur la face immergée, il y avait la mort de l’amie, la peur qui ne lâche jamais, les cauchemars, et le silence, ce silence imposé par les autorités ou voulu par les autres victimes qui pensent qu’ainsi ce sera plus facile d’oublier.

Au début du récit, l’auteure nous donne à voir ce que furent l’émerveillement de l’arrivée dans ce pays dont ils ne connaissaient rien ou si peu, le choc éprouvé face à certaines situations et certains événements, l’attachement vite éprouvé pour ce pays et ses habitants « Il faut bien peu de chose pour qu’une humanité se partage. Un sourire, une main noire tendue que l’on serre », mais sans rien cacher de leur naïveté et de leur ignorance quant à la situation politique de l’Ethiopie. Et c’est avec le regard de cette jeune coopérante que le lecteur découvre ce que la vie pouvait avoir d’exaltant à Addis-Abeba en 1976, jusqu’à l’irruption du drame, ce 4 août 1976.

La suite du récit se présente alors comme une enquête, une enquête pour essayer de mettre au jour et comprendre ce que ce silence imposé par les autorités françaises dès le retour en France a produit et continue de produire pour elle, son mari et ses compagnons d’alors. Essayer de comprendre pourquoi ce silence imposé, ce « lâchage » des autorités françaises, cette absence totale de prise en charge psychologique et à peine financière. Confronter les mémoires qui ne produisent pas toutes le même récit. Dire comment la peur ne lâche jamais, comment elle est toujours et partout présente : « la peur qui envahit le corps, qui me rend aphasique, la peur dont je suis prisonnière » ; dire aussi la culpabilité, celle d’avoir survécu, « Moi, sans enfant, j’étais vivante, alors que mon amie, la mère de ce petit garçon de deux ans, n’avait pas survécu à ses blessures. » et le sentiment d’avoir payé pour une faute « J’avais payé ma faute. De quelle faute s’agissait-il ? De quel crime étais-je ainsi coupable ? » ; dire aussi les stratégies pour déjouer le silence ; dire comment la position de victime fait exister aux yeux des autres et peut procurer un certain plaisir « comme une vedette de cinéma, je prenais plaisir à satisfaire leur curiosité » ; dire qu’on finit par se lasser et retrouver le silence, jusqu’aux attentats de 2015. Et pendant que passent en boucle sur les écrans les images des attentats, c’est l’attaque de Moyalé que l’auteure revit « J’ai peur. Mes mains, mes doigts tremblent, mon ventre gonfle, ma respiration, mon cœur qui bat plus fort… je ne peux plus bouger, ensorcelée d’images et la peur qui est là exactement comme il y a quarante ans … Impossible de me lever, de faire le moindre geste, clouée au fauteuil, … » .

Il y aura d’autres attentats, en Europe, en Afrique, et partout dans le monde, et il va pourtant falloir trouver comment continuer à vivre ; ce sera peut-être en renouant avec le récit, en posant sur la page les mots pour dénouer les fils d’une expérience singulière qui mêle l’intime, l’histoire, la géographie et la politique. 

[Fiche du livre]

"Qui a tué mon père" d'Edouard Louis

 

Note de lecture de Michèle Cléach – 13/12/2018

Si vous n’avez pas lu à sa sortie en mai dernier Qui a tué mon père d’Edouard Louis, c’est le moment de le faire. Mieux qu’un micro-trottoir dont sont friands les médias,  mieux que deux ou trois phrases « volées » ici ou là, mieux que l’analyse en surplomb de spécialistes en tous genres, ce récit hybride qui ne veut répondre à rien d’autre qu’à la nécessité : « ce que je dis ne répond pas aux exigences de la littérature mais à celles de la nécessité et de l’urgence, à celle du feu », nous plonge au cœur de ce qui, depuis plusieurs semaines, nous agitent tous, et bien au-delà de nos frontières.

Qui a tué mon père est d’abord une adresse au père du narrateur, ce père que les lecteurs d’Edouard Louis ont déjà rencontré dans son premier roman, En finir avec Eddy Bellegueule, personnage point trop sympathique qu’il avait fui en même temps qu’il fuyait son milieu d’origine (social et géographique) raciste et homophobe. Ce père qu’il revient voir très longtemps après son départ et qu’il peine à reconnaître : difficultés à parler, insuffisance cardiaque, problèmes respiratoires, diabète, cholestérol, à « à peine plus de cinquante ans » : « Tu appartiens à cette catégorie d’humains à qui la politique réserve une mort précoce ». On est page 14 et le ton est donné.  Car le narrateur n’est plus l’enfant qui espérait l’absence de son père quand il rentrait de l’école  - même si certaines situations donnent à voir que les choses ne sont pas si simples, que ce père-là pouvait avoir aussi des accès de tendresse et de complicité avec son fils – , il a évolué, appris à décrypter les situations, acquis des grilles de lecture et d’analyse historique, sociologique et politique. Son regard sur son père, sur la vie de son père, a changé ; à la lumière de ses acquis, il a compris comment la société a contribué à creuser l’écart entre son père et lui : « L’histoire qu’on enseignait à l’école n’était pas ton histoire à toi. On nous apprenait l’histoire et tu étais tenu à l’écart du monde ». Et au détour d’une page, il confesse « Il me semble souvent que je t’aime ».

Face à ce père physiquement détruit, Edouard Louis entreprend d’inventorier les événements : l’accident de travail qui lui détruit le dos, le déremboursement de certains médicaments, le « harcèlement » qu’il subit pour reprendre le travail malgré ce dos démoli et ses problèmes de santé liés à cet accident, la « loi travail », le mépris affiché pour les « assistés » et les « fainéants », mais aussi les hommes et les femmes responsables de cette destruction : « L’histoire de ta souffrance porte des noms. L’histoire de ta vie est l’histoire de ces personnes qui se sont succédé pour t’abattre. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique ».  

Mais en même temps que son corps se dégrade le père change. Il parle avec son fils et l’écoute, et son fils l’écoute aussi : « Toi qui toute ta vie as répété que le problème de la France venait des étrangers et des homosexuels, tu critiques maintenant le racisme en France, tu me demandes de parler de l’homme que j’aime. Tu achètes les livres que je publie, tu les offres aux gens autour de toi. »

Et le récit se termine quand, à l’issue de sa dernière visite, le fils dit à son père que, oui il fait toujours de la politique et que celui-ci lui répond : « Tu as raison. Tu as raison, je crois qu’il faudrait une bonne révolution. »

[fiche du livre]

Des livres à offrir pour Noël : les recommandations de Michèle Cléach

 

Des propositions sur le site de "L'INVENTOIRE" (10/12/2018)

  1. « L’hirondelle rouge » de Jean-Michel Maulpoix (Mercure de France, janvier 2017)
  2. « La femme à part » de Viviane Gornick (Rivages 2018)
  3. « Qui a tué mon père », Edouard Louis, Editions du Seuil 2018
  4. « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin (Les éditions de l’Observatoire 2018)

Camille contre claudel

 

Une note de Michèle Cléach à propos de la pièce d'Hélène Zidi actuellement au Théâtre du Roi René (12 Rue Edouard Lockroy, 75011 Paris)

Au début des années 80, il y a eu « Une femme » le livre d’Anne Delbée, et son adaptation au théâtre, livre et spectacle qui avaient fait polémique : Anne Delbée avait osé, entre autres, mettre en cause Paul Claudel dans le destin tragique de sa sœur Camille, et je me souviens d’une exposition au musée d’Orsay où, sur la table des libraires, manquait « Une femme », parce que le point de vue de l’auteure ne plaisait pas à la conservatrice du musée ! 

Depuis, il y a eu d’autres livres, d’autres spectacles, d’autres expositions, et le film de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Nul, alors, ne pouvait plus ignorer l’œuvre magnifique et la tragédie vécue par Camille Claudel ; ni son internement pendant 30 ans, injustifiable (sa mère refusa de la laisser sortir alors que les médecins l’avaient jugée guérie au bout de 6 ans) ; ni ses conditions d’internement (pas d’envoi ni de réception de courrier, aucune visite de sa mère, peu de vêtements, etc.)  infligées dès son entrée à l’hôpital psychiatrique, d’abord à Ville d’Avray puis à Mondevert, sur ordre de sa mère sans que son frère, pourtant bien placé, ne lève le petit doigt pour, au minimum, les améliorer ; ni sa mort, par dénutrition, en octobre 1943.

Car si Camille avait effectivement développé des symptômes paranoïaques, sa famille – et sa mère en particulier –, le rôle et la place dévolus aux femmes et encore plus aux femmes artistes à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, sa relation avec Rodin, avaient largement participé de sa maladie psychique.

C’est ce qu’Hélène Zidi nous donne à voir aujourd’hui au Théâtre du Roi René à Paris, après trois festivals d’Avignon. ...

[La pièce de théâtre]

Michèle Cléach a rencontré l'auteure de "la maôve de coutances"

 

Rencontre avec Marie-Françoise Lecourt, auteure de "La Maôve de Coutances"

(par Michèle Cléach)

C’est à la mort de sa mère en 2010 que Marie-Françoise Lecourt a éprouvé le besoin d’écrire l’histoire de son père, disparu en 1971. « Inconsciemment, j’avais fait de ma mère, pourtant atteinte depuis quelques années d’une maladie neuro-dégénérative, la gardienne de cette histoire. A sa mort je me suis dit que ça n’était pas possible que tout cela disparaisse avec elle ».

Ne pas laisser disparaître l’histoire de ce père qu’elle a toujours admiré et aimé, mais pas forcément toujours compris, et qui s’était engagé dans des mouvements qui œuvraient pour le bien de tous, même aux moments les plus sombres de l’Histoire : « je ne veux pas qu’on oublie cette histoire, ce pour quoi les gens se battaient, l’action collective qu’ils menaient pour la place de l’être humain. Je venais de quitter mon travail d’Assistante Sociale en prison, je n’en pouvais plus de voir comment le monde évoluait, comment l’être humain passait après l’économique,  je voulais montrer qu’autre chose avait été possible.  »

Le père de Marie-Françoise Lecourt est né dans un milieu catholique, « cureton » dit Marie-Françoise, où les pouvoirs civils et religieux se confondent. La famille se situe dans la plus pure tradition catholique et conservatrice; comment, dans ces conditions,  Adrien est-il devenu « dissident », comment a-t-il choisi l’émancipation à travers la JOC, l’Education Populaire, la participation aux mouvements sociaux (Le Front Populaire en 36), le refus de l’occupation, le syndicalisme ? ...

[Fiche du livre]

Une vie de sage-femme

 

Un article de Michèle Cléach dans "La Faute à Rousseau" n° 78-juin 2018 pour le dossier "Femmes au travail"

"Lorsque nous étions enfants dans les années 60, descendre la rue de Siam avec notre mère, le jeudi après-midi ou le samedi, était une course d’obstacles. «  Votre mère est la meilleure sage-femme de la ville de Brest » disait mon père. Cette boutade avait un accent de vérité : nous ne comptions plus le nombre de fois où nous étions arrêtées par les femmes, les mères, les grands-mères de femmes qui avaient accouché avec elle et qui ne tarissaient pas d’éloge : elles n’oublieraient jamais sa gentillesse, son calme, son professionnalisme, son attention, etc. etc. Nous étions fières, bien sûr, d’entendre ces concerts de louanges, mais ennuyées d’être ainsi retardées dans nos sorties, et conscientes, surtout, que ces femmes ne connaissaient que la face positive de la médaille. Son revers, elles n’en avaient sans doute aucune idée.

Ma mère avait fait ses études de sage-femme pendant la guerre avec le projet de repartir à Hanoï y retrouver sa mère qu’elle avait quittée à l’âge de 15 ans ; son diplôme serait l’assurance qu’elle pourrait toujours  y trouver du travail. En cours de route, la rencontre avec mon père, veuf et déjà père de quatre enfants, en a décidé autrement. Ils se sont mariés en 44, et entre 1945 et 1955 la famille s’est agrandie de cinq enfants. Plus question pour ma mère de retour au Tonkin ! ..."

Entretien avec Michèle Cléach : Écrire son autobiographie ou une biographie

 

Une interview parue dans L'INVENTOIRE, revue littéraire d'Aleph-Ecriture le 17/07/2017

Écrire son autobiographie ou une biographie est un exercice complexe. Malgré l’envie d’écrire et de transmettre, il s’avère souvent difficile d’aller au bout de son projet. Certains décident alors de suivre un atelier d’écriture spécialisé ou une formation à l’écriture biographique.
Nous sommes allés rencontrer une spécialiste de la question, Michèle Cléach. Passionnée par la formation, elle anime des ateliers d’écriture littéraire et professionnelle chez Aleph-Écriture autour des histoires de vie.

 

L’Inventoire : Pouvez-vous nous dire deux mots de votre parcours professionnel et comment vous êtes venue à vous spécialiser dans les histoires de vie ? 

Michèle Cléach : Savez-vous que les mots texte et tissage ont la même origine étymologique ? Ils viennent tous les deux du mot latin, textere. Je l’ai découvert en travaillant sur mon histoire.

Après un bref passage à l’Université, je me suis formée en Suède au tissage à la main que j’ai pratiqué pendant quelques années et j’ai également organisé des stages de tissage pour les particuliers.

En 1994, alors que je travaillais dans une grande entreprise depuis quelques années, j’ai pris des responsabilités syndicales, et c’est via mon activité syndicale que je me suis découvert un goût certain pour la formation. Cela m’a amenée à reprendre des études en Ingénierie de formation à la Sorbonne, et parmi les courants pédagogiques qui nous ont été présentées, il y avait les démarches d’histoires de vie en formation.

J’ai intégré l’IREFE, un institut de formation pour les élus et les responsables syndicaux. La pédagogie que nous mettions en œuvre était centrée sur la personne : partir de la personne, de ses savoirs et de son expérience pour construire avec elle les compétences dont elle avait besoin. Nous proposions, entre autres formations, un auto-bilan de compétences qui était proche de la démarche pédagogique des histoires de vie. C’est vraiment cela que je voulais développer dans mon activité de formation, des dispositifs à visée émancipatrice et porteuse de sens pour les personnes.

Au début des années 2000, je me suis donc inscrite au DUHIVIF (Diplôme Universitaire des Histoires de Vie en Formation) à Nantes, et à Paris 8, au séminaire de Danielle Desmarais – qui y était professeure invitée – Atelier autobiographique et rapport à l’écrit. J’ai également participé à quelques séminaires et journées d’études de l’Institut International de Sociologie Clinique ...

L’oasis

 

Texte paru dans le n°68-Février 2015 de la revue La Faute à Rousseau

L’été dernier, Catherine, mon amie d’adolescence m’a fait visiter sa maison.

Alors que ma relation à ce pays d’enfance est tumultueuse, chaotique et tourmentée, que je l’ai quitté à 20 ans, que  j’y suis revenue régulièrement pendant plusieurs années et beaucoup plus ponctuellement ensuite, Catherine s’y est implantée, s’y est mariée, y a eu ses enfants et ses petits-enfants.

Cette « résidence secondaire » est de plus en plus leur résidence principale. Catherine dit qu’elle a trouvé son « paradis ». Depuis trois ans, avec son mari, ils lui consacrent tout leur temps libre et ils les retapent, les rénovent, les aménagent.

Car en fait de maison, ce sont en réalité deux maisons qui les occupent. Deux maisons en bois. De ces « baraques » américaines de la guerre de 14-18 qui abritaient à Brest les soldats du corps expéditionnaire américain venus prêter main forte aux Alliés.  Après la guerre, un certain nombre d’entre elles ont été vendues et c’est ainsi que ces deux baraques  sont arrivées là, sur ce terrain qui, dans mon souvenir, a toujours été un jardin d’Eden. Un jardin à l’anglaise, où se côtoient arbres fruitiers, haies, bosquets, et fleurs en abondance : agapanthes, arums, millepertuis sans oublier les hortensias, bleus, blancs, violets ou roses, sans lesquels les maisons bretonnes ne seraient pas bretonnes.

Cette maison - ces maisons - que dans la famille nous nous obstinions à appeler « L’oasis » ...

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Accompagner les personnes sur leur chemin d'écriture

 

Une contribution parue dans le livre collectif "Le travail de l'écriture - Quelles pratiques pour quels accompagnements"

Auteures : Annemarie Trekker, Michèle Cléach, Emmanuelle Florent, Catherine Liabastre, France Merhan, Isabelle Seret

Élaboré au sein d'un groupe d'échange des pratiques autour de l'écriture dans le champ de l'approche biographique, cet ouvrage s'interroge sur la portée des différents dispositifs, des processus qu'ils mettent en oeuvre et des effets qu'ils produisent. Il aborde l'accompagnement du recueil de récits de vie et leur mise en écriture (Isabelle Seret et Catherine Liabastre), celui de l'écriture (auto)biographique (Annemarie Trekker et Michèle Cléach) et celui des écrits de formation et de recherche (France Merhan et Emmanuelle Florent).

 

A la recherche du "Je" perdu

 

Article de Michèle Cléach paru dans "La Faute à Rousseau" numéro 65 de février 2014

 « Les éducateurs, ça parle, ça fume, et ça boit du café ». Ce sont les paroles proférées par un jeune d’un Institut Médico-Educatif et rapportées par un éducateur dans une formation aux écrits professionnels. C’était donc ainsi que les jeunes parlaient de leur travail, et ils ne s’en étonnaient pas plus que ça, les éducateurs. Car oui, ils parlent, oui, ils fument et, oui, ils boivent du café, mais pas que : ils écrivent aussi ! Les éducateurs, et plus généralement, tous les professionnels du secteur médico-social. Ils écrivent, ou ils devraient écrire. Des projets ; des bilans d’activités, des bilans d’orientation, des bilans de stage ; des rapports éducatifs, des rapports au juge ; des synthèses ; des comptes rendus de réunions, des comptes rendus de commissions, des comptes rendus d’entretiens, des comptes rendus de formations ; des cahiers de liaisons ; des courriers aux familles et aux partenaires ; ...

Vous avez dit « trajectoire » ?

 

Article de Michèle Cléach paru dans "La Faute à Rousseau" numéro 58 d'octobre 2011

"Finalement, je ne l’aime pas ce mot, « trajectoire », et encore moins quand il est associé à « sociale ». Quand j’entends « trajectoire », c’est d’abord l’image de la fusée, Ariane ou Soyouz, peu importe laquelle, qui me vient. L’image d’un objet sommé d’atteindre en droite ligne l’objectif qui lui est assigné.

Les définitions que nous en donnent aujourd’hui Le Petit Robert vont dans ce sens : au 18ème siècle, le mot désignait « un conduit, un tube ». Aujourd’hui, le dictionnaire nous propose, au choix, « Courbe décrite par le centre de gravité d’un mobile », s’agissant de mécanique, « Trajectoire d’une planète, son orbite », s’agissant d’astronomie, « Courbe ayant une propriété donnée » s’agissant de géométrie, etc.

Point de Sujet cherchant, hésitant, trébuchant, dans ces trajectoires-là, point de chemins de traverses, de voies parallèles, d’impasses angoissantes ou reposantes.

Rien à voir avec les voies sinueuses, inattendues et surprenantes que peut prendre un trajet de vie, fut-il social.

Pour évoquer ce trajet de vie, à « trajectoire » je préfère..."

Le projet à l'épreuve du trajet dans le parcours professionnel du sujet adulte

 

Article paru dans la revue "CARRIEROLOGIE" (Volume 11 numéro  1 - 2007)

"Dans deux trajets d'adultes marqués par un événement à l'entrée de la vie adulte, événement qui a fait bifurquer leur trajectoire, l'auteur identifie les différentes temporalités et les étapes qui les ont conduits à la mise ne oeuvre d'un projet collectif. En s'appuyant sur la grille d'analyse du projet proposée par Jean-Pierre Boutinet, l'auteur analyse de quelle façon le projet personnel a pu s'articuler au projet collectif".

L'alphabétisation en question

 

Note de lecture parue dans la revue "Pratiques de Formation - Analyses" Numéro 47 - décembre 2004

 

"L'ouvrage dirigé par Danielle DESMARAIS, "L'alphabétisation en question", relate la recherche-action menée pendant cinq ans dans un organisme communautaire de Montréal, « la Boîte à lettres de Longueil » qui accueille des jeunes de 16 à 25 ans en but à l’analphabétisme et à l’exclusion. Au travers de cette recherche, l’équipe de la BAL poursuivait un double objectif : renouveler les pratiques ..."

La septième porte

 

Texte paru dans un livre collectif. Ce  texte a été écrit durant un atelier d'écriture organisé, en 2001, par ALEPH Ecriture tout au long de "sept week-ends d'écriture autobiographique".  Le livre a été édité aux éditions "manuscrit.com" et est disponible chez ALEPH Ecriture.

Ceux d'avant

 

Texte paru dans un livre collectif. Ce  texte a été écrit durant un atelier d'écriture organisé, en 2001, par ALEPH Ecriture tout au long de "sept week-ends d'écriture autobiographique".  Le livre a été édité aux éditions "manuscrit.com" et est disponible chez ALEPH Ecriture.

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La fille de Saint Sulpice

 

Texte paru dans un livre collectif. Ce  texte a été écrit durant un atelier d'écriture organisé, en 2001, par ALEPH Ecriture tout au long de "sept week-ends d'écriture autobiographique". Le livre a été édité aux éditions "manuscrit.com" et est disponible chez ALEPH Ecriture.

Le vrai visage de Pénélope

 

Article paru à l'automne 1983 dans le numéro 5 de la revue "Les cahiers du tissage" :

"Pénélope vous connaissez ? Pénélope, qui pendant vingt ans a attendu son Ulysse de mari, trois années durant, tissé le jour une tapisserie qu'elle défaisait la nuit car, une fois la tapisserie terminée, elle devait choisir un nouvel époux. Aujourd'hui, Pénélope est le symbole d'une fidélité aveugle, de la passivité ..."