Coups de coeur

A vos "plumes"

 

Vous trouverez dans cette page des notes de lectures, souvent des « coups de cœurs », de membres de l’association LE DIRE ET L'ECRIRE , d’ami.e.s ou même simplement lus sur la toile. Ces textes sont donc toujours personnels et ne reflètent pas "la pensée" de l'association.

Vous voulez présenter un livre que vous avez aimé ou voire détesté, vous voulez réagir à une note de lecture, vous pouvez envoyer votre texte à cette adresse webmaster@ledireetlecrire.com.

 

Des sites et des blogs souvent cités

 

Notes de lecture de notre équipe en tirés à part

Note de lecture sur « La guerre des pauvres » d'Eric Vuillard

 

Un article de Catherine Tricot, paru le 11 février 2019 sur le site

« La guerre des pauvres », plus connue sous le nom de « Guerre des paysans », s’est déroulée en 1525 en Allemagne, en Alsace aussi. C’est ce soulèvement populaire écrasé dans le sang que compte Eric Vuillard dans un texte d’une concision qui le dispute à la rage. 

Eric Vuillard est coutumier de ces récits qui remontent à la surface des événements enfouis. La révolte des ouvriers du fabricant de papier peint Réveillon à la veille de la révolution de 1789 et leur impitoyable massacre  (14 juillet- Actes Sud); la réunion où se scelle le soutien des grands patrons allemands au régime Hitlérien ou encore l’arrivée ridicule de l’armée nazie en Autriche (L’Ordre du jour- Actes Sud- Prix Goncourt 2017)…

Les mots qui brûlent : à propos de "La guerre des pauvres" d'Eric Vuillard

 

Dans la revue POLITIQUE, revue belge d'analyse et de débat, un article de Hugues LE PAIGE : à propos du livre d'Eric Vuillard, "La guerre des pauvres" [1]

Les mots d’Eric Vuillard brûlent. De colère, de révolte, de douleur, et d’espoir malgré tout. « Les mots qui sont une autre convulsion des choses » écrit-il dans « La guerre des pauvres », sont dernier bref récit — 68 pages — d’une densité exceptionnelle. Vuillard raconte les révoltes populaires du XVIe siècle en Occident et, en particulier, dans le Saint Empire Germanique. Il est aux côtés des combattants, des paysans et des tisserands pauvres, de leur dirigeant charismatique, Thomas Müntzer, prédicateur dans la lignée de la Réforme qui en 1524 prend la tête de la révolte en Thuringe, à Allstedt. Là nous dit Vuillard, « Müntzer se détacha des autres prédicateurs. Le fond devint social, enragé ».  Müntzer fut, d’ailleurs, considéré comme un des premiers chrétiens révolutionnaires et même comme le précurseur d’une forme de communisme.[2] ...

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[1] Actes Sud, un endroit où aller, 68 pages, Arles, janvier 2019

[2] Il est décrit  par Friedrich Engels « comme  le héros d’un communisme primitif, précurseur du communisme scientifique » (La guerre des paysans en Allemagne, 1850) et par Ernst Bloch comme « un communiste doué d’une conscience de classe, révolutionnaire et millénariste » (Thomas Müntzer, théologien de la révolution, 1921).

Pierre Ahnne parle de "West" de Carys Davies

 

Note de lecture de Pierre Ahnne parue sur son blog, le 19 janvier 2018. Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

On a peine à imaginer titre plus simple et plus efficace — le traducteur, dont il faut par ailleurs louer le travail remarquable, a été bien inspiré de le conserver. West : ce mot en coup de vent semble ouvrir directement sur les horizons qu’il évoque, et que les rêves de nos enfances, au sortir des cinémas de quartier d’antan, ont parés de tous les prestiges.

Songes et mystères

Des rêves, ici, il y en a beaucoup. Cyrus Bellman, dans sa ferme de Pennsylvanie, veille sur sa fille Bess (11 ans) et élève des mules, sans se consoler de la mort de sa femme. Mais voilà qu’un journal local annonce la découverte d’ossements semblant avoir appartenu à des animaux d’une taille prodigieuse. Peut-être vivent-ils encore, au fond des vastes espaces inexplorés qui, dans cette Amérique du début du XIXe siècle, s’étendent au-delà du Mississippi ? ...

"Sérotonine", le dernier roman de Michel houellebecq

 

On aime. On n'aime pas. Trois articles

"L’impuissance et la gloire".. Cécile Dutheil (EAN n° 70  - janvier 2019)

Après avoir joué avec le feu, Michel Houellebecq, maudit mais prudent, revient à son terreau originel, la France vue par un cadre moyen, malheureux, esseulé, mal aimant et peu puissant. Dans Sérotonine, il est égal à lui-même : un observateur pénétrant et un œil qui heurte….

"Captorix, mon amour". Pierre Assouline (L’Orient Littéraire n° 151)

Paraphrasant Woody Allen, notre dernier grand critique, on pourrait dire du Houellebecq nouveau : « J’ai lu Sérotonine, ça se passe en Normandie. » Mais on ne le fera pas.

Florent-Claude Labrouste, le narrateur, a 46 ans, roule en 4x4 Mercedes G 350 TD, mange du boudin artisanal au volant, boit du Coca zéro, n’appartient à aucun milieu, vandalise les détecteurs de fumée dans les chambres d’hôtel, vomit les écoresponsables et pense avec nostalgie au bonheur de ses années d’études. Au fond un type d’une nature assez simple qui n’en finit plus de se cogner à la complexité du monde. De quoi être désespéré et autodestructeur. ...

"Houellebecq dans toute sa noirceur". Nathalie Crom (Télérama - 4/01/2019) 

Des héros désabusés qui hantent ses romans, Florent-Claude Labrouste est le plus poignant. Sa soumission à un lent délitement est scrutée par Houellebecq avec ironie et une compassion nouvelle ...

 

ETHIOPIE, MON SILENCE - Les blessures de Moyalé

 

Note de lecture Michèle Cléach - 02/01/2018 [Livre de Michèle Bauve Caviglia - Préface de Marc Fontrier]

Il est un lieu singulier à Addis-Abeba, appelé le Mercato … Cela pourrait être la première phrase d’un conte de Karen Blixen, mais ce que nous raconte ici Michèle Bauve Caviglia n’a rien du conte. C’est le récit d’une « aventure » qui aurait pu être une merveilleuse aventure ; mais le silence du titre et encore plus le sous-titre, les blessures de Moyalé, 4 août 1976, donnent à entendre que c’est une aventure qui a mal tourné.

Le récit de cette aventure éthiopienne, l’auteure l’a porté en elle pendant plus de 40 ans, comme elle porte sur le corps les marques indélébiles de l’attaque terroriste dont elle a été victime ce 4 août 1976 à Moyalé, « bourgade frontalière entre l’Ethiopie, le Kenya et la Somalie », et avec elle son mari, un ami célibataire, un couple d’amis et leur enfant, tous enseignants coopérants à Addis-Abeba.

Compte-tenu de la situation politique du pays, ils n’auraient jamais dû se trouver là. Les services de l’Ambassade de France leur avaient pourtant délivrer l’autorisation de quitter Addis-Abeba pour se rendre en Tanzanie pendant leurs vacances scolaires. C’est sans doute pour cette raison qu’en septembre, à leur retour en France, convoqués au ministère des Affaires étrangères ordre leur fut intimé de ne rien révéler de cette histoire, sous peine de sanction. Et bien sûr pas de prise en charge, à peine d’indemnisation, circulez, y’a rien à voir. Mais à voir justement, il y avait ces cicatrices qui barraient le corps de la narratrice et qui n’étaient pourtant que la face émergée de l’iceberg. Sur la face immergée, il y avait la mort de l’amie, la peur qui ne lâche jamais, les cauchemars, et le silence, ce silence imposé par les autorités ou voulu par les autres victimes qui pensent qu’ainsi ce sera plus facile d’oublier.

Au début du récit, l’auteure nous donne à voir ce que furent l’émerveillement de l’arrivée dans ce pays dont ils ne connaissaient rien ou si peu, le choc éprouvé face à certaines situations et certains événements, l’attachement vite éprouvé pour ce pays et ses habitants « Il faut bien peu de chose pour qu’une humanité se partage. Un sourire, une main noire tendue que l’on serre », mais sans rien cacher de leur naïveté et de leur ignorance quant à la situation politique de l’Ethiopie. Et c’est avec le regard de cette jeune coopérante que le lecteur découvre ce que la vie pouvait avoir d’exaltant à Addis-Abeba en 1976, jusqu’à l’irruption du drame, ce 4 août 1976.

La suite du récit se présente alors comme une enquête, une enquête pour essayer de mettre au jour et comprendre ce que ce silence imposé par les autorités françaises dès le retour en France a produit et continue de produire pour elle, son mari et ses compagnons d’alors. Essayer de comprendre pourquoi ce silence imposé, ce « lâchage » des autorités françaises, cette absence totale de prise en charge psychologique et à peine financière. Confronter les mémoires qui ne produisent pas toutes le même récit. Dire comment la peur ne lâche jamais, comment elle est toujours et partout présente : « la peur qui envahit le corps, qui me rend aphasique, la peur dont je suis prisonnière » ; dire aussi la culpabilité, celle d’avoir survécu, « Moi, sans enfant, j’étais vivante, alors que mon amie, la mère de ce petit garçon de deux ans, n’avait pas survécu à ses blessures. » et le sentiment d’avoir payé pour une faute « J’avais payé ma faute. De quelle faute s’agissait-il ? De quel crime étais-je ainsi coupable ? » ; dire aussi les stratégies pour déjouer le silence ; dire comment la position de victime fait exister aux yeux des autres et peut procurer un certain plaisir « comme une vedette de cinéma, je prenais plaisir à satisfaire leur curiosité » ; dire qu’on finit par se lasser et retrouver le silence, jusqu’aux attentats de 2015. Et pendant que passent en boucle sur les écrans les images des attentats, c’est l’attaque de Moyalé que l’auteure revit « J’ai peur. Mes mains, mes doigts tremblent, mon ventre gonfle, ma respiration, mon cœur qui bat plus fort… je ne peux plus bouger, ensorcelée d’images et la peur qui est là exactement comme il y a quarante ans … Impossible de me lever, de faire le moindre geste, clouée au fauteuil, … » .

Il y aura d’autres attentats, en Europe, en Afrique, et partout dans le monde, et il va pourtant falloir trouver comment continuer à vivre ; ce sera peut-être en renouant avec le récit, en posant sur la page les mots pour dénouer les fils d’une expérience singulière qui mêle l’intime, l’histoire, la géographie et la politique. 

[Fiche du livre]

"Journal de bord d'un tournage inachevé - Theo Angelopoulos"

 

Note publiée le 20/12/2018 par Catherine Malard (sur le site MOBILIS) - Reproduite avec l’aimable autorisation de l’auteure

La jeune cinéaste Élodie Lélu a tenu un journal précis et émouvant pendant le tournage du dernier film du grand réalisateur grec Théo Angelopoulos, mort tragiquement avant qu’il ne puisse, hélas, y mettre la dernière touche. Lecture de Catherine Malard.

Si vous aimez plonger dans les coulisses d’un tournage et vous sentir entraînés dans un suspense haletant, emparez-vous vite de ce précieux journal écrit par Élodie Lélu, jeune cinéaste et amie de longue date du grand réalisateur grec qu’était Théo Angelopoulos. Ce journal, elle l’a tenu sur un peu plus d’une année, jusqu’à la mort du cinéaste, fauché par une moto pendant le tournage de L‘Autre mer.

C’est d’emblée une atmosphère que le lecteur, amoureux de la Grèce, pénètre avec une vive émotion. Élodie Lélu place sa caméra-stylo au plus près du travail du réalisateur, nous le montrant en train de créer ce qui devait être son film le plus difficile. Le film arrivera-t-il à son terme ? L’auteure nous fait vivre l’histoire palpitante d’un collectif qui ne peut se déprendre du climat de crise que la Grèce traverse, frappée par ces politiques d’austérité que lui a imposées l’Europe, crise qui nourrira le scénario du film, traversé par L’Opéra de Quat’sous de Bertolt Brecht. 

Le lecteur suit, jour après jour, les affres du tournage : problèmes techniques, matériels, recherche de financement, d’acteurs adaptés aux rôles, pourtant la dimension poétique et politique de cette figure tutélaire qu’est le réalisateur du Pas de la cigogne n’en est pas affectée, bien au contraire. Nous plongeons avec l’équipe dans les rues d’Athènes en crise, maculées de tags, côtoyant les nombreux migrants installés au Pirée et dans la ville. Au fil des pages, nous sommes touchés par l'obstination de Théo Angelopoulos qui ne cède jamais sur son désir de faire un film qui doit “toujours dépasser l’ordinaire”. C’est cette chance unique qu’Élodie Lélu nous fait approcher, chance d’avoir partagé cette école de vie et d’en être désormais forte de ce que cet homme lui aura transmis pour nourrir son travail actuel de cinéaste.

[La note de Catherine Malard sur le site MOBILIS]

[Fiche du livre]

[Extraits du livre sur CALAMEO]

« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ...»

 

Extrait d'une note de lecture à propos du livre "Les Passeurs de livres - Une bibliothèque secrète en Syrie", parue sur le site FRAGIL - Medias Culture Education

... Le livre témoigne d’un quotidien pas si lointain où la ville syrienne de Daraya, banlieue rebelle de Damas, connaissait davantage le son des bombes et l’odeur des gaz chimiques que la douce mélodie du bonheur. De 2012 à 2016, une quarantaine de jeunes révolutionnaires ont résisté à l’ampleur de la guerre civile menée par l’armée de Bachar El Assad. Ce livre ne témoigne pas seulement de cette guerre, il met en lumière des hommes et des femmes qui nous donnent de véritables leçons de vie. ... 

A travers ce livre, Delphine Minoui nous relate ces échanges par Skype avec les révolutionnaires, ces hommes qui ont décidé que les livres étaient le meilleur rempart à l’obscurantisme. « La lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. A l’ombre de la guerre, les phrases peuvent de nouveau vibrer. Elles sont la marque du temps qui reste quand tout est condamné à disparaître. ». Ces mots ne sont qu’un extrait des richesses de leur parole. La lecture s’avère être bien plus qu’un échappatoire. Les livres leur donnent les clefs pour s’inscrire dans le présent, pour développer leurs idées au niveau de la politique, des valeurs sociétales dans un environnement où cela ne devrait pas exister. Les lectures sont aussi un moyen de partager et d’échanger avec les autres, de s’éveiller sur des sujets qui interpellent tel que le développement personnel. L’alchimiste de Paulo Coelho est le livre qui a été le plus partagé au sein de la bibliothèque. Plus qu’une leçon de vie, il nous apprend qu’il faut suivre le chemin qui nous est destiné. C’est une réelle dose d’optimisme pour ces hommes et ces femmes. ...

"Qui a tué mon père" d'Edouard Louis

 

Note de lecture de Michèle Cléach – 13/12/2018

Si vous n’avez pas lu à sa sortie en mai dernier Qui a tué mon père d’Edouard Louis, c’est le moment de le faire. Mieux qu’un micro-trottoir dont sont friands les médias,  mieux que deux ou trois phrases « volées » ici ou là, mieux que l’analyse en surplomb de spécialistes en tous genres, ce récit hybride qui ne veut répondre à rien d’autre qu’à la nécessité : « ce que je dis ne répond pas aux exigences de la littérature mais à celles de la nécessité et de l’urgence, à celle du feu », nous plonge au cœur de ce qui, depuis plusieurs semaines, nous agitent tous, et bien au-delà de nos frontières.

Qui a tué mon père est d’abord une adresse au père du narrateur, ce père que les lecteurs d’Edouard Louis ont déjà rencontré dans son premier roman, En finir avec Eddy Bellegueule, personnage point trop sympathique qu’il avait fui en même temps qu’il fuyait son milieu d’origine (social et géographique) raciste et homophobe. Ce père qu’il revient voir très longtemps après son départ et qu’il peine à reconnaître : difficultés à parler, insuffisance cardiaque, problèmes respiratoires, diabète, cholestérol, à « à peine plus de cinquante ans » : « Tu appartiens à cette catégorie d’humains à qui la politique réserve une mort précoce ». On est page 14 et le ton est donné.  Car le narrateur n’est plus l’enfant qui espérait l’absence de son père quand il rentrait de l’école  - même si certaines situations donnent à voir que les choses ne sont pas si simples, que ce père-là pouvait avoir aussi des accès de tendresse et de complicité avec son fils – , il a évolué, appris à décrypter les situations, acquis des grilles de lecture et d’analyse historique, sociologique et politique. Son regard sur son père, sur la vie de son père, a changé ; à la lumière de ses acquis, il a compris comment la société a contribué à creuser l’écart entre son père et lui : « L’histoire qu’on enseignait à l’école n’était pas ton histoire à toi. On nous apprenait l’histoire et tu étais tenu à l’écart du monde ». Et au détour d’une page, il confesse « Il me semble souvent que je t’aime ».

Face à ce père physiquement détruit, Edouard Louis entreprend d’inventorier les événements : l’accident de travail qui lui détruit le dos, le déremboursement de certains médicaments, le « harcèlement » qu’il subit pour reprendre le travail malgré ce dos démoli et ses problèmes de santé liés à cet accident, la « loi travail », le mépris affiché pour les « assistés » et les « fainéants », mais aussi les hommes et les femmes responsables de cette destruction : « L’histoire de ta souffrance porte des noms. L’histoire de ta vie est l’histoire de ces personnes qui se sont succédé pour t’abattre. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique ».  

Mais en même temps que son corps se dégrade le père change. Il parle avec son fils et l’écoute, et son fils l’écoute aussi : « Toi qui toute ta vie as répété que le problème de la France venait des étrangers et des homosexuels, tu critiques maintenant le racisme en France, tu me demandes de parler de l’homme que j’aime. Tu achètes les livres que je publie, tu les offres aux gens autour de toi. »

Et le récit se termine quand, à l’issue de sa dernière visite, le fils dit à son père que, oui il fait toujours de la politique et que celui-ci lui répond : « Tu as raison. Tu as raison, je crois qu’il faudrait une bonne révolution. »

[fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "Là où les chiens aboient par la queue" d'E-S Bulle

 

Notre de leture parue initialement sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"Là où les chiens aboient par la queue, c’est-à-dire où ? Eh bien… la seule expression française qui me vienne comme équivalent de cette formule traduite du créole, évoquant le fondement des hommes plutôt que celui des canidés, est trop grossière pour les pages de ce blog. Dans le roman d’Estelle-Sarah Bulle, il s’agit d’un bourg guadeloupéen au nom autrement enchanteur : Morne-Galant. Mais « Morne-Galant », dit un des personnages, « n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère : pattes en avant ». 

« Nom de brousse » 

Voilà le point de départ d’un récit qui nous mènera à Pointe-à-Pitre, puis à Paris, ce déplacement dans l’espace accompagnant un cheminement à travers l’histoire de la Guadeloupe contemporaine, des années 1950 à nos jours. Ça débute à l’époque où « le commerce des containers gav[e] les habitants d’une identité nouvelle », et où « le roi béton commenc[e] à s’installer », tandis que reculent les cultures et les modes de vie traditionnels...."

Pierre Ahnne parle de "Berlin finale" de Heinz Rein

 

Note de lecture parue le 24/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

D’abord, c’est, bien sûr, un document. Paru en 1947, réédité en 2015 à l’initiative de Fritz Raddatz, ancien directeur de la rubrique littéraire de Die Zeit, inédit en France jusqu’à cette traduction publiée par Belfond dans sa collection [vintage], si souvent célébrée ici. L’auteur : né en 1906, employé de banque, puis journaliste ; interdit de publication en 1935 ; arrêté par la Gestapo, condamné aux travaux forcés. C’est dans le secteur soviétique de Berlin qu’il publie ce qui restera sa grande œuvre, et un des premiers best-sellers de l’après-guerre. Au début des années 1950, Rein passe à l’Ouest. Il meurt en 1991, peu après la chute du mur.

20 jours

Voici donc, écrit immédiatement après les événements, un roman-reportage sur les derniers jours de Berlin. Et peut-être plus que cela. Mais il est vrai qu’on suit, du 14 avril au 2 mai 1945, jour après jour, presque heure par heure, les derniers soubresauts de la capitale du Reich, au fil d’un récit qu’entrecoupent des extraits de discours de Goebbels ou de communiqués de la Wehrmacht....

[Fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "A son image" de Jérômme Ferrari

 

Note de lecture parue le 15/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

On le sait depuis ce Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud, prix Goncourt 2012), qui l’a fait connaître : Jérôme Ferrari a le goût des rites et des pompes. Ceux, surtout, de l’Église catholique et romaine. Un goût que l’on retrouve dans ce roman-ci, lequel est, à y bien regarder, le récit d’un enterrement. Antonia est encore jeune, elle est photographe, elle est corse. Un soir, à Calvi, elle retrouve, devenu légionnaire, un ancien combattant de la guerre de Yougoslavie, qu’elle a couverte. Ils passent la nuit à parler de l’absurdité du conflit, de la violence, des pièges de l’Histoire. Le matin, elle prend le volant pour rejoindre son village natal et sa famille. Accident ? Suicide ? Le roman laisse le choix : « Les premiers rayons vinrent illuminer le visage d’Antonia. Elle se laissa éblouir un instant et ferma les yeux »....

[Fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "François, portrait d'un absent" de Michaël Ferrier

 

Note de lecture parue le 10/11/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Bonne saison pour les prix : le lendemain de l'attribution du Goncourt à Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux, le prix Décembre est venu couronner ce François, portrait d’un absent, qui n’est pourtant pas un roman. 

On y voit Michaël Ferrier apprendre, fin 2013, la mort de son ami François Christophe, documentariste et réalisateur de radio. Lui et sa fille de onze ans, Bahia, ont été emportés par une vague, sur une plage des Canaries. L’auteur de Sympathie pour le fantôme (Gallimard, 2010) entreprend, sous le titre d’un des documentaires du défunt, Thierry, portrait d’un absent, d’écrire pour lui ce qu’on appelle un tombeau. C’est-à-dire, en fin de compte, le contraire d’un tombeau, s’il est vrai que « dans sa fragilité même, le papier est supérieur au marbre », et que l’écriture doit ici « extraire » des ténèbres et « sort[ir] du gouffre du temps » les disparus....

[La fiche du livre]

L'Ukraine sous la botte allemande

 

Une note de lecture à propos du livre "Carnets de Kiev 1941-1943", parue le 22 octobre 2018 sur le site NONFICTION

"Les Carnets de Kiev est un document rare, voire hors du commun. Il est un des seuls témoignages directs sur la situation de l’Ukraine sous occupation allemande. Il existe certes des éléments sur le déroulement des événements. Ainsi, le gouvernement soviétique, via le Bureau d’information soviétique, avait par exemple recueilli des témoignages sur l’extermination des Juifs. Toutefois, la nature des Carnets de Kiev d’Irina A. Khorochounova est différente. Il s’agit d’un journal intime où l’auteure a consigné ses impressions au jour le jour comme autant de preuves..."

Véronique Leroux-Hugon parle du livre "Un piton séparé du reste du monde"

 

Note de lecture de Véronique Leroux-Hugon – 09 octobre 2018 à propos du livre "Un piton séparé du reste du monde" (auteur Claude Georges Picard  - Préface de Jean Charles Jauffret - Les Editions du Net, 2013,232 p.)

Ce livre date de 2013, les événements invoqués de plus de 50 ans, mais il reste d’actualité. J’ai fait la connaissance de Claude Picard à Montpellier, lors d’une journée consacrée à l’écriture des journaux intimes. Du 10 Janvier 1961 au 7 février 1962, il a tenu le sien quotidiennement dans la dernière année de la guerre d’Algérie, un journal magnifique où il dit à plusieurs reprises l’importance de l’écriture, celle d’aligner les mots, tout pétri qu’il est de littérature et de poésie. De cette guerre absurde, de l’ennui, il tente de s’échapper en faisant l’instituteur dans un village reculé de la Kabylie, Imaghdacene, mal traité parce que non rallié, « rebelle » : les femmes n’ont donc pas le droit aux rations, les enfants pas le droit aux vaccinations. Dans ce poste militaire isolé à 1200 mètres d’altitude, le piton, cet appelé est soldat mais aussi instituteur-infirmier-écrivain public.

Complice involontaire, il a conscience et culpabilise de son double jeu de viril soldat et de bon instituteur, comme la France jouait alors double jeu : « J’endosse mes deux rôles : solidaire de mes compagnons sur le terrain, solidaire du malheur des enfants d’Imaghdacene. »

Ainsi à 15 jours d’intervalle il décrit le 2 mars 1961 les premiers contacts avec ses 152 élèves répartis en 3 classes et les joies profondes et multiples qu’il en tire. Mais le 28 mars : « Je suis fatigué, fatigué de ne pas comprendre, fatigué de l’intolérance, de la solitude, de ce racisme indéracinable qui nous habite tous, du pourrissement de cette guerre, épuisé de tenter de comprendre les pourquoi et les comment de ma vie ici et ailleurs si las de laisser ici « pitonner » ma jeunesse. »

Lucide, il transcende son malaise par l’écriture, constate : « Je m’accroche à ces pages comme un naufragé à sa bouée. Dire, écrire le rien qui m’habite n’est pas chose aisée. Cette vie, le vide de moi-même et cette vacuité déteint sur le papier. Impossible de comprendre ce monde sans avenir. La laideur du treillis ne déteint elle pas sur l’âme ? »

Déchirement personnel, schizophrénie, ce sont aussi ceux de son pays : « Qu’importe si nous gagnons la guerre sur le terrain, si la France ici dans ce village perd son prestige et son honneur ? Les enfants d’Imaghdacene ont aujourd’hui assez de haine et de mépris pour devenir de bons fellaghas. »

A son départ, le 7 février 1962, il évoque le temps de l’oubli qui commence, mais lui n’oubliera pas et c’est pourquoi ce journal, rédigé comme une nécessité, reste actuel.

Revenu en Kabylie en 1975, il reçoit un accueil chaleureux des habitants d’Imaghdacene, c’est en 2014 que lui est décernée par le village une « déclaration de reconnaissance méritoire »

(Véronique Leroux-Hugon)

 

[Fiche du livre]

Interview d'Eric Fottorino par Georgia Mkhlouf

 

Interview parue dans L'Orient Littéraire en aout 2018 à propos du livre "Dix-sept ans"

"Écrivain prolixe, Éric Fottorino continue à creuser son sillon romanesque et poursuit sa déambulation intérieure pour « traduire » les silences et les mensonges qui jalonnent son enfance et son adolescence en mots, en récits, en romans subtils et bouleversants. ... "

Michèle Cléach a rencontré l'auteure de "la maôve de coutances"

 

Rencontre avec Marie-Françoise Lecourt, auteure de "La Maôve de Coutances"

(Michèle Cléach)

C’est à la mort de sa mère en 2010 que Marie-Françoise Lecourt a éprouvé le besoin d’écrire l’histoire de son père, disparu en 1971. « Inconsciemment, j’avais fait de ma mère, pourtant atteinte depuis quelques années d’une maladie neuro-dégénérative, la gardienne de cette histoire. A sa mort je me suis dit que ça n’était pas possible que tout cela disparaisse avec elle ».

Ne pas laisser disparaître l’histoire de ce père qu’elle a toujours admiré et aimé, mais pas forcément toujours compris, et qui s’était engagé dans des mouvements qui œuvraient pour le bien de tous, même aux moments les plus sombres de l’Histoire : « je ne veux pas qu’on oublie cette histoire, ce pour quoi les gens se battaient, l’action collective qu’ils menaient pour la place de l’être humain. Je venais de quitter mon travail d’Assistante Sociale en prison, je n’en pouvais plus de voir comment le monde évoluait, comment l’être humain passait après l’économique,  je voulais montrer qu’autre chose avait été possible.  »

Le père de Marie-Françoise Lecourt est né dans un milieu catholique, « cureton » dit Marie-Françoise, où les pouvoirs civils et religieux se confondent. La famille se situe dans la plus pure tradition catholique et conservatrice; comment, dans ces conditions,  Adrien est-il devenu « dissident », comment a-t-il choisi l’émancipation à travers la JOC, l’Education Populaire, la participation aux mouvements sociaux (Le Front Populaire en 36), le refus de l’occupation, le syndicalisme ? ...

[Fiche du livre]

Véronique Leroux-Hugon parle du livre "Journal d’un interné. Drancy 1942-1943"

 

Note de lecture de Véronique Leroux-Hugon – 07 septembre 2018

Comme on le sait, les journaux sur les camps de transit  français, dont Drancy durant la seconde guerre mondiale sont nombreux, grâce notamment à l’activité éditoriale de la Fondation Mémoire  de la Shoah. Celui de Georges Horan-Koiransky est hallucinant, illustré, si l’on ose dire, par un volume d’estampes publié en 1947 et réédité en 2017 avec le même titre : « Le camp de Drancy, seuil de l’enfer juif.  Dessins et estampes 1942-1947 » Créaphis publie parallèlement le journal à partir, non du manuscrit original, mais d’une version dactylographiée postérieure. Cette publication est fondamentale, tant y transparaît la personnalité de son auteur, la rigueur et la profondeur des observations du grand dessinateur qu’il est, visibles dans son écriture et dans les dessins évoqués. Cette édition est précédée d’une introduction de Benoît Pouvreau complétant en notes les entrées du journal par un catalogue terrifiant des déportations au jour le jour vers Auschwitz, auquel il ajoute une courte biobibliographie.

On peut envisager la lecture de ce journal sous trois angles : un constat précis, incontournable, sur la vie à Drancy, sur la préparation des convois, la déportation d’enfants décidée par le gouvernement français. L’auteur évoque aussi son statut particulier de juif « NARJ », on y reviendra. Enfin se découvre la personnalité de cet artiste, désespérément en quête de papier pour ce témoignage graphique, auquel fait allusion Thomas Fontaine dans sa préface.

« 16/04/1943 : J’écris ceci pour moi. Pour me libérer d’une obsession… je suis intoxiqué de Drancy, saturé [par la] maléfique influence de ces images : je n’ai qu’un moyen de leur échapper les fixer sur le papier. »

Arrêté le 11 Juillet 1942, l’auteur rappelle le 22 juillet: « Je renouvelle ma volonté d’être l’enregistreur et le transcripteur fidèle de ce que je verrai. Ce sera une création douloureuse. »

Dans des entrées irrégulières, il pose un regard attentif parfois humoristique sur la vie quotidienne au camp, son (in)organisation matérielle, les arrivées et départs incessants dans une pagaille étonnante, les exactions et pillages des PQJistes (Police des Questions Juives) dont il dit : « Les simili-inspecteurs Péquijistes continuent leurs manigances et la puanteur de leur propos égale celle de leur âme » ; il énumère le cours des denrées de base, orchestré par les mêmes trafiquants. Chargé d’aider à l’organisation des convois, il décrit la mécanique des transferts, les rouages de la machine à déporter. Particulièrement choqué par le sort des enfants, il note, le 15/08/1942 : « Ste Marie mère de Dieu ! C’est votre fête ! Le fruit de vos entrailles est béni ! ». Un millier d’enfants viennent de recevoir la bénédiction divine et sont internés dans le camp »

Par de nombreuses remarques il excelle à faire ressentir l’angoisse permanente qu’engendrent les rouages du monstre, l’horreur, le soulagement bref (il quitte Drancy pour Pithiviers et Beaune La Rollande pour réintégrer Drancy quelques jours plus tard) : « Un peu de repos ne me nuira pas… ne plus voir toujours ces horribles scènes  ne pas pétrir cette argile humaine de désespérance et d’angoisse. »

Cette angoisse, il va la connaître pour son compte dans les derniers jours, à guetter son nom dans la liste des déportables. En effet Georges Horan-Koiransky a le statut un peu spécifique de NARJ : initiales terribles qui signifient : Non Appartenance à La Race Juive. En principe, ce statut proclamé à Nuremberg en 1933 préserve de la déportation les conjoints d’aryens, à condition qu’ils puissent en produire le certificat, celui que sa femme va présenter très tôt lors de son arrestation mais qui tardera à être reconnu. Caustique il ponctue ses notes de : « Qui veut des maris d’aryennes ? » et remarque : « Le fait d’avoir épousé une aryenne était l’indice d’un abandon de la race juive en faveur de l’aryanisme. J’aurais pensé quant à moi que la contamination d’une aryenne par un abject juif était une aggravation ».

Ce statut va néanmoins permettre sa libération le 13 mars 1943 ; il explique aussi la spécificité de son regard sur ces huit mois d’emprisonnement, la qualité d’observation d’un artiste témoin infiniment précis. Toujours en quête de papier pour dessiner, quand on ne lui confisque pas les feuilles envoyées dans les colis hebdomadaires, il dessine avec les moyens du bord, signale par exemple sur l’architecture de Drancy : « et moi qui ne vis que par les couleurs, les lumières, les peintures, les formes, les traits, les oppositions des ombres et des lumières, gratte-ciel de Drancy je vous ai vus en peintre et non pas en interné ». Le 21 juillet, il observe les douches : « Je regarde les anatomies ridiculement terribles échappées du délire de quelques nécromanciens flamands et ressuscités par quelques esprits blasphémateurs. »

Réservé sur le judaïsme, il demeure sensible à la célébration du Grand Pardon dans le camp en septembre 1942 : « Tout Israël est là, dans sa douleur, sa confession, sa misère, sa déportation. »

Il faut lire et relire ce texte cathartique relatant 8 mois d’internement après lesquels, libéré en mars 1943, il se fabrique de faux papiers, se cache et s’engage dans la Résistance.

[Fiche du livre]

[Livre d'histoire : "Drancy, un camps de concentration très ordinaire", Maurice Rajsfus, 1996]

Pierre Ahnne parle de "Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu

 

Note de lecture parue le 01/09/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

Ce devrait être un des livres dont on parle en cette rentrée. Ou alors, c’est à désespérer. Tous les ans, parmi des ouvrages souvent séduisants, parfois moins, il y en a un ou deux qui tranchent par une sorte d’intensité particulière. C’était le cas, par exemple, en septembre 2017, de Fief, le roman de David Lopez, avec lequel celui de Nicolas Mathieu présente d’indéniables points communs. Au-delà de grandes différences : de propos, d’écriture, de volume…

Après la fin de l’Histoire

Car le premier miracle ici est qu’on lit sans efforts ni ennui un livre de 400 pages qui raconte, sans événements considérables, la vie d’un groupe d’adolescents, entre 1992 et 1998, dans une de ces vallées jadis ouvrières qui sinuent quelque part entre Thionville et le Luxembourg. Ces vallées, je les ai connues, Nicolas Mathieu a seulement changé les noms des lieux (Heillange au lieu d’Hayange, Lameck pour Fameck…). Mais je les ai connues alors que les aciéries lançaient encore leurs ultimes feux, qui faisaient de la traversée nocturne de certaines localités une féerie brutale. Dix ans plus tard, quand le roman de Mathieu commence, le dernier haut-fourneau n’est plus qu’ « une jungle de rouille, un dévalement de tuyauterie (…), tout un fatras d’escaliers et de coursives, de tuyaux et d’échelles, de hangars et de cabines désertées ». Les décideurs proclament que « le temps du deuil est fini », les jeunes en ont « ras le bol de toute cette mémoire ouvrière ». Dans les cités misérables, « les petits dealers [ont] remplacé les cols bleus »…

Philibert Muzima, résistant de la mémoire

 

Une note parue le 7/08/2018 sur le site "Entre les lignes, entre les mots". Publiée ici avec l'aimable autorisation du responsable du site.

A propos du livre "Imbibé de leur sang, gravé de leurs noms - Témoignage d’un survivant du génocide" de Philibert Muzima

"Les premiers experts du génocide (un million de morts en trois mois) perpétré contre les Tutsi du Rwanda, en 1994, ne sont pas toujours les historiens ou les journalistes, mais, parfois, les rescapé(e)s qui osent ne pas oublier, font un énorme travail de mémoire, et certains même, d’analyse approfondie. Ces survivants, devenus auteurs sous la pression d’événements exceptionnels, ne sont pas très bien accueillis par les chercheurs et les maisons d’édition ne leur ouvrent pas leurs portes, mis à part L’Harmattan et Izuba. Et pourtant, leurs témoignages sont précieux par leur authenticité…."

L'églantine et le muguet

 

Note de lecture de Georgia Makhlouf à propos du livre "L'EGLANTINE ET LE MUGUET" de Danièle Sallenave. Note parue dans la revue "L'ORIENT LITTERAIRE n°146-août 2018.

"Le dernier livre de Danièle Sallenave est un récit de voyage, nous dit-elle, voyage entrepris dans sa région natale, l’Ouest conservateur et clérical de l’Anjou, pour y retrouver « ce qui caractérisait l’éducation républicaine que j’y ai reçue, de parents instituteurs, au milieu du siècle dernier » et revisiter cette école « dressée contre le pouvoir de l’Église et des châteaux » dont Sallenave interroge les idéaux de justice et d'émancipation, le combat pour le progrès, mais aussi les limites, et les aveuglements..."

Hével

 

Une note de lecture de Jean-Jacques Denizard à propos du livre de Patrick Pécherot - 3 août 2018

En ouvrant Hével, nous entrons dans plusieurs histoires.

La première, sans doute la colonne vertébrale du livre se déroule sur une route du Jura (pas la route 66). Les protagonistes essaient de travailler, en transportant de la marchandise (par exemple des cagettes). L’un est André, l’autre qui racontera l’histoire au journaliste est Augustin, mais il préfère pour prénom Guss. Le camion est un Citron qui souffre sur la route, son chauffeur est André (coïncidence ?). Quand il devient indispensable de changer l’essieu, l’arrêt s’effectue dans une station Azur où le Citron est monté à vide sur un pont Kromer.

La seconde se déroule en 1958, une période où la France connaissait « ses incidents d’Algérie », où « des jeunes du contingent trouvaient la mort » comme l’écrivait sobrement le journal local.

Les mots employés peuvent laisser confondre l’Algérie et le Jura « André connaissait les routes comme les bleds avec leurs noms lourds de terre ». Il ne faudrait pas oublier Simone et cette guerre d’Algérie toujours présente sur les routes au quotidien ou au passé avec une frontière avec la Suisse où les fuyards peuvent devenir déserteurs. Avec bien entendu les gendarmes qui rythmaient la surveillance des routes.

Si l’on retrouve le rythme saccadé de l’écrivain, un paragraphe compte trois pages environ. L’utilisation de l’argot apporte un côté encore plus poétique à ce livre qui n’en manque pas. Pour le titre vous en découvrirez le sens aux dernières pages.

[Fiche du livre]

 

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Note de lecture sur "My absolute darling"

 

Une note de lecture de Florence sur le site des LISEUSES DE BORDEAUX

"My absolute darling est assurément le roman à lire en ce moment : il est remarquablement écrit, bouleversant et effrayant. L’histoire, c’est celle de Turtle, jeune fille de quatorze ans, élevée seule par son père, Martin, depuis la mort de sa mère dans des conditions obscures. Martin est un tyran, un pervers, un type malsain : il viole sa fille et exerce sur elle une emprise psychologique oppressant ..."

Une épopée et un travail de mémoire

 

Note de lecture à propos du livre "LE BRACELET" parue initialement le 13 juillet 2018 sur le site "Entre les lignes, entre les mots". Publiée ici avec l'aimable autorisation du responsable du site.

"Andrea Maria Schenkel a le talent particulier de faire renaître la mémoire des années de l’Allemagne sous le joug du nazisme. S’inspirant de faits réels, ici, dans « Le bracelet », la migration des Juifs allemands en 1938 en partance vers Shanghai. Ceux-là, les derniers à partir, n’avaient pas cru aux déclarations antisémites de Hitler pensant être protégés par, souvent, leur participation à la Première Guerre Mondiale ou leur conversion au protestantisme. Ils se sentaient de nationalité allemande. Ils n’étaient que des Juifs. La législation tatillonne de la bureaucratie nazie avait formulé des critères stricts pour déterminer qui était Juif et qui ne l’était pas.

La famille Schwarz est de celle là. Le père, Erwin, qui a vécu la guerre dans les tranchées, ne veut pas croire que le gouvernement allemand s’en prendra à lui. Dans « Le dictateur », Charlie Chaplin raconte la même histoire. Cette croyance était partagée par des intellectuels pourtant à même d’analyser les événements, l’idéologie du régime nazi. Adorno fut de ceux là. Plus tard, aux Etats-Unis, il dénoncera la propagande de masse due à la radio. ..."

[Fiche lu livre]

[Pour en savoir plus : "Etre juif en Chine - L'histoire extraordinaire des communautés de Kaifeng et de Shangai", livre de Nadine Perront]

Les Coups de coeur de l'été 2018

 

22 livres pour vos lectures estivales

Ces propositions commentées et lues ont été faites le 14 juin 2018, lors de la dernière séance des "Bouillons" d'Angers de l'année 2017-2018.

"L’été est tout proche. Il est temps de préparer quelques bons livres qui sauront baliser ces heures longues qu’offrent les jours vacants. Nous vous invitons à une plongée intense en littérature avec des auteurs qui embarquent, surprennent ou provoquent, tout en nous touchant par leurs histoires et leur style. Une dizaine d’ouvrages, nos récents coups de cœur, vous seront présentés, prêts à glisser dans vos valises."

 

 

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"la voix de ceux qui crient" présenté par les InRocks

 

Note de lecture parue le 10/03/2018

Dans un ouvrage passionnant, subtil et sans pathos, l’anthropologue et psychologue Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky raconte ses consultations avec des migrant-e-s en état de stress post-traumatique à l’hôpital Avicenne de Bobigny, depuis 2010. Un livre politique qui donne à enfin entendre la voix de celles et ceux “qui vivent auprès de nous [et dont] nous ne connaissons pas [l’]histoire”.

Raj, jeune homme tamoul originaire du Sri Lanka, ne dort quasiment plus. Les rares fois où il y arrive, ses rêves – cauchemars – sont peuplés de serpents qui le poursuivent. Les mêmes reptiles qui sortaient de la forêt, quand la guerre entre le gouvernement sri-lankais et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (1983-2009) faisait rage – c’est malheureusement toujours le cas aujourd’hui, officieusement. La même guerre qui l’a contraint à fuir son pays, après y avoir été capturé, emprisonné, torturé. Maintenant, Raj voit les serpents rentrer dans la chambre de son foyer d’accueil, en France, où il a trouvé refuge. En fait, la guerre le traque jusque dans son lit – où il n’arrive plus à s’assoupir, plus l’habitude....

Note à propos de la réédition du livre de Robert Antelme 'L'espèce humaine"

 

Note de lecture parue intialement le 15 juin 2018 sur le site "Entre les lignes entre les mots" et reproduite ici avec l'aimable autorisation du responsable du site.

 

A nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable

Je me (re)plonge régulièrement dans la littérature concentrationnaire. Les témoignages sur cet univers, comme d’autres sur les génocides ou crimes contre l’humanité, restent une source de réflexion nécessaire. Dans le dénuement le plus extrême, certain·es parviennent à neutraliser la négation de ce qui les nient, à contester ce qui les conteste comme « homme, comme membre de l’espèce » 

L’existence de ces hommes et de ces femmes ne doit pas être oubliée, effacée, remisée aux commémorations bien souvent hypocrites. Il nous faut garder les yeux bien ouverts sur les agissement de cette espèce particulière qu’est – jusque dans les atrocités que ses membres commettent – l’espèce humaine et « son unité indivisible »....

Pierre Ahnne parle de "Fief" de David Lopez

 

Note de lecture parue le 19/08/2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

"Au début, il faut l’avouer, on ne peut se défendre d’un mouvement de recul. Avoir enfin cessé de devoir, professionnellement,entendre en direct tous ces « wesh », ces « gros » et ses « sa mère la pute » pour les retrouver à haute dose dans le roman d’une rentrée enfin uniquement littéraire, c’est, songe-t-on, un comble. Puis on se dit que dans cinquante ou cent ans on saura peut-être grâce à David Lopez comment parlait dans les années 2010 toute une partie de la jeunesse de France. Et le chapitre désopilant où l’un des « zoulous » qui peuplent l’ouvrage entreprend de faire aux autres une dictée empruntée à Céline (« Vas-y c’est quoi comme gars bizarre ça encore ») achève de préciser le propos du jeune auteur : faire entrer, lui aussi, la langue orale dans le roman. Celle d’aujourd’hui, telle qu’on la parle de Créteil à Mantes-la-Jolie. Une langue qui a droit à la littérature, puisqu’elle existe. Et, en plus, il n’y a pas que ça...".

Pierre Ahnne parle de "Qui a tué mon père" d'Edouard Louis

 

Une note de lecture parue initialement le 2 juin 2018 sur le blog de Pierre Ahnne et reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"Il y a une certaine logique dans le fait qu’Édouard Louis en vienne au théâtre… J'avais lu Histoire de la violence (Seuil, 2016) avec un peu de réticence, agacé de l’insistance culpabilisatrice avec laquelle l’auteur tirait une gloire paradoxale de ses origines modestes ; mais j’avais été séduit par le subtil assemblage de discours enchâssés qui faisaient de lui, à mes yeux, un grand écrivain de la voix. Je n’ai pas été, dirai-je en toute modestie, le seul à le penser, puisque, alors qu’Ostermeyer s’apprête à monter précisément Histoire de la violence à la Schaubühne, Louis publie aujourd’hui un court texte dédié à Xavier Dolan et qui sera porté sur la scène du Théâtre de la Colline en 2019 par Stanislas Nordey, remercié en fin de volume comme étant « à l’origine » de l’entreprise.…"

[Fiche du livre]

Votre boulanger sait-il que vous êtes poète ?

 

Une note de lecture de Régine de la Tour sur le livre "Pff ! ça sert à quoi la poésie ?! : Réponses des poètes et autres petits secrets de fabrication"  

Est-ce qu’un poète peut tomber en panne de poésie ? interroge Jules, 11 ans ?  Vous trouvez ça vraiment actuel de faire de la poésie ? demande Tom, 12 ans. « Les poètes connaissent-ils leurs poèmes par cœur ? »

Dans cette anthologie pour enfants, la trouvaille de Jean-Marie Henry et Alain Serres c’est, qu’au-delà du choix des textes, ils donnent la parole aux enfants et aux poètes qui tentent de répondre à leurs interrogations aussi impertinentes que spontanées.

Véritable initiation à la découverte des mystères et des merveilles de la poésie, le recueil est organisé autour de trois thèmes : « La poésie est-elle vraiment utile ? » ; « Ça se fabrique comment, un poème ? » et « Ça sert à être libre, la poésie ! ». Des poètes d’hier : Jean Giono, Paul Reverdy, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud côtoient des poètes d’aujourd’hui : Dominique Sampiero, Andrée Chedid, Abdellatif Laâbi.  Quatre-vingts poèmes en prose souvent, en vers de temps en temps et même parfois en acrostiche.  Une anthologie didactique rythmée par les questions, les réponses et aussi par les illustrations de Laurent Corvaisier. Elles confèrent, à ce livre au format à l’italienne, une tonalité tout à tour joyeuse et colorée ou au contraire nostalgique et douce, qui renforce l’esthétique du projet.  

Une anthologie de poésie, explique Carl Norac à Paco, 9 ans, c’est un immeuble étrange où les voisins peuvent venir du monde entier… et même ne pas vivre à la même époque. Leurs mots se croisent dans les escaliers et leurs rimes dans les couloirs… ».

De belles émotions à partager entre petits et grands et l’occasion de (re)découvrir les Editions Rue du Monde dont les collections, destinées aux enfants, ont pour ambition d’« interroger et imaginer le monde ».

[Fiche du livre]

"Les Fraternités" de Philippe Papin présenté sur le site "Petite-Egypte"

 

Présentation (http://www.petite-egypte.fr/portfolio/les-fraternites/)

Le vieil homme qui raconte son histoire est un Juif français né à Hanoi, où il a grandi en marge de la société française d’Indochine. En 1940, avec l’établissement de « Vichy sous les tropiques », sa famille est persécutée, son frère meurt, ses parents sombrent dans la prostration. A l’après-guerre, par ressentiment, par dégoût de voir la colonie se réinstaller, et surtout par affection envers les habitants d’un pays qu’il considère comme le sien, il rejoint la révolution vietnamienne. Il fraternise avec l’ennemi et, sous le nom de « Do Thai » (« Juif » en vietnamien), rejoint le maquis d’Hô Chi Minh. Mais, là, rien ne se passe comme il l’avait imaginé. Il se fait d’abord rééduquer dans un centre de formation, puis on l’oblige à s’ensanglanter les mains dans une brigade chargée d’imposer la réforme agraire dans un village. Il devient « cadre » du Parti, la position la plus enviée mais qui exige une dureté qu’il ne possède pas. En 1954, il devient directeur d’une maison d’édition chargée de la propagande. Très vite, ses illusions s’envolent. En 1956, non sans scrupule, il passe du côté de la dissidence des « Cents Fleurs ». Quand celle-ci est réprimée, il est expulsé, échoue en Tchécoslovaquie puis, dix ans plus tard, après le vote de la loi sur l’amnistie des « traitres », arrive en France pour la première fois. Il s’y ennuie à mourir. Et c’est à la fin de cette étrange existence qu’il entreprend le voyage qui fait la trame de ce roman et lui permet de découvrir pourquoi et comment il a été protégé pendant des années par un dignitaire du Parti, Lê Van Bao, qui a veillé sur lui pour des raisons de fraternité, au sens propre du mot.

 [Fiche du livre]

Pierre Ahnne parle de "Cocaïne" de Pitigrilli

 

Note de Pierre Ahnne, parue initialement sur son blog et reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur

Les éditions Séguier, qui ont leurs bureaux à Paris dans la rue du même nom, se consacrent, disent-elles, aux arts, à « tous les arts ». Et publient des essais, des entretiens, des biographies, avec une prédilection pour les figures de la vie artistique qui, quoique « réputées secondaires », ont exercé en leur temps une influence plus déterminante qu’on ne croit. Ainsi, récemment, de Christian Bérard, dessinateur de mode, et costumier de Cocteau, Jouvet ou Roland Petit.

« Chair de Négresses » et villas blanches

Séguier se veut, de plus, « éditeur de curiosités ». C’en est une, à plus d’un titre, que ce roman italien publié en 1921, puis, pour la traduction française, en 1939 (Albin Michel), et réédité aujourd’hui. Belle édition, bien corrigée, dûment annotée, comprenant une postface d’Umberto Eco soi-même, rien de moins. Qu’est-ce qui a conduit le fameux sémioticien à s’intéresser à l’œuvre d’un curieux personnage, né en 1893, ...

C’est pas moi, c’est elle !

 

Note de lecture de Régine de La Tour sur le livre "Journal d'Adam - Journal d' Eve" de Marc Twain

Bon, déjà il fallait le dénicher ce manuscrit originel des journaux intimes d’Adam et d’Eve. Ensuite il fallait les déchiffrer ces hiéroglyphes d'un autre temps. Alors quand l'auteur de Tom Sawyer se met à « traduire » cette trouvaille, cela donne deux petits textes plein de tendresse, d’humour et de poésie.

Rencontre d'Adam et d'Ève, découverte du monde, arrivée de leur premier enfant, un petit bijou à mettre entre toutes les mains, en français ou en anglais pour celles et ceux qui n'ont pas besoin de traduction.

Bien mieux que tout ce qu’on a pu nous raconter jusqu'à maintenant sur l'origine du monde !

 

Fragment :

"LUNDI

La  nouvelle créature, avec ses longs cheveux, est toujours fourrée dans mes pattes. Toujours à trainer à mes basques et à me suivre comme un petit chien et je n’aime pas ; je n’ai pas l’habitude d’avoir de la compagnie. Si seulement elle voulait bien rester avec les autres animaux… Ciel couvert aujourd’hui, avec un petit vent d’est ; je pense que nous allons avoir de la pluie…  Nous …  Où est-ce que j’ai bien pu dénicher ce mot ?...  Je me souviens maintenant — c’est la nouvelle créature qui l’emploie. »

 

post-scriptum 1: le titre de cette note est inspiré de l'article d'Anne Enright, The Genesis of Blame paru dans le numéro de la London Review of Books du 8 mars 2018.

post-scriptum 2 : ce livre-là, je l'ai déjà offert cinq fois. Et ça va continuer ! Je crois savoir que celles et ceux à qui je l'ai offert vont, eux aussi, l'offrir, peut-être même cinq fois. Et voilà la chaine est partie, à vous de la continuer !

post-scriptum 3 : et en v.o. 

“Monday.

This new creature with long hair is a good deal in the way. It is always hanging around and following me about. I don't like this; I am not used to company. I wish it would stay with the other animals. Cloudy today, wind in the east; like we shall have rain ....We? Where did I get that word?... I remembered now — the new creature uses it.”

 

[Fiche du livre par l'éditeur]

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pierre Ahnne sur le livre "Peur" de Dirk Kurbjuweit

 

Note parue le 17/03/2018 sur le blog de Pierre Ahnne, à la page http://pierreahnne.eklablog.fr/peur-dirk-kurbjuweit-traduit-de-l-allemand-par-denis-michelis-delcourt-a139108946

Publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Delcourt, qui fut longtemps une maison consacrée à la bande dessinée, fait peau neuve et s’adjoint une collection de littérature. Il y a, semble-t-il, tout lieu de s’en réjouir, si on en juge à ce deuxième titre paru. Dans le roman de Dirk Kurbjuweit, qui est rédacteur en chef adjoint au Spiegel, toutes les conditions du thriller sont réunies. Randolph et Rebecca sont un couple berlinois aisé. Elle a cessé pour l’instant de travailler, il est architecte. Deux enfants, un agréable rez-de-jardin. Tout irait bien si Dieter Tiberius ne demeurait pas au sous-sol. Dieter Tiberius a « une grosse tête, un front haut et sa coiffure ressembl[e] un peu à celle d’Elvis Presley ». Il se sert chez « Penny » et non dans « un des supermarchés bio » du quartier. « D’un côté l’architecte aisé et bourgeois, marié avec une belle femme, deux enfants, de l’autre, un enfant de la DDASS, seul et sans-emploi, bénéficiant du Hartz-IV, le minimum social ». Lequel commence par adresser des poèmes à Rebecca, puis se met à harceler le couple en prétendant, de façon répétée, qu’il abuse de ses enfants. Plaintes. Visites de la police. Avocats. Comment tout cela va-t-il finir ? ...

Mais on peut aussi porter le deuil sans une robe noire

 

Une note de leture à propos du livre "Nous vivons cachés : Récits d'une Romni à travers le siècle" de Ceija Stojka

Note parue le 13/03/2018 sur le site "Entre les lignes entre les mots" - Reproduite ici avec l'aimable autorisation de son rédacteur Didier Epsztajn.

« A pied ou, de rares fois, en train, Ceija Stojka rentre avec sa mère au printemps 1945 du camp de Bergen-Belsen à Vienne ». Dans sa préface Karin Berger présente l’autrice et son parcours, sa volonté d’apprendre à lire et à écrire, « Etre en classe avec des enfants de sept ans alors qu’elle en a treize n’est pas facile pour elle, mais elle tient le coup jusqu’à de qu’elle sache lire et écrire », ses rencontres-dialogues avec elle, les effets de la publication de son premier livre, « Pour la première fois en Autriche, l’horreur que les Roms et Sinté ont vécue sous le régime nazi est plus largement sue et perçue, et Ceija elle-même devient un témoin historique important dans l’espace public »

Le témoignage de l’autrice est sans haine, elle ne réclame rien. Son écriture est une nouveauté en regard de sa culture de tradition orale, « Elle est issue d’une culture qui transmet l’histoire et les témoignages par le récit, le conte et le chant, qui sont de la même importance pour les Roms que pour nous les archives et les livres » ....

La nuit des béguines, livre d’Aline Kiner

 

Note de lecture parue initialement sur le site "Liseuses de Bordeaux" - 06 mars 2018

Avec l'aimable autorisation des "Liseuses de Bordeaux"

"Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres. Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher...."

Mourir après le jour des Rois, de Manuel de la Escalera

 

Note de lecture de Paquito SCHMIDT – 03 mars 2018

Trop longtemps la « transition démocratique » en Espagne, codifiée par une loi de 1977, s’est soldée par l’oubli et l’amnistie pour les responsables des crimes de la dictature franquiste. En 2007 une première brèche est intervenue avec la loi « pour la mémoire historique ». Les familles de victimes pouvaient enfin chercher leurs disparus dans les centaines de fosses communes remplis par la répression franquiste. De nombreux livres sont venus éclairer cette période. Le livre de Manuel de la Escalera, « Mourir après le jour des Rois », publié pour la première fois en Français, participe de ce mouvement de reconquête de la mémoire des vaincus.

« Cette nuit nous avons enfin dormi entre les murs blanchis du cube que l’on nous réserve pour ultime domicile. De là, dans le petit matin noir d’un jour d’hiver, nous passerons, par la fumée des armes, à une autre géométrie, de terre, cette fois ». C’est par cette phrase que l’auteur commence son journal d’un condamné à mort de Franco...

Pierre Ahnne sur le livre "Un arbre en mai" de Jean-Christophe Bailly

 

Note parue le 17/02/2018 sur le blog de Pierre Ahnne, à la page  http://pierreahnne.eklablog.fr/un-arbre-en-mai-jean-christophe-bailly-seuil-a137173712.

Publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur 

"Ce n’est sans doute que le début. En cette année de cinquantenaire, le déferlement d’ouvrages consacrés aux événements de mai 1968 est probable. Jean-Christophe Bailly s’en doute bien. Avec ce petit livre rédigé en 2004, revu et publié aujourd’hui, il ne fera que précéder la « fièvre de retours » qui s’annonce. Mais, dit-il, « en ayant tenté, et ce sera ma présomption — ou mon excuse — de l’avoir quand même esquivée ».

Ni remords ni regrets

Esquivée parce que précédée, bien sûr. Mais aussi parce que l’auteur évite avec aisance ce à quoi on pourrait et vraisemblablement on doit s’attendre. C’est-à-dire d’abord les pièges jumeaux de la nostalgie et de l’ironie rétrospective. L’ancien militant de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire), dissoute « à peine quelques semaines » après son adhésion et appelée à renaître tout aussi vite en Ligue communiste (section française de la Quatrième internationale — trotskiste —), ne renie ni ne regrette rien..."

Toutes les mers

 

 Note de lecture de MO', parue sur le blog BAR A BD, le 18/01/2017 (article reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Animée par le désir de réaliser son arbre généalogique, Michèle Standjofski interroge sa mère et consigne chaque anecdote appartenant à l’histoire de sa famille. Un grand-père russe, fils d’un militaire et aristocrate, contraint de quitter sa terre natale lorsque la Révolution d’Octobre éclate. Un arrière-grand-père italien qui a été orfèvre puis jeté en prison sans qu’on en connaisse la raison et que l’arrière-grand-mère génoise parvenue à faire sortir son homme de prison, une grand-mère italienne sauvée par sa mère d’une mort certaine dans le grand incendie d’Izmir (Smyrne à l’époque) en 1922 et dont « elle gardera toute sa vie un goût prononcé pour les bains de mer et les croisières en bateau »...

La Seine était rouge

 

Une note de lecture sur le site EN ATTENDANT NADEAU à propos du livre "Comme une rivière bleue" (Michèle Audin)

Michèle Audin dédie Comme une rivière bleue, à tous les vaincus : les communards, les parisiens, journalistes, élus, ouvriers et ouvrières, blanchisseuses, tailleurs de pierre, journalières, typographes, passementières… À partir de la lecture de journaux d’époque, de romans et de témoignages, d’un travail d’archives minutieux, elle retrace l’histoire de la Commune à Paris, dans une langue poétique et romanesque.