Christine Tharel

Présentation

 

Christine Tharel est née en 1953 à Dieppe et vit en Anjou.

Bibliothécaire chargée du fonds littérature puis responsable de la programmation culturelle des Bibliothèques d'Angers, elle a toujours aimé lire, transmettre, partager ses lectures, rencontrer et échanger avec les auteurs.

Elle est heureuse aujourd'hui de partager cette passion au sein des « Bouillons » dont elle a rejoint l'équipe en 2019.

 

Deborah Levy : « Ce que je ne veux pas savoir » et « Le coût de la vie »

 

Note de lecture - 29/03/2021

Deborah Levy, romancière, dramaturge et poétesse britannique s'est fait connaître du public français en publiant à la rentrée 2020 « Ce que je ne veux pas savoir » et « Le coût de la vie » , deux livres pour lequel elle a obtenu le prix Fémina étranger.

Dans les deux premiers tomes de son « Autobiographie vivante » qu'elle qualifie « d'auto-confession » et de « mémoires involontaires », elle revient sur sa vie de femme et d'écrivaine, une double émancipation, à la fois féminine et littéraire.

Dans « Ce que je ne veux pas savoir », Déborah Levy fuyant une vie personnelle compliquée et déprimante, séjourne à Palma de Majorque. Elle repense à son enfance en Afrique du Sud, à l'Apartheid, aux années de prison de son père militant de l'ANC, au départ pour l'Angleterre, terre d'exil avant de devenir pays d'adoption. Elle évoque son adolescence dans ce pays qu'elle apprend à aimer ainsi que ses premiers textes, griffonnés sur des serviettes en papier, dans un pub où elle se réfugie chaque samedi matin.

Dans « Le coût de la vie », on la retrouve à 50 ans, londonnienne, tout juste divorcée, et se remettant d'une dépression. Elle est résolue à reprendre sa vie en main et à reconstruire avec ses filles, une vie qui lui appartienne vraiment. Un nouveau foyer dans lequel se sentir bien, un lieu où écrire, de nouveaux amis, de nouveaux souvenirs, vont être autant de façons de reconquérir son identité.

Deborah Levy questionne tour à tour son identité de femme et d'écrivaine. Comment devenir une femme libre quand on a été conditionnée à n'être qu'un personnage secondaire ?

Comment devenir écrivaine quand on peine à prendre la parole ? Elle le devient nous dit-elle quand à l'adolescence, elle parvient à exprimer ses pensées, « à parler à voix haute, à voix très haute, pour revenir ensuite à ma propre voix ». Et c'est quand elle a enfin « une chambre à soi », un cabanon au fond du jardin qu'elle s'autorise la première personne, un « je qui m'est proche sans être moi pour autant  ».

« L'écriture est une question de regard, d'attention, d'écoute accordée au monde »

L'originalité et le charme de ces deux livres tiennent à la façon dont Deborah Levy mêle anecdotes du quotidien, souvenirs, portraits, récits, flash-back, réflexions sur la condition féminine, références à des auteurs qui l'ont inspirée (Marguerite Duras, Virginia Wolf, Simone de Beauvoir).  Et comment au-delà d'un désordre apparent, elle nous entraîne, subtilement, dans les plis de sa mémoire, dans le flux de sa pensée, restituant ainsi de façon remarquable toute la complexité et la richesse d'une vie.

C'est à la fois juste, lumineux, foisonnant et décapant, plein de vie et d'humour. Une invitation à « exprimer ses pensées à voix haute, assumer ses désirs, être dans le monde plutôt que le laisser nous abattre ».

[La fiche des livres]