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lettre à mes amis libanais

 

Après son séjour à Beyrouth, en novembre 2019, Catherine Malard nous fait part de sa découverte du "nouveau" Liban qui émerge sous nos yeux. (Lettre du 6 décembre 2019)

"Vous m’aviez conviée au Salon du livre francophone mais à cause des « évènements », le Salon fut annulé. Etrange comme vous reprenez cette expression qui, de 1975 à 1990, recouvrait la tragédie de la guerre civile. Les gens de ma génération comme les plus âgés l’ont encore en mémoire, nous Français si liés à votre pays par les liens de l’histoire. Maintenant, vous dites de nouveau « les évènements » pour nommer la révolte sans précédent qui galope du nord au sud, ponctuée de « thaoura - thaoura » (1), l’exaltante formule que scandent des milliers de Libanais de Tripoli jusqu’à Tyr, de Baalbek jusqu’à Nabatiyeh, en passant par Zahlé. « Il y a mieux que le Salon du livre, le Salon de la révolution bat son plein dans les rues. On file place des Martyrs » (2), lance Elias, à ma descente d’avion, samedi 9 novembre.

Depuis 1992 que je fréquente le Liban pour des missions de formation à l’Université, je n’avais jamais entendu vos langues se délier à ce point. Jamais vous n’avez parlé comme vous le faites actuellement, "

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1) Révolution 

(2) Une des places du centre ville de Beyrouth avec la place Riad Al Solh, proches du Sérail (siège du parlement)  

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A Naples, via Crispi, on parle français

 

Un texte de Catherine Malard, avec le précieux concours de Béatrice Pinto et Alain Mauger, suite à sa visite à l'Institut Français de Naples en octobre 2019

Halte à « La Maison de France »

En passant par Naples, comment ne pas s’arrêter à l’Institut français, « Le Grénoble » des napolitains, cette « Maison de la France » née en 1919, superbe palais de style néo-classique, situé au 86 de la via Crispi dans le quartier Chiaia. A l’intérieur de ce palais, sont réunis différentes institutions : l’Ecole Française de Naples, L’Institut Français de Naples (IFN), le Centre Jean Bérard (Centre d’études archéologiques du CNRS), le Consulat Général de France, ainsi qu’une bibliothèque-médiathèque et une librairie. L’Institut (IFN) est chargé de développer des activités culturelles et linguistiques en portant une attention toute particulière à la francophonie. Depuis 1921, il est rattaché à l’Université de Grenoble, ce qui fait que, pour les napolitains, il demeure « Il Grenoble ».

Ecoutons ce que nous dit Alain Mauger, ancien directeur des cours : « Cette année, Le Grenoble célèbre son centenaire, c’est dire qu’il a su et sait encore résister au temps. L’Institut demeure indiscutablement une référence pour la vie culturelle des napolitains qui s’y invitent assidument pour participer aux nombreux événements proposés : conférences, débats d’idées, spectacles et autres vernissages » ...

"Journal de bord d'un tournage inachevé - Theo Angelopoulos"

 

Note publiée le 20/12/2018 par Catherine Malard (sur le site MOBILIS) - Reproduite avec l’aimable autorisation de l’auteure

La jeune cinéaste Élodie Lélu a tenu un journal précis et émouvant pendant le tournage du dernier film du grand réalisateur grec Théo Angelopoulos, mort tragiquement avant qu’il ne puisse, hélas, y mettre la dernière touche. Lecture de Catherine Malard.

Si vous aimez plonger dans les coulisses d’un tournage et vous sentir entraînés dans un suspense haletant, emparez-vous vite de ce précieux journal écrit par Élodie Lélu, jeune cinéaste et amie de longue date du grand réalisateur grec qu’était Théo Angelopoulos. Ce journal, elle l’a tenu sur un peu plus d’une année, jusqu’à la mort du cinéaste, fauché par une moto pendant le tournage de L‘Autre mer.

C’est d’emblée une atmosphère que le lecteur, amoureux de la Grèce, pénètre avec une vive émotion. Élodie Lélu place sa caméra-stylo au plus près du travail du réalisateur, nous le montrant en train de créer ce qui devait être son film le plus difficile. Le film arrivera-t-il à son terme ? L’auteure nous fait vivre l’histoire palpitante d’un collectif qui ne peut se déprendre du climat de crise que la Grèce traverse, frappée par ces politiques d’austérité que lui a imposées l’Europe, crise qui nourrira le scénario du film, traversé par L’Opéra de Quat’sous de Bertolt Brecht. 

Le lecteur suit, jour après jour, les affres du tournage : problèmes techniques, matériels, recherche de financement, d’acteurs adaptés aux rôles, pourtant la dimension poétique et politique de cette figure tutélaire qu’est le réalisateur du Pas de la cigogne n’en est pas affectée, bien au contraire. Nous plongeons avec l’équipe dans les rues d’Athènes en crise, maculées de tags, côtoyant les nombreux migrants installés au Pirée et dans la ville. Au fil des pages, nous sommes touchés par l'obstination de Théo Angelopoulos qui ne cède jamais sur son désir de faire un film qui doit “toujours dépasser l’ordinaire”. C’est cette chance unique qu’Élodie Lélu nous fait approcher, chance d’avoir partagé cette école de vie et d’en être désormais forte de ce que cet homme lui aura transmis pour nourrir son travail actuel de cinéaste.

[La note de Catherine Malard sur le site MOBILIS]

[Fiche du livre]

[Extraits du livre sur CALAMEO]