Articles à lire

ARTICLES, PRESSE ...

 

Des articles de membres de l'association ou de personnes extérieures. Les articles sont présentés dans l'ordre de réception du plus récent au plus ancien.

Ce qu’a encore à nous dire la littérature…

 

Un article d'Alain André, directeur pédagogique d'Aleph-Ecriture.

Article paru  en décembre 2017 et janvier 2018 dans la revue électronique "L'INVENTOIRE"

Présentation :

"Passeport pour la vraie vie, la littérature, ou discipline académique et périmée ? Est-elle encore vivante ? À quoi sert-elle ? Quels textes pour accompagner notre vie, mieux qu’une formulette religieuse, un mantra ou une technique de développement personnel ?

« L’Espace du possible », lieu de vacances et de formation situé à Meschers-sur-Gironde, propose chaque année à des milliers de personnes des centaines d’activités entre loisirs, création et développement personnel. On y célébrait cette année son 40ème anniversaire, sur le thème retenu de la « transmission ». Plusieurs intervenants d’Aleph-Écriture sont venus à cette occasion y proposer des ateliers d’écriture et des lectures publiques : notamment Catherine Berthelard, Fred Siddarta et Arlette Mondon-Neycensas, intervenants d’Aleph-Écriture en Aquitaine. Alain André, directeur pédagogique et écrivain, y proposait quant à lui une réflexion sur le thème de la transmission littéraire...."

Alice Zeniter : l'identité par-delà les origines

 

Une interview d'Alice Zeniter, auteure de "L'art de perdre" (fiche ICI) par Georgia Makhlouf. Interview parue dans "L'Orient littéraire" numéro 138 - décembre 2017.

"L’Art de perdre d’Alice Zeniter est un des romans phares de la rentrée. Déjà récompensé par le prix littéraire du Monde, le prix Landernau des lecteurs, le Prix des libraires de Nancy-Le Point, il vient d’obtenir le très convoité Goncourt des lycéens. Il faut dire que ce roman s’empare de questions essentielles et douloureuses dans une France qui a encore du mal à faire son travail de mémoire. ..."

L'histoire tracée par les migrants

 

Un article et des documents sur le site des CAHIERS PEDAGOGIQUES.

Lorsqu'une enseignante de collège allie Histoire, Histoires de vies, Ecriture.

"Relier les histoires des gens à l’Histoire, la visiter par les récits de ceux qui la vivent, dans un quotidien qu’elle chavire, Catherine Rossignol, enseignante en histoire-géographie au collège Rabelais de Meudon, a proposé ce voyage à ses élèves de troisième. Elle nous le raconte à son tour.

lls s’appellent Ivan, Monique, Armance, Markus, Antonio, Joana, Amel ou encore Osman. Ils ont entrepris le voyage pour un ailleurs espéré meilleur, pour échapper à la dictature, au terrorisme, à un régime honni, à la persécution ou à la misère. Ils sont partis dans les années 20 ou 30, ou plus tard encore, jusqu’à l’orée du nouveau siècle. Ils sont venus d’Iran, de Moldavie, d’Italie, de Pologne, d’Espagne, d’Algérie, de Madagascar, du Portugal, de Bosnie-Herzégovine, de Russie ou encore du Vietnam. Ce sont des parents, des proches dont les collégiens relaient les paroles sur un blog ouvert par l’enseignante...."

La corresponce de Gustave Flaubert en ligne

 

Le Centre FLAUBERT de l'Université de Rouen met en ligne l'intégralité de la correspondance de Gustave Flaubert.
Présentation sur le site dédié :

L’édition électronique de la Correspondance de Flaubert présente l’intégralité des lettres connues, conservées dans des collections publiques, chez des collectionneurs privés ou passées en vente.

Chaque fois que le manuscrit est disponible, l’image s’affiche à côté de la transcription. La qualité des images varie beaucoup en fonction de la source : mauvaises photocopies anciennes, images basse résolution, excellentes numérisations récentes.

Chaque lettre est accompagnée d’une notice comportant, entre autres informations, le lieu de conservation ou la date de la vente, parfois la référence à la première publication quand l’autographe n’a pas été retrouvé. Notre édition ne comporte pas de notes explicatives ni d’informations systématiques relatives à la justification des datations.

Dans la ligne des résultats apparaît un numéro précédé de « id ». Il s'agit du numéro d'identification de la lettre attribué lors de la saisie, qui ne correspond pas à un ordre pertinent pour la consultation.

Pour cette nouvelle édition, les transcriptions ont été établies sur les autographes quand ils sont disponibles. S’ils manquent, nous reprenons le texte des éditions antérieures entrées dans le domaine public (édition Conard et Supplément) ou épuisées (Club de l’honnête homme, abrégé en CHH). 

Par rapport aux cinq volumes publiés dans la Bibliothèque de la Pléiade, notre édition électronique présente des corrections (en particulier quand Jean Bruneau n’avait pas pu voir les autographes), des redatations, et de nombreuses lettres partiellement ou intégralement inédites.

L’édition électronique permettra les ajouts de lettres inédites et les corrections en temps réel. Les utilisateurs du site peuvent entrer en contact avec ses responsables par l’intermédiaire du lien « suggestion ».

Les lettres sont consultables selon différents critères :

– par ordre chronologique
– par destinataire
– par lieu d’écriture
– par lieu de conservation

Le moteur de recherche autorise des requêtes plein texte sur un mot, plusieurs mots, un mot tronqué ou une expression exacte.

Une indexation thématique et un annuaire des correspondants sont en cours.

À terme, nous envisageons de mettre en ligne les lettres adressées à Flaubert, ainsi qu’un choix de lettres entre tiers liées à cette correspondance.

L'ambivalence d'Irène Némirovsky

 

A l'occasion de la sortie en France du livre de Susan Rubin Suleiman, "La question Némirovsky. Vie, mort, héritage d’une écrivaine juive dans la France du XXe siècle", le site EN ATTENDANT NADEAU publie un texte de Clara Boyer. Ce texte montre bien que le livre n’est ni un plaidoyer, ni un portrait à charge. Susan Suleiman y défend en particulier l'idée que les romans de Némirovsky doivent être lus comme autant d'explorations des identités multiples et conflictuelles qui ont façonné, au cours du XXe siècle, les vies des Juifs sécularisés d'Europe et d'ailleurs.
En effet, au contraire de nombre de livres sur Irene Némirovsky, le livre de Susan Rubin Suleiman n'occulte pas, ne minimise pas, l'antisémitisme de l'auteure du célèbre et vraiment éblouissant roman "La suite française". Naturellement elle ne peut la rendre responsable de l'extermination des juifs pendant la guerre, mais pour le moins il y a chez cette écrivaine un aveuglement sur la réalité. Elle continuera, y compris pendant l'occupation, à collaborer avec les pires revues de l'extrème droite antisémite de l'époque. Ce livre fait également un sort à cette étrange notion qui expliquerait tout : « haine de soi juive ».

En fille de la bonne société russe, puis française, en romancière déjà célèbre, elle supplia Pétain de ne pas la confondre avec la masse des " indésirables", ces juifs étrangers qui se sont installés en France. Pour sa défense, son mari, lui aussi exterminé dans un camp, écrira au lendemain de l'arrestation de sa femme en juillet 1942 : "bien que ma femme soit de race juive, elle parle des Juifs sans aucune tendresse… La direction du journal Gringoire, auquel elle collaborait en tant que romancière, n'a jamais été favorable aux Juifs, aux communistes…".. 

L'article de Clara Boyer, paru dans EN ATTENDANT NADEAU :

"Pourquoi se pencher sur Irène Némirovsky, dont le capital sympathie acquis en 2004 avec la parution de Suite française et l’attribution, posthume et spectaculaire, du prix Renaudot, s’est amoindri à mesure que surgissaient les preuves d’un rapport pour le moins suspect à sa judéité ? Susan Rubin Suleiman, professeur de littérature comparée et de civilisation française à l’université de Harvard, n’ignore rien des controverses qui ont entouré la redécouverte en France et à l’international de l’auteur de David Golder, tant et si bien que d’aucuns ont fait d’elle la représentante littéraire, en langue française, de la « haine de soi juive ». La question Némirovsky explore les ambivalences, les trésors et les impasses de l’assimilation juive à travers l’histoire personnelle, fictionnelle et familiale de cette écrivaine qui, bien que célébrée par le milieu littéraire officiel français des années 1930, fut déportée en tant que Juive étrangère et assassinée à Auschwitz en 1942 ..."

Postface à "Trio pour un monde égaré "de Marie Redonnet

 

Postface à "Trio pour un monde égaré "de Marie Redonnet, livre à paraître en janvier 2018

Il y a quelques années, dans des circonstances qu’elle détaille elle-même, Marie Redonnet fut amenée à s’expliquer sur son parcours d’écrivain. Il s’agit d’un témoignage qui éclaire d’une façon singulière la genèse de "Trio pour un monde égaré". Ce texte, revu et complété par l’auteur, est donné en postface du livre.

Philip Roth déifié

 

A l'occasion de l'entrée de Philip Roth dans LA PLEIADE, le site EN ATTENDANT NADEAU publie un artcle de Steven Sampson.

Philip Roth entre dans la Pléiade, une première pour un Américain vivant, un Juif américain de surcroit. Doit-on évoquer sa religion ? Roth récuse l’étiquette « juif », même si les universitaires responsables de ce volume la mettent en avant ; Philippe Jaworski déclare dans sa préface : « Pourquoi la judéité ? Autant demander pourquoi écrire ? » S’agit-il alors de textes sacrés ?

Pierre Ahnne répond à L'Inventoire

 

A l'occasion de la formation d'Aleph, Créer et tenir un blog de critique littéraire, Pierre Ahnne, l'animateur de la formation, a été interviewé par L'INVENTOIRE (23 octobre 2017).

"La critique littéraire existe-t-elle encore ? Si l’on pouvait en douter, l’écrivain Pierre Ahnne nous prouve qu’elle est toujours bien vivante. Pierre Ahnne a des opinions, un goût affirmé pour certaines formes de littératures et porte sur les livres qu’il aime (ou pas), le même regard joyeusement pessimiste (et savoureux) qui fait le sel de son écriture romanesque. Sans pédanterie ni faux pli, il n’omet toutefois pas d’inscrire les livres dont il parle dans leur contexte et celui de l’art du roman....

L’Inventoire : Vous avez créé un blog littéraire en 2011. Comment est né ce projet ?

Pierre Ahnne : J’étais dans une période de creux pour ce qui était des publications, et je me sentais un peu las de dépendre en permanence du bon vouloir des éditeurs. Je savais qu’Internet offrait des possibilités mais ça restait pour moi très vague. J’ai alors proposé à un ami, Gilles Pétel, qui est auteur aussi et se trouvait à peu près dans la même situation, que nous fassions quelque chose ensemble. Dans notre esprit, cela devait ressembler à une sorte de revue littéraire en ligne, ce qui était un peu ambitieux. Ça s’est terminé par un blog, qu’on a partagé pendant une année scolaire environ. Puis Gilles en a eu assez et moi, au contraire, j’ai pris goût à la chose. J’ai continué tout seul…"

Fières archives : des homosexuels fin de siècle

 

L'article de Véronique Leroux-Hugon à propos de l'exposition et de son catalogue : Fières archives : Documents et images autobiographiques d'homosexuels "fin de siècle" 

Cet article est paru dans "LA FAUTE A ROUSSEAU" n° 76-octobre 2017 (article reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure).

"L'affiche d'un garçon au profil grec a invité jusqu'à fin août à une passionnante exposition à la Mairie du IVe (Paris) sous le beau titre de "Fières archives". Philippe Artières et Clive Thomson en sont les commissaires, auteurs aussi d'un livre qui en amplifie l'intérêt.

Le propos : donner à voir des documents autobiographiques d'homosexuels "fin de siècle", à partir de l'immense collection constituée par Georges Hérelle. C'est aussi décrire les étranges rapports instaurés fin XIXe siècle entre les grands absents de l'histoire, les invertis, pédérastes et autres sodomites et le savoir, donc le pouvoir médical...".

[La fiche du livre]

Kamel Daoud : la pierre contre le sabre, des psaumes contre le père

 

Une interview de Kamel Daoud à propos de son livre "Zabor ou Les psaumes".
Interview parue dans "L'Orient Littéraire" n° 135-septembre 2017

"Kamel Daoud invente un personnage doté d'un pouvoir mystérieux : par ses écrits, il prolonge la vie des mourants. Le nouveau roman de l'écrivain algérien parle d'apprentissage de la langue, celle qui défait les liens et libère progressivement les Hommes des supposés prophètes."

Lampedusa, lampedusa

 

Par Régine de La Tour (le 09/10/207)

La perspective de la journée internationale des migrants le 18 décembre est l’occasion de redonner de la visibilité à des textes littéraires sur le naufrage du jeudi 3 octobre 2013 et plus largement sur les migrations forcées.  Ce jeudi-là, une embarcation transportant environ 500 migrants sombre entre Europe et Afrique, au large de l’île italienne de Lampedusa. La catastrophe fait 366 morts. A l’époque, c’était probablement le drame en mer le plus important du XXIe siècle en Méditerranée. Depuis, combien d’embarcations ont chaviré, combien de migrants sont morts ?  Combien de camps « d’un autre monde » en Europe, en Afrique, en Asie ?

« Etranges étrangers [1], « venus des hauts plateaux, incendiés par la guerre, écrasés de soleil. Les fourmis silencieuses. Fouettées par la poussière, dévorées par le sel » [2]  partis pour des Croisières Méditerranéennes [3]  de Lybie, d’Erythrée, de Somalie…

à ce stade de la nuit de Maylis de Kérangal. A l’origine, il s’agissait d’une commande pour les rencontres littéraires de la Fondation pour l'Action Culturelle Internationale en Montagne. Le thème : écrire le paysage. Un exercice de style, une figure imposée. Mais la commande s’est rapidement ancrée dans la réalité. C’est la nuit, à la radio, elle entend qu' « un bateau venu de Libye, chargé de plus de 500 migrants, a fait naufrage à deux kilomètres des côtes de l'île de Lampedusa ; près de trois cents victimes seraient à déplorer ».  Lampedusa, ce sera Lampedusa.  Maylis de Kérangal consacre ce court récit, très personnel, de 74 pages à la confrontation du pouvoir évocateur de cette île du sud de l’Italie au drame qui est en train de s’y dérouler.

Commence alors chez elle un étrange cheminement. Les images s’enchaînent au fil de sa pensée. D’abord, le visage de Burt Lancaster, prince Salina, dans le Guépard, film mythique de Visconti, inspiré de l’unique ouvrage de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Et aussi le corps de Burt Lancaster interprétant Ned Merrill dans le Swimmer de Franck Perry « qui a fait l’étrange projet de rentrer chez lui à la nage ». Peu à peu, elle « explore », « déplie », « décompose »  le nom de Lampedusa. Elle convoque ses souvenirs. Films, voyages à travers le monde, paysages, lectures se mêlent, s’entremêlent, s’entrechoquent avec le navire, les corps des migrants, les disparus, les morts. Une traversée tragique au milieu de la nuit.  

Le titre du livre, à ce stade de la nuit, revient au début de chaque chapitre, anaphore sans capitale, comme un continuum pour mieux dire le temps de l’insomnie et le ressac des vagues contre le navire qui sombre. Lampedusa, de la fiction à la tragédie. Un récit balayé par une mer qui ne purifie plus mais qui engloutit. Lampedusa, « l’épicentre […] de l’inhospitalité européenne ». A lire pour tous ceux qui veulent comprendre, comment par le biais de l’écriture, détours après détours, comme dans une séance de psychanalyse, l’auteur s’engage progressivement dans la migration du sens du nom de Lampedusa.

Si Maylis de Kérangal écoutait la radio, Denis Heudré, lui, ce jour-là, regardait la télévision. « Jeudi 3 octobre 2013 versera à jamais du noir dans mon bleu », des sacs bleus, linceuls insupportables, le bleu de la mer qui engloutit, « un bleu amer », « [ce] bleu [qui] ne sera jamais plus bleu ». Sidération, vertige, écœurement. Comment répondre à l’insupportable.  Par un poème, un long poème, Bleu Naufrage, élégie de Lampedusa. Un chant de mort. Que sait-on de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes dont la vie s’est achevée en Méditerranée ? On ne sait rien et on ne saura plus jamais rien. Le poète est envahi par la tristesse.  « Je t’appellerai Quinze, c’est peut-être ton âge, c’est le numéro de ton cercueil ». Sortir Quinze de l’anonymat, lui donner vie et à travers lui rendre hommage aux centaines de migrants qui pensaient pouvoir rejoindre un monde qu’ils imaginaient meilleur. Ils ont trouvé la mort en Méditerranée. Au large de Lampedusa, ils ont sombré dans l’oubli.

Des fragments, des vers libres, des silences, des strophes. Face à l’indicible, à l’inimaginable, opposer quand même des mots, des mots simples, des mots malgré tout.  Les mots se succèdent au rythme de la révolte du poète. Personne n’a eu le temps de croire en ton sourire. Le poème touche. La lecture est éprouvante, mais nécessaire.

Lampedusa le chagrin du monde.

Quand Edouard Glissant appelait Patrick Chamoiseau pour lui dire « On ne peut pas laisser passer cela ! » « Il appuyait » explique Chamoiseau, « sur le on ne peut pas ».  Au lendemain de ce jeudi d’octobre 2013, Patrick Chamoiseau publiait dans son blog de Médiapart, Lampedusa, ce que nous disent les gouffres. Dans ce chant, qui semble peu connu, l’écrivain-poète fait raisonner les clameurs en Méditerranée avec la Traite à nègres qui fit de l'Atlantique le plus grand oublié des cimetières du monde » « Les gouffres appellent le monde. Les gouffres appellent au monde ».  Frères Migrants était probablement déjà en germe. Ce plaidoyer poétique qui appelle au réveil des esprits, à changer nos représentations. Ce ne sont pas les migrants qui nous menacent, mais « l’insidieuse barbarie », « le paradigme du profit maximal », la politique du tout-économie. Patrick Chamoiseau exhorte à regarder différemment «Ho ! que les morts massives en Méditerranée nous dessillent le regard ». Il appelle à un humanisme mondialisé, il appelle à regarder les lucioles de Pasolini et de Césaire, « les lucioles sont indispensables quand la nuit est à la fois à l'extérieur de nous et en nous ».  « Elles permettent d'imaginer une aube, un lever de soleil ».  

Une « déclaration des poètes » conclut le manifeste de Patrick Chamoiseau.  Elle engage à se mobiliser pour les droits des migrants, on la fait sienne et on aimerait qu’elle soit largement relayée.

Déclaration des poètes - article 13

Les poètes déclarent que la Méditerranée entière est désormais le  Lieu  d’un  hommage  à  ceux  qui  y  sont  morts,  qu’elle  soutient  de  l’assise  de  ses  rives  une  arche  célébrante,  ouverte  aux  vents  et  ouverte aux plus infimes lumières, épelant pour tous les lettres du mot ACCUEIL, dans toutes les langues, dans tous les chants, et que ce mot constitue uniment l’éthique du vivre-monde.


[1] Jacques Prévert, Étranges étrangers in Grand bal du printemps. La Guilde du Livre, 1951 ; Éditions Gallimard, 1976

[2] Bernard Lavilliers, Croisières Méditerranéennes ( 4’03) - Album : 5’  minutes au paradis -  CD Barclay, 2017. https://www.youtube.com/watch?v=6a6DWb5dxKs&list=RD6a6DWb5dxKs

[3] Ibid.

Une introduction à "Journal du Ciel" par Catherine Soudé

 

J’ai eu la chance de la rencontrer Jacqueline Chebrou, il y a une vingtaine d’années, lors des Journées organisées par l’Association pour l’Autobiographie. Elle se demandait alors que faire de ses nombreux petits papiers, notes, cahiers et textes en jachère.

Ecrire, pour cette observatrice constamment en éveil était une manière d’être au monde. Elle écrivait pour penser la place qui était la sienne dans la grande aventure de l’univers comme dans l’histoire mouvementée des hommes, notamment avec deux récits d’enfance inédits, Françoise, et Grand-père Paul.  Elle a publié un journal de guerre, Une jeune fille raconte, Carnet de guerre 1939-1945, commencé à l’âge de seize ans. Dans un gros ouvrage au titre délibérément polémique, Soixante ans de sous-éducation nationale, elle s’est longuement expliquée sur le métier de professeur qu’elle a exercé avec une infatigable générosité, et d’une certaine manière jusqu’à la fin de sa vie, en donnant, aux uns et aux autres, des coups de main pour passer tel ou tel concours ou rattraper un niveau scolaire. La passion de la pédagogie ne l’a jamais quittée. Enfin, elle a également recueilli une correspondance auprès d’un membre de sa famille, publiée sous le titre Lettres d’Adrien, un document sensible sur la vie des havrais pendant la guerre 1939-1945. C’est toujours avec le souci de transmettre qu’elle écrit. Sans doute avait-elle aussi ...

Entretien avec Michèle Cléach : Écrire son autobiographie ou une biographie

 

Une interview parue dans L'INVENTOIRE, revue littéraire d'Aleph-Ecriture le 17/07/2017

Écrire son autobiographie ou une biographie est un exercice complexe. Malgré l’envie d’écrire et de transmettre, il s’avère souvent difficile d’aller au bout de son projet. Certains décident alors de suivre un atelier d’écriture spécialisé ou une formation à l’écriture biographique.
Nous sommes allés rencontrer une spécialiste de la question, Michèle Cléach. Passionnée par la formation, elle anime des ateliers d’écriture littéraire et professionnelle chez Aleph-Écriture autour des histoires de vie.

 

L’Inventoire : Pouvez-vous nous dire deux mots de votre parcours professionnel et comment vous êtes venue à vous spécialiser dans les histoires de vie ? 

Michèle Cléach : Savez-vous que les mots texte et tissage ont la même origine étymologique ? Ils viennent tous les deux du mot latin, textere. Je l’ai découvert en travaillant sur mon histoire.

Après un bref passage à l’Université, je me suis formée en Suède au tissage à la main que j’ai pratiqué pendant quelques années et j’ai également organisé des stages de tissage pour les particuliers.

En 1994, alors que je travaillais dans une grande entreprise depuis quelques années, j’ai pris des responsabilités syndicales, et c’est via mon activité syndicale que je me suis découvert un goût certain pour la formation. Cela m’a amenée à reprendre des études en Ingénierie de formation à la Sorbonne, et parmi les courants pédagogiques qui nous ont été présentées, il y avait les démarches d’histoires de vie en formation.

J’ai intégré l’IREFE, un institut de formation pour les élus et les responsables syndicaux. La pédagogie que nous mettions en œuvre était centrée sur la personne : partir de la personne, de ses savoirs et de son expérience pour construire avec elle les compétences dont elle avait besoin. Nous proposions, entre autres formations, un auto-bilan de compétences qui était proche de la démarche pédagogique des histoires de vie. C’est vraiment cela que je voulais développer dans mon activité de formation, des dispositifs à visée émancipatrice et porteuse de sens pour les personnes.

Au début des années 2000, je me suis donc inscrite au DUHIVIF (Diplôme Universitaire des Histoires de Vie en Formation) à Nantes, et à Paris 8, au séminaire de Danielle Desmarais – qui y était professeure invitée – Atelier autobiographique et rapport à l’écrit. J’ai également participé à quelques séminaires et journées d’études de l’Institut International de Sociologie Clinique ...

Histoires de vie en formation, capacités narratives et éducation thérapeutique

 

Un article d'Hervé BRETON, Président d'ASIHVIF, paru dans la revue "Santé Education" à l'occasion du congrès 2017 de l'AFDET.
 

L’Afdet (Association française pour le développement de l’éducation thérapeutique) a pour objet de promouvoir l’éducation thérapeutique du patient, au niveau national et territorial. C’est une association à but non lucratif qui regroupe des professionnels de santé, dans toute leur diversité, mais aussi d’autres professionnels (psychologues, sociologues, éducateurs médico-sportifs…) et des représentants d’associations de patients.

L'article d'Hervé BRETON :

"En 1984, Gaston Pineau faisait paraître un article dans la revue Éducation Permanente, intitulé « Sauve qui peut : la vie entre en formation » [1]. Il y soulignait la difficulté que constitue la prise en compte des savoirs existentiels et expérientiels pour les pratiques et ingénieries de formation. L’une des raisons en est la suivante : il n’y a pas correspondance immédiate entre les termes que le sujet mobilise pour dire son expérience et le vocabulaire utilisé en éducation et formation pour définir et classifier les savoirs. Ce point ne cesse d’interroger les pratiques éducatives, les fonctions d’accompagnement et de conseil auprès des adultes. Il porte en germe la possibilité d’une mésentente, voire d’une concurrence, entre les savoirs de l’expérience et ceux déjà constitués sur lesquels s’appuient les professionnels de l’éducation pour enseigner. Autrement dit, le primat accordé, dans l’exercice des métiers de l’éducation, mais également du soin et de la santé, aux savoirs déjà référencés, peut constituer un obstacle à la reconnaissance de l’expérience et des savoirs du sujet.

S’intéresser au vécu des patients nécessite donc d’accompagner par paliers, de manière graduelle, le ..."

Dictionnaire de l’Autobiographie. ÉCRITURES DE SOI DE LANGUE FRANÇAISE.

 

Françoise Simonet-Tenant, directrice de l’ouvrage, a répondu à Gérald Cahen pour La Faute à Rousseau,  la revue de l'APA. 

Un article sur le site AUTOBIOSPHERE

  [ fiche du livre ]

Interview de Natcha Appanah

 

Interview par Georgia Makhlouf à propos de son livre "Tropique de la violence" (dans L'Orient Littéraire Mars 2017)

Quelle est la genèse de ce roman ? Pourquoi avez-vous eu envie de prendre Mayotte pour contexte et sujet ?

En 2008, mon époux a été muté à Mayotte, et nous avons donc quitté Paris avec notre bébé. Auparavant, j’avais publié Le Dernier frère qui avait eu un certain succès. Je me réjouissais de retrouver l’océan indien, la vie sur une île, toutes ces choses qui ne me sont pas étrangères puisque j’ai grandi à Maurice. Les premiers mois, j’ai vécu dans une sorte de mensonge, non pas que nous habitions dans un lieu coupé des réalités – nous étions installés dans une commune très mélangée – mais parce que je voyais des enfants partout, en bande, bruyants, joyeux (ou du moins c’est ainsi que je les percevais alors) et qui venaient jusque dans notre jardin chiper des mangues ou d’autres fruits. Je m’étais construit une image de type « l’île aux enfants ». Petit à petit, l’image a commencé à s’effriter. Je me suis aperçue que ces enfants n’allaient pas à l’école tous les jours, qu’ils n’avaient pas forcément leurs parents avec eux, qu’ils étaient livrés à eux-mêmes. 

Et c’est cette prise de conscience progressive qui a fait germer le projet de ce roman ? 

Non, pas du tout. Je n’avais aucun projet d’écrire sur ces enfants. J’étais sur un autre projet, pour lequel je traversais une phase de grande difficulté, et même de blocage ; je n’avançais pas. Face à ces enfants, j’avais une envie de citoyenne et non d’écrivaine : je voulais comprendre, et non écrire. Par la suite j’ai pu achever En attendant demain, qui est quand même paru huit ans après Le Dernier frère !..."

Philippe Lejeune : « La faute à Rousseau »

 

Un article d'Annette Wieviorka dans le mensuel L'HISTOIRE, numéro 434 daté du mois d'avril 2017

Ce spécialiste de l'autobiographie a fait toute sa carrière en dehors des sentiers battus de l'université. Rencontre avec un militant.

Avec le « pacte autobiographique », Philippe Lejeune est l'auteur d'une formule qui résume bien sa démarche et son oeuvre, lui qui n'a jamais cessé d'ausculter le genre autobiographique. Ce pacte, c'est celui que l'auteur de l'autobiographie passe implicitement avec son lecteur : son texte n'est pas de fiction ; il parle de soi-même dans un esprit de vérité. « La formule que j'ai lancée - le "pacte autobiographique" - est devenue populaire, peut-être parce qu'elle évoque une sorte de pacte avec le diable signé avec son sang », commente-t-il.

Philippe Lejeune est un héritier. Fils de Michel, éminent linguiste et helléniste, il passe par la khâgne d'Henri-IV, l'École normale supérieure (1959),...

La manière d’être Jean Echenoz

 

L’écrivain a animé, mardi 21 février, à la Bibliothèque nationale de France, une masterclasse dans le cadre du cycle « En lisant, en écrivant ».

Un compte rendu paru dans LE MONDE. L'intégralité de l'article est payant.

Fouad Elkoury se raconte en images

 

Une note de Georgia Makhlouf, parue dans L'ORIENT LITTERIARE (février 2017) à propos du livre "LETTRE A MON FILS" de Fouad Elbouky paru en octobre 2016 chez Actes Sud

Le livre s’ouvre sur une série de planches contact qui toutes, sont des photographies intimes, familiales ; une mère avec son fils, dans des postures de grande proximité, joue contre joue le plus souvent, ou l’enfant, la tête contre le bras de sa mère. Sur chacune, il y a ce toucher, cette tendresse, ce corps-à-corps de la mère et de l’enfant. Et on se dit que c’est cela, en contrepoint, le sujet du livre. Les pères ne touchent pas ainsi leurs enfants, pas de cette façon là, pas dans cette proximité là, cette bulle sur eux refermée. Et c’est cela que recherche Fouad Elkoury, toucher lui aussi son fils, mais comme le font les pères, avec des mots, des mots qu’il lui adresse dans des lettres, envoyées par mail, entre le 5 février et le 12 mars 2015, à raison d’une par jour, accompagnée d’une photo. Soit trente-cinq missives pour raconter son parcours, la façon dont la photographie est devenue pour lui une passion, puis un métier. Car il n’est pas facile, écrit-il, de devenir photographe. « Tout comme il n’est pas facile d’aimer. Ça arrive, c’est tout. Et quand vient la révélation, il faut savoir discerner l’essentiel et avoir le courage d’aller jusqu’au bout. » ...

Macho, l’Académie française ?

 

C'est la question posée dans un article paru le 4 janvier 2017 dans le journal québécois "LE DEVOIR". Cet article rend compte du livre "L'Académie Française contre la langue française - Le dossier féminisation", livre paru en juillet 2016, mais actuellement épuisé. Cet article rappelle aussi qu'en ...1980, Pierre Gacotte, académicien, osait dire : « Si on élisait une femme, on finirait par élire aussi un nègre ».

"... Macho, l’Académie française ? Indéniablement, selon cinq historiens, linguistes et grammairiens qui retracent des décisions prises sous la Coupole depuis la naissance de l’institution, en 1635, pour en faire ressortir les incohérences et la misogynie persistante. Pamphlet scientifique rigoureux et décapant, L’Académie contre la langue française. Le dossier « féminisation » dénonce « l’énergie, la violence, la mauvaise foi et le sexisme qui ont été mis au service de ce combat » contre la féminisation des noms...."

« La littérature doit s’affranchir de tout jugement social ou politique. »

 

Une interview de Leila Slimani, prix Goncourt 2016 par "L'Orient Littéraire" - décembre 2016

Extrait :

"... Il y a longtemps que j’avais envie d’écrire sur les relations entre une famille et une nounou. Il y a quelque chose de romanesque entre les personnes qui servent les intérêts d’une famille et leurs employeurs. Ce sont des gens qui investissent un cadre de vie qui n’est pas le leur, qui vivent dans une famille à laquelle ils sont étrangers. Rien ne leur appartient dans cet univers et pourtant ils en sont les gardiens. Les domestiques sont les pivots d’une famille et les relations qu’ils entretiennent avec leurs employeurs sont souvent difficiles à comprendre. C’est un sujet vaste et même si, aujourd’hui, le rapport à la domesticité a évolué, les relations noueuses sont toujours présentes. Dans une famille, une nounou, une femme de ménage deviennent des personnages centraux. On le voit dans le roman : Louise change peu à peu l’aspect du domicile, impose sa marque et pour Myriam et Paul, ses employeurs, cela devient un confort jusqu’au moment où cela devient de moins en moins supportable...."

Ecrits ordinaires singuliers

 

Titre complet : Écrits ordinaires  singuliers - façons de (se) dire, façons de (se) voir, façons de faire

Un mémoire de recherche sur le journal personnel par Noémie Cadet. .

Le mémoire comporte six chapitres, des illustrations et une très bonne bibliographie.
:
1. L’(extra) ordinaire quotidien ;
2. Un journal à soi ?
3. Le journal, un singulier objet ;
4. Enregistrements à vif (journal filmé, protocoles photographiques, journal audio) ;
5. Que devient cette matière ? Qu’en faire ? Conservation, archivage. Destruction et journal éphémère ;
6. Nouveau paradigme technologique et néo-diarisme : l’un n’exclut pas l’autre. Du cahier à l’ordinateur. M’as-tu vu ? Du privé au public. Vers un journal participatif.

André Miquel, inlassable passeur

 

Entretien paru dans "L'Orient littéraire" de juillet 2017 (entretien dirigé par Georgia Makhlouf). 

Agrégé de grammaire et docteur ès lettres, André Miquel a enseigné pendant de nombreuses années la langue et la littérature arabes classiques au Collège de France dont il a été l’administrateur général après avoir été celui de la Bibliothèque nationale. Depuis plus d'un demi-siècle, il traduit inlassablement les plus beaux textes du patrimoine arabe, des vers de Qays, le fou d'amour de Laylâ, aux Mille et une nuits – on lui doit notamment une monumentale traduction, en collaboration avec Jamel Eddine Bencheikh, publiée dans la « Bibliothèque de la Pléiade » – en passant par les grands géographes. Son impressionnante Géographie humaine du monde musulman jusqu'au milieu du XIe siècle (éditions de l’EHESS, quatre tomes, 1973-1988) est la référence absolue de tous ceux qui s’intéressent au domaine arabe. « Sindbad » qui a déjà publié ses traductions de poèmes d’Abu al-Atahiya, Ibn Zaydun, Abu Firas al-Hamadani et al-Sayyab, ainsi que son anthologie poétique Les Arabes et l’amour, nous donne aujourd’hui une traduction intégrale du superbe diwan de Majnoun, présenté et annoté par Miquel. Ainsi ce poète-écrivain-traducteur nous aura-t-il permis de pénétrer des textes rares, parfois difficiles, avec un bonheur renouvelé, habité qu’il est depuis toujours par la même passion de transmettre une culture arabe raffinée, tolérante, ouverte. Délicieuse rencontre avec un immense érudit, humaniste et généreux.

Enquête sur les blogs littéraires

 

Une enquête dans LE MAGAZINE LITTERAIRE n°565 - mars 2016

Il y a dix ans, l’émergence des plateformes de blog permettait à tous même aux réfractaires de l’informatique de s’exprimer librement sur la toile. D’abord largement boudés par un monde littéraire prompt à moquer les amateurs, les blogs font désormais l’objet d’une surveillance attentive, et nombreux sont les auteurs qui se sont laissé prendre au jeu. À l’heure des réseaux sociaux et de la littérature en 140 caractères, les blogs littéraires seraient-ils devenus l’alternative ultime au microcosme germanopratin ? Enquête.

Entretien avec Jean-Michel Delacomptée, directeur de la collection "Nos vies"

 

Cet entretien est paru sur le site de Gallimard, éditeur de la collection "Nos vies"

"Précisément, le titre de votre dernier ouvrage paru dans « L’un et l’autre » est Écrire pour quelqu’un. Peut-on y voir un rapport avec « Nos vies » ?

En effet, je suis convaincu qu’on écrit toujours « pour quelqu’un », et l’influence inconsciente de ce titre a joué. On n’écrit pas pour soi, il y a toujours une raison, une ombre, un fantôme. C’est de là que naît la nécessité d’écrire...."

Interview de Hanan el-Cheikh à propos de son livre "Toute une histoire"

 

Parue sur le site BABEL MED

"La plupart de vos romans précédents sont des histoires de femmes, souvent en lutte contre la société et les préjugés, et Kamleh était déjà évoquée dans Histoire de Zahra . Mais l’histoire - véridique - de votre mère n’est-ce pas le livre autour duquel vous tourniez depuis des années, le plus important de tous?
(Elle rit). Peut-être! Mais je ne pense pas que ce soit le livre le plus important que j’aie écrit: parce qu’à chaque fois que j’écris un livre, au moment où je l’écris, je pense “c’est le livre le plus important”. Puis je passe à un autre livre. Mais psychologiquement et personnellement, c’est un livre très important pour moi, parce que j’ai libéré ma mère. Bien qu’elle ait été très drôle, qu’elle ait eu une merveilleuse vision de la vie en ayant pourtant beaucoup souffert, ma mère, selon moi, était prisonnière d’elle-même à cause de ce qui lui était arrivé. Quand, à l’âge de 14 ans, on vous force à épouser quelqu’un qui a deux fois votre âge, avec qui vous passez votre nuit de noces et tout le reste, tout ça se vit comme un cauchemar, et vous ne pouvez pas l’oublier.
Et puis la séparation d’avec ma soeur et moi (en divorçant, Kamleh était obligée d’abandonner ses enfants à leur père, ndlr), je suis sûre qu’elle la ressentait tout le temps, de manière inconsciente, s’empêchant de goûter pleinement son bonheur. Donc en écoutant ma mère et en la laissant me raconter son histoire, je crois que je l’ai libérée, et ceci me rend très heureuse. ..."

Le récit de vie en formation. Sens et enjeux dans le secteur de l’insertion ...

 

Titre complet : Le récit de vie en formation. Sens et enjeux dans le secteur de l’insertion socioprofessionnelle

Les cahiers de l'Interfédé n° 14 – décembre 2014

Ce Cahier de l’Interfédé témoigne d’une expérience de formation continuée de travailleuses et travailleurs du secteur des CISP sur la méthodologie des récits de vie en formation. Il identifie des points de repères pour celles et ceux qui souhaiteraient proposer aux stagiaires une démarche de récit de vie qui s’inscrit dans une perspective émancipatrice.

Véronique Albert a tenu la plume pour rendre compte de ce travail collectif.

[site de lInterfédé]

Pour que cesse la lutte armée en France, il faut gagner la paix au Moyen-Orient

 

(Article d'Edgar MORIN paru dans Le Monde)

Ce ne sont plus des attentats. Avec une action meurtrière massive menée en six lieux simultanés, la stratégie, donc la guerre est entrée dans Paris. Il y avait des partisans de Daech ici et là. Maintenant Daech est chez nous. Il ne s’agit pas d’une guerre de religions. Il s’agit de la guerre d’une secte fanatique issue de l’islam contre toute société, y compris islamique, qui soit autre qu’un totalitarisme religieux.

Rappelons que si les sources de Daech sont endogènes à l’Islam, y constituant une minorité démoniaque qui croit lutter contre le Démon, c’est l’Occident, notamment américain, qui a été l’apprenti sorcier délivrant les forces aveugles qui se sont alors déchaînées.

Ajoutons que si nous sommes dans le droit, cessons de nous sanctifier. Continuons à dénoncer leurs monstruosités ici et là-bas, mais ne soyons pas aveugles sur les nôtres, là-bas. Car nous utilisons aussi, à notre mode occidental, tueries et terreur : ce que frappent drones et bombardiers sont principalement non des militaires, mais des populations…..

Nous pleurons 
les mêmes larmes, 
nous souffrons 
les mêmes douleurs

 

(Article Georgia MAKHLOUF paru dans L'Humanité)

…. En ces journées où nous sommes saisis par le drame, la direction que prennent mes pensées me ramène à Beyrouth où, la veille de ce funeste vendredi, les mêmes mains meurtrières ont frappé, les mêmes discours apocalyptiques ont semé la terreur, où des morts par dizaines et des blessés par centaines sont tombés. Et pourtant nul monument, à New York ni Sydney ne s'est éclairé aux couleurs du drapeau libanais, nul système d'alerte Facebook n'a été déclenché pour permettre de se signaler en sécurité, et l'on n'a pas, sur les fenêtres, allumé de bougies. Disant cela, j'ai conscience de m'engager sur un terrain glissant puisque cette rhétorique est aussi empruntée par des prodjihadistes qui mettent sur un même plan les victimes des sauvages attaques de Paris et les morts des guerres « impérialistes » dans le monde musulman. S'il ne peut s'agir un instant de trouver des excuses aux barbares qui ré-pandent la mort ­ et la répandent avant tout chez eux, en Irak, en Syrie, au Liban ­ force est de constater que les démocraties occidentales depuis trop longtemps se comportent d'une façon …

« Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen-Orient »

 

(Article de Sophie BESSIS et Mohamed HARBI, paru dans Le Monde)

Soyons réalistes, demandons l’impossible, clamaient dans les rues de Paris les utopistes de mai 1968. Etre réaliste aujourd’hui, c’est réclamer à ceux qui gouvernent d’aller aux racines de ce mal qui, le 13 novembre, a tué au moins 129 personnes dans la capitale française. Elles sont multiples, et il n’est pas question d’en faire ici l’inventaire. Nous n’évoquerons ni l’abandon des banlieues, ni l’école, ni la reproduction endogamique d’élites hexagonales incapables de lire la complexité du monde. Nous mesurons la multiplicité des causes de l’expansion de l’islamisme radical.
Comme nous savons à quel point l’étroitesse des rapports entretenus dans tout le monde arabe entre les sphères politique et religieuse a pu faciliter son émergence, nous n’avons aucune intention simplificatrice. Mais, aujourd’hui, c’est la politique internationale d’une France blessée, et de l’ensemble du monde occidental, que nous voulons interroger….

Interview de Gérard Chaliand

 

(publiée dans La Croix)

Les attaques contre Paris étaient prévisibles depuis longtemps. Déjà, du temps d'Al-Qaida, la France était située en tête de la liste des pays que promettaient de frapper les djihadistes. Nos engagements militaires ont exacerbé cet objectif déclaré. Je note surtout la minutie de la préparation et son indiscutable impact. Mais, au-delà du caractère tragique de ces événements, les autorités françaises ne peuvent plus s'en tenir à des propos fermes. Elles doivent passer à des décisions fermes. Déclamer que « nous sommes en guerre » (alors qu'il s'agit d'un conflit), soit. Mais où sont les mesures de guerre? Je ne les vois nulle part. Nous avons projeté nos forces militaires à l'extérieur, dans une demi-douzaine de théâtres d'opération. Sur le territoire français, le plan Vigipirate n'a d'efficacité que symbolique et nous n'avons rien fait sur le plan législatif. Il est grand temps de passer aux choses sérieuses. Il faut arrêter de suspecter des suspects, ne plus attendre qu'ils nuisent ....

Regarder la mort en face, par Laurent Mauvignier

 

(paru dans Le Monde)

Je ne vois pas comment les attentats qui nous frappent, à force d’habiter nos pensées, pourraient ne pas habiter nos livres.

Voilà en quoi revient, pour moi, cette question d’écrire avec la mort, avec le réel, avec la violence qui nous entoure et nous concerne. On peut y répondre en écrivant des livres, certains le feront  ; on peut aussi y répondre en refusant aux terroristes le pouvoir de coloniser notre esprit et notre travail. C’est une question qu’il faut se poser, qu’on se pose toujours  : comment ramener ce qui nous ébranle dans le champ de nos interrogations, sans rien céder de ce que nous sommes.

Car la littérature doit prendre le temps de mesurer l’impact de ce que notre vie subit. Elle ne doit pas se laisser corrompre – comme l’acidité corrompt – par l’émotion et la sidération. L’écrivain doit prendre le temps de la mise en perspective, et, dans le cas des romanciers, prendre le temps d’interroger la violence par le prisme de sa pratique, qui n’est ni celle de la philosophie, ni celle de la sociologie, de la psychologie, etc., mais qui pourtant les enveloppe et les concentre dans ces expériences simulées qu’on appelle fictions….

Fathiya, Souad et Ana prennent la parole

 

La Cimade, en Alsace, a donné la parole à trois femmes victimes de violence et membres d'un groupe de paroles. Ce groupe existe depuis quatre ans. Les textes sont issus d'entretiens entre une sociologue, Laura Odasso, et ses femmes, puis repris par une journaliste, Muriel Beasse. Le document a été réalisé pour une lecture organisé par Françoise Poujoulet avec un petit groupe de bénévoles à Strasbourg.

Les textes ont été publiés par La Cimade sous le titre "Portraits sensibles, 3 chemins pour sortir de la violence".

La parole est aux esclaves

 

Article paru dans LE MONDE CULTURE ET IDEES | 16.01.2014 | Par Anne Chemin

Au 19è siècle, une centaine de Noirs asservis ont raconté par écrit leur sort dans les plantations du sud des Etats-Unis.

"Parmi les millions d’Africains déportés pendant la traite négrière, rares sont ceux qui ont pu raconter leur histoire. Nés dans l’esclavage sur le sol américain, leurs descendants ont, eux aussi, été réduits au silence. Certaines de ces voix ont pourtant réussi à traverser les siècles pour parvenir jusqu’à nous.

Né au début du XIXe siècle dans l’Etat de New York, Solomon Northup a ainsi raconté, dans un long ouvrage paru en 1853, ses douze années de servitude dans le sud des Etats-Unis. C’est à travers ses yeux sidérés que le réalisateur britannique Steve McQueen évoque dans son dernier film (12 Years a Slave, en salles le 22 janvier) l’arbitraire et la terreur qui régnaient dans les plantations de Louisiane avant l’abolition de l’esclavage, en 1865...."

ou en PDF

Moments de formation et mise en sens de soi

 

Extrait de l'introduction générale du livre "Moments de formation et mise en sens de soi" (Ouvrage coordonné par Galvani P., Nolin D., De Champlain Y. et Dubé G.)

"Quels sont les moments décisifs de mise en forme et en sens de soi tout au long de la vie ? Quelle est la relation entre ces moments formateurs et l’histoire de vie ? Toute histoire de vie est composée de multiples moments décisifs et signifiants mais qu’en faisons-nous ? De quelle manière et avec quelles méthodes sont-ils abordés dans les pratiques d’histoires de vie ?

Pour comprendre et explorer la place des moments formateurs dans les histoires de vie, nous1 avons décidé de consacrer à ce thème le dix-septième symposium du Réseau Québécois pour la Pratique des Histoires de Vie (RQPHV). Ce livre collectif est le résultat de l’exploration faite au cours d’ateliers réflexifs, de conférences et de moments conviviaux qui ont eu lieu durant trois jours à Pohénégamook fin septembre 2010.

1. Pourquoi s’interroger sur les moments de mise en sens et en forme de soi ?

On peut tout d’abord rappeler que la question des moments est au cœur même de la construction des histoires de vie.

Toute histoire de vie n’est-elle pas une « mise en intrigue », de moments particuliers, choisis parmi tant d’autres possibles (Ricoeur, 1989). Autrement dit, l’histoire racontée, n’est pas l’ensemble des faits et des événements objectifs qui composent une vie. Les instants, les faits, et les événements sont en fait innombrables, quasi infinis. La totalité d’une vie est donc, au..."

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1 Ce « nous » représente le comité organisateur du symposium : Yves de Champlain, Gabrielle Dubé, Pascal Galvani et Danielle Nolin. Pour plus d’information sur le symposium et le réseau voir les sites suivants :

Entre les deux il n’y a rien

 

Recension du livre de Mathieu Riboulet "Entre les deux il n'y a rien" par Dominique Baillon-Lalande (parue le 27/08/15 sur le site ENCRES VAGABONDE)

"Mathieu Riboulet était trop jeune pour participer à Mai 68, cette « révolution manquée » qui a bouleversé la société française à l'époque du gaullisme finissant et qu’il considère comme fondatrice de son parcours.

Malgré son empathie et ses hésitations, s'il s'informe de près sur les luttes internationales d’extrême gauche des années 1970 (Brigades rouges en Italie, Fraction Armée Rouge en République Fédérale Allemande et, à un degré moindre, Action directe en France) qui se posent en même temps la question du recours à la lutte armée et du passage à la clandestinité, s'il se sent proche de tous ceux qui combattent, de Berlin à Bologne, de Billancourt à Rome, de Stammheim à Paris, le jeune homme reste en marge, se contentant de quelques occupations musclées à la fac de Jussieu...."

Vivre

 

Recension de VIVRE (livre d'Anise Postel-Vinay) par Corinne Amar (Florilettres n° 165)

"C’est un court récit autobiographique d’une cent-ving-taine de pages, témoignage au ton sobre, direct, factuel comme pour mieux se souvenir, rester au plus près de la réalité, au titre laconique et aussi intense qu’il est bref, mais aussitôt qu’on l’a ouvert, on se félicite de n’être pas passé à côté d’un tel ouvrage, on est heureux d’avoir rencontré une telle personnalité,  sa  dignité, son humilité, sa grandeur, d’avoir lu et compris en même temps que l’horreur humaine, ce qu’est la dure foi en l’espérance de la vie.
Née en 1922, Anise Postel Vinay est adolescente quand elle comprend, grâce aux relations, aux lectures de sa mère, la proximité et les dangers du nazisme, ..."

Ecrire sa vie

 

Recension du livre ECRIRE SA VIE de Philippe Lejeune, par Gaëlle Obiegly, parue dans FLORILETTRES n° 165 - été 2015

"Philippe Lejeune se consacre à l’étude de l’écriture de soi. Il a publié sur ce sujet de nombreux livres qui font référence. Dire que sa matière est l’intime expose un paradoxe. Car l’écriture intime se dissimulant au regard d’autrui, comment peut-on la connaître ? De quelle manière parvient-elle à être lue, selon quels critères aborder ces écrits ? Et d’abord, comment viennent-ils à nous ou bien où les trouver ? Ces questions résument l’objet de ce livre dans lequel Philippe Lejeune revient
sur son parcours et sa méthode. Il distingue son travail d’universitaire et son action militante qui ont pour objet l’autobiographie. Le journal intime en est un exemple répandu. Philippe Lejeune préfère le terme de journal personnel à celui de journal intime qu’il n’est pas forcément. Il repère, d’ailleurs, ce qui marque l’entrée en intimité d’un journal. Le discours lui est parfois adressé ..."

[Fiche du livre]

Lexique nomade 2015

 

Ce Lexique Nomade a été publié à l'occasion de l'édition 2015 des Assises Internationales du Roman, coconçues par Le Monde et la Villa Gillet, en coréalisation avec les Subsistances.

Coordination des traductions : Delphine Valentin

Réalisation : Héloïse Geandel

 

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