Ecrits

alors on se souviendra

 

1 avril 2020

Alors on se souviendra

De ces vastes silences à couper à la serpe

Signant les rues des villes et les façades glacées

Sillonnant les routes de campagne désertées

Seul le paysan continue au champ d’œuvrer

De ces routes futiles empreintes d’inanité

Des silences striés au matin de chants d’oiseaux

Qui se réjouissent des lumières bleues épurées

Dans ces vastes ciels que les avions ont quittés

Et des brassées d’étoiles la nuit à embrasser

Alors on se souviendra

De ces hommes femmes et enfants éclipsés

De la peur fébrile cernant nos maisons confinées

Où l’on se serrait contre ce qui nous restait de certitudes

Tandis qu’à l’autre bout du monde aussi on était frappé

Alors on se souviendra

De grands livres ouvrant des horizons dépliés

Mythes, épopées, ineffables odyssées

Qui consolaient nos maigres pensées fissurées

On se souviendra de ces voix amies au bout d’un fil

De toutes nos solitudes des autres privées

On se souviendra qu’on suivait une fourmi du doigt

Pour qu’elle s’enivre de verdure se perde dans les bois

On se souviendra de ces vies qu’on a laissées au café

Le dernier jour où on s’est saoulé de bons mots et de bons vins

Alors on se souviendra

Ou bien on aura oublié.

 

La nouvelle Carte du tendre

 

28 mars 2020

 

Ah les civilités avec ceux d’à côté

Ceux du palier qu’on avait toujours ignorés

Voici qu’on les trouve à présent bien élevés

Hola, mon voisin on ne se serre pas la main

Mais dites-moi comment ça va ce matin

Oh vous savez rien de neuf ça va, ça se maintient

Allez entre nous on ne prend pas de gants

Même si le virus trouve ça plus élégant

Et ceux que l’on hèle par-delà les haies

Alors un petit tour de jardin on prend le frais

Oui on joue plaisamment à chat perché

Les oiseaux, insectes et bestiaux hébétés

Nous observent vivement d’un air ahuri

Mais pourquoi les humains sont-ils ainsi tapis

Avant agités énervés parfois même abrutis

Maintenant les voici dans leurs airs confinés

Chaque jour un peu plus sentant le renfermé

Se mettent à danser, miment des gestes-barrière

Nous on se marre, on fait même marche arrière

Au supermarché, ils échangent moult urbanités

Aucune bousculade, ils ont le temps, aucun n’est pressé

Toute distance gardée est une santé protégée,

Mais comment vont vos amours désormais éloignées

Vous savez dit l’un, on ne se donne plus de baisers

Nos amours chamboulées sont aux placards remisées

Nos plus beaux sentiments vont-ils perdre en humanité

Les animaux paradent à leur tour empressés

Ils se moquent, se pâment jusqu’à nous rire au nez

C’est pas par dessus les haies qu’on se fait la cour

Dit l’autre atterré, c’est complètement démodé

Que va devenir le monde si vous ne faites plus l’amour

Allez-vous supporter autant de simagrées

Et jusques à quand tenter le baiser masqué

Voici les bons conseils par les bêtes prodigués

Nous devrions nous mettre d’urgence à les écouter

Plutôt que trop parler mieux vaut se la boucler

Et les entendre aux bois si joliment siffler.

 

Y’avait personne

 

Le 25 mars 2020

 

Nous on est sortis  

On était bien contents

Y’avait personne

On en a bien profité

Mais y’a pas personne

Puisqu’il y a vous

En plus vous êtes deux

Oui c’est pour ça

On en a bien profité

Pourquoi y’avait personne

On comprend pas

 

      

Z’étaient où les autres

Ah z’étaient confinés

Ah c’est donc pour ça

On a bien fait alors

Si les autres avaient su ça

Su qu’ y avait personne

Seraient sans doute sortis

Tout contents eux aussi

Z’auraient fait comme nous

Croyez pas ?

 

 

Femme d'intérieur

 

Le 23 mars 2020

 

Jamais on ne me l’avait dit

Que j’étais une femme d’intérieur

Il y a tant à faire à l’intérieur

Tant de coins à visiter tant à s’affairer

Après ces intérieurs souvent négligés

Empoussiérés de mille souvenirs

Que les ans déposent et qu’on avait enfouis

D’une main attendrie on les effleure

Images vives sensations défroissées

C’est vrai courir c’est tellement excitant

Courir après le temps qui passe

Courir après le temps qui presse

Qui pourtant ne nous rattrapera guère

Car avant oui il y aura un avant et un après

Avant le sale virus nous minant mine de rien

On avait tellement à faire à l’extérieur

Maintenant je regarde la plante pousser

Dans le pot de grès rouge sur la margelle

    

Dire que j’avais oublié de l’arroser

Dans sa poussée printanière

J’arrache une herbe mesquine

Tu n’as vraiment rien d’autre à faire

Ça va merci les plantes sont en bonne santé

J’écoute le matin les oiseaux rassemblés

Guillerets et persiflants ils ont le dernier mot

Maintenant je trie je pense et je classe

J’ai sur les livres la tête inclinée

Bouche aspirée par les mots libérés

De ces livres anciens presque surannés

Allo Marcel voici Le Temps retrouvé

Demain promis je cuirai les confitures

Les dernières oranges de l’hiver

Qu’on goûtera en ce printemps amer

Je vous en garderai quelques cuillers

Pour sucrer vos langues et palais confinés

 

Et soudain la terre s’est tue

 

Le 21 mars 2020

 

                            

Et soudain la terre s’est tue

Rues bâillonnées, pas feutrés

Et bouches cousues

Villes soudainement étouffées

Campagnes assourdies

Dans un silence cantonné

Quand les avions replient leurs ailes

Seuls les oiseaux chantent en liberté

Le saviez-vous

Un ennemi commun nous est né

Une sorte d’étrange petite bête

Qui n’a rien d’un ange envoûté

De taille que l’on dit infinitésimale

Révisant ses multiplications à l’infini

Cherchant sans relâche à diffuser le mal

Se logeant au creux de nos poumons

Oui le poumon, vous dis-je

Covid 19 nom d’un bolide qui roule

Sans crier gare jusqu’au vertige

A beaucoup trop grande vitesse

Alors qu’on a désormais le temps

Il est trop avide, le Covid

Il nous viendrait de Chine passant par la Corée

Puis l’Europe, l’Italie avec voracité

Allemagne, Espagne et Portugal contaminés

Un grand sens du partage

Parfaitement mondialisé

Pour la sale petite bête nulle frontière

Première escale en France

Aux Contamines - Montjoie

Drôle de signe avant-coureur

Qui en février nous a offert le billet

Pour un long voyage immobile

Allez les enfants, rentrez vite à la maison

Vous déclinerez au présent et au futur le verbe confiner

Forme pronominale ou voix passive

Je me confine mais es-tu vraiment confiné ?

Je sais vous n’êtes pas habitués

On espère juste y arriver avant l’été

Allez une vie nouvelle on va s’inventer

 

Et soudain la terre s’est tue

Seules les bouches au téléphone émues

Se délient, allo, t’es là ?

Oui je suis chez moi, moi aussi

Quelle coïncidence

Alors,  comment va la vie arrêtée

Eh bien mon imaginaire se met à la danse

On pense aussi à vous, malades dans vos lits fiévreux

Entourés d’une blanche armée sanglée dans des blouses

L’armée vaillante peine hélas à avancer masquée

Elle assure, ploie parfois mais ne  rompt pas

 

Chantons pour eux à gorge déployée

Déployée oui, mais très, très éloignée

Pour tenir bon sans être gagnés par le blues

Serrons nos mains et même de loin

Pour étendre la solidarité

 

Et soudain on entendra dans tous les coins

La terre petit à petit se réveiller …

Lettre à mes amis libanais

 

Après son séjour à Beyrouth, en novembre 2019, Catherine Malard nous fait part de sa découverte du "nouveau" Liban qui émerge sous nos yeux. (Lettre du 6 décembre 2019)

"Vous m’aviez conviée au Salon du livre francophone mais à cause des « évènements », le Salon fut annulé. Etrange comme vous reprenez cette expression qui, de 1975 à 1990, recouvrait la tragédie de la guerre civile. Les gens de ma génération comme les plus âgés l’ont encore en mémoire, nous Français si liés à votre pays par les liens de l’histoire. Maintenant, vous dites de nouveau « les évènements » pour nommer la révolte sans précédent qui galope du nord au sud, ponctuée de « thaoura - thaoura » (1), l’exaltante formule que scandent des milliers de Libanais de Tripoli jusqu’à Tyr, de Baalbek jusqu’à Nabatiyeh, en passant par Zahlé. « Il y a mieux que le Salon du livre, le Salon de la révolution bat son plein dans les rues. On file place des Martyrs » (2), lance Elias, à ma descente d’avion, samedi 9 novembre.

Depuis 1992 que je fréquente le Liban pour des missions de formation à l’Université, je n’avais jamais entendu vos langues se délier à ce point. Jamais vous n’avez parlé comme vous le faites actuellement, "

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1) Révolution 

(2) Une des places du centre ville de Beyrouth avec la place Riad Al Solh, proches du Sérail (siège du parlement)  

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A Naples, via Crispi, on parle français

 

Un texte de Catherine Malard, avec le précieux concours de Béatrice Pinto et Alain Mauger, suite à sa visite à l'Institut Français de Naples en octobre 2019

Halte à « La Maison de France »

En passant par Naples, comment ne pas s’arrêter à l’Institut français, « Le Grénoble » des napolitains, cette « Maison de la France » née en 1919, superbe palais de style néo-classique, situé au 86 de la via Crispi dans le quartier Chiaia. A l’intérieur de ce palais, sont réunis différentes institutions : l’Ecole Française de Naples, L’Institut Français de Naples (IFN), le Centre Jean Bérard (Centre d’études archéologiques du CNRS), le Consulat Général de France, ainsi qu’une bibliothèque-médiathèque et une librairie. L’Institut (IFN) est chargé de développer des activités culturelles et linguistiques en portant une attention toute particulière à la francophonie. Depuis 1921, il est rattaché à l’Université de Grenoble, ce qui fait que, pour les napolitains, il demeure « Il Grenoble ».

Ecoutons ce que nous dit Alain Mauger, ancien directeur des cours : « Cette année, Le Grenoble célèbre son centenaire, c’est dire qu’il a su et sait encore résister au temps. L’Institut demeure indiscutablement une référence pour la vie culturelle des napolitains qui s’y invitent assidument pour participer aux nombreux événements proposés : conférences, débats d’idées, spectacles et autres vernissages » ...

"Journal de bord d'un tournage inachevé - Theo Angelopoulos"

 

Note publiée le 20/12/2018 par Catherine Malard (sur le site MOBILIS) - Reproduite avec l’aimable autorisation de l’auteure

La jeune cinéaste Élodie Lélu a tenu un journal précis et émouvant pendant le tournage du dernier film du grand réalisateur grec Théo Angelopoulos, mort tragiquement avant qu’il ne puisse, hélas, y mettre la dernière touche. Lecture de Catherine Malard.

Si vous aimez plonger dans les coulisses d’un tournage et vous sentir entraînés dans un suspense haletant, emparez-vous vite de ce précieux journal écrit par Élodie Lélu, jeune cinéaste et amie de longue date du grand réalisateur grec qu’était Théo Angelopoulos. Ce journal, elle l’a tenu sur un peu plus d’une année, jusqu’à la mort du cinéaste, fauché par une moto pendant le tournage de L‘Autre mer.

C’est d’emblée une atmosphère que le lecteur, amoureux de la Grèce, pénètre avec une vive émotion. Élodie Lélu place sa caméra-stylo au plus près du travail du réalisateur, nous le montrant en train de créer ce qui devait être son film le plus difficile. Le film arrivera-t-il à son terme ? L’auteure nous fait vivre l’histoire palpitante d’un collectif qui ne peut se déprendre du climat de crise que la Grèce traverse, frappée par ces politiques d’austérité que lui a imposées l’Europe, crise qui nourrira le scénario du film, traversé par L’Opéra de Quat’sous de Bertolt Brecht. 

Le lecteur suit, jour après jour, les affres du tournage : problèmes techniques, matériels, recherche de financement, d’acteurs adaptés aux rôles, pourtant la dimension poétique et politique de cette figure tutélaire qu’est le réalisateur du Pas de la cigogne n’en est pas affectée, bien au contraire. Nous plongeons avec l’équipe dans les rues d’Athènes en crise, maculées de tags, côtoyant les nombreux migrants installés au Pirée et dans la ville. Au fil des pages, nous sommes touchés par l'obstination de Théo Angelopoulos qui ne cède jamais sur son désir de faire un film qui doit “toujours dépasser l’ordinaire”. C’est cette chance unique qu’Élodie Lélu nous fait approcher, chance d’avoir partagé cette école de vie et d’en être désormais forte de ce que cet homme lui aura transmis pour nourrir son travail actuel de cinéaste.

[La note de Catherine Malard sur le site MOBILIS]

[Fiche du livre]

[Extraits du livre sur CALAMEO]

En Compagnie des Indes

 

Le nouveau roman de Catherine Malard est paru fin janvier 2019

Trente cinq ans après, Anouk refait le voyage pour éprouver à nouveau L’Expérience de l’Inde. C’est alors que lui revient en mémoire le film dont elle ne put plus interrompre les images : le labyrinthe affolant des villes, les odeurs, les couleurs, les rencontres avec les hommes et les dieux, ses amours, ses peurs et ses questions.

A chaque page, Anouk fait vibrer cette Inde des paradoxes, continent mythique et réel qui inquiète et fascine toujours autant le voyageur occidental

Dans quelles vignes on vit !

 

Un livre en souscription (à paraître en décembre 2017)

Présentation du livre :

Un livre de photographies de Fred Merieau et textes de Catherine Malard.

Lequel du photographe ou du poète jubile le plus à voir ce qui se répète, ce qui  varie à l’infini des coteaux et des coulées de l’Anjou ?

Nous avons pris les vignes en filature, guettant les caprices des saisons, épiant les gestes du vigneron qui la façonnent jusque dans le verre. Sur notre route, nous avons rencontré des hommes et des femmes qui, dans la patience des jours, savent durer, témoignant du bienfait de s’inscrire dans un temps long, ce temps dont notre époque affolée ne connaît plus le goût.

Catherine Malard écrit des romans et des nouvelles. Elle anime des ateliers d’écriture et des rencontres littéraires en librairie.

Parutions aux Editions du Petit Pavé :

A paraître, Made in India, (roman) mai 2018

Tanguer (roman) 2016

Plus lourd que l’air (roman) 2013

Les Délaissés (nouvelles) 2011

L’Insolence du rouge (roman) 2010

Fred Merieau, photographe, privilégie la prise de vue rapprochée et compose principalement autour de sujets traitant de la matière. Il expose régulièrement les tirages réalisés par voie numérique dans son atelier angevin.

Adresse du site : http://fredm.photodeck.com

Le livre sera présenté à :

  • La Sadel, Angers en février 2018,
  • La Godeline, Angers en mars 2018,
  • Hyper-U, Mûrs-Erigné, (dates à préciser),
  • Médiathèque Toussaint, Angers,
  • L’Abbaye de Fontevrault (cloître St Lazare), en mars 2018,
  • Le Festival Terres à vins, Terres à vignes de Savennières en septembre 2018,
  • La Galerie de l’Aubance, Brissac, (dates à préciser),
  • Médiathèque La Bulle, Mazé en novembre 2018

Tanguer

 

Tout est calme et tout bouge. Une tourterelle cogne à la fenêtre ; Marceau s’active en cuisine alors que dans les yeux d’Elvire se dessine le désir intense du bleu de la mer. Entre ces deux-là, le malentendu est constant,  l’atmosphère suffocante.

Dans les années 60, l’heure est à l’émancipation de la femme, et même si Marceau gagne de l’argent et veut changer de voiture, Elvire, elle, c’est sa vie qu’elle veut changer. Mais comment s’y prendre alors que tout près, les oiseaux de la volière se moquent de leur lancinant manège ?

Tangage d’une femme dans les années 60, tiraillée entre son désir de liberté et la vie qu’elle s’est choisie !

TanguerTanguer [2.572 Kb]

Plus lourd que l'air

 

1907. L’année de tous les paris pour les Plus lourd que l’air, comme les avait nommés Nadar. Les premiers fous volants s’ingénient à lancer dans le ciel ces nouvelles voies que Gasnier rêve de tracer. Solitaire, tenace et tourmenté, il prend la Loire pour une compagne complice de ses essais. Il y a urgence à conquérir les airs, urgence à inventer.

Edmond, ainsi est-il nommé dans ce roman, réussira-t-il à rejoindre la galaxie des pionniers ? Relèvera-t-il le défi des frères Wright grâce à sa machine aussi  brinquebalante  qu’astucieuse ...

 

[une note de lecture sur le site Aérobibliothèque] 

Les délaissés

 

Huit nouvelles, à l’écriture aussi vive qu’incisive, sur les invisibles, les délaissés, les oubliés, que Catherine Malard nous appelle à découvrir, à voir, à reconnaître, à accepter…

Le paysage est perpétuellement en mouvement, désormais, vous allez vous attacher aussi à voir ce que vous ne voyez pas, ce qui est caché, en dessous, ce que nous, en architecture, nous appelons « les délaissés ».

LesDelaissesLesDelaisses [26 Kb]

L'insolence du rouge

 

Une vieille dame, une jeune fille et un chat dans une maison en bord de Loire. Ils écoutent les Maîtres du mystère sur Paris-Inter. A frémir. On est dans les années 1960, la petite fille voudrait voir le monde en rouge, rêve d’un monde équitable tandis que son père célèbre les valeurs de l’argent, du mérite et de la sueur. Le sang coule dans la fiction radiophonique, à proximité de la maison aussi. Comment se construire dans le choc de deux mondes ?
Quarante ans plus tard, le propos reste singulièrement actuel.