Articles à lire, Entretiens

ARTICLES, interviews, PRESSE ...

 

Des articles de membres de l'association ou de personnes extérieures. Les articles sont présentés dans l'ordre de réception du plus récent au plus ancien.

Théâtre et Histoires de vie

 

Titre complet : Théâtre et Histoires de vie - Se former à la rencontre de Soi et de l’Autre par la représentation de récits de vie transculturels

Intervention de Daniel Feldhendler, préparée pour le colloque international de Wroclaw à l'occasion du centenaire du "PAYSAN POLONAIS". Pour des raisons personnelles, Daniel Feldhendler n'a pu se rendre au colloque, mais on intervention sera reproduite dans les actes du colloque. Daniel Feldhendler est membre d'ASIHVIF.

Intervention reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

Résumé

Aller à la rencontre de l’Autre. Entrer dans une écoute sensible de son récit de vie. Faire représenter un fragment de son histoire. Se découvrir Soi-même comme un Autre. Créer des liens entre nos histoires de vie. Une telle démarche favorise la création d’un espace privilégié, un lieu pour dire son histoire et la relier à celle des autres. Le recours à la scène catalyse la mise en relation d’expériences singulières. Nous abordons ici un théâtre de récits de vie pour se dire et se voir, un théâtre pour devenir acteur et sujet de son histoire. La représentation de nos histoires de vie est anthropologie dynamique et herméneutique transculturelle. Elle s’ouvre à un imaginaire social riche en dynamique transformatrice.

Cette communication approfondit les enjeux de la représentation d’histoires de vie et ses potentialités en tant que vecteur de changement social. Le fait que cette démarche théâtrale se soit, depuis 1975, si rapidement développée dans le monde est une expression de sa modernité dans notre époque actuelle : elle s’avère être un instrument pertinent dans le dialogue social. La méthode crée un espace potentiel pour la rencontre d’individus et de groupes. Elle encourage au dialogue, en reliant les uns et les autres dans une affirmation de leur rôle de sujets co-créateurs de leur histoire et de leurs récits de vie. Les dimensions sociales et politiques sous-jacentes à ce processus deviennent apparentes : développer des formes de lien social qui prennent en compte les singularités et l’expression des individus en catalysant une dynamique de médiation comme reliance, mise en relation et synergie entre l’individuel et le social.

Pourquoi il est urgent de (re)lire “King Kong Théorie”, de Virginie Despentes

 

Texte paru le 5/04/2018 dans TELERAMA

"Onze ans avant l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, Virginie Despentes publiait son premier essai, autofiction pro-pornographie et pro-prostitution dans lequel elle analyse les mécanismes de la domination masculine. Un texte crucial, à mettre entre toutes les mains.

C'est un essai qui commence comme un morceau de rap. « J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. » King Kong Théorie, le sixième livre et premier essai publié par Virginie Despentes, est un manifeste féministe moderne et ravageur qui dynamite l’ordre social tenant le corps des femmes à disposition des hommes. A partir de son expérience personnelle – une jeunesse qu’elle qualifie de « virile » dans les milieux punk, un viol à 17 ans, une période de prostitution, avant le succès avec son premier roman Baise-moi –, l’écrivaine et réalisatrice nancéienne esquisse en 150 pages incisives une figure de femme en inadéquation avec les normes de genre...."

Valeria Milewski, biographe hospitalière : écrire la vie

 

Texte paru dans L'INVENTOIRE, le 2 juillet 2018. Par Delphine Tranier-Brard, à partir des propos de Valeria Milewski lors de la master Class du 9 juin 2018, animée par Delphine Tranier-Brard et Michèle Cléach.

"Après avoir formé une cinquantaine de biographes, nous avons souhaité, Michèle Cléach et moi, proposer une master class sur le sujet. Très vite, l’idée d’inviter Valeria Milewski, créatrice du métier de biographe hospitalière, s’est imposée. Son parcours nous intriguait. Passer de l’univers de la communication à celui de la biographie en hôpital, c’est un sacré chemin ! La richesse de son expérience serait précieuse, en réponse aux questions des participants de la formation de biographe, et de tous ceux qui s’intéressent au récit de vie.

Les premiers mots qui me sont venus en la rencontrant : la vie incarnée ! Puis d’autres mots, Quelle femme solaire ! Puis d’autres encore, comme s’il ne pouvait en exister de suffisamment neufs pour traduire la puissance avec laquelle dans un même élan, elle irradie la vie et en capte autour d’elle tous les signes. Le texte qui suit a pour vocation de garder trace de sa master class du 9 juin, si représentative du métier de biographe où écriture et relation à l’autre sont indissociables, d’en restituer un peu la lumière...."

"La persistance du désir de beauté"

 

Un entretien avec Ariane Mnouchkine, paru le 22 juin 2018 dans le journal "LA TERRASSE".

"Que de chemin parcouru depuis 1964, année de création du Théâtre du Soleil par Ariane Mnouchkine et les siens ! Utopie active abritée dans une maison-théâtre, le Théâtre du Soleil est un phare dans notre paysage théâtral. Figure majeure de la création contemporaine, Ariane Mnouchkine a depuis ses débuts présenté au Festival d’Avignon plusieurs spectacles, dont le plus récent fut Les Ephémères en 2007. Etonnamment, le Théâtre du Soleil est depuis lors absent du Festival, dont il représente pourtant l’esprit fondateur. 

En quoi votre rapport au théâtre a-t-il changé ? ..."

 

Interview au Théâtre du soleil [Union des Savoirs - le 5 mai 2018]

Karen Dalton, Jackson C. Frank, le salut par le livre ?

 

"Deux légendes du folk, deux vies tragiques, deux talents reconnus par leurs pairs mais demeurés obscurs. Deux petits ouvrages récents rendent hommage, l’un à la chanteuse indomptée, l’autre au songwriter empêché. Leurs styles diffèrent, leur but est sincère, leur démarche interroge...."

jacqueline Chebrou - une vie d'écriture et de transmission

 

Un article de Catherine Soudé paru dans la revue de l'APA "LA FAUTE A ROUSSEAU" - n° 78 juin 2018

" Avec ses formes épanouies, sa robe à fleurs et son sourire malicieux, elle ressemble à une vieille paysanne normande, du genre jovial. Elle marche avec une canne, ralentie par une polyarthrite invalidante dont il serait déplacé de faire état. Elle vient d'une époque où l'on garde ses misères pour soi. Elle a la voix bien timbrée de quelqu'un rompu à l'exercice de la parole. Enseigner, transmettre, ce fut son métier et sa passion. Elle doit avoir dans les 75 ans lorsque je la rencontre en 1999, aux Journées annuelles de l'APA. J'ai proposé un atelier pour raconter ses friches et greniers d'écriture. Elle est venue pour ça. Ses armoires débordent de papiers, de journaux, de notes, de cahiers pour lesquels elle souhaiterait un autre destin que l'oubli ou la destruction. Elle voudrait laisser des traces de son passage sur terre..."

[ fiche du livre "Une jeune fille raconte - Carnet de guerre 1939-1945" ]

[ Fiche du livre "Journal du Ciel" ]

Une vie de sage-femme

 

Un article de Michèle Cléach dans "La Faute à Rousseau" n° 78-juin 2018 pour le dossier "Femmes au travail"

"Lorsque nous étions enfants dans les années 60, descendre la rue de Siam avec notre mère, le jeudi après-midi ou le samedi, était une course d’obstacles. «  Votre mère est la meilleure sage-femme de la ville de Brest » disait mon père. Cette boutade avait un accent de vérité : nous ne comptions plus le nombre de fois où nous étions arrêtées par les femmes, les mères, les grands-mères de femmes qui avaient accouché avec elle et qui ne tarissaient pas d’éloge : elles n’oublieraient jamais sa gentillesse, son calme, son professionnalisme, son attention, etc. etc. Nous étions fières, bien sûr, d’entendre ces concerts de louanges, mais ennuyées d’être ainsi retardées dans nos sorties, et conscientes, surtout, que ces femmes ne connaissaient que la face positive de la médaille. Son revers, elles n’en avaient sans doute aucune idée.

Ma mère avait fait ses études de sage-femme pendant la guerre avec le projet de repartir à Hanoï y retrouver sa mère qu’elle avait quittée à l’âge de 15 ans ; son diplôme serait l’assurance qu’elle pourrait toujours  y trouver du travail. En cours de route, la rencontre avec mon père, veuf et déjà père de quatre enfants, en a décidé autrement. Ils se sont mariés en 44, et entre 1945 et 1955 la famille s’est agrandie de cinq enfants. Plus question pour ma mère de retour au Tonkin ! ..."

Impact des ateliers d’écriture sur l’écriture autobiographique

 

Un article paru dans la revue électronique "L'Inventoire" - 1 juin 2018
Isabelle Rossignol, animatrice et auteur, notamment pour la jeunesse, nous présente ici la transcription de son intervention auprès de l’Association pour l’Autobiographie (APA). Celle-ci collecte, conserve et valorise les textes autobiographiques inédits. Elle examine finement l’impact des ateliers d’écriture sur l’autobiographie, tels que pratiqués chez Aleph-Écriture en réponse à la question si souvent posée : écrire ma vie… comment m’y prendre ?

"Pour ouvrir cette discussion sur l’impact des ateliers d’écriture dans le champ de l’écriture autobiographique, je vais me permettre de parler de ma petite personne. Oh je ne m’étalerai pas, je vous le promets. Je souhaite juste dire que j’ai connu l’APA (Association pour l’autobiographie – www.autobiographie.sitapa.org) il y a environ 26 ans, à une époque où je commençais ma thèse de Lettres Modernes sur les ateliers d’écriture. Je l’ai connue grâce à Anne Roche, ma directrice de thèse, qui est peut-être encore l’une de vos adhérentes et qui l’était en tout cas au moment où elle a accepté de diriger cette thèse. Pour ma part, en plus d’être étudiante, j’étais professeur de Français Langue Étrangère et, déjà, animatrice d’ateliers d’écriture ; mais, surtout, je voulais écrire...."

"1984, une pensée qui ne passe pas"

 

Le roman "1984" vient d'être retraduit par Josée Kamoun.

Sur le site "En attendant Nadeau", Jean-Jacques Rosat revient sur cette nouvelle édition

"Il était temps de retraduire 1984. Si la traduction de Josée Kamoun donne enfin au livre une allure de roman, elle ne rend toujours pas compte entièrement de sa puissance de pensée. Elle l’obscurcit même parfois.

La nouvelle traduction de 1984 est un événement : le monde littéraire français reconnaît enfin ce livre comme un authentique roman, une qualité qui lui avait été jusqu’ici régulièrement déniée (notamment par Kundera dans Les Testaments trahis). La traduction de 1950 par Amélie Audiberti (réimprimée à l’identique depuis 68 ans jusque dans ses erreurs les plus grossières et les plus faciles à corriger : chiffres faux, répliques manquantes, contresens patents) porte la marque de ce déni : elle est le plus souvent honnête, parfois judicieuse et inventive, mais elle reste globalement terne, monocorde, corsetée, souvent embarrassée...."

Entretien avec David Lopez, auteur de "fief", par Pierre Ahnne

 

Entretien  publié dans le blog de Pierre Ahnne le 5/09/2017 et reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur

"Son premier roman, Fief (Seuil), dont j’ai eu l’occasion de dire tout le bien que j’en pensais, fait déjà beaucoup parler de lui. Il y évoque les grandes banlieues, le désœuvrement de la jeunesse, dans une langue nerveuse et musicale qui retravaille l’oralité sans s’y asservir, en évitant prudemment les discours de toutes sortes, bien-pensants ou non. Lui-même défend avec fougue une conception de la littérature comme art de la phrase. Écoutons-le…

Comment en êtes-vous venu à écrire ?

Aussi loin que je me rappelle, j’ai écrit. Quand j’avais huit ans, j’étais très solitaire et j’inventais mes propres jeux. Je remplissais des cahiers de BD, d’histoires… J’avais notamment inventé de réécrire les films que je voyais à la télé. Je les mélangeais, quand la fin ne me plaisait pas j’en inventais une autre. Je me rappelle par exemple avoir écrit une histoire où je mêlais Pulp Fiction à Usual Suspects. Je lisais, aussi, mais je peux dire que j’ai écrit avant de lire.

Plus tard, vers quatorze ans, je me suis mis au rap. J’avais formé un groupe avec deux amis et on s’est produits dans des événements qui restaient confidentiels, d’ailleurs volontairement : contacter une maison de disques ou chercher à se produire, c’était déjà à nos yeux être complices du système !... Jusqu’à dix-huit ans, j’ai ainsi écrit de très nombreux textes de rap...."

Orwell ne peut être annexé par les droites !

 

De Natacha Polony à Sens commun et "Valeurs actuelles", beaucoup se réclament de l'auteur socialiste de "la Ferme des animaux". 

Certes Orwell est un personnage complexe, voire parfois contradictoire, voire très british (dans les concepts utilisés ou les mots), mais très clairement une fois devenu adhérent du mouvement socialiste, il restera toujours dans le camp des travailleurs, même quand il ne sera plus encarté. Il suffit  de lire vraiment l'intégralité de ses oeuvres et tout particulièrement ses lettres, ses essais, de regarder l'ensemble de sa vie après son retour de Birmanie, pour comprendre que la droite (particulièrement souverainiste et/ou réactionnaire sur les questions de moeurs) ne peut pas se l'annexer.
Mais le camp des travailleurs, ce n'est pas le régime stalinien de l'URSS. Certains diraient aujourd'hui qu'il est "et de droite et de gauche". Mais ce n'est pas comprendre que l'essentiel pour George Orwell, c'est de se tenir dans le "camp" des non décideurs, des laissés pour compte, dans le camps de ceux qui sont pour une démocratie réelle au plus près de citoyens. "Hommage à la Catalogne" et 'La ferme des animaux" en témoignent...

Le texte ci-dessous, paru dans le L'OBS en 2008 (et donc avec son vocabulaire du moment), est en partie une réponse à cette droite qui croit pouvoir s'annexer Orwell.

L'article :

"De l'auteur visionnaire de "1984", qui ne pratiquait pas la langue de bois idéologique, on a fait seulement un anticommuniste. Rien de plus faux. C'était un esprit toujours critique, donc de gauche. Démonstration.

Tout revient peut-être à une question très simple, mais essentielle : acceptez-vous les assassinats ? C'est la position de George Orwell, après sa guerre d'Espagne, devant la démission presque générale des intellectuels face au totalitarisme. Il a vu, il a compris, il est revenu, il va passer son temps à essayer de réveiller des somnambules serviles. Il y a ceux qui acceptent très bien les assassinats, et même qui en redemandent, ceux qui regardent ailleurs lorsqu'on leur en parle, ceux, enfin, « qui s'arrangent toujours pour ne pas être là quand on appuie sur la détente »....

Œuvres, saisons et couettes

 

Article de Pierre Ahnne, paru initialement le 22 mai 2018 sur son blog et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Il y aurait donc là quelque chose comme un phénomène… « Le Monde des livres », par la plume de Florence Bouchy, dans une enquête bien menée et fort instructive, s’en fait l’écho. Plusieurs romans, français ou non, sont sur le point, nous y dit-on, d’être adaptés sous forme de séries télévisées. « Rien d’étonnant à cela », remarque aussitôt l’auteure de l’article : depuis la naissance du cinéma, la littérature a en effet constamment fourni un matériau aux arts de l’image. Mais il semble aussi que « la vogue des séries soit, à l’inverse, une source d’inspiration pour les romanciers d’aujourd’hui ». Pour preuve : des romans qui paraissent en « saisons » (Djian, Despentes…) et une influence, revendiquée, sur l’écriture de jeunes auteurs qui, nous laisse-t-on entendre, ont plus regardé d’épisodes qu’ils n’ont lu de livres (pourquoi, dans ce cas, veulent-ils donc en écrire, on ne peut s’empêcher de se poser la question, mais passons)....

le parcours d’un manuscrit dans une maison d’édition

 

Une interview parue dans L'INVENTOIRE, la revue littéraire électronique d'Aleph-Ecriture (27 juin 2018)

"Nelly Garnier travaille comme lectrice chez Albin Michel. Elle reçoit des manuscrits et rédige des rapports de lecture à partir desquels se décideront en comité éditorial la publication des ouvrages. Nous l’avons rencontrée pour l’interroger sur le parcours d’un manuscrit de sa réception à sa publication. En filigrane, elle nous raconte aussi à travers ce témoignage sa passion de la lecture.

La première fois que nous nous sommes rencontrées, vous m’avez dit: « la lecture est le fil conducteur de ma vie »

Enfant, j’habitais un petit village et j’ai appris à lire très jeune, dès l’âge de trois ans, pour échapper à l’ennui. Par la suite mes parents m’ont offert tous les livres que je désirais et m’ouvraient même des comptes dans des librairies. Je pouvais en disposer comme j’en avais envie, sans contrainte. Jeune, j’avais des lectures très diverses, très libres...."

CHRIS MARKER à la Cinémathèque Française

 

Un article paru initialement, le 28 mars 2018, sur le blog de Corinne Bacharach

(reproduit avec l'aimable autorisation de Corinne Bacharach)

A l’heure où s’ouvre le 71ème Festival de Cannes, la Cinémathèque française présente une exposition consacrée à une figure singulière du monde du cinéma puisqu’à son nom, et surtout à son oeuvre, la qualité de réalisateur est parfaitement insuffisante. 

Le résistant, l’écrivain, le cinéaste, l’amateur d’art, l’anticolonialiste, le chroniqueur, l’ami des chats, le cinéphile, l’éditeur, le voyageur, le photographe, le documentariste, l’explorateur du temps, l’activiste, le monteur, l’homme des collectifs, l’historien, l’explorateur des techniques, l’archiviste, le compositeur, le passionné d’informatique sont autant de facettes de Chris Marker que les commissaires de l’exposition Christine Van Assche, Raymond Bellour et Jean-Michel Frodon, explorent dans un parcours chronologique qu’ils intitulent plutôt un voyage, un voyage dans l’espace et dans le temps, de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la mort du cinéaste en 2012.

Voyage dans les engagements de Chris Marker : la résistance tout d’abord, puis son anti-colonialisme, ses soutiens aux mouvements politiques du siècle explorés dans plusieurs de ses documentaires tournés à Cuba ou en Israël (Description d’un combat), ses réflexions historiques (Le fond de l’air est rouge, le Tombeau d’Alexandre), son observation de la société dans le Paris de l’après guerre d’Algérie (Le joli Mai), ses réflexions sur l’engagement révolutionnaire, dont bien entendu Mai 68, mais aussi le Chili ou la Guinée Bissau....

Mai 68, encore et encore

 

Mai 68 vu de Beyrouth. Un article paru dans L'Orient Littéraire n° 143 - mai 2018

"On se rappelle probablement du discours prononcé le 29 avril 2007 par un certain Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République, dans lequel il se proposait, s’il était élu, d’« effacer les séquelles de Mai 68 ». La première, selon lui ou plutôt selon sa « plume », était le relativisme intellectuel et moral, qu’il interprétait comme le refus de distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le beau du laid ; la deuxième, la haine du pouvoir, quel qu’il soit, au sein de la famille, de l’école, de l’entreprise, de toute institution sociale ; la troisième, l’individualisme forcené et ce qu’il charrie : l’égoïsme, l’hédonisme, la recherche du plaisir immédiat, libre de toute entrave. Le futur président n’hésita même pas, ce jour-là, lui l’admirateur de Reagan et de Thatcher, à considérer le triomphe du capitalisme sauvage dans les années 80 comme l’une des conséquences de Mai 68 ! ..."

Attention, donner des livres à l’Afrique nuit gravement à sa santé éditoriale

 

Article paru dans LE MONDE (internet) du 26 avril 2018

Considéré comme un acte philanthropique, l’envoi aux pays du Sud d’ouvrages édités au Nord pose de nombreuses questions économiques et éthiques.

Lors du Salon du livre de Genève, une table ronde réunissant acteurs africains du livre et responsables institutionnels devait, jeudi 26 avril, examiner la question du don, activité vertueuse aux yeux du grand public. Une problématique cependant moins anodine qu’il n’y paraît.

Voilà dix ans qu’à l’entrée du salon suisse, un espace dévolu à l’opération de solidarité, PartagerLire recueille les ouvrages dont les visiteurs souhaitent se délester. Les livres ainsi récoltés sont ensuite répartis pour une part en Suisse, auprès d’œuvres sociales et d’établissements hospitaliers, et pour une autre part au Sénégal, afin de doter des bibliothèques dans le cadre d’un partenariat avec le ministère sénégalais de la culture.

Il s’agit de faire « bon débarras », pourrait-on dire au sens propre, puisque donner n’a jamais aussi bien rimé avec aider. Quel plaisir de favoriser ainsi l’accès à la lecture de ceux qui ont moins de livres que soi ! Et, au passage, quelle gratification pour l’ego de se voir faire le bien....

« Devenir écrivain » d’Alain André : un roman dont vous êtes le héros

 

Á l’occasion de la réédition de son essai « Devenir écrivain » (Editions Leduc.s.), L’Inventoire a rencontré  Alain André, fondateur d’Aleph-Écriture. Il nous confie quelques secrets sur l’aventure d’écrire.

Alain André, vous êtes romancier et vous enseignez l’écriture dans le cadre d’ateliers. Vous avez d’ailleurs développé votre propre approche pédagogique et fondé Aleph-Écriture. Parlez-nous de « Devenir écrivain ». Quelle en est la genèse ?

« Romancier », je ne dirais pas ça. J’ai publié deux romans, mais parmi une douzaine d’autres livres, essais, traductions, ouvrages techniques, etc. « Écrivain polygraphe », m’avait suggéré une journaliste.

En ce qui concerne Devenir écrivain, c’est un ouvrage qui avait été commandé à quelqu’un d’autre, Paul Desalmand, qui avait déjà publié aux mêmes éditions Leduc.s, en 2004, un ouvrage intitulé Guide pratique de l’écrivain. Les réactions des lecteurs leur ont fait comprendre qu’on avait besoin d’un ouvrage plus général, moins centré sur les aspects juridiques que sur l’aventure d’écrire, ...

A voix haute, 20 ans de polyphonie poétique à Majorque

 

Article de Régine de La Tour

Le XXe Festival de Poesia de la Mediterrània aura lieu du jeudi 12 avril au dimanche 15 avril 2018 à Palma de Majorque

C’est au milieu du printemps 1999 que tout a commencé. María Victoria Atencia, Antonio Carvajal,  Benedetta Cascella, Bartomeu Fiol, José Hierro, Charles Juliet, Antoni Marí, Moncef Mezghanni, Joan Perucho, Josep Piera,  Ponç Pons, Manolis Rassoulis, Basma Sedki Dajani, Ronny Someq et Mohamed Yebari  ouvraient le 1er  Festival de Poesia de la Mediterrània sur l’ile de Majorque.  

Invitation au partage et à la découverte, seize poètes du bassin méditerranéen allaient à la rencontre des Majorquins.   En catalan, castillan, français, grec, italien, arabe et en hébreu,  ils ont lu leurs poèmes, abolissant les frontières  entre les langues, les cultures, les tumultes, et donnant toute sa dimension au « plus beau des arts », celui dont Guillaume Apollinaire disait qu’il « nous met tout proche de la divinité.» 

Un long chant commençait sur l’Ile. Phrase après phrase, vers après vers, rimes après assonances, tercets, quatrains, huitains, rondeaux, ballades, sonnets, petits ou longs poèmes en proses, les mots de plus de 250 poètes résonnent sur les traces de Chopin, George Sand, Gertrude Stein,  Robert Graves.  

Créé et dirigé par l’insatiable et passionné Biel Mesquida, romancier, poète, journaliste catalan qui porte haut sur son île des Baléares, les voix connues et les voix émergentes des poètes d’une méditerranée dont les frontières s’élargissent au fils des éditions.  

Un festival intimiste qui ne cède  à aucune mode, aucune tendance. Un festival qui trace son sillon depuis 20 ans et qui repose sur des valeurs de paix, de tolérance. Tous les ans, une quinzaine de poètes partage dans la rue, dans une école, en prison parfois, dans des jardins ou au théâtre de Palma, leurs douleurs, leur révoltes, leurs espoirs et leurs désespoirs, leurs amours, leur rêves.  

Et puis,  comme dans un rituel immuable, avant que ne s’ouvre le festival, à l’ombre des citronniers et des orangers du jardin de San Oliver de Marguerite et Olivier, les poètes se retrouvent. Les lectures commencent dans la douceur du soleil couchant, chacun portera, dans sa langue, un chant particulier.  C’est à cet instant précis que l’alchimie aura lieu.  

Nora Albert, Leire Bilbao, Marius Chivu, Meritxell Cucurella-Jorba, Giovanni Dotoli, Fatemeh Ekhtesari Fans,Kaloune, France Mongeau, Mehdi Mousavi, Chus Pato, Pere Perelló Nomdedéu, Miriam Reyes, Ronny Someck i Jaume Subirana. Pour la XXe édition de ce festival quatorze poètes nous bouleverseront, cette année encore, avec ce que Paul Valéry appelait, « cette hésitation prolongée entre le son et le sens ».

[Programme des journées 2018]

IMAGES EN LUTTE, LA CULTURE VISUELLE DE L’EXTREME GAUCHE EN FRANCE (1968-1974)

 

Un article paru initialement, le 28 mars 2018, sur le blog de Corinne Bacharach

(reproduit avec l'aimable autorisation de Corinne Bacharach)

Texte publié à l'occasion de l'exposition d'affiches de Mai 68 aux Beaux-Arts de Paris jusqu'au 20 mai [informations sur l'exposion]

"Difficile d’échapper aux célébrations des cinquante ans de Mai 68 : émissions spéciales, livres, documentaires, témoignages, débats….Une exposition, IMAGES EN LUTTE, la culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974), proposée par l’Ecole des Beaux Arts, vient compléter ces hommages. Les deux commissaires de l’exposition, Philippe Artières (CNRS) et Eric de Chassey (INHA), nous mettent en garde : « L’exposition n’est pas une histoire visuelle du politique mais une histoire politique du visuel ». A travers des affiches, des peintures, des sculptures, des installations, des films, des photographies, des tracts, des revues, des livres et des magazines, l’exposition « entend redonner à la création portée par ces utopies révolutionnaires, sans distinguer a priori ce qui relève de l’art et ce qui tient de la propagande visuelle, leur soubassement et leur complexité, en même temps qu’elle souhaite interroger les contradictions et les ambiguïtés des rapports entre art et politique».

La proposition tient sa promesse...."

Que proposent vraiment les plateformes d’auto-édition en ligne ?

 

Un article de Nathalie Hegron sur l'auto-édition paru dans la revue en ligne "L'INVENTOIRE" (18 mars 2018)

"Longtemps l’autoédition a eu mauvaise presse, ses pratiques n’étant pas toujours été considérées comme très professionnelles. L’arrivée du livre numérique au début du 21e siècle a considérablement changé la donne.
De nombreux sites proposant des solutions d’autoédition ont vu le jour. S’autoéditer est devenu plus facile et meilleur marché, encore faut-il savoir décrypter les différentes offres des sites spécialisés dans le domaine. L’Inventoire est donc allé regarder de plus près ce que proposent ces nouvelles plateformes d’édition.

La mise en ligne de votre manuscrit

Que votre manuscrit soit à destination commerciale ou non, celui-ci peut être très rapidement publié en ligne (24 à 48 heures selon les plateformes).
Il vous suffit de fournir votre texte en format Word à une des nombreuses plateformes d’autoédition : BoD, Edilivre, Iggybook, KDP d’Amazon, Librinova, Publibook, Publishroom, TheBookEdition, etc.
Celui-ci passera ensuite à travers les filtres de logiciels permettant d’écarter les plagiats, les textes incitant à la haine, la xénophobie, etc.
Il est donc très facile de mettre en ligne votre texte brut et gratuitement. Néanmoins, cela implique que votre manuscrit soit parfaitement abouti au niveau du style et de l’orthographe. Vous devez également fournir un fichier où votre texte est mis en page de façon professionnelle et avec une couverture qui va retenir l’attention.

Les plateformes d’autoédition proposent également des offres Premium intégrant des services de relecture, corrections, maquette et réalisation d’une couverture. Si vous n’êtes pas en mesure de les réaliser vous-même, ces services peuvent donc être intéressants. En ligne, le lecteur à l’embarras du choix, ne proposez donc pas un livre ayant un aspect trop amateur...."

Un Salon littéraire qui regarde vers l’Orient

 

Un article de Georgia Makhlouf dans L'Orient Littéraire - mars 2018 à propos du salon du livre « Maghreb-Orient des Livres »

"Vingt-quatre ans après sa première édition, le salon « Maghreb des Livres » organisé par l’association Coup de Soleil que dirige Georges Morin, s’agrandit et devient « Maghreb-Orient des Livres ». C’est l’iReMMO (Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient) qui a donné l’impulsion à cette collaboration, inaugurée cette année et qui permettra dorénavant aux écrivains de France et du Maghreb – Algérie, Maroc, Tunisie, mais aussi Mauritanie et Libye – d’être rejoints par leurs homologues du Moyen-Orient, pour engager des dialogues encore plus riches et plus largement ouverts sur des problématiques communes.

« Cette manifestation s’inscrit pleinement dans l’esprit de l’iReMMO qui cherche à transmettre des connaissances, à confronter des points de vue, à faire mieux connaître l’Autre car, bien souvent, c’est l’ignorance des autres qui attise les conflits », souligne Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’Institut. « Au-delà du plaisir de la rencontre avec des auteurs et leurs livres, il s’agit aussi pour nous de montrer l’Orient... »

Les Français et le livre

 

Une étude de l'IFOP à la veille du Salon du Livre de Paris

Alors que le Salon du Livre se tient à Paris du 17 au 20 mars, cette étude de l’Ifop pour Dimanche Ouest France montre que le lien qui unit les Français au livre ne se dément pas et l’émergence du livre numérique depuis plusieurs années ne semble pas modifier les habitudes de lecture des Français.

Quelques chiffres :

  • La lecture d’un livre est toujours considérée comme l’activité ayant la plus grande valeur culturelle pour 32% des personnes interrogées (+3 points par rapport à mars 2011)
  •  On constate une fracture générationnelle autour de la valeur culturelle des différentes activités testées : les 65 ans et plus sont 40% et 39% (parmi les 50 - 64 ans) à désigner le fait de lire un livrec omme l’activité ayant la plus grande valeur culturelle contre seulement 18% des 18 - 24 ans.
  •  Si un Français sur huit (13%) admet ne jamais lire de livre, une majorité (53%) lit entre 1 et 9 livres par an. Les « gros lecteurs » qui lisent plus de 15 livres par an représentent 17% de la population contre 20% en 2011 et 27% en 2006
  • Trois Français sur quatre (73%) ne pensent pas que le livre papier pourrait disparaître sous la pression d’Internet et des nouvelles technologies dans les prochaines années 

Comment se passe un premier atelier d’écriture ?

 

Article paru le 6 mars 2018 dans la revue électronique L'INVENTOIRE

"Je me souviens

Laurence Soubrick s’est toujours passionnée pour l’écriture. Un jour elle a poussé la porte d’un atelier, et nous raconte ici avec humour sa « première séance » !

Tellement peur d’arriver en retard que me voilà devant cette petite porte verte coincée entre deux marchands de sandwichs quarante minutes avant l’heure.

Je vais boire un troisième café ? Je marche un peu ? C’est bien là le 7 ? C’est la bonne rue ? Entre la rue Saint-Jacques, la rue du Faubourg Saint-Jacques, la rue des Fossés Saint-Jacques… Je ressors le papier pour la dixième fois. Non c’est bien rue Saint-Jacques.

Il est la demie, ça va. J’ai mon chéquier, j’ai mon bloc. Il est un peu petit mon bloc, bon tant pis, on verra bien, il y aura sûrement des feuilles blanches.

J’ai l’estomac un peu serré. Pourquoi je suis venue, j’sais pas écrire moi, pour quoi faire, j’vais pas écrire des bouquins, à quoi ça va m’servir tout ça ?

Une dame d’une cinquantaine d’année un papier à la main s’approche de la petite porte verte.

– C’est bien là Aleph-Écriture ?

– Oui, je crois.

– Vous venez aussi pour l’atelier ?

– Oui.

– On peut peut-être entrer, il doit y avoir déjà quelqu’un.

On regarde chacune notre papier. Elle compose le code d’accès, pousse la porte, je la suis.

Petit couloir en boyau, je la suis toujours, puis, une cour. Immeuble 17ème? C’est rigolo, ces petits escaliers. Une affiche sur la boîte à lettre indique L’ATELIER C’EST ICI et une flèche nous propose le premier étage gauche.

Elle à l’air plus hardie que moi, je la suis. On entre. Nous sommes les premières. Une pièce rectangulaire sur cour, une moquette rouge, des tables gris clair, pas très neuves, mises bout à bout, et, au fond de la pièce, tiens, il y a des poutres. J’aime bien les poutres,...."

J’ai testé « L’atelier ouvert » en librairie !

 

Article paru le 6 février 2018 dans la revue électronique L'INVENTOIRE

"Ça se passe à la librairie Le Rideau Rouge, dans le 18ème, à Paris.

Elle a une voix posée, grave et calme. Solange, qui anime l’atelier d’écriture, nous accueille comme si nous étions des amis de toujours et nous invite à prendre place. Une chaise. Un bloc. Un stylo. On n’a pas à se présenter.

D’abord elle nous parle du livre qui a inspiré sa proposition d’écriture pour cette séance de deux heures d’atelier au Rideau Rouge. Il s’agit d’un premier roman « Ma Reine » de Jean-Baptiste Andrea (Éditions l’Iconoclaste). Sorti en septembre, il a déjà eu plusieurs prix. Elle nous le raconte avec patience et délectation. Shell est un adolescent pas comme les autres qui vit dans une station-service. Un jour où il manque de mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de l’envoyer dans une institution. Il décide alors de « devenir un homme », et d’aller faire la guerre, sur le plateau. Mais là-haut pas de guerre, seuls le silence, les odeurs du maquis, et sa rencontre avec une fille, comme lui restée en enfance.

On écoute, on s’imprègne. Solange nous en lit plusieurs extraits...."

Élias Khoury dans les interstices du silence palestinien

 

Une interview à l'occasion de la sortie de son livre "Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam". Interview parue dans L'ORIENT LITTERAIRE - mars 2018

"Présenté comme la suite de son plus célèbre livre La Porte du soleil, le nouveau roman d'Élias Khoury, Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam, est en fait le premier d'une trilogie qui est tout autant, à en croire son auteur, une réflexion sur les identités palestinienne que juive.

Élias Khoury embarque le lecteur sur les pas d'Adam Dannoun, vendeur de falafel résidant à New York et marqué comme tant d'autres Palestiniens par la Nakba, la Catastrophe qu'a représentée la naissance de l'État d'Israël. Page après page se déploie une histoire enfouie, celle d'un peuple qui a dû oublier pour vivre mais a effacé par là même les traces d'une double humiliation : celle de la mort et des ghettos édifiés par les vainqueurs de 1948. Rencontre à Paris.   Quelle est la raison qui vous a poussé à écrire un tel livre ?

Il y en a plusieurs en fait. J'ai toujours été fasciné par l'idée d'écrire ... "

Le français “petit-nègre”, une construction de l'armée coloniale française

 

Sur  FRANCE CULTURE le 21.02.2018, par Pierre Ropert Le langage “petit-nègre”, celui de “Y'a bon Banania” ou des dialogues de “Tintin au Congo”, était une sorte de français approximatif parlé par les peuples colonisés. Ce langage, maintenant largement perçu comme raciste, a été instauré par l’armée coloniale française. Son occurrence la plus célèbre a longtemps été affichée sur une boîte de chocolat en poudre : le slogan “Y'a bon Banania” est la représentation la plus connue du français “petit-nègre”. Ce terme indique une manière de parler approximative, faute d’une connaissance de la langue, des Noirs des colonies françaises en Afrique. A lire Tintin au Congo, ou des oeuvres de l’époque coloniale, on pourrait croire, sans se fourvoyer sur l’aspect intrinsèquement raciste de ces représentations, que le français "petit-nègre" résultait réellement d’une bonne volonté d’apprendre la langue française, restée imparfaite, alors même qu'il s’agit en réalité d’une construction de l’empire colonial français. “Le terme apparaît à la fin du XIXe siècle et indique une double disqualification : il s’agit de parler français comme un “nègre” (= mal) et comme un "enfant" (=mal). C'est un rapprochement raciste commun (les Noirs sont des enfants)”, explique à ce sujet Laélia Véron, docteure en langue française et enseignante en linguistique à l’université du Mans...

Francophonie, langue française : lettre ouverte à Emmanuel Macron

 

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de « contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie. »

Au XIXème siècle, lorsque le mot « francophonie » avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage « Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique » (1904), dans le dessein de « pérenniser » la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales : « Où renaître ? Comment durer ? » ...

Bousculade des masterclasses

 

Des écrivains parlent de leur métier en public : ces rencontres se multiplien en France

Un article paru dans Le Monde des livres du 16/02/2018

"En se précipitant dans l'ascenseur qui descend dans le cœur du site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BNF), à Paris, elle a lancé d'une voix -essoufflée et enthousiaste : " Vous aussi, vous venez pour la masterclasse de Kamel Daoud ? Moi, je suis fan ! " D'un pas vif, l'ancienne professeure de lettres a suivi une petite foule se dirigeant vers l'auditorium déjà presque comble.

Ils étaient plus de deux cents à s'être -déplacés, mardi 6  février, pour écouter et " voir en vrai " l'écrivain et journaliste -algérien, auteur de Meursault, contre-enquête et Zabor ou Les Psaumes (Actes Sud, 2014 et 2017). D'abord interrogé par la journaliste de France Culture Manou -Farine, puis par quelques personnes du -public, Kamel Daoud s'est prêté pendant une heure et quart à l'exercice de la masterclasse. De quoi s'agit-il exactement ? D'un entretien au long court, engageant l'auteur à répondre à des questions sur la genèse de sa pratique littéraire, ses sources d'inspiration, ses rituels d'écriture, ou le rapport qu'il entretient avec l'idée de sa postérité. Plutôt que de s'attacher à faire la promotion de son dernier livre, l'enjeu pour l'auteur est ici de donner à entendre sa conception, son expérience intime de littérature. Et, in fine, de -répondre à trois grandes inter-rogations : Qu'est-ce qu'être écrivain ? Comment viennent les livres ? Comment se construit une œuvre ? ..."

« Ce livre s'inspire de ma vie mais il ne parle pas de la mienne. »

 

Une interview de Paul Auster, parue dans L’Orient Littéraire n° 140 -  février 2018

De passage à Paris, l'écrivain américain a accordé un long entretien à L'Orient littéraire. Il évoque son dernier roman "4 3 2 1" dont la traduction en français vient de paraître.

Quelle existence différente aurais-je pu mener ? Comme d'autres, Paul Auster s'est un jour posé la question. À force d'y réfléchir, l'idée a fini par germer et éclore sous la forme d'un roman, 4 3 2 1, une somme fictionnelle de plus de mille pages devrait-on préciser. Elle embarque le lecteur dans quatre destins d'un seul et même homme, Archibald Ferguson, né en 1947 – comme son auteur. Balloté entre New York, Newark, Paris et Londres, le personnage principal du livre est tantôt journaliste, tantôt écrivain, tantôt engagé politiquement, tantôt à mille lieues de la contestation des années soixante, tantôt attiré par les femmes, tantôt s'adonnant à des expériences sexuelles avec des hommes. Une ivresse de lecture. Un très grand cru …

A quoi servent les ateliers d’écriture ?

 

Un article d'Alain André paru dans « L’Inventoire » - 20 janvier 2018

"Des ateliers d’écriture naissent un peu partout en France, aujourd’hui comme depuis le début des années quatre-vingts. Il est temps d’esquisser un bilan de ces drôles de machines. Elles sont aujourd’hui le support privilégié de l’une des « pratiques culturelles » préférées du grand public adulte. À quoi servent-elles au juste ? Alain André suggère quelques réponses, aiguisées par son expérience d’écrivain et de fondateur d’Aleph-Écriture…"

Ce qu’a encore à nous dire la littérature…

 

Un article d'Alain André, directeur pédagogique d'Aleph-Ecriture.

Article paru  en décembre 2017 et janvier 2018 dans la revue électronique "L'INVENTOIRE"

Présentation :

"Passeport pour la vraie vie, la littérature, ou discipline académique et périmée ? Est-elle encore vivante ? À quoi sert-elle ? Quels textes pour accompagner notre vie, mieux qu’une formulette religieuse, un mantra ou une technique de développement personnel ?

« L’Espace du possible », lieu de vacances et de formation situé à Meschers-sur-Gironde, propose chaque année à des milliers de personnes des centaines d’activités entre loisirs, création et développement personnel. On y célébrait cette année son 40ème anniversaire, sur le thème retenu de la « transmission ». Plusieurs intervenants d’Aleph-Écriture sont venus à cette occasion y proposer des ateliers d’écriture et des lectures publiques : notamment Catherine Berthelard, Fred Siddarta et Arlette Mondon-Neycensas, intervenants d’Aleph-Écriture en Aquitaine. Alain André, directeur pédagogique et écrivain, y proposait quant à lui une réflexion sur le thème de la transmission littéraire...."

Alice Zeniter : l'identité par-delà les origines

 

Une interview d'Alice Zeniter, auteure de "L'art de perdre" (fiche ICI) par Georgia Makhlouf. Interview parue dans "L'Orient littéraire" numéro 138 - décembre 2017.

"L’Art de perdre d’Alice Zeniter est un des romans phares de la rentrée. Déjà récompensé par le prix littéraire du Monde, le prix Landernau des lecteurs, le Prix des libraires de Nancy-Le Point, il vient d’obtenir le très convoité Goncourt des lycéens. Il faut dire que ce roman s’empare de questions essentielles et douloureuses dans une France qui a encore du mal à faire son travail de mémoire. ..."

L'histoire tracée par les migrants

 

Un article et des documents sur le site des CAHIERS PEDAGOGIQUES.

Lorsqu'une enseignante de collège allie Histoire, Histoires de vies, Ecriture.

"Relier les histoires des gens à l’Histoire, la visiter par les récits de ceux qui la vivent, dans un quotidien qu’elle chavire, Catherine Rossignol, enseignante en histoire-géographie au collège Rabelais de Meudon, a proposé ce voyage à ses élèves de troisième. Elle nous le raconte à son tour.

lls s’appellent Ivan, Monique, Armance, Markus, Antonio, Joana, Amel ou encore Osman. Ils ont entrepris le voyage pour un ailleurs espéré meilleur, pour échapper à la dictature, au terrorisme, à un régime honni, à la persécution ou à la misère. Ils sont partis dans les années 20 ou 30, ou plus tard encore, jusqu’à l’orée du nouveau siècle. Ils sont venus d’Iran, de Moldavie, d’Italie, de Pologne, d’Espagne, d’Algérie, de Madagascar, du Portugal, de Bosnie-Herzégovine, de Russie ou encore du Vietnam. Ce sont des parents, des proches dont les collégiens relaient les paroles sur un blog ouvert par l’enseignante...."

La corresponce de Gustave Flaubert en ligne

 

Le Centre FLAUBERT de l'Université de Rouen met en ligne l'intégralité de la correspondance de Gustave Flaubert.
Présentation sur le site dédié :

L’édition électronique de la Correspondance de Flaubert présente l’intégralité des lettres connues, conservées dans des collections publiques, chez des collectionneurs privés ou passées en vente.

Chaque fois que le manuscrit est disponible, l’image s’affiche à côté de la transcription. La qualité des images varie beaucoup en fonction de la source : mauvaises photocopies anciennes, images basse résolution, excellentes numérisations récentes.

Chaque lettre est accompagnée d’une notice comportant, entre autres informations, le lieu de conservation ou la date de la vente, parfois la référence à la première publication quand l’autographe n’a pas été retrouvé. Notre édition ne comporte pas de notes explicatives ni d’informations systématiques relatives à la justification des datations.

Dans la ligne des résultats apparaît un numéro précédé de « id ». Il s'agit du numéro d'identification de la lettre attribué lors de la saisie, qui ne correspond pas à un ordre pertinent pour la consultation.

Pour cette nouvelle édition, les transcriptions ont été établies sur les autographes quand ils sont disponibles. S’ils manquent, nous reprenons le texte des éditions antérieures entrées dans le domaine public (édition Conard et Supplément) ou épuisées (Club de l’honnête homme, abrégé en CHH). 

Par rapport aux cinq volumes publiés dans la Bibliothèque de la Pléiade, notre édition électronique présente des corrections (en particulier quand Jean Bruneau n’avait pas pu voir les autographes), des redatations, et de nombreuses lettres partiellement ou intégralement inédites.

L’édition électronique permettra les ajouts de lettres inédites et les corrections en temps réel. Les utilisateurs du site peuvent entrer en contact avec ses responsables par l’intermédiaire du lien « suggestion ».

Les lettres sont consultables selon différents critères :

– par ordre chronologique
– par destinataire
– par lieu d’écriture
– par lieu de conservation

Le moteur de recherche autorise des requêtes plein texte sur un mot, plusieurs mots, un mot tronqué ou une expression exacte.

Une indexation thématique et un annuaire des correspondants sont en cours.

À terme, nous envisageons de mettre en ligne les lettres adressées à Flaubert, ainsi qu’un choix de lettres entre tiers liées à cette correspondance.

L'ambivalence d'Irène Némirovsky

 

A l'occasion de la sortie en France du livre de Susan Rubin Suleiman, "La question Némirovsky. Vie, mort, héritage d’une écrivaine juive dans la France du XXe siècle", le site EN ATTENDANT NADEAU publie un texte de Clara Boyer. Ce texte montre bien que le livre n’est ni un plaidoyer, ni un portrait à charge. Susan Suleiman y défend en particulier l'idée que les romans de Némirovsky doivent être lus comme autant d'explorations des identités multiples et conflictuelles qui ont façonné, au cours du XXe siècle, les vies des Juifs sécularisés d'Europe et d'ailleurs.
En effet, au contraire de nombre de livres sur Irene Némirovsky, le livre de Susan Rubin Suleiman n'occulte pas, ne minimise pas, l'antisémitisme de l'auteure du célèbre et vraiment éblouissant roman "La suite française". Naturellement elle ne peut la rendre responsable de l'extermination des juifs pendant la guerre, mais pour le moins il y a chez cette écrivaine un aveuglement sur la réalité. Elle continuera, y compris pendant l'occupation, à collaborer avec les pires revues de l'extrème droite antisémite de l'époque. Ce livre fait également un sort à cette étrange notion qui expliquerait tout : « haine de soi juive ».

En fille de la bonne société russe, puis française, en romancière déjà célèbre, elle supplia Pétain de ne pas la confondre avec la masse des " indésirables", ces juifs étrangers qui se sont installés en France. Pour sa défense, son mari, lui aussi exterminé dans un camp, écrira au lendemain de l'arrestation de sa femme en juillet 1942 : "bien que ma femme soit de race juive, elle parle des Juifs sans aucune tendresse… La direction du journal Gringoire, auquel elle collaborait en tant que romancière, n'a jamais été favorable aux Juifs, aux communistes…".. 

L'article de Clara Boyer, paru dans EN ATTENDANT NADEAU :

"Pourquoi se pencher sur Irène Némirovsky, dont le capital sympathie acquis en 2004 avec la parution de Suite française et l’attribution, posthume et spectaculaire, du prix Renaudot, s’est amoindri à mesure que surgissaient les preuves d’un rapport pour le moins suspect à sa judéité ? Susan Rubin Suleiman, professeur de littérature comparée et de civilisation française à l’université de Harvard, n’ignore rien des controverses qui ont entouré la redécouverte en France et à l’international de l’auteur de David Golder, tant et si bien que d’aucuns ont fait d’elle la représentante littéraire, en langue française, de la « haine de soi juive ». La question Némirovsky explore les ambivalences, les trésors et les impasses de l’assimilation juive à travers l’histoire personnelle, fictionnelle et familiale de cette écrivaine qui, bien que célébrée par le milieu littéraire officiel français des années 1930, fut déportée en tant que Juive étrangère et assassinée à Auschwitz en 1942 ..."

Postface à "Trio pour un monde égaré "de Marie Redonnet

 

Postface à "Trio pour un monde égaré "de Marie Redonnet, livre à paraître en janvier 2018

Il y a quelques années, dans des circonstances qu’elle détaille elle-même, Marie Redonnet fut amenée à s’expliquer sur son parcours d’écrivain. Il s’agit d’un témoignage qui éclaire d’une façon singulière la genèse de "Trio pour un monde égaré". Ce texte, revu et complété par l’auteur, est donné en postface du livre.

Philip Roth déifié

 

A l'occasion de l'entrée de Philip Roth dans LA PLEIADE, le site EN ATTENDANT NADEAU publie un artcle de Steven Sampson.

Philip Roth entre dans la Pléiade, une première pour un Américain vivant, un Juif américain de surcroit. Doit-on évoquer sa religion ? Roth récuse l’étiquette « juif », même si les universitaires responsables de ce volume la mettent en avant ; Philippe Jaworski déclare dans sa préface : « Pourquoi la judéité ? Autant demander pourquoi écrire ? » S’agit-il alors de textes sacrés ?

Pierre Ahnne répond à L'Inventoire

 

A l'occasion de la formation d'Aleph, Créer et tenir un blog de critique littéraire, Pierre Ahnne, l'animateur de la formation, a été interviewé par L'INVENTOIRE (23 octobre 2017).

"La critique littéraire existe-t-elle encore ? Si l’on pouvait en douter, l’écrivain Pierre Ahnne nous prouve qu’elle est toujours bien vivante. Pierre Ahnne a des opinions, un goût affirmé pour certaines formes de littératures et porte sur les livres qu’il aime (ou pas), le même regard joyeusement pessimiste (et savoureux) qui fait le sel de son écriture romanesque. Sans pédanterie ni faux pli, il n’omet toutefois pas d’inscrire les livres dont il parle dans leur contexte et celui de l’art du roman....

L’Inventoire : Vous avez créé un blog littéraire en 2011. Comment est né ce projet ?

Pierre Ahnne : J’étais dans une période de creux pour ce qui était des publications, et je me sentais un peu las de dépendre en permanence du bon vouloir des éditeurs. Je savais qu’Internet offrait des possibilités mais ça restait pour moi très vague. J’ai alors proposé à un ami, Gilles Pétel, qui est auteur aussi et se trouvait à peu près dans la même situation, que nous fassions quelque chose ensemble. Dans notre esprit, cela devait ressembler à une sorte de revue littéraire en ligne, ce qui était un peu ambitieux. Ça s’est terminé par un blog, qu’on a partagé pendant une année scolaire environ. Puis Gilles en a eu assez et moi, au contraire, j’ai pris goût à la chose. J’ai continué tout seul…"

Fières archives : des homosexuels fin de siècle

 

L'article de Véronique Leroux-Hugon à propos de l'exposition et de son catalogue : Fières archives : Documents et images autobiographiques d'homosexuels "fin de siècle" 

Cet article est paru dans "LA FAUTE A ROUSSEAU" n° 76-octobre 2017 (article reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure).

"L'affiche d'un garçon au profil grec a invité jusqu'à fin août à une passionnante exposition à la Mairie du IVe (Paris) sous le beau titre de "Fières archives". Philippe Artières et Clive Thomson en sont les commissaires, auteurs aussi d'un livre qui en amplifie l'intérêt.

Le propos : donner à voir des documents autobiographiques d'homosexuels "fin de siècle", à partir de l'immense collection constituée par Georges Hérelle. C'est aussi décrire les étranges rapports instaurés fin XIXe siècle entre les grands absents de l'histoire, les invertis, pédérastes et autres sodomites et le savoir, donc le pouvoir médical...".

[La fiche du livre]